CHAPITRE 48 : THOMAS

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 Le temps passe, nous attendons trois bonnes heures de plus et,  deux infirmières sortent avec deux enfants dans les bras. Julian est le premier à les voir et sa réaction est négative, il ne veut pas de ses enfants.  Il veut Jessica, il renverse tout ce qui est sur son chemin et sort de la salle d'attente en courant. Caroline se lève et prend le premier bébé dans ses bras, Jackson est derrière elle et cajole le second bébé.  Le médecin sort de la salle et me regarde  :

— Monsieur, tout va bien.

— Tout va bien ? C'est ma fille qui est dans cette salle, et vous nous avez demandé de choisir, on a choisi ma fille, vous m'entendez ma fille, je veux MA fille et résultat, vous revenez avec mes petits-enfants. Je vous déteste, je veux ma fille, j'ai déjà perdu un enfant cette année, cela suffit, je veux ma fille !

 Une fois de plus, c'est Caroline qui prend les choses en mains, elle vient près de moi, mais je suis trop en colère pour l'écouter, je ne peux pas encaisser de perdre deux enfants sur une année de temps, l'être humain n'est pas programmé pour perdre ses enfants, nous sommes capables d'encaisser la mort de nos parents, de nos conjoints, mais pas de nos enfants.

— Thomas écoute-moi s'il te plaît.

— Non, laisse-moi, je veux ma fille, tu m'entends, je veux ma fille  !  Je suis en train de la secouer dans tous les sens, alors qu'elle a un enfant dans ses bras, l'enfant de Julian. Je me rends compte de ce que je fais, mais je n'arrive pas à m'arrêter, je veux ma fille, rien d'autre !

— Thomas, Jessica va bien.

— Non, tu as fait toi-même le choix et je t'en remercie, mais je l'ai entendu, tu as dit de ne pas mettre deux orphelins au monde et ils sont là, je veux ma fille !

 Je ne parle pas, je hurle, c'est un cri de douleur qui sort de mes tripes. Ces mots tournent sans cesse dans mon esprit « je veux ma fille », quatre mots qui changent mon existence. C'est ma fille, j'ai besoin d'elle.

— Thomas regarde-moi.

 Elle m'a secoué et très fortement,  car un moment j'arrive à capter son regard, mes yeux se rivent aux siens, je sais que lorsque je la regarde comme cela, elle n'est pas capable de me mentir. Se pourrait-il que j'aie bien compris ? Elle a dit que Jessi allait bien ?

— Caro, j'ai besoin d'une explication claire, précise et maintenant.

  Je lui ai attrapé les deux bras et je me rends compte que je suis en train de la secouer, encore. Je ne l'ai jamais malmenée, jamais, ni elle, ni aucune autre femme.   Mon geste est déplacé et je la lâche. Elle prend mon visage dans une main et me dit :

— Ecoute-moi s'il te plaît, oui j'ai dit de choisir Jessica et c'est ce que le médecin a fait, mais il a pu sauver les deux bébés aussi.  Jessica et les enfants vont bien, ta fille et tes petits-enfants. Alors tu enregistres ce que je te dis et tu vas chercher Julian.  Ils vont bien tous les trois, tu m'entends, ils vont bien tous les trois. Va chercher Julian, elle a besoin de lui, ses enfants ont besoin de lui.

 J'ai bien compris, ma fille est vivante et je suis grand-père aussi. C'est un miracle, ma fille est vivante. J'embrasse Caroline, je la prends dans mes bras et je dépose des baisers dans ses cheveux. Elle a un petit être dans ses bras, mon premier petit-enfant. Je leur souris, j'embrasse ce bébé et je lui dis : « je reviens avec ton papa ». Caroline me sourit et passe sa main sur ma joue.

 Je me mets à la recherche de Julian, j'ai fait tous les coins de l'hôpital et c'est immense. Je suis à sa recherche depuis plus d'une heure.  Je m'arrête une fois encore à la réception d'un des services, je ne sais pas dire lequel, j'explique mon histoire : 

— Bonsoir madame, désolé de vous déranger, je cherche mon frère, un grand gars avec des cheveux noirs, de grands yeux verts habillé tout en jeans. Vous ne l'auriez pas vu ?

 L'infirmière de l'accueil m'explique qu'aucune personne ne correspond à ce descriptif. Une autre infirmière me demande de la suivre. Elle a mis Julian dans un des lits du service. Elle me regarde et ajoute : 

— Je l'ai trouvé assis par terre, il pleurait sans pouvoir s'arrêter. Je sais qui il est, enfin qui vous êtes, me dit-elle en ayant le rouge qui monte aux joues. Je l'ai mis ici dans la chambre, personne ne l'embête au moins. Je lui ai donné un léger sédatif afin qu'il puisse se calmer.

 Nous sommes arrivés dans la chambre, j'ouvre la porte et je vois Julian roulé en boule sur le lit. Elle lui a déposé une couverture sur le bas de son corps. Cet homme qui est plutôt grand est roulé en boule sur un lit d'hôpital. On dirait un enfant. Ses joues sont maculées de larmes, ses cheveux collent sur son visage. Je m'approche du lit, je regarde l'infirmière et je lui demande :

— Il peut m'entendre  ?

— Je t'entends parfaitement, mais je ne veux pas bouger, me répond Julian.

 Je prends mon portable et j'envoie un texto à Caroline pour lui dire que je sais où se trouve Julian : JE L'AI RETROUVE AI BESOIN DE TEMPS JE T'AIME

 Je m'installe derrière lui, il se bouge afin que j'aie un peu plus de place, les lits d'hôpital sont vraiment étroits, surtout pour deux gaillards dans notre genre. Mon corps se colle à celui de Julian et il attrape ma main dans la sienne. Mon autre main dégage les cheveux qui lui barrent le visage. Ses yeux sont rouges, injectés de sang, il a pleuré comme jamais il ne l'avait fait. Que dire ?  Je veux parler mais il commence et je le laisse faire, il en a besoin.

— Je ne sais pas ce que l'on a fait Thomas pour mériter d'endurer ça, mais je ne le supporterai pas. Je t'ai vu te débattre nuit après nuit,  après la mort de Sarah, combien de fois je t'ai trouvé en plein cauchemar, en train de hurler, je ne peux pas revivre cela, je n'y arriverai pas. Non laisse-moi parler – j'ai voulu intervenir, mais il ne m'en laisse pas l'occasion - je me suis dit que lors de ton mariage avec Dorothé, que tu avais trouvé enfin la paix, mais par après encore de nombreuses fois tu errais sans but dans notre chambre d'hôtel.  Tu avais les yeux rougis d'avoir passé des heures à pleurer, je ne le supporterai pas, je ne suis pas capable d'endurer ça une fois de plus. Tu peux me dire ce que l'on a fait de travers pour vivre un tel cauchemar ? On a été des salauds dans une vie antérieure ? Ce n'est pas possible, je ne peux pas, je ne le veux pas. Je n'y arrive pas Thomas, je n'y arrive pas.

 Ses larmes se sont remises à couler et je le prends dans mes bras en ajoutant :

— À mon tour de parler. Cela fait une heure que je te cherche car j'ai une bonne nouvelle, non tu te tais, moi aussi je t'ai laissé parler. J'ai une bonne nouvelle, Jessica va bien, tu m'entends  ?  Jessica va bien.

 Lentement son corps se retourne, il se met sur le dos, me regarde, j'essuie ses larmes et je lui répète  :

— Jessica va bien, le médecin a pu sauver Jessica et tes enfants. Il faut me croire, je te dis la vérité, ils vont bien tous les trois. Ils veulent te voir, Jessi a demandé après toi, elle a besoin de toi Julian, tes enfants ont besoin de toi. Je te jure devant Dieu que je te dis la vérité.

— Tu viens de dire que tous les trois allaient bien  ? 

— Tout à fait, alors on va se lever et on va aller les voir. Viens  !

 Je me lève en premier, Julian s'assied sur le lit, mais il porte sa main à sa tête, il a la tête qui tourne, il essaye de se lever, mais il n'y arrive pas.  J'appelle l'infirmière qui s'est occupée de lui, elle m'explique que c'est normal vu qu'elle lui a injecté un léger sédatif.

 Nous avons la chance d'être en bonne santé, on ne prend pas de médicament, aucun d'entre nous, alors forcément ici son corps réagit. Il est vrai que de temps en temps on tire sur un joint, mais cela n'a pas du tout le même effet que ce qu'elle lui a injecté. Vu que je l'ai retrouvé dans le bâtiment opposé à celui des urgences, le trajet va être long, mais cette charmante infirmière a pensé à tout. Elle nous amène une chaise roulante et Julian s'assied dedans, ainsi il se sent mieux. Nous la remercions et je note dans un coin de ma mémoire « A.Andrew », le nom inscrit sur sa plaque. Il faut que je la remercie, cette femme nous a aidés ce soir.

 Nous arrivons un bon quart d'heure plus tard dans le bâtiment des urgences. Caroline a toujours un bébé dans ses bras et Jackson l'autre. Quand elle nous voit, elle se lève et vient nous accueillir. Son sourire me fait du bien. Elle m'embrasse, puis elle se met à la hauteur de Julian et lui présente son bébé.

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