CHAPITRE 41 : CAROLINE

9 minutes de lecture

 Deux semaines se sont passées depuis ma sortie d'hôpital et aujourd'hui Nathalie m'accompagne alors que je vais me faire enlever mon attelle. Nous en profitons aussi pour aller déjeuner ensemble. Nous sommes toujours l'une avec l'autre, vu que nous vivons dans le même appartement, mais maintenant nous prenons le temps de manger seulement à deux. Nous allons dans un petit restaurant italien qui se situe dans une commune de l'arrondissement de Bruxelles. On y mange bien, pour pas cher, et puis c'est tranquille. Je connais bien le patron et nous sommes chaudement accueillies.

— Cela fait longtemps que nous n'avons plus déjeuné rien que nous deux, me dit-elle.

— Trop longtemps. Merci de m'accompagner, merci de ton aide quotidienne, sans toi ça serait bien plus compliqué.

— Encore un peu de patience, tu t'en tires très bien  ! Tu sais ce que tu vas faire  ? On ne peut pas rester sans travailler  ? On va payer nos factures comment  ? Personnellement, je peux encore vivre une année comme ça, mais pas plus et toi  ?

— Je voulais t'en parler. J'ai le même souci, oui un an je dois pouvoir tenir le coup, mais plus non. Je voudrais accepter le job que propose Thomas. Je pense que l'on serait bien au sein du fan club. On travaille pour eux, on peut vivre plus facilement avec eux aussi que si on fait un autre boulot. Et je ne veux pas retourner à un travail comme on avait. J'ai adoré, mais je veux plus. Je sais, je suis exigeante, mais je veux passer du temps avec Thomas, je voudrais suivre un peu plus leur tournée, profiter d'eux, j'ai besoin d'être avec lui. Maintenant rien ne change pour nous, je garde l'appartement, je paie la moitié comme on a convenu. Je pense que l'on peut y arriver. Tu ne voudrais pas passer plus de temps avec Hector  ?

— C'est ce que l'on appelle une bête question ça  ! Si je veux vivre avec Hector, mais toi, tes enfants sont grands, les miens n'ont que dix ans. Ils ne savent pas se débrouiller seuls, et je ne veux pas vivre sans eux.

— Je comprends tout à fait, je ne le pourrais non plus, mais on pourrait s'arranger. Nos enfants s'entendent bien, les miens s'occupent des tiens avec plaisir. On pourrait leur en parler, savoir si les miens seraient d'accord de prendre plus de responsabilités en s'occupant plus souvent des tiens. Qu'en penses-tu  ?

— Pourquoi pas, ça nous ferait du bien de penser à nous. Je ne regrette pas d'avoir eu mes enfants, mais malgré tout, aujourd'hui c'est une contrainte mais je n'envisage pas la vie sans eux, pas du tout.

— Je pense que l'on a le droit de penser à nous, tu sais, personne ne le fera autrement. J'ai l'impression que nous sommes à un tournant de notre vie. J'ai goûté à autre chose et je veux continuer à vivre cette autre chose.

— Tu es vraiment amoureuse de Thomas, tu l'as dans la peau  ?

— Oui, je ne pensais pas que c'était possible d'aimer une personne comme cela.

— Tu es heureuse en tout cas, cela se voit, même si les derniers temps n'ont pas été faciles pour toi, pour vous.

— Il en ressort un point positif, Dorothé a signé les papiers du divorce, c'est fini. Paul a aussi signé, je me dis que l'on peut commencer une nouvelle vie. On y a droit, non  ? J'ai envie d'essayer en tout cas, je me dis que cela en vaut la peine.

— Tu crois au destin  ?

— Je n'y croyais pas... mais on ne s'est pas retrouvées sur scène pour rien le jour de ton anniversaire, il doit bien y avoir quelque chose ou quelqu'un qui l'a provoqué ? Je n'ai jamais été attirée par un homme comme je le suis par Thomas et on dit que la passion se calme avec le temps, mais pas entre nous. Chaque fois que l'on se voit, c'est encore plus passionnel, plus fusionnel que la dernière fois. Je ne veux pas laisser passer ma chance, j'aime réellement Thomas, je me dis que mon futur est avec lui.

— Tu as raison, on va saisir notre chance. On essaye, comme cela pas de regret. À nous  ! me dit-elle en levant son verre de mojito.

— À nous, et aux prochaines années de bonheur, je lui réponds.

 Nous avons passé le reste de la journée à flâner, et à partager du temps ensemble. Le soir nous avons parlé à Stephen et à Mélanie. Je suis très fière d'eux, de tous les deux. Ils ont tout d'abord accepté que je divorce de leur père, que l'on vive tous ensemble avec Nathalie et ses enfants, ils ont aussi accepté ma nouvelle relation. J'ai vu de temps en temps Thomas et Stephen discuté de divers sujets, ils s'entendent bien, ils se respectent, ils s'apprécient. A la fin de la semaine, nous avons trouvé un arrangement. Mes enfants restent avec ceux de Nathalie afin d'assurer un quotidien familial, mais nous avons décidé aussi de prendre une jeune fille au pair à la maison.

 L'appartement est assez grand, nous avons fait aménager le grenier, afin que cette fille ait son indépendance. Mon ancienne baby-sitter, Mélissa, vient de rompre avec son compagnon, je l'ai appris par hasard via les réseaux sociaux. J'avoue que j'ai pensé à elle, je la connais bien, elle est sérieuse, elle travaille depuis de nombreuses années dans la même société et si il est vrai qu'elle a passé l'âge de faire des petits boulots, elle a toute ma confiance, elle sera plutôt la gouvernante des enfants.  C'est avec joie que nous l'accueillons quelques jours plus tard. Elle s'installe avec nous et le courant passe directement avec les enfants de Nathalie. Tout se fait assez rapidement et deux semaines plus tard, nous embarquons dans un avion, direction les States.

 Nos gars sont en tournée. Nous ne leur avons rien dit, nous voulons leur faire une surprise et j'avoue que c'est assez réussi, aucun d'entre eux ne pensait nous voir durant cette période. Nous avions prévu de les retrouver durant la semaine de congé de la Toussaint, afin que les enfants ne manquent aucun jour d'école, mais avec Mélissa dans la famille, on ne s'inquiète pas, et on a décidé de partir plus tôt. Le voyage a été long, ils sont sur la côte ouest à LA. Comme à leur habitude, les concerts se jouent à guichets fermés et même si Thomas ne s'intéresse plus aux chiffres de vente, je sais qu'il regarde régulièrement les taux d'occupation des stades dans lesquels ils chantent. Maintenant c'est vrai que si les gens achètent des billets de façon à ce que les concerts soient sold out, c'est que les statistiques de ventes sont bonnes. Personne ne va à un concert dont il ne connaît pas les chansons, c'est logique.

 Los Angeles, la cité des anges, est une ville animée, bercée par le soleil, les palmiers, les larges avenues. Nous avons leur programme via Oliver, et arrivons à leur hôtel, mais sans rien avoir mentionné. Ils sont tous au repos, dans une salle de massage. Oliver s'est arrangé pour que la masseuse qui s'occupe de Thomas et celle qui s'occupe d'Hector soient remplacées par nous deux. J'ai trouvé l'idée excellente. J'adore Oliver  ! Nous nous installons tout d'abord dans nos chambres respectives, puis nous descendons dans les salles de massages. Il fait calme, une musique de fond est diffusée, de nombreuses bougies sont allumées et créent une ambiance cosy. Les murs sont peints dans des tons orangés, terre de Sienne, jaunes ou encore ocres. De l'eau et du thé sont en libre-service. Les clients circulent en pantoufles et en peignoirs de bain. Nathalie prend place dans la salle de massage et je fais de même.

 Thomas est couché sur le ventre, il a une serviette sur les fesses, ses cheveux sont ramenés sur le sommet de son crâne en une espèce de palmier. Il a les jambes légèrement écartées, ses bras pendent le long de la table. La masseuse me sourit, me montre d'un signe de la tête où se trouve le bol d'huile, se déplace lentement et sort de la pièce. Je trempe mes mains dans l'huile et je les porte à son dos. J'essaye de lui enlever les nœuds qu'il a à la hauteur des omoplates. Son dos est large, musclé, comme tout le reste de son corps, il a la peau toujours bronzée, il adore le soleil et pour un blond, il a une très bonne peau, il y fait attention et ne sort jamais sans crème solaire. Mes doigts se concentrent sur son dos, ses épaules, ses omoplates. Je suis un peu surprise qu'il n'ait pas reconnu mes mains, peut-être même déçue, mais malgré tout, je continue de m'occuper de lui, j'adore cela et je pourrais laisser courir mes doigts sur son corps pendant des heures et des heures. Ses épaules se relâchent, lentement, son corps s'assouplit et mes mains continuent de descendre vers le creux de ses reins. La première fois que je bouge la serviette, il ne dit rien, la deuxième fois, il la remet en place, la troisième fois lorsque je l'ai tout à fait enlevée, il se bouge légèrement et me dit :

— Ma princesse, il va falloir continuer ce que tu as commencé.

— Bonjour mon prince, je pensais que tu n'avais pas reconnu mes mains.

— Tu imagines que tu as tes mains sur moi depuis une demi-heure et que je ne les ai pas reconnues ? Rassure-toi ce n'est pas le cas du tout, mais je voulais savoir jusqu'où tu irais, me dit-il en tournant son visage vers moi et en me souriant. Il se met sur le côté et là je dois dire que je constate que son corps a reconnu mes mains, c'est un fait indéniable. Il me sourit, enlève le palmier qu'il a sur la tête et s'assied sur la table de massage. Il me prend les mains et les masse, me sourit, m'embrasse tendrement.

— La vraie masseuse a mis une seule fois de l'huile sur mon dos, après c'est toi qui m'as massé. J'ai su que tu étais là au moment où tu es rentrée dans la pièce.

— Ah oui, et tu n'as rien dit  ?

— Non, je voulais profiter de tes mains sur mon corps.

— Comment as-tu su que c'était moi  ?

— J'ai un radar ma princesse, quand tu entres dans une pièce, je sais que tu es là. Tu as fermé la porte et je bandais comme un âne, mais je te le dis, je voulais profiter d'avoir tes mains sur moi, tu sais bien que j'adore ça, et je pense que tu apprécies de t'occuper de moi et de mon corps ? Non ?

 Ses mains n'ont pas cessé de caresser les miennes, ses lèvres ont déposé de petits baisers sur les miennes, dans mon cou, le long de ma mâchoire, sur le décolleté de mon t-shirt, invariablement ses mains, ses doigts, ses lèvres retrouvent leur place. Cela fait plus d'un mois que l'on ne s'est pas touchés, mais l'instinct refait surface et nous nous trouvons. Nous savons ce qui est bon l'un pour l'autre. Ses mains remontent le long de mes bras, et j'en profite pour passer les miennes dans ses cheveux, je démêle les nœuds que l'élastique a causés. Sa crinière est magnifique  ! Il y a une époque durant laquelle on parlait plus de ses cheveux dans la presse que de ses qualités musicales, mais comme il l'a dit  : « l'important c'est que l'on parle de nous  ! »

 La lumière est tamisée dans la salle de massage, de nombreuses bougies brûlent et envoient des reflets de différentes formes sur les murs. Son regard est vissé au mien, il a écarté un peu plus les jambes, afin que je me mette plus près de lui. Nos corps ont besoin de se toucher, c'est devenu vital. Je ne pense pas qu'un jour nous pourrons nous passer l'un de l'autre, je n'ai jamais connu ce sentiment et aujourd'hui je ne souhaite qu'une seule chose, ne plus jamais m'en séparer. C'est une sensation merveilleuse, le bonheur simplement. Être heureux car l'autre l'est aussi, car l'autre est présent. Nous ne demandons rien de plus, pour nous c'est énorme vu le métier qu'il fait, mais pour rien au monde, je ne voudrais qu'il n'en change. La musique c'est sa vie, sans elle, il ne serait pas devenu ce qu'il est, il ne serait pas devenu l'homme que je respecte, que j'aime. Celui qui sera je l'espère le père d'un ou de plusieurs de mes enfants, avec lequel je veux partager ma vie.  L'homme avec lequel je veux vieillir.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 2 versions.

Recommandations

Jean-Paul Issemick
Chronique romancée sur fond autobiographique pendant les trente glorieuses.
343
551
516
146
Pierre Sauvage
1861. L’Empire s’étend sur toute l’Europe.

L’Aiglon, fils du Grand Napoléon, règne en maître sur des centaines de millions de citoyens, de l'Oural jusqu'à l'Angleterre vaincue plus de cinquante ans plus tôt. Dans cet univers militarisé, dans une capitale en proie aux meurtres et à la violence, l’inspecteur Lepois survit, exerçant son métier à sa façon.

--------------------------

Ce roman est issu de l’univers développé dans l’éveil et se déroule deux ans auparavant. Il s'agit d'une uchronie dans laquelle Napoléon I aurait envahi l'Angleterre au lieu de filer tout droit vers l'Autriche Hongrie et Austerlitz. D'où une certaine "liberté" avec l'Histoire avec un grand H.
Il peut sans peine se lire de façon isolée (et je l’espère, il peut sans peine se lire tout court), pour qui n’aurait pas lu le précédent roman (honte sur vous !), les personnages et l’histoire étant différents.
Bonne découverte à vous et merci d’avance pour les échanges que nous aurons ensemble (en tout bien tout honneur).
262
587
2474
362
Grunni
Une nouvelle normalement courte, sans prétention, qui se créera au fil de mon imagination... je ne sais pas encore trop où tout cela va bien pouvoir mener.
17
51
52
17

Vous aimez lire Tara Jovi ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0