CHAPITRE 28 : THOMAS

8 minutes de lecture

 Cela fait un bien fou de retrouver cette femme, MA femme, même si un lit d'hôpital n'est pas l'endroit approprié pour ce genre d'exercice. Je l'aide à se lever pour aller prendre une douche. On y va ensemble, mais on passe uniquement dans la douche pour se laver, ce qui nous fait éclater de rire, nous n'avons jamais pris de douche ensemble uniquement pour nous débarbouiller. La journée se déroule comme prévu, Thérésa et le docteur Lemmens passent en début d'après-midi et c'est juré, nous sommes habillés. On enlève l'attelle de la jambe de Caroline qui est de toutes les couleurs, mais tout est bien en place. Elle peut commencer la rééducation. Elle marchera sans peine.

 Je dois dire que lorsque Stephen, son fils, m'a téléphoné pour me dire qu'elle était à l'hôpital, mon cœur s'est arrêté de battre, surtout lorsqu'il m'a annoncé qu'elle s'y trouvait suite à des coups . C'est une attitude que je ne comprends pas, on ne frappe personne et certainement pas quelqu'un de plus faible que soi. Chez nous, je n'ai jamais vu cela, mes parents nous ont élevés dans la joie, dans l'amour. Je ne vais pas affirmer que c'était tous les jours « rose », parfois il y avait des tensions, mais jamais personne n'a été frappé, personne, même pas nos chiens, alors forcément quand j'ai reçu ce coup de fil, cela m'a ébranlé et la voir couchée dans ce lit sans bouger n'a pas été facile non plus. J'aime cette femme et je veux vivre avec elle. Entre parenthèses, je voudrais d'ailleurs que nous annoncions la bonne nouvelle de notre bébé à mes frères du groupe et de sang. Le groupe est ici avec moi.

 Dès que j'ai raccroché, j'ai entendu Julian demander à Oliver « fais apprêter l'avion, on décolle dans une demi-heure » et quelques minutes plus tard, nous étions en route pour l'aéroport.

 C'est ce que j'aime chez ces hommes, peu importe les difficultés que l'un ou l'autre a connues, les autres ont toujours été là, présents, prêts à agir dans les quelques minutes qui suivaient. Je préviendrai ma famille "biologique" quand je rentrerai, nous sommes à nouveau au Madison Square Garden à partir de samedi soir. Nous avions deux semaines de break, mais « Guns&Roses » ont annulé quatre soirs au Madison, Oliver nous l'a fait savoir et nous avons accepté. Nous sommes chez nous au Madison, les meilleurs concerts que nous avons donnés, ont eu lieu dans ce stade, même si je dois dire que ces derniers temps, pour moi le meilleur a été Hyde Park, vu que j'y ai rencontré ma femme et Slane Castle a été un fantastique moment de partage avec U2.

— Ma princesse, nous avons loué tout un étage du Novotel, et je voudrais, enfin si tu es d'accord, partager notre grossesse avec les gars, vendredi soir. Je suis fier d'être papa à nouveau et je souhaiterais, si tu veux bien, annoncer cela. J'avais l'idée aussi de le mentionner à Oliver ainsi qu' à Jessica et Jackson. Ils sont également ici.

— Excellente idée, me répond-elle. Elle ajoute : « tu as déjà prévenu tes parents, tes frères et tes enfants  ? »

— Non, je vais prévenir mes parents et mes frères quand je rentrerais samedi. Mes autres enfants, pas pour le moment, il faut que nous puissions trouver une solution pour Dorothé. Je ne veux pas de fuite et je sais que je peux, que l'on peut faire confiance aux personnes que je t'ai citées, je lui précise, en la prenant dans mes bras et en l'embrassant.

— D'accord pour vendredi soir, elle acquiesce.

— Que se passe-t-il vendredi soir  ? nous lance Julian en entrant. Il s'avance vers nous et nous embrasse.

— Mec, tu dois vraiment apprendre à frapper à la porte avant d'entrer, je le gronde en le serrant dans mes bras.

 Cela me fait toujours un bien fou de le voir, de l'avoir auprès de moi. On a traversé tellement de choses ensemble. Et même si nous avons franchi ces moments de la vie à quatre, j'ai toujours été plus proche de Julian, tout comme Hector et Hugo le sont plus entre eux. Nous avons toujours fonctionné comme cela. Je pense que chacun a trouvé son équilibre au sein du groupe. Julian entre sans frapper, je le fais aussi, mais ni Hector, ni Hugo ne se permettraient de faire cela.

— Tu n'as pas répondu à ma question, que se passe-t-il vendredi soir  ? Et pourquoi je devrais frapper à la porte, je vous ai déjà vu à poil tous les deux, ne t'inquiète pas  ! ajoute-t-il en prenant Caroline dans ses bras.

— Je voulais que nous dînions ensemble vendredi soir, vous repartez samedi matin et je voulais passer du temps avec vous tous, explique Caroline, un grand sourire sur les lèvres.

 Je lui fais un clin d'œil, j'apprécie sa réponse.

— Avec nous tous  ? interroge Julian d'un ton incrédule en soulevant ses sourcils. Avec moi, je peux comprendre, mais les autres  ? Un mec comme moi d'accord, mais le groupe  ? dit-il en faisant un clin d'œil Caroline.

— Ton égo n'a d'égal que ta gentillesse, le complimente Caroline en passant sa main sur la joue de Julian.

 J'aime ces deux personnes et cela me fait très plaisir qu'elles s'entendent aussi bien. Ils sont complices, et, ce depuis la première rencontre. C'est agréable de savoir qu'ils peuvent compter l'un sur l'autre, dans n'importe quelle situation. Parfois, j'ai même l'impression qu'ils connaissent des choses que je ne connais pas, mais bon, aucun tracas, chacun doit avoir son jardin secret.

— Je vais nous réserver un bon dîner, annonce Julian, tu as envie de quoi  ? Italien  ? Oliver peut se joindre à nous  ? Où tu nous veux uniquement nous  ?

— Italien, c'est parfait, j'approuve, oui Oliver bien sûr et Jessica et Jackson aussi s'il te plaît, s'ils sont encore là ?

— Oui, ils sont là. Ils repartent avec nous samedi matin. Tu peux sortir quand ? questionne Julian.

— Vendredi matin, pour les onze heures.

— On sera là, c'est promis, s'engage-t-il en se glissant dans un fauteuil comme s'il était chez lui.

 J'ai toujours été impressionné par sa façon de s'installer. Vous pouvez mettre Julian au milieu du désert, au milieu d'une banquise, il va se tourner quelques minutes, le temps d'observer son environnement et voilà, il se pose. Le docteur Lemmens entre à ce moment-là et s'approche de moi en disant :

— Thomas, je suis désolé, mais vous vous souvenez de ce que vous m'avez dit ?

— À quel sujet doc  ? je m'enquiers.

— Bah, je vous ai confié que mes filles étaient de grandes fans, elles sont passées me chercher et forcément, elles ont vu qu'il y avait une nuée de gens à la réception de l'hôpital, en faisant leur enquête, elles savent que vous êtes dans mon service... Je ne vais pas pouvoir les arrêter bien longtemps, s'excuse le docteur Lemmens.

  Il semble gêné, mais nous, nous avons l'habitude de ce genre de réaction, et puis sans notre public, nous ne sommes rien.

— Je suppose que vous devez être un membre du groupe  ? Une de mes filles n'a que des photos de Thomas, mais l'autre n'en a que de vous. Vous êtes  ? questionne-t-il en tendant la main à Julian.

— Bonjour doc, je suis Julian, je suis le guitariste du groupe. Et nous serions très heureux de faire la connaissance de vos filles, ajoute Julian en se levant et en serrant la main du docteur Lemmens.

— Ravi de faire votre connaissance Julian et ne m'en veuillez pas, mais je ne suis pas fan de musique, précise le docteur en s'excusant presque.

— Aucun problème, vous faites votre taf en tant que médecin, vous avez remis Caroline sur pieds, c'est le principal.

Le docteur ouvre la porte et appelle ses filles.

— Thomas, Julian, je vous présente Anna et Alicia, mes filles, indique-t-il .

 Il nous laisse et s'approche de Caroline. Ses filles sont charmantes, elles nous expliquent que le concert de Slane Castle était le meilleur qu'elles aient vu, pourtant elles étaient à Dublin, à Hyde Park, à Manchester. On a des fans sympas en face de nous, c'est agréable. On se prête au jeu, cela fait partie de notre boulot et je dois admettre que quelque part, on ressent de la fierté. On a donné du bonheur à ces gens grâce au taf que l'on fait et savoir qu'un concert ou un autre leur a plu, fait plaisir à entendre. Nous avons pris des photos, nous avons dédicacé des CD et des bouquins et je téléphone à Oliver afin qu'il s'occupe de leur réserver deux soirs au Madison en VIP, elles sont folles de joie.

 Je remarque aussi que si Julian se prête aux photos ou aux dédicaces, il a quelque chose de changé. Cela fait plusieurs fois que je le remarque, mais je n'ai jamais rien dit. Il n'est pas distant envers les fans, mais Julian c'est la belle gueule du groupe, je ne me plains pas de mon physique, loin de là, je pense avoir encore quelques beaux morceaux, mais Julian a ce petit quelque chose que les autres n'ont pas. Je suis le beau gosse, il est la belle gueule. Il est aussi grand que moi, aussi large, ses cheveux sont noirs corbeau. Il les laisse longs comme les miens, il a de grands yeux verts, toujours souriants. Il a une mâchoire très carrée, de magnifiques dents blanches, il entretient son physique par des séances régulières de sport, même si ce n'est pas toujours du sport en salle, mais plutôt en chambre.

 Julian a ce petit quelque chose que l'on nomme le charisme et rien à faire, lorsque vous entrez dans une pièce et que Julian y est, vous le voyez d'abord lui. Il a toujours sauté sur l'occasion, dès qu'il pouvait avoir un numéro de téléphone d'une fille, d'une femme il le faisait et il s'en servait. Ici une fois de plus, il ne fait aucun commentaire sur le sujet et s'il prend la pause avec Anna et Alicia, je sens qu'il a mis une barrière physique entre lui et les femmes. Faudra que je lui pose la question, aurait-il quelqu'un dans sa vie sans m'en parler ? Je laisse cette info dans un coin de ma mémoire, mais il faut que je lui pose la question, ce n'est pas la première fois que cela arrive ces derniers mois.

 Les filles sont folles de joie et je vois le pauvre docteur Lemmens qui est assailli de questions et de commentaires lorsqu'ils quittent tous les trois la chambre. Julian nous a fait monter à dîner et nous nous installons tranquillement pour manger. Caroline est souriante, elle a retrouvé des couleurs, ses yeux sont brillants malgré les cernes noirs. Nous passons une très bonne soirée, oui même dans une chambre d'hôpital car pour moi, ce qui est important ce sont les personnes qui m'entourent et là que puis-je demander de plus  ? La femme que j'aime est auprès de moi et en plus, elle construit un magnifique petit être en son sein. Mon frère est là aussi. Je les laisse discuter de cinéma. Ils sont fans tous les deux, et cela m'enchante de les voir ensemble. Je constate que tout y passe, les films français, les « Fast and Furious » ou la saga de « Star Wars ». Je suis heureux et fier de pouvoir partager ma vie avec des personnes comme ces deux-là.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 5 versions.

Recommandations

J'arrive dans 5 minutes
J'avais cinq minutes de calme et beaucoup de choses à raconter. Ce jour là, mon premier vomi de mots s'est expulsé sur l'écran de l'ordinateur pour s'étaler comme une pâte à tartiner moelleuse. Du coup, le lendemain, j'ai continué et le jour d'après aussi.
Mais il raconte quoi le bouqin ?
Ben c'est un peu déprimant, tout de go, comme ça. Je vous laisse découvrir. En tout cas, il y a cinquante-deux billets à s'envoyer sans modération. À raison d'un par semaine, ça vous fera une très chouette année. Si si. Pour préciser, quand même, car c'est important de ne pas se lancer à l'aveugle, il y a des poissons rouges, de la philo low-cost et même du nichon, saupoudrés d'un peu d'émotion mais pas trop de sérieux, des belles citations de films, une super playlist et quelques mauvaises rimes.
Voilà, à tout de suite.
788
751
1247
203
Pierre Sauvage
1861. L’Empire s’étend sur toute l’Europe.

L’Aiglon, fils du Grand Napoléon, règne en maître sur des centaines de millions de citoyens. Dans cet univers militarisé, dans une capitale en proie aux meurtres et à la violence, l’inspecteur Lepois survit, exerçant son métier à sa façon.

--------------------------

Ce roman est issu de l’univers développé dans l’éveil (excellent roman au demeurant que je ne saurais que trop vous conseiller : https://www.scribay.com/text/537964749/l-eveil) et se déroule deux ans auparavant.
Il peut sans peine se lire de façon isolée (et je l’espère, il peut sans peine se lire tout court), pour qui n’aurait pas lu le précédent roman (honte sur vous !), les personnages et l’histoire étant différents.
Bonne découverte à vous et merci d’avance pour les échanges que nous aurons ensemble (en tout bien tout honneur).
155
375
1147
259
Antoine Anglade
Le sang a coulé de nouveau dans la jungle péruvienne. Pour Julien, aucun doute possible : le massacre d’un groupe de randonneurs fait écho à l’issue tragique de l’expédition d’Aurélia Erhard… soixante plus tôt. Même lieu, même mode opératoire, il lui faut mener l'enquête. Étudiant brillant en histoire pré-colombienne, ardent défenseur des travaux polémique de l’exploratrice disparue, il saisit l’opportunité de sa thèse pour se rendre à Lima. Il embarque dans l'aventure son meilleur ami, Mourad, un monstre de muscles au code de l’honneur indéfectible et la volubile et pétulante Sylvie. Le trio plonge au cœur du Pérou, hors des sentiers battus, sur les traces des Incas, cette civilisation fascinante qui n’a pas encore livré tous ses secrets. Selon Aurélia, les Incas vivraient toujours, cachés au fin fond de la forêt. Et si l'archéologue franco-péruvienne avait raison ? Cette quête de vérité se transformera en quête initiatique, chacun des trois aventuriers découvrant au cours de ce périple la part sombre de son âme.
266
346
1037
274

Vous aimez lire Tara Jovi ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0