CHAPITRE 40 : CAROLINE

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 Dans le courant de l'apres-midi, Dorothé passe la porte.  C'est ce que j'aime chez Boris, c'est toujours clair et net. Je lui ai demandé de me ramener Dorothé, elle se trouve à mes côtés. Son ventre s'arrondit. Elle a la chance de porter l'enfant de Thomas, chance qu'elle vient de m'enlever et je lui en veux pour cela, énormément ! La perte d'un enfant est une chose qu'aucun parent ne devrait à avoir à endurer. Nous ne sommes pas programmés pour l'encaisser. Aujourd'hui je comprends ce que c'est que de perdre un enfant et je n'ose pas imaginer la douleur que vous ressentez si vous avez eu la chance de tenir ce petit être dans vos bras. Cet enfant nous l'avions conçu dans l'amour,  un peu précipitamment, il est vrai, mais le bonheur était présent. Cet enfant était le fruit d'un amour précieux et inconditionnel et la femme qui est devant moi vient de me priver de cette joie. Je suis certaine que j'aurai la chance d'avoir d'autres enfants de Thomas, mais même si c'est le cas, jamais je ne connaîtrai ce petit être qui grandissait en moi, non jamais.

— On ne va pas perdre de temps. Je t'expose la situation. J'ai perdu mon bébé par ta faute, si tu ne m'avais pas poussée dans l'escalier, je ne serais pas tombée, je n'aurais pas perdu mon enfant. Deux options, la première, tu ne fais pas ce que je te demande, ok je respecte ton choix, mais je porte plainte à la police, vidéo à l'appui. Nous étions au palais royal, la fiabilité des images ne sera pas remise en cause. Seconde option, tu signes les papiers du divorce et je ne porte pas plainte. Thomas te laisse l'appartement d'Aspen ainsi qu'une pension alimentaire pour toi, une contribution alimentaire sera versée pour les enfants. Il te laisse l'appartement de NY aussi afin que vous puissiez y vivre décemment. L'ensemble des frais des deux appartements est payé par Thomas. Il voit ses enfants quand il le veut.

— Caroline, je suis désolée, je ne voulais pas. On devrait discuter, s'il te plaît, on ...

—Tais-toi, je n'ai pas fini. À prendre ou à laisser. Si dans les trente secondes qui suivent, tu ne signes pas les documents, je porte plainte à la police.

 Je prends mon portable et je compose le numéro des secours, mais sans mettre la communication en route. Je lui montre l'écran.

— Caroline, je suis vraiment désolée, on devrait...

— Plus que vingt secondes, décide-toi  !

 Elle a compris que je ne blaguais pas. Je vois que son visage change, elle devient livide. Elle se lève, prend l'enveloppe que je lui tends, ainsi que le stylo. Elle ouvre l'enveloppe et signe l'ensemble des documents. Elle remet les documents dans l'enveloppe. Elle me la tend et ajoute :

— Tu as ce que tu veux, comme ça.

— Non, je n'ai pas la chance d'avoir l'enfant de Thomas. Et c'est vrai, c'est moi la garce dans l'histoire, j'ai volé ton mari, mais tu sais lorsqu'on a ce dont on a besoin à la maison, on ne va pas voir autre part. Tu es autant en faute que moi, peut-être plus. Sors de ma chambre !

 Elle quitte ma chambre et j'avoue que cela me fait du bien. Boris s'approche de mon lit, prend mon poignet et me fait un baisemain en ajoutant :

— Si tu étais un homme, je te dirais que tu as des couilles au cul, bravo  !

 Je lui souris et je lui demande de conserver la vidéo à l'abri. On ne sait jamais, je n'ai aucune confiance en Dorothé. Boris sort aussi et se poste devant ma porte. Thomas entre. J'ai les papiers de son divorce signés, en main. On est enfin libre tous les deux. Il s'assied sur le lit et me sourit :

— Ca ne sert à rien de demander ce que tu as fait, je suppose ?

— Tu supposes bien. Les papiers sont signés, elle a accepté le divorce.

— Merci ma princesse. On est libre, enfin, cela fait du bien, pour l'un comme pour l'autre.

— On a mis le temps, mais on y est arrivé.

 Il me sourit, passe sa main dans mes cheveux et me murmure un « je t'aime ». Il ouvre l'enveloppe et vérifie que les documents sont  signés, c'est bien le cas. Il remet les feuillets dans l'enveloppe. Il prend appui sur ses deux bras et se place au-dessus de moi. Ses lèvres sont charnues, rosées et appellent aux baisers. Je suis dans un lit d'hôpital, je viens de perdre un enfant, j'ai été opérée à la jambe, mais rien n'y fait, j'ai besoin de cet homme, mon corps a besoin de lui, j'ai envie de cet homme. Je passe mes mains dans ses cheveux en essayant comme toujours de lui faire tenir ses mèches rebelles derrière son oreille, ce qui ne fonctionne pas  ! Nos lèvres se rejoignent, nos bouches sont avides l'une de l'autre. Il me sourit :

— Je ne vais pas rester longtemps dans cette position, autrement la prochaine infirmière qui rentre fera comme Thérésa, elle me dira d'aller prendre une douche.

— Tu en as besoin ?

— Non, ça s'arrange avec le temps, bien sûr, cela ne fait que quelques minutes que je suis sur toi, il ne faudrait pas non plus tenter le diable et me faire rester ainsi plus de dix minutes, ajoute-t-il en me faisant un clin d'œil.

 Thomas se lève et s'installe en prenant son carnet en mains. Je le vois beaucoup écrire ces derniers temps, l'inspiration vient par vague chez lui. L'infirmière entre à ce moment-là, suivie du médecin. Nous parlons des prochains jours, je sais que je suis entre de bonnes mains. Je dois rester encore allongée aujourd'hui, et on commencera les exercices demain. Le médecin a confiance en son travail, et puis je lui explique que je ne suis pas contrariante, enfin du moins lorsque le médecin me donne conseil. Je sais qu'il a fait du bon travail pour ma jambe, et le gynéco connait son boulot. Je lui ai parlé, je lui ai demandé si je pouvais avoir d'autres enfants, il m'a dit "oui", avec bien sûr quelques semaines d'abstinence. Je pense que c'est ce qui va être le plus difficile, aussi bien pour Thomas que pour moi.

 Je reste une semaine à l'hôpital, je me déplace avec des béquilles, pas rapidement, mais seule, ce n'est pas mal. Thomas a voulu annuler sa tournée, je n'ai pas voulu. Il repart mardi soir pour être en concert le lendemain. Je ne veux pas que la tournée soit annulée, je peux me déplacer et Nathalie a pris la décision de rester avec moi.

 Nous sommes rentrées en Belgique avec mes enfants. Nathalie n'a pas envie de reprendre un job en "neuf-cinq", je pense que l'une comme l'autre, nous avons trop donné de ce côté-là. On a adoré notre travail, nous avions de bons rapports avec notre équipe et avec nos supérieurs, mais trop c'est trop. Elle me dit que nous traversons la crise de la quarantaine, c'est possible, je ne sais pas. Ce que je sais c'est que j'ai goûté à la liberté sans les contraintes, et au bonheur, malgré un retour de flammes, mais ce bonheur-là, je veux le conserver pour le restant de mes jours.

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