CHAPITRE 39: THOMAS

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"It's easy to say, "I love you", to someone,

but it's more meaningful to thank someone for loving you."

Jon Bon Jovi

 Boris nous rejoint en nous expliquant qu'il y a un groupe de fans qui n'a pas bougé de la nuit. Nombreux sont ceux qui sont arrivés quelques minutes après nous et qui sont toujours là. Ils ne sont pas là pour le côté morbide de la chose, ils sont là car ils souhaitent partager la vie de leurs idoles, et pas uniquement en concert.

 Même si je ne les connais pas, cela fait un bien fou d'être soutenu. Savoir que des personnes s'inquiètent pour vous, qu'elles veulent vous remonter le moral, c'est génial. Boris me dit que je dois aller dire quelques mots, il a raison, il faut que l'on y aille. Je lui demande aussi de s'arranger pour que toutes ces personnes aient des croissants, du café, du thé, des petits pains au chocolat. Il m'explique que c'est en route. Il y a une boulangerie en face de l'entrée de l'hôpital, tout est commandé et sera bientôt distribué.

 Une fois de plus, je constate que je suis entouré par un groupe d'amis, par une famille et aussi par une équipe compétente. Je ne veux pas faire attendre toutes ces personnes. Il a fait froid en plus cette nuit. J'explique la situation aux gars et Julian me dit, « je t'accompagne, on va aller leur dire quelques mots ». Hector me précise qu'il a besoin de repos, ses côtes le font souffrir et je le comprends. Boris a fait venir des personnes que je ne connais pas, Jared me confirme qu'il a mis son équipe de sécurité à notre service, raison pour laquelle je ne connais pas les hommes qui nous entourent. Nous sortons et nous nous avançons au milieu de la foule, nous nous mettons au centre et j'entends des murmures « comment va Caroline ? Comment va ta femme ? » Toujours les mêmes questions, et cela me fait chaud au cœur. Je prends la parole :

— Merci à vous tous d'être ici, c'est vraiment très gentil, sincèrement nous apprécions votre gentillesse, merci à tous. Caroline a un problème à la jambe, mais l'opération s'est bien déroulée, elle a une attelle pour l'instant, elle marchera sans souci dans quelques semaines, par contre, elle, elle...

 Je n'arrive plus à parler, les larmes coulent le long de mes joues. Julian m'a pris dans ses bras et c'est lui qui continue à parler :

— Comme l'a annoncé Thomas, l'opération s'est bien déroulée et elle marchera sans problèmes avec un peu de patience. Il marque une pause. Malheureusement, les médecins ont fait tout ce qu'ils ont pu, mais le bébé n'a pas survécu. On voulait vous remercier pour votre attente, pour votre gentillesse, vous êtes formidables, merci d'être ici. Cela fait du bien de savoir que nous avons des gens merveilleux qui nous soutiennent. Merci à tous. J'entends des questions aussi concernant le coquart que nous avons. Avant de polémiquer sur quoi que ce soit, on s'est disputé, comme peuvent le faire deux frères, mais voilà on est là aujourd'hui face à vous. On continue à jouer ensemble et toutes les dates qui sont fixées, le restent. Ah, je vois que le café et les croissants arrivent. Merci encore de votre présence. On retourne auprès de Caroline et on vous tient au courant dès qu'il y a du changement. Bonne journée à tous. Merci, on vous aime.

 On entre dans l'établissement hospitalier. Je remarque que tout est peint dans les tons pastel, un dégradé de blanc, jaune, ivoire, très doux. Cela ne peut qu'aider les gens qui sont présents. Nous sommes déjà tous ici contre notre volonté, si en plus nous sommes agressés par l'environnement, cela ne va pas nous aider.

 Je rejoins Jared et Hector qui sont en pleine discussion. Ils parlent musique, bien sûr quoi d'autre entre deux monuments comme eux. Il reste des viennoiseries, j'en prends et retourne auprès de Caroline. Je pense qu'elle doit manger, elle en a besoin. Elle est assise dans son lit  et a défait sa coiffure d'hier, ses cernes sont noirs, ses yeux sont gonflés, rouges d'avoir pleuré. Lorsque je rentre avec le plateau, elle me fait un pâle sourire et tapote le matelas pour que je vienne m'installer auprès d'elle. Ce que je fais. Je ne dis rien, lui prépare son thé, avec une cuillère de miel comme elle aime, mets du chocolat à tartiner sur un croissant. Elle me sourit, me regarde, prend mes mains et me dit  :

— Je t'aime Thomas, merci d'être là. Nous avons perdu notre bébé, mais on va sortir de cet enfer ensemble. Je suis désolée de t'avoir fait aussi peur, je ne le voulais pas. Le médecin m'a mentionné que tu as cru qu'il m'était arrivé quelque chose. Il m'a expliqué ta réaction. On va sortir de ce merdier, mais la première chose que je veux c'est rencontrer ta femme et avoir tes papiers de divorce sous la main. Tu veux bien ?

— Je t'aime aussi ma princesse et je sais que l'on va sortir de ça, car nous sommes ensemble. Pourquoi veux-tu voir Dorothé et avoir mes papiers de divorce ?

— Elle m'a poussé Thomas, elle m'a fait perdre, elle nous a fait perdre notre bébé. Soit elle signe les papiers du divorce, soit je porte plainte. C'est à prendre ou à laisser.

— Tu te trompes ma princesse, elle ne t'a pas poussée. Elle n'était pas à tes côtés quand je suis arrivé auprès de toi.

— Caroline a raison Thomas. J'étais au troisième étage, je n'ai rien pu faire, je n'aurais pas dû te quitter d'une semelle, je suis désolé, j'aurais dû être auprès de toi. J'ai vu la scène, j'ai essayé de venir auprès de toi, mais il y avait deux étages entre nous, mais j'ai tout vu Thomas, Dorothé l'a poussée.

 Les paroles de Boris me plongent dans une mer de tourments, je ferme les yeux, serre les mains de Caroline, très fort, trop fort. Ce n'est pas possible, elle n'a pas fait cela  ! Je comprends que celle que je considère comme mon « ex-femme » me déteste parce que je demande le divorce, mais de là à pousser Caroline expressément dans les escaliers, non je n'y crois pas, ce n'est pas possible.

 Pourtant lorsque Boris me tend son portable, je me rends à l'évidence, il a reçu une vidéo sur laquelle on voit clairement qu'elles se disputent. Je remarque que Caroline ne dit rien dans l'ensemble, elle essaye de l'éviter, mais Dorothé est une femme têtue, elle continue et lorsqu'elles arrivent sur le palier, elle retourne Caroline et la pousse dans les escaliers. J'ai le portable de Boris en main, je n'y crois pas, elle me déteste mais tout de même pas à ce point-là, ce n'est pas possible de vouloir autant de mal à une personne. Je suis tout de même le père de ses enfants, de quatre au moins, j'avoue que pour le cinquième qu'elle porte, j'ai un sérieux doute. Enfin si je devais être le papa de ce bébé, je m'en occuperai et avec joie. Je regarde une seconde fois la vidéo, je me tourne vers Boris et lui rends son portable :

— Tu es certain de la source de cette vidéo ?

— Tout à fait Thomas, elle vient de Vince Da Silva, c'est le gars qui travaille pour la sécurité du palais, je n'ai aucun doute sur la véracité de ce que l'on y voit et de plus, j'y étais Thomas. Je suis désolé, j'aurais dû rester à ses côtés, je m'en veux terriblement.

 Je n'ai pas le temps de réagir, Caroline prend la parole :

— Boris, viens t'asseoir s'il te plaît, ce qu'il fait.

 Elle prend ses mains dans les siennes.

— Je ne veux pas entendre ça, il n'y a qu'une seule responsable, c'est Dorothé. C'est elle qui m'a poussée. Personne d'autre n'a fait quoi que ce soit. Si nous avons perdu notre bébé, c'est de la faute de Dorothé, pas la tienne, ni la mienne, mais celle de Dorothé. J'ai entière confiance en ton travail, en ce que tu fais, et surtout en toi. La preuve, nous sommes tranquilles, tu fais ton travail d'une façon exemplaire.

— Merci Caro, tu es une femme extraordinaire, merci  !

— J'ai un gros défaut Boris, je dis ce que je pense, alors quand je te précise que j'ai foi en toi, c'est parce que c'est vrai, autrement je ne te le dirai pas. Tu crois que je te laisserais aller chercher mes enfants à gauche et à droite, autrement ? Je sais que c'est toi qui t'en es occupé, j'ai l'esprit tranquille. Ce n'est pas de ta faute, mais de celle de Dorothé, personne d'autre, elle, uniquement elle. Alors tu t'arranges pour que je la voie, rapidement et quand elle sera là, je veux que Thomas n'y soit pas, d'accord ?

— Cela sera fait, je te le promets.

— J'ai mon mot à dire ?

— Non, pas du tout  ! répondent en cœur Boris et Caroline.

 Boris nous laisse, lorsqu'il se lève de son lit, je lui rappelle que moi aussi je crois en ce qu'il fait et c'est vrai. Je connais Boris depuis une dizaine d'années, c'est un ami de Stephen. On travaille comme cela dans notre équipe, via le bouche à oreille. Tout le monde connait tout le monde, personne n'est embauché sans connaitre une autre personne. Boris a été videur dans une boite de nuit, avant cela entraîneur sportif dans un club d'arts martiaux et il a aussi malheureusement participé à la guerre en Afghanistan. Je sais que s'il avait été présent, il n'aurait en aucun cas laissé Caroline subir ce qu'elle a enduré. Il travaille avec nous, non pas pour nous. Chaque personne qui travaille au sein de l'équipe a le même sentiment, on travaille ensemble et si une personne a des ennuis, c'est toute l'équipe qui le ressent. Nous sommes tous importants dans notre organisation, que ce soit Stephen, Boris, Oliver, Kathy ou les membres du personnel technique. On fait un boulot au sein d'une communauté et même si officiellement je suis le leader du groupe, je suis le « patron » de l'entreprise, je déteste ce mot, chaque travailleur est traité sur le même pied d'égalité.

 Je ne fais aucune différence entre mes collaborateurs.  Pour moi, ils font tous partie d'une équipe, de mon équipe. Je connais les prénoms de chacun, je sais qui est marié avec qui, qui a des enfants, qui fait quoi, quand. C'est probablement la plus grande force que je possède en tant que « commandant » du bateau.

 Alors je sais que je peux faire confiance à Boris. Il a vérifié la source de cette vidéo, il connait la personne qui lui a transmis cette vidéo, de plus cela confirme ce que me dit Caroline, et il était sur place, alors comment ne pas croire en ses dires?

 En attendant, je prends soin de ma femme. Je sais que Boris va trouver Dorothé. Nous terminons notre déjeuner, elle a besoin de forces. Elle s'installe le plus confortablement possible et s'endort. J'en profite pour passer un coup de fil à Andy. Une petite heure plus tard, une enveloppe arrive à mon nom par courrier express. Les documents de mon divorce sont dedans. Mon destin va se jouer dans quelques instants.

 Dans le courant de l'après-midi, je sors de la chambre lorsque Boris arrive avec Dorothé. Je la croise à l'entrée de la porte, elle ne me regarde même pas et murmure un « bonjour » très vague. J'ai déposé les papiers de ma demande de divorce auprès de Caroline comme elle l'a demandé. Je voudrais rester pour écouter ce qu'elle a à dire, mais elle a insisté pour que je sorte, alors je respecte son souhait. Malgré tout, cela me fait peur, Dorothé lui a fait assez de mal comme cela. Boris me rassure en disant :

—Caro a demandé que toi, tu partes, moi je reste.

 Il s'installe dans un coin de la pièce et sa stature ne laisse place à aucune contestation. Il dévisage Dorothé en lui faisant comprendre qu'elle ne doit rien faire de contraire.

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