CHAPITRE 23 : THOMAS

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"Dieu qu'elle était celle que j'attendais,
Telle que je l'avais toujours rêvée
Je ne me souviens guère des gens
Ni de l'hiver, je n'ai vu qu'elle et ça n'a plus changé
Dieu qu'elle était belle, en une étincelle
Ma vie s'est illuminée"

Patrick Fiori, Dieu qu'elle était belle, 2010


 Le repas est succulent et nous passons une magnifique soirée, nous rentrons à pied à notre hôtel. Nous prenons le temps de flâner et nous nous arrêtons à une terrasse afin de prendre un dernier café pour moi, un cappuccino pour elle. Elle n'aime pas le café en général, mais un cappuccino ou un latte macchiato, elle se laisse tenter. Ses lèvres sont blanches de la crème du cappuccino, que mes doigts récupèrent en se promenant sur sa bouche. Nous arrivons à notre hôtel et prenons l'ascenseur, comme d'habitude, nous sommes au dernier étage, avoir une terrasse pour nous seuls, certains vont dire que c'est un caprice de star, mais si cela en est un, c'est un des seuls que je fais. Je ne suis pas compliqué à vivre, je mange de tout, je bois de tout, j'aime le ciné, la lecture, passer du temps avec ma famille et bien sûr la musique. J'ai toujours un petit carnet de notes auprès de mon lit, lorsque je me réveille la nuit, parfois suite au décalage horaire, j'y inscris mes pensées et je dois dire que depuis que je la connais, mon carnet est rempli. Cette femme m'inspire. Je vais ainsi pouvoir travailler sur un nouvel album.

 Si je suis facile à vivre dans la vie en général, je sais que je suis exigeant pour notre travail. Des dizaines et des dizaines de fois je vais faire enregistrer un morceau car j'estime qu'il y a le point de détail qui ne va pas. Je sais que je devrais être plus laxiste parfois, car je tape sur les nerfs des gars, mais malgré tout je sais aussi que ce petit point de détail va permettre de faire un tube planétaire. Cette rigueur me fait croire aussi que cela nous a permis d'arriver là où nous sommes aujourd'hui et nous permet de faire ce que l'on aime, avec les gens que l'on aime et en ayant créé un style qui nous est propre. Cette musique c'est la nôtre et même si on fait du rock en général, du métal en particulier, il suffit de quelques notes pour entendre que ce son nous appartient.

 Ses bras entourent ma taille et elle me sort de ma rêverie. Mes mains se déposent sur les siennes. Même si le temps passe, la passion ne s'estompe pas, dès que nos corps sont en la présence l'un de l'autre, ils réagissent au quart de tour, parfois je me dis que c'est totalement impossible, mais non c'est réel  !

— À quoi penses-tu ? m'interroge-t-elle en déposant son visage dans mon dos.

— Au fait que depuis que je te connais, j'ai rempli des dizaines de pages de notes, je vais créer quelque chose de bien pour le prochain album, tu m'inspires énormément, je lui explique en me retournant et en embrassant ses cheveux.

— Je t'inspire  ? voyons cela, lance-t-elle en m'embrassant.

 Nous sommes interrompus par une personne qui frappe à la porte, bizarre nous n'attendons personne. Nous sommes seuls à Rome, les gars sont déjà rentrés aux States. Les coups à la porte se font plus insistants.

— Je vais ouvrir, fait-elle.

 Elle se dirige vers la porte, l'ouvre et au moment où j'entends ces quelques mots, mon cœur fait une fausse note. Je reste les bras ballants, je ne crois pas ce que mes oreilles entendent, c'est impossible et pourtant...

— Bonsoir, vous devez être Caroline, enchantée je suis Dorothé. Je suppose que mon mari est avec vous, poursuit celle-ci, en se faufilant dans notre chambre.

— Bonsoir, entrez, dit Caroline.

— Bonsoir Thomas, j'espère que tu vas bien, me demande ma femme. Je ne reste pas, ne t'inquiète pas, je n'en ai que pour quelques minutes.

 Dorothé se tourne vers Caroline et ajoute :  

— C'est donc vous qui avez tourné la tête de Thomas, je pensais que vous étiez plus jeune, enfin c'est certain, il a pris un tout autre modèle, jolie fille, rien à dire. Je ne suis pas là pour ça.

— Dorothé, dites-moi ce que vous avez à dire, cela sera plus simple, suggère Caroline.

— Je vous aime bien, droit au but, vous avez raison c'est plus facile. Alors allons-y. Vous couchez avec mon mari depuis plusieurs semaines et je pensais que cela allait lui passer, mais je constate que ce n'est pas le cas. Pendant que vous vous tapez Thomas, moi je suis à la maison et j'élève ses enfants, nos enfants et il n'est pas question que cela continue. Je vous donne le choix, soit vous sortez de sa vie, soit je révèle à la presse certaines choses. Vous pouvez choisir, mais choisissez bien, il n'y aura pas de retour en arrière.

— Doro arrête, de quoi tu parles, c'est quoi cette histoire, quelles choses  ?

— Mais mon chéri, je suppose que ta petite pute...

— Je t'interdis de parler à Caro sur ce ton ! Du respect, s'il te plaît. Tu te crois tout permis car tu es Madame Da Vinni ? C'est terminé Doro !

— Je disais donc, que je suppose que vous n'êtes pas au courant du fait qu'il s'est abaissé à être gigolo pendant quelques mois ? explique-t-elle d'un timbre acide à Caroline en se tournant vers elle, avec un sourire sur les lèvres.

— Tout à fait j'étais au courant, mais j'ai reçu l'histoire complète, il a fait le gigolo pour pouvoir nourrir ses enfants, payer les factures d'hôpital de Sarah ainsi que son enterrement, sans oublier le remboursement du prêt qu'ils ont fait pour leur première vidéo. C'est tout ce que vous avez à me dire, trouvez quelque chose que je ne connaisse pas, lui rétorque Caroline.

— Doro, ça suffit, merde ! Sors d'ici ! ça suffit ! Mon sang circule a mille à l'heure au moment où je l'entends parler. Pourquoi agit-elle ainsi ?

— Ok, vous êtes au courant, mais la presse et les fans non. Alors que cela soit clair, soit vous disparaissez, soit je balance le tout.

— Doro, merde, pourquoi ? Tu veux quoi ? Il ne te manque rien ! Je veux ma liberté, je suis heureux avec Caro. Arrête de faire la garce ! Ça suffit ! Pourquoi agir ainsi ?

 Caroline pense la même chose que moi, elle questionne :

— Dorothé que voulez-vous  ? Nous n'avons fait aucun scandale, Thomas prend contact avec ses enfants régulièrement, que voulez-vous  de plus ?

— Je ne le répèterai pas, petite garce, vous disparaissez ou la presse reçoit cette info sur un plateau d'argent. Je vous laisse quelques jours et je récupère mon nom, mon argent et mon mari.

Je veux intervenir, mais Caro est plus rapide que moi.  Elle dépose sa main sur mon bras et poursuit : 

— C'est le nom et l'argent que vous voulez, allez-y, je vous les donne, je vous les laisse, et je garde Thomas.

— Pas question, je reprends ce qui est à moi et vous, vous disparaissez, c'est à prendre ou à laisser. Je connais l'histoire Caroline, ne me prenez pas pour une conne  ! Je reprends ce qui est à moi, le nom, l'argent, l'influence du nom. C'est moi qui ai partagé les années de galère, alors aujourd'hui j'en profite  ! crache Dorothé au visage de Caroline.

 Je m'approche de Caroline et je la prends dans mes bras avant d'ajouter :

— C'est ce que je représente Doro, un nom, de l'argent et l'influence du nom, c'est tout ce que je suis  ? Après vingt ans de mariage, c'est tout  ? Je suis le père de tes quatre enfants, merde, je suis plus qu'un tas de fric  !

— Ne te fais pas d'illusions Thomas, non tu ne représentes pas plus pour moi. Oui tu restes le père de mes enfants, mais je t'ai épousé avec deux bâtards sur le dos, alors s'il te plaît, laisse tomber  !

— Deux bâtards ? Tu oses traîter mes enfants de bâtards ? Mais ce sont mes enfants au même titre que Stéphanie ou Jesse, merde ce sont mes enfants  ! Je t'interdis de parler d'eux comme cela. Tu ne les as jamais aimés, tu ne t'es jamais occupée d'eux, tu n'as rien fait pour eux, absolument rien, mais ce sont mes enfants et tu n'y changeras rien.

 Dorothé se tourne vers Caroline et la regarde droit dans les yeux en insistant avec dureté  :

— J'ai été claire, je vous donne quelques jours, soit vous disparaissez, soit je révèle l'histoire cachée des  Hard Night .

— Vous avez gagné Dorothé, je rentre dimanche chez moi en Belgique, vous me laissez la semaine, cela ne tient pas à quelques jours, l'argent vous y avez accès et le nom je ne l'ai jamais sali , je ne suis qu'une employée parmi tant d'autres.

— D'accord, dimanche minuit au plus tard, décrète-t-elle en se dirigeant vers la porte qu'elle ouvre d'un mouvement brusque, se retourne et nous regarde. Elle constate d'un ton adouci  :

— En tout cas, vous devez l'aimer pour prendre la décision de partir. Je ne pense pas que l'on rencontre beaucoup de personnes comme vous. Vous avez pris la décision en quelques minutes, vous êtes une femme intelligente. Bonne soirée les amoureux, lâche-t-elle en sortant.

 Je sens les jambes de Caroline ployer, et les miennes ne résistent pas non plus. Je la tiens toujours dans mes bras, mais nous sommes assis par terre. Je sens des larmes couler sur mes mains, je la serre un peu plus mais je sais qu'elle m'échappe déjà. Pourtant elle est là, mais je ne vais pas profiter de sa présence encore longtemps. Dorothé a raison sur un point, elle m'aime comme personne, elle est prête à partir pour éviter que notre nom soit sali.

— Ma décision est prise Thomas, il n'est pas question que votre nom soit traîné dans la boue. On n'a jamais rien entendu sur votre compte, on ne va pas commencer et certainement pas à cause de moi. Je ne changerai pas d'avis, je t'aime trop pour voir ta carrière, ta vie s'écrouler, déclare-t-elle en m'embrassant.

— Caro, ma princesse s'il te plaît, il faut...

— Non c'est comme ça, il nous reste sept jours, alors on va en profiter et je ne veux plus entendre parler de Dorothé, tranche-t-elle en m'embrassant et en ouvrant les boutons de ma chemise.

 Ses larmes se mêlent à nos lèvres et à mes pleurs, mais nos corps ont besoin l'un de l'autre et s'est en pleurant que nous faisons l'amour, par terre sur le tapis de la chambre d'hôtel.

 Plusieurs heures plus tard, on se relève et on va prendre une douche. On profite de ces moments en sachant que nous avons une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Mais comme elle l'a demandé, nous n'abordons plus le sujet et la mort dans l'âme nous allons nous coucher. Son corps lové près de moi, fondu dans le mien. Cette femme m'appartient pour aujourd'hui, demain et les siècles à venir, il faut que je trouve une solution. Sa main se dépose sur la mienne et elle me murmure « je t'aime Thomas », « moi aussi je t'aime ma princesse ». La nuit est courte, remplie de cauchemars, mais avec elle à mes côtés, je sais que nous trouverons une solution, l'amour fait déplacer des montagnes, alors on arrivera à déplacer Dorothé de notre chemin.

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