CHAPITRE 13 : THOMAS (public averti)

11 minutes de lecture

 Je déteste entendre mon portable. À ce moment précis, je ne veux qu'une seule et unique chose, c'est rester auprès de Caroline, mais rien à faire, il faut que j'y aille.

— Je suis désolé ma princesse, faut que je bouge, je ne veux pas mais je dois y aller. Tu sais je voudrais rester ici, j'adore ce que je fais, j'aime et je respecte mon public, sans eux je n'y serai pas arrivé. Je veux rester avec toi, mais je veux aller chanter aussi. Je suis désolé, je.... 

— Hey, arrête, je sais que tu dois y aller, j'avoue que si tu avais pu rester quelques heures de plus, cela ne m'aurait pas déplu, me dit-elle en passant ses doigts dans mes cheveux.

 Je lui souris. Cette femme est mon rayon de soleil. Je me lève et dépose un baiser léger sur ses lèvres. Mon pouce les caresse ses, elles sont gonflées, rosies, et j'adore savoir que c'est moi qui suis l'auteur de son état.

— Je vais prendre une douche.

— Excellente idée, me dit-elle un sourire coquin sur ses lèvres.

— Je vais prendre une douche, seul, ma princesse. Si on entre à deux dans cette douche et Dieu sait que c'est ce que je souhaite, je n'arriverais jamais à temps pour commencer mon concert... 

 Je m'extirpe de son regard, de ses mains, de son corps. Faut que je bouge, autrement je n'y arriverai jamais. Elle se lève aussi et attrape un pan de ma ceinture. Ses doigts se faufilent à la hauteur du bouton de fermeture de mon jean. Je bande comme un âne depuis que je l'ai rencontrée et n'en ai pas honte. Elle m'attire vers elle, et ses lèvres rencontrent les miennes. Son pouce titille l'extérieur de mon boxer, et je n'ai qu'une envie, c'est qu'elle me l'arrache. Merde, faut que je me reprenne, mais je n'y arrive pas. Mon cerveau ne contrôle plus mes actes, ni les mouvements de mon corps.

— A tout à l'heure mon prince, me dit-elle en se reculant, mais sans sortir ses doigts de mon jean.

— Oliver t'a donné les badges d'accès ? 

— Oui, je les ai reçus, on sera là.

— Boris vous attend dehors, moi je pars avec Stephen. 

— Merci pour la voiture, à tout à l'heure, me répond-elle en lâchant enfin mon pantalon.

 Je déteste cette impression qu'elle me laisse : le vide. J'ai froid d'être loin d'elle, je la veux auprès de moi, tendrement lovée dans mes bras. Je la veux dans ma vie, dans mon lit, maintenant et pour l'éternité. Je prends ma chemise et passe mes mains dans mes cheveux pour essayer de les remettre en place, peine perdue comme à chaque fois. Après lui avoir adressé un dernier sourire, je rentre dans ma suite afin de prendre une douche et de m'apprêter.

 Julian et Jessica rentrent à ce moment-là. Jessica au téléphone et Julian commence à se déshabiller dans la salle de séjour. Il ne changera jamais celui-là  !

— Eh ! Va mettre le bordel dans ta chambre  !

— J'admets, j'en mets ici, mais toi, le bordel, il est dans ton pantalon mec, me rétorque-t-il en souriant.

 Je lui lance ma chemise au visage en éclatant de rire. Je sais qu'il a raison, le bordel est dans mon pantalon, mais il est surtout dans ma vie. Une tornade vient d'y entrer, et je ne sais pas pourquoi, ni comment faire pour y résister. En fait, je ne dois pas me poser la question, je ne veux pas y résister. J'entends Jessica et Caroline en train de discuter à la terrasse. Elles s'entendent bien, cela me fait plaisir. Je ne veux rien lui cacher. Ce soir je lui expliquerai les divers aspects de ma vie que les médias ne connaissent pas. Il faut qu'elle me connaisse, qu'elle me comprenne. Il faut qu'elle découvre l'homme, et pas le chanteur. Enfin je pense qu'elle connaît plutôt bien le chanteur. Hier soir, elle n'a pas hésité à pousser la chansonnette, aucune parole ne lui était inconnue. Honnêtement, je peux vous dire que c'est agréable d'entendre d'autres personnes chanter ce que vous avez écrit.

 C'était mon rêve de gosse d'être chanteur. Certains veulent aller sur la lune ou devenir pompier. Moi, je voulais chanter, remplir des stades, et avoir une foule devant moi en train de hurler. On a eu des débuts difficiles, on a eu faim, on vivait à quatre dans une chambre d'hôtel, on a fini par revenir chez mes parents car on ne s'en sortait plus, mais quand je vois où nous en sommes aujourd'hui, je me dis que cela valait le coup. En fait, sans mes parents, on n'y serait pas arrivé. Mes parents nous ont soutenus tous les quatre. Ils ont cru en nous, surtout ma maman, vu qu'elle aime la musique, elle nous a poussés dans ce sens. Elle nous a aidés à réaliser notre rêve d'enfant, notre rêve d'adolescent, sans cesse, elle nous a dit que l'on en était capable, si ce que l'on faisait était bon ou mauvais. Elle s'est assise des heures à écouter ce que nous avions composé. Elle a été la meilleure manager que nous puissions espérer avoir, elle est la meilleure maman du monde, c'est la mienne.

 J'entre dans la douche rapidement. Faut que je me magne, si je veux être au concert à temps. En quelques minutes, je suis prêt. J'ai enfilé un jean propre, et une chemise blanche. Je laisse les trois premiers boutons ouverts, et je retrousse mes manches. Je mets aussi autour de mon cou une chaîne avec un médaillon, en forme de S de Superman. Il est identique à mon tatouage, et je le porte à chaque concert pour me porter chance. Je passe par ma chambre, attrape un blouson en cuir, une paire de boots. Julian est prêt en même temps que moi.

— On y va ? 

— Je suis prêt, me dit-il.

— À tout à l'heure, les filles, on vous attend !

— On sera là, promis, nous disent-elles en cœur.

 Julian embrasse Caroline et Jessica sur les joues, et une pointe de jalousie m'envahit. Pas par rapport à ma fille, je sais qu'il l'adore comme si elle était la sienne, mais face à Caroline. Et c'est bon que ce soit Julian, autrement un autre mec se serait pris mon poing en pleine figure. Va falloir que je me calme, cette femme ne m'appartient pas. Une petite voix dans mon cerveau se met à parler, et prononce simplement « pas encore ». C'est vrai, elle n'est pas encore ma femme, mais à ce moment précis, je sais, j'en ai l'intime conviction, elle sera un jour Madame Thomas Da Vinni.

 On sort de la chambre au moment où Hector et Hugo sortent aussi de la leur. Hector a passé une partie de son temps avec Nathalie à flâner dans les rues de Londres. Il est heureux, cela se lit sur son visage. Nous prenons l'ascenseur, et Stephen nous attend comme à son habitude à l'arrière du bâtiment. Une horde de fans se trouve dans le hall. On s'arrête, on prend la pose, on signe des autographes. Parfois, j'avoue que l'on n'a pas envie de le faire, mais quand je vois le travail que les fans font pour nous rechercher, je me dis que l'on peut prendre une demi-heure de notre temps, et la leur consacrer. On se met en route.

— Prêts les gars  ? 

— Toujours, me répondent-ils en cœur.

 Nous arrivons un gros quart d'heure plus tard par une petite rue peu fréquentée qui donne dans Hyde Park. C'est le second soir du « Hard Rock Calling Festival », et nous en faisons la clôture. Je me souviens, il y a quelques années, on nous mettait au tout début du programme, aujourd'hui nous passons après des groupes comme U2 ou ce soir après 30 Seconds to Mars.

 Jared (1) termine et le public explose, j'adore ce groupe, j'adore Jared. Il a une voix exceptionnelle et puis surtout c'est un gars qui chante avec ses tripes. Il termine généralement ces derniers temps avec « Do or Die », cette chanson me fait pleinement penser à ma vie, c'est maintenant que je dois agir et ne pas attendre que cela passe. C'est maintenant que je veux Caroline dans ma vie, je ne veux pas avoir de regrets dans quinze ans et me dire, merde si j'avais fait ceci ou cela.

 On monte sur scène, il est un peu plus de vingt heures, Hugo et Hector entrent, Julian fait son show de gauche à droite. Les femmes sont en délire à chaque fois qu'il entre sur scène. Ce mec est l'incarnation de tous les péchés sur terre. Il a un physique de rêve et il l'entretient, et puis surtout, il a un charisme à toute épreuve. Comme je l'ai dit, je suis le leader du groupe mais sans Julian le groupe ne serait pas ce qu'il est, ou ne serait peut-être pas du tout.

 Quand j'arrive sur scène, Caroline est présente. Je ne la vois pas, mais mon corps la ressent. Je me tourne vers la droite et effectivement, elle se trouve là avec Nathalie, au milieu des autres fans qui ont gagné leurs tickets VIP. On ne fait jamais payer les tickets VIP, on fait des concours, et deux groupes de fans différents montent sur scène chaque soir. Je la regarde, je lui fais un clin d'œil elle me répond avec un sourire magistral. J'adore ce moment précis. On n'entend pas un bruit. Il y a plusieurs dizaines de milliers de personnes devant moi, et toutes respirent à l'unisson. L'électricité est palpable dans l'air. Je me dis que ces gens sont là depuis des heures pour nous, rien que pour nous, enfin là je me prends un peu la tête, Bono (2) hier soir et Jared ce soir y sont eux aussi pour quelque chose.

 Quand je pose mes deux pieds sur le podium, j'ai l'impression de prendre racine, je suis chez moi, dans mon élément, et les hurlements qui déchirent la foule me font penser que c'est une des meilleures décisions de ma vie. Je ne connais que quelques-uns des visages qui sont dans la foule, mais une seule et même passion nous unit, celle de la musique. Julian lance son rift, et nous sommes partis pour un peu moins de quatre heures de show. Les minutes passent, les heures passent, mais je ne le ressens pas, aucun de nous ne le ressent. Attention, ne croyez pas que nous sommes des surhommes. Non pas du tout, nous nous écroulons sous une douche ou dans un lit lorsque le concert est terminé, comme n'importe qui le ferait. Mais on a tellement de chance d'être ici présent que nous y mettons tout notre cœur.

 Nous terminons notre rappel, nous saluons le public. En sortant vers la droite, mon regard est attiré par un panneau sur lequel il est inscrit « Please Never Say Always » : c'est vrai qu'elle ne faisait pas partie du répertoire celle-là ce soir. Je m'avance, puis je fais marche arrière, et je demande que l'on m'apporte le panneau. Je prends le micro et je dis  :

— Et les mecs, ramenez vos fesses, on a une demande spéciale  !

— Qui a écrit cela  ? 

 Les guys arrivent, et une main se lève dans le public. Un homme d'une trentaine d'années. Je lui fais signe et je lui demande de venir sur scène. Il se faufile au travers du public. Je dois dire que l'on a un public génial pour cela, jamais d'embrouille, pas de bagarre, pas de bousculade, c'est vraiment agréable.

— Eh ! tu ne vas pas t'en tirer comme cela  ! Viens ici avec moi sur scène, tu me fais faire des heures sup, alors bouge aussi  ! 

 Le gars arrive, et me regarde en me disant « merci mille fois Thomas ».

— Comment t'appelles –tu  ? 

— Henri, me murmure-t-il.

 Il a l'air impressionné d'être ici sur scène. 

— Henri, très british, je lui dis en le prenant pas les épaules.

— Henri, pourquoi cette demande, pour qui cette demande ? 

— Bah, vous ne l'avez pas chanté ce soir, et c'est ma chanson préférée et puis surtout, je me suis dit que si vous acceptiez de la chanter, moi je me mettrais à genoux et je demanderais la femme que j'aime en mariage. Annie, voudrais-tu s'il te plaît me faire l'honneur de devenir ma femme  ? 

 Il joint l'acte à la parole, et se retrouve à genoux sur scène, une bague en mains. Décidément, deux demandes en mariage en deux jours, c'est une bonne moyenne. Je vois sur les écrans géants que Tony notre caméraman en chef scrute le public et trouve Annie, une charmante petite rousse, les joues baignées de larmes, mais des larmes de bonheur. Je prends à nouveau le micro et je regarde Annie.

— Annie, je pense que cette question mérite une réponse, non ? Et puis Henri ici à genoux... Cela fait désordre. Alors c'est oui ou non  ? Annie se bouge au travers de la foule, et plein de gens la félicitent. Elle arrive sur scène, et Henri reprend le micro :

— Annie, nous nous sommes rencontrés ici il y a dix ans. Thomas interprétait la chanson « Never Say Always », tu m'as bousculé avec des softs en main, tu as tout renversé sur moi. Je t'ai rattrapé afin que tu ne tombes pas, et depuis ce jour-là, nous ne nous sommes plus quittés, alors voudrais-tu s'il te plaît accepter de m'épouser ? 

 Annie s'avance et dit oui. Enfin je dois être le seul à l'entendre car personne ne bouge. Je prends mon micro et annonce :

— Elle a dit oui !

 Le public éclate dans une ovation magique. Henri se lève, passe l'anneau au doigt d'Annie, et la prend dans ses bras. Un couple de plus qui s'est formé grâce à nous. Je vais penser à ouvrir une agence matrimoniale... à ce moment précis mon regard rencontre celui de Caroline. Des larmes coulent le long de ses joues, je la vois déglutir difficilement. Je sais qu'un jour le mec à genou sur scène se nommera Thomas, et la femme qui dira oui se prénommera Caroline. Je pense au mariage, à mon mariage. Je me suis déjà marié deux fois, or on dit "jamais deux sans trois". Mon premier mariage s'est fait en catastrophe lorsque j'ai épousé Sarah, mon deuxième s'est fait sur un coup de tête à Vegas avec Dorothé, je sais que le troisième sera le bon, et le dernier. Je sais que la femme de ma vie est ici devant moi. Je n'ai jamais pensé à cela. Sarah a été, est et restera la femme de ma vie, mais aujourd'hui, je sais que je vais pouvoir avancer, continuer ma route. Sarah sera toujours à mes côtés, mais Caroline reprend le flambeau. Ma vie s'illumine à nouveau, je sais que je vais dans la bonne direction.

— Merci Thomas, merci pour tout, me disent-ils tous les deux.

— Je vous souhaite tout le bonheur du monde, soyez heureux  !

 Nous nous installons, et nous leur offrons leur chanson. Dans quelques mois, lorsque je chanterai cette chanson, je la leur dédierai.

Note  (1): Jared Leto est le leader/chanteur du groupe 30 Seconds to Mars. Do or Die est une chanson du groupe écrite et produite par Jared Leto 2010/2011 album « Love, Lust, Faith+ Dreams »

Note (2) : Bono est le leader très charismatique du groupe Irlandais U2

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 7 versions.

Recommandations

Pierre Sauvage
1861. L’Empire s’étend sur toute l’Europe.

L’Aiglon, fils du Grand Napoléon, règne en maître sur des centaines de millions de citoyens. Dans cet univers militarisé, dans une capitale en proie aux meurtres et à la violence, l’inspecteur Lepois survit, exerçant son métier à sa façon.

--------------------------

Ce roman est issu de l’univers développé dans l’éveil (excellent roman au demeurant que je ne saurais que trop vous conseiller : https://www.scribay.com/text/537964749/l-eveil) et se déroule deux ans auparavant.
Il peut sans peine se lire de façon isolée (et je l’espère, il peut sans peine se lire tout court), pour qui n’aurait pas lu le précédent roman (honte sur vous !), les personnages et l’histoire étant différents.
Bonne découverte à vous et merci d’avance pour les échanges que nous aurons ensemble (en tout bien tout honneur).
183
423
1418
301
J'arrive dans 5 minutes
J'avais cinq minutes de calme et beaucoup de choses à raconter. Ce jour là, mon premier vomi de mots s'est expulsé sur l'écran de l'ordinateur pour s'étaler comme une pâte à tartiner moelleuse. Du coup, le lendemain, j'ai continué et le jour d'après aussi.
Mais il raconte quoi le bouqin ?
Ben c'est un peu déprimant, tout de go, comme ça. Je vous laisse découvrir. En tout cas, il y a cinquante-deux billets à s'envoyer sans modération. À raison d'un par semaine, ça vous fera une très chouette année. Si si. Pour préciser, quand même, car c'est important de ne pas se lancer à l'aveugle, il y a des poissons rouges, de la philo low-cost et même du nichon, saupoudrés d'un peu d'émotion mais pas trop de sérieux, des belles citations de films, une super playlist et quelques mauvaises rimes.
Voilà, à tout de suite.
807
757
1249
204
Claire KAPL

" Maman, je déteste les soeurs, je veux pas de soeurs, tu aurais dû me faire en premier pour choisir si je voulais une soeur ou pas.... "

Aphélie. 6 ans.
428
152
2
3

Vous aimez lire Tara Jovi ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0