CHAPITRE 36 : THOMAS

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 On passe la journée à flâner, les filles sont déjà habillées et j'avoue que je suis déçu, j'aurais bien passé la journée au lit avec ma femme. « Ma femme », je me rends compte que j'utilise cette expression de plus en plus, va falloir remédier à ce problème. Les filles souhaitent que l'on aille se promener à Hyde Park, ce que nous faisons bien sûr. Une casquette sur la tête, des lunettes solaires sur le nez, nous ressemblons à n'importe quel groupe d'amis qui a décidé de passer du temps à Londres. Il fait frais, mais le ciel est bleu et le soleil brille. J'aime Londres, j'aime ce contraste qui existe dans la ville, entre les balades à Hyde Park et la vie trépidante des environs de Waterloo Station, il y en a pour tous les goûts.

 Nous partageons un déjeuner dans le quartier chinois, avec beaucoup de bonheur. Cela peut sembler idiot, mais nous nous interrogeons lorsque le garçon nous dit d'attendre, nous faisons la file comme tout le monde afin d'avoir une table, cela fait des années que nous ne le faisons plus, dans la majorité des cas, Oliver nous a tout préparé, et dans les autres cas, nous utilisons notre notoriété, la célébrité a quelques avantages tout de même  ! Nous sommes installés dans un coin tranquille à l'abri des regards indiscrets et nous profitons pleinement de notre repas. Après, nous avons décidé d'aller visiter le musée des carrosses royaux. Je ne le connais pas du tout, Caroline m'explique qu'elle l'a déjà vu et que cela en vaut la peine. Elle a tout à fait raison, c'est splendide. Nous y flânons comme des enfants au milieu d'un parc d'attractions.

 Le soir, Oliver nous a réservé une table au Hard Rock Café, une soirée spéciale « 30 Seconds To Mars » s'y déroule. On y fête l'anniversaire de la sortie de l'un de leurs singles. J'en profite pour téléphoner à Jared en lui demandant s'ils sont toujours à Londres, sa réponse est immédiate, « on est là dans une demi-heure, agrandit la table ».

 Caroline, Jessica, Jennifer et Nathalie ont des feuilles pour s'inscrire au Karaoké, pourquoi pas, cela peut être sympa. Je n'ai pas l'habitude de chanter de cette façon, ni aucun d'entre nous d'ailleurs. Le repas est servi, enfin la junk food est servie, mais tout est bon et frais, et puis surtout nous sommes ensemble. Que demander de plus ? Nos quatre femmes montent sur scène et entament « Closer to the Edge ». Elles connaissent les paroles, elles s'amusent comme des folles et toute la salle chante avec elles mais de là à dire qu'elles chantent juste... Disons qu'il y a un petit effort à faire, enfin au moins elles s'amusent. Je ne les ai pas vus entrer, mais Caroline s'est arrêtée une fraction de seconde, le temps de tendre un micro à Jared qui est devant elle. Il se prête au jeu, il monte sur scène avec elles quatre. C'est nettement plus juste  ! À eux deux ils entament le refrain « No, I'm not saying, I'm sorry, maybe one day, we'll meet again... ». Ils s'amusent comme des fous. Malgré tout, je n'aime pas que Jared la regarde avec ces yeux-là. Il la dévore du regard et la jalousie bout dans mes veines. Je sais que je peux lui faire confiance à elle, mais lui, aucune femme ne peut y résister, aucune. Il est connu dans notre monde pour son charisme, sa beauté physique. Tout le monde sait qu'un physique comme celui-là, on l'utilise. Julian doit ressentir ce que je pense car il se penche vers moi et il me dit « il peut y en avoir des dizaines comme Jared, c'est toi qu'elle aime ». Je sais qu'il a raison, et je n'ai pas l'intention de faire un scandale, ce n'est pas dans mes habitudes, ce n'est pas mon caractère, loin de là. Mais on est jaloux de ce que l'on aime non ?

 Shannon, son frère s'est présenté à l'accueil, il a forcément été reconnu. Le resto est fermé sauf pour les réservations du second service. Nous avons fini par monter sur la scène du karaoké aussi et on s'est amusé comme des gosses. Avec Jared, j'ai repris des standards de Bon Jovi et de U2 et j'avoue que le mélange du son de nos deux voix ne sonne pas mal du tout. On devrait penser à faire quelque chose ensemble. Cela fait longtemps que l'on n'a plus déconné comme cela. Le public est ravi, la seule chose que l'on a demandée est de ne rien mettre sur les réseaux sociaux tant que nous ne sommes pas sortis d'ici. Le public est formidable, rien ne filtre.

 Il est un peu plus de 3h du matin lorsque nous sortons, tout est calme, enfin comme peut l'être Londres au milieu de la nuit. Caroline sort son portable dans la voiture, la porte fermée, les réseaux sociaux sont envahis de messages de remerciement, de photos, de vidéos. La soirée était vraiment sympa. J'attire Caroline dans mes bras, son corps m'a manqué, tout comme elle :

— Ne sois pas fâchée, mais ne change pas de boulot pour te lancer dans la chanson.

— Quoi, tu veux dire que je chante faux, me dit-elle faussement offusquée ?

— Disons, pas faux, mais pas tout à fait juste...

— Il me faut un prof de chant, qu'en penses-tu ?

— Excellente idée, je pose ma candidature.

— Candidature acceptée, contrat établi, il faut juste discuter du prix, me confirme-t-elle en venant s'installer sur mes genoux et en m'embrassant.

 Ses lèvres sont douces, humides, j'ai besoin d'elle, j'ai envie d'elle.

 Bon sang, ce qu'il a pu me manquer. J'aime cet homme de toute mon âme, de toutes mes forces. Lorsque je m'installe sur ses genoux, je suis à ma place, mon corps à côté du sien et même si je commence à avoir un petit ventre, vu ma grossesse, nos deux corps trouvent leur place naturellement, d'instinct.

 Je passe mes mains dans ses cheveux, j'essaie une fois de plus de remettre sa mèche à sa place, ce qui une fois de plus ne se fait pas. Son pouce passe sur ma lèvre inférieure et je le mordille comme à mon habitude. J'adore tous ces petits gestes que l'on a mis en route entre nous. Ils sont faciles, tendres, ils n'appartiennent qu'à nous. Je pense « nous » et cela me fait sourire.

— À quoi penses-tu ? Non, mauvaise question, la dernière fois que je t'ai demandé cela tu m'as répondu « à Julian ».

— Idiot va, je pensais « à nous » tout simplement, je lui réponds en souriant. À nous aussi, je lui dis en prenant sa main et en la déposant sur mon ventre.

— Tu veux une fille ou un garçon ? me demande-t-il.

— Je veux un enfant en bonne santé, le reste n'a pas d'importance, un enfant de toi, c'est un cadeau merveilleux, je lui réponds en l'embrassant tendrement.

 Ses lèvres sont tendres, rosées, elles ont le goût du vin blanc qu'il a bu. Il aime les vins doux, sucrés. Ses lèvres se font plus pressantes, ses mains agrippent mes hanches et il approche mon corps du sien. Sa langue fouille ma bouche et s'enroule autour de la mienne. C'est une sensation très agréable, un goût délicieux. Ses carresses se calment, ses lèvres ne déposent plus qu'une pluie de petits baisers sur chacune des miennes, mais si sa bouche ralentit la cadence, le feu qui brille dans ses yeux le consume d'une façon dévorante. Il me sourit, passe ses mains dans mes cheveux en enlevant la tresse qui s'y trouve,

— Je veux plus ma princesse, beaucoup plus. C'est le deuxième soir que l'on passe ensemble après des jours d'abstinence et je n'ai pas encore réussi à t'avoir à moi seul.

— Que vas-tu me faire  ? je lui demande en arquant les sourcils pour bien montrer mon étonnement.

 En réalité c'est surtout du soulagement, j'ai besoin de lui, de son corps, de ses mains sur moi.

— Tu veux savoir ? me murmure-t-il en embrassant ma joue, mon cou, mon épaule, on est bien curieuse, me semble-t-il ...

— On apprend beaucoup de choses lorsque l'on est curieux, je lui réponds en l'embrassant.

 Nous arrivons à notre hôtel, trop tôt car je ne veux pas partir de ses genoux, ou trop tard car nous sommes tous les deux excités et si chez moi, cela ne se voit pas trop, Thomas sort sa chemise de son pantalon afin de cacher un minimum son état. Il me murmure :

— J'ai vraiment un souci de vêtement, surtout quand je suis avec toi, s’explique-t-il en me prenant la main. Il ajoute à l'intention de Boris : « un grand merci, bonne soirée et bonne nuit. Boris demain on se débrouille, ne t'inquiète pas, on prend un taxi pour la journée, tu peux être là pour la soirée de demain  ? »

— Bien sûr Thomas, je serai là, 19h00. Bonne nuit à vous deux aussi, lance-t-il en nous faisant un clin d'œil.

— La soirée de demain  ? Où allons-nous  ?

— Nous sommes invités au Palais Royal, et tu m'accompagnes. Ne t'inquiète de rien, ta robe sera déposée demain matin dans notre chambre.

— Au Palais Royal, tu te fous de moi  ?

— Pas du tout, Kate et William veulent féliciter le groupe qui a récolté le plus d'Awards, et c'est nous. Mais rassure-toi, U2 et Jared seront présents aussi, ainsi que tous les nominés de la soirée.

 Nous traversons le hall de l'hôtel, nous nous dirigeons vers les ascenseurs, bien sûr, nous sommes à la suite royale. Thomas veut jouir d'une terrasse lorsqu'il descend à l'hôtel. Il use parfois de son nom pour prendre une table ou un bon vin, mais autrement, jamais il ne fait de caprice, ni lui ni les autres membres du groupe.

 La porte de l'ascenseur s'est à peine refermée que je me retrouve contre lui. Il attrape mes bras et les met au-dessus de ma tête, ses mains emprisonnent mon visage, sa langue fouille ma bouche. Son corps est pressé contre le mien, dur comme du granit. Ses jambes se sont installées au milieu des miennes. J'adore sa façon de réagir. Si son corps est aussi ferme, je me dis que c'est grâce à moi, et uniquement moi. Je sais que des milliers de femmes rêvent de lui chaque nuit, mais aujourd'hui c'est moi qui l'entraîne dans notre lit, et cela durera encore de nombreuses années.

 Thomas et Julian font partie des Sex symboles, des plus beaux hommes de l'année et cela depuis trois décennies. Ils sont toujours dans le «top ten », même s'ils ont presque quarante-cinq ans chacun. Il est vrai qu'ils ont un corps magnifique l'un comme l'autre, ils se sont entretenus c'est certain  ! Ils vont courir ensemble le matin avant leur petit déjeuner, cela semble être un rituel qui est bien ancré. Ils aiment passer du temps ensemble, et ils s'entretiennent ainsi, que demander de plus ?

 Je pense que je commence à aimer les ascenseurs, surtout l'effet qu'ils produisent sur nos corps. Les lèvres de Thomas se sont déplacées et elles glissent le long de mon cou. Mes mains se perdent dans ses cheveux, j'y passerais des heures. Il a des cheveux splendides, doux, soyeux, longs et ondulés. Le « ting » retentit, nous sommes arrivés et là une fois de plus, on ne veut pas se détacher l'un de l'autre. Malgré tout, après ces portes, il y a notre chambre d'hôtel ce qui n'est pas si mal. Je pense que nous avons les mêmes idées, car Thomas me sourit et une lueur espiègle se lit dans son regard. Il embrasse mon nez et me souffle : « je t'aime ».

 Nous entrons dans notre chambre et une odeur de fleur s'y répand agréablement. Il allume la lumière. Plusieurs bouquets de roses blanches, roses, rouges reposent sur les tables basses de la chambre. Thomas enlève mon étole, il se débarrasse de sa veste, me prend dans ses bras en se mettant derrière moi.

— Je sais que tu aimes les roses, une blanche pour l'éternité, une rouge pour la passion, une rose pour la couleur de tes lèvres, me murmure-t-il en m'embrassant dans le cou.

Note : Paroles de la chanson de 30 Seconds to Mars « Closer to the Edge » écrite, composée par J.Leto.

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