CHAPITRE 27 : CAROLINE

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 J'ouvre un œil, c'est une odeur familière qui m'a réveillée. Je ne me suis pas trompée, c'est celle de Thomas, j'aime toujours autant la sentir. Je me fais la réflexion que je ne connais pas son eau de toilette, je vais devoir remédier à ce manque. Je suis installée dans ses bras, une main sur sa poitrine. Nous nous sommes endormis dans cette position hier soir et nous n'avons pas bougé, ni l'un ni l'autre. Nos corps ont besoin de ce contact. Si aujourd'hui nos cerveaux arrivent à accepter ce fait, sans se poser trop de questions, nos corps ne cherchent pas à comprendre, ils veulent seulement se toucher, c'est tout ce qu'ils demandent.

 Ces trois semaines de séparation n'ont pas été bénéfiques. Elles l'ont été afin que Dorothé ne parle pas à la presse, et je pense qu'elle a tenu parole. De ce côté-là, je peux avoir confiance en elle, mais pour le reste, nos corps ont été meurtris. Nous avons besoin de ce contact physique et c'est vrai qu'en ce moment, je ne peux pas faire l'amour avec Thomas, un bras et une jambe dans une attelle ne sont pas très appropriés pour ce genre d'activités physiques, mais le simple fait d'être auprès de lui, dans ses bras, de dormir dans le même lit m'est plus que bénéfique.

 Je relève la tête et je le regarde. Il dort paisiblement, sa chemise est ouverte, j'ai détaché les boutons hier soir afin de pouvoir y promener mes mains. Son pantalon me semble toujours aussi serré, cela me fait sourire même si je suis certaine que ce n'est pas confortable pour lui. Je me sens coupable, je ne l'ai jamais laissé dans cet état-là. Pour nous, faire l'amour est un véritable besoin tout comme boire ou respirer. Nous avons eu ce que l'on peut nommer un coup de foudre, personne ne peut rien y changer, c'est une attraction physique, chimique, je ne sais pas, mais en tout cas on ne peut pas y résister, c'est un peu comme l'attraction terrestre qui nous tient debout sur la planète. Je remarque qu'il s'agite, sa main cherche la mienne qui était sur sa poitrine. Je la dépose à nouveau et il s'en empare, puis se rendort paisiblement. J'aime le voir ainsi, il est calme, en paix avec lui-même, malgré tous les problèmes que nous allons devoir affronter. Et ils sont nombreux, nous en sommes conscients.

 La dernière fois que nous avons été dans un lit ensemble, c'était le dimanche avant mon départ. Nous étions à Rome et je prenais l'avion le soir pour revenir ici, chez moi. Il fallait que je mette certaines choses au point et si certains problèmes sont résolus, je ne pensais pas me retrouver sur un lit d'hôpital. Jamais je n'aurais cru que Paul serait violent. C'est certain, il a son caractère, mais jamais il n'avait levé la main sur moi ou sur nos enfants. Lorsque je me suis endormie sur le sol marbré de la maison, je me suis promis que si je sortais de cette dispute indemne, je demanderais le divorce aussi rapidement que possible, et c'est ce que je vais faire. Je vais m'informer auprès de Thomas s'il connait un bon avocat, je ne veux rien de la part de Paul, mais je prends mes affaires et mes enfants avec moi.

 Lorsque Dorothé nous a rendu visite, nous sommes tombés d'accord afin de ne pas parler du chantage qu'elle nous faisait, et nous avons tenu parole. Le sujet n'est jamais venu sur le tapis, mais je pense qu'il va falloir l'aborder. Elle sait certainement que Thomas m'a rejointe. Il communique quotidiennement avec ses enfants, donc je suppose qu'elle est au courant qu'il est en Europe. J'ai beau tourner ce problème dans tous les sens, je n'y vois pas de solution. Soit je disparais et elle ne raconte rien, soit je fais partie de la vie de Thomas et elle révèle à la presse la période durant laquelle il a travaillé comme gigolo avec Julian. Je ne veux pas que cela sorte de leur entourage. Comment le public va réagir  ? S'ils n'ont plus cette opportunité de jouer sur scène, que vont-ils faire  ? Mon bonheur doit-il se bâtir au détriment de celui de Thomas et de Julian  ? Ce n'est pas juste, je ne veux pas briser une chose pour en construire une autre. Je ne souhaite pas que mon bonheur soit basé sur le malheur du groupe. Ces gars sont soudés, ils vivent les uns avec les autres, les uns à travers les autres, les uns pour les autres, alors je ne vais pas aller briser cela. Je ne le veux pas, Thomas sans la musique, sans la scène, sans les fans, ce n'est pas Thomas. Je sais qu'il va défaillir sans tout cela, ce n'est pas la vie qu'il souhaite sans la musique.

 Il ouvre un œil et passe sa main dans ses cheveux comme il le fait toujours en se réveillant. Ses cernes sont encore marqués, mais il a un visage reposé. Nous avons passé une bonne nuit l'un comme l'autre, même si nous étions à l'étroit dans ce lit d'hôpital. Nous étions ensemble et cela nous suffit.

— Bonjour ma princesse, me salue-t-il en m'embrassant tendrement.

— Bonjour mon prince, bien dormi  ?

— Un peu à l'étroit, mais oui bonne nuit et toi ? Pas trop mal ? me demande-t-il.

— Non, je me sens bien, mon bras me fait moins mal et ma jambe se repose, et puis tu es là et tu es le meilleur des médicaments qui existe, lui dis-je en me mettant plus près de lui et en l'embrassant.

 Il me serre dans ses bras, ses mains passent dans mes cheveux, son corps se fond dans le mien. Nous n'avons pas besoin de chercher notre place, nous la trouvons sans faire d'effort.

— Un peu à l'étroit comme je disais, grogne-t-il en ouvrant son pantalon. Désolé ma princesse, mais j'ai vraiment un problème physique là, quand mon corps est auprès du tien, il n'a aucune privation, et là pas question que je te touche tant que le médecin ne m'en aura pas donné l'autorisation, explique-il en prenant ma main dans la sienne.

 Ses doigts sont doux et son pouce caresse l'intérieur de ma paume en y faisant de petits cercles. C'est bizarre comme en si peu de temps, nous avons mis en route ces petits gestes de routine, mais qui sont pour nous les plus importants de la journée. Ces gestes sont simples, mais pour nous ils nous marquent, nous en avons besoin. J'ai besoin de ses caresses sur ma paume, de sentir son pouce se promener sur ma lèvre inférieure, j'aime mordiller la pulpe de son pouce à ce moment-là, tout comme j'aime remettre, enfin d'essayer de remettre ses cheveux derrière son oreille.

 Thérésa frappe à la porte et entre dans ma chambre,

— Bonjour les amoureux, nous salue-t-elle, Thomas vous avez un problème de compréhension ? Je vous ai dit de rester tranquilles tous les deux.

 Thomas lui sourit, se retourne et lui demande :

— Bonjour Thérésa, vous pensez réellement que je serais dans cet état si nous avions passé la nuit à faire l'amour ?

Thérésa lui lance une couverture et lui ordonne  :

— Allez prendre une douche froide, cela vous fera du bien  !

— Je me lève, je vais prendre une douche froide, acquiesce-t-il en se levant et en m'embrassant tendrement sur les lèvres.

 Il se dirige vers la salle de bain, sans aucune gêne vu son état physique. Enfin Thérésa est une femme, une infirmière, elle a déjà dû voir un homme dans cette situation. Sa simplicité me fait sourire, son corps est magnifique et il s'y sent bien. Avant d'entrer dans la salle de bain, il enlève sa chemise, son dos est large, musclé, ses épaules sont carrées, puissantes et je ne souhaite qu'une chose, passer mes mains dessus afin de les masser.

— Vous deux, c'est fait pour durer. Je n'ai jamais vu un couple de votre âge vivre une passion comme celle-là, me fait remarquer Thérésa. Vous faites plaisir à voir  !

— Merci Thérèsa, c'est gentil et j'espère que vous avez raison. Un véritable coup de foudre nous est tombé dessus et depuis, on ne se quitte plus.

— Vous êtes fatiguée, mais j'ai l'impression qu'il vous a fait plus de bonnes choses en une nuit que tout ce que l'on a pu vous donner, décline-t-elle en me faisant un clin d'œil.

— Je vous assure Thérésa, il ne s'est rien passé, nous avons dormi ensemble c'est tout, et puis comme il a dit, je ne l'ai jamais laissé dans un état pareil lorsque nous passons la nuit ensemble, je lui réponds en rigolant.

— Vous êtes heureux, ne pensez à rien d'autre qu'à votre bonheur  ! Allez on se lève, on s'assied d'abord. Je vais enlever l'attelle de votre bras. Les radios d'hier nous semblent bonnes, vos ligaments vont encore vous faire un peu mal, mais vous devriez pouvoir bouger.

 Thérésa découpe mon attelle, me l'enlève. Mon bras est tout maigrichon, mais bon ce n'est pas la première fois que je suis immobilisée pour un membre ou un autre, cela ne me saisit pas. Thérésa est très délicate, très douce, même si ses gestes sont précis. Elle connaît son métier, elle est calme mais ferme. Elle prend mon coude en main et le fait bouger, « parfait » constate-t-elle. Elle prend mon poignet, ma main, mes doigts et fait bouger le tout. Tout fonctionne correctement, même si tout semble un peu endormi. Elle s'assied à côté de moi et saisit mon épaule d'une main. Son autre main tient mon avant-bras qu'elle soulève légèrement, puis elle me fait faire des mouvements vers la gauche et la droite. Tout se déroule bien, c'est un peu endolori, mais tout fonctionne. Avec de la crème hydratante, Thérésa masse mon bras après l'avoir lavé. Le docteur Lemmens entre à son tour, suivis de deux autres personnes qui ne font pas partie du corps médical :

— Bonjour Caroline, vous vous sentez mieux ?

— Bonjour docteur, oui merci j'ai bien dormi.

— Laissez-moi voir votre bras.

 Il s'en empare et lui fait faire divers mouvements, tout en me disant que les hommes qui l'accompagnent sont de la police. Il m'explique qu'il a porté plainte lorsque je suis arrivée aux urgences. Les policiers se présentent et me posent diverses questions. Je leur fais mon récit de l'histoire et aussi bizarrement que cela puisse paraître, ma version et celle de Paul sont les mêmes. Paul a déjà été entendu et il a expliqué que j'ai été le chercher à l'aéroport, que nous nous sommes disputés, que j'ai voulu partir et qu'il m'a frappé à ce moment-là. Je leur raconte la même chose. Ils n'auront pas beaucoup à faire, les versions sont identiques. Les policiers sortent de ma chambre et le docteur Lemmens ausculte ma jambe, je marcherai bientôt sans trop de soucis. Cela me fait du bien d'entendre de bonnes nouvelles. Je sais que nous trouverons une solution pour tous les problèmes que nous avons, c'est certain  !

Thomas passe la porte lorsque les policiers sont partis. Il a pris une douche et ses longs cheveux sont encore humides sur ses épaules. Il est torse nu, un jean taille basse qui met en évidence la ligne en V qui se dessine de ses hanches à un endroit plus en bas de son anatomie qui est pour une fois caché. Il me sourit, s'essuie encore les cheveux. Il a remarqué que mon regard descendait de son torse à sa ligne en V. Il m'envoie un baiser et me fait un clin d'œil. Il est pieds nus et s'avance auprès de nous.

—Bonjour Thomas, lui lance le docteur Lemmens.

—Bonjour docteur, répond-il. Une franche poignée de main se fait entre ces deux hommes.

— Alors doc, vous allez me la remettre en état de fonctionnement ? Ma femme me manque vous savez, et dormir dans un lit d'hôpital n'est pas très confortable , ajoute-t-il en s'essuyant toujours les cheveux.

 J'adore cette expression « ma femme ».

— Aucun souci, Thomas, tout se déroule bien. Caroline, vous serez bientôt sur pieds. Votre bras va très bien, pour la jambe, cela se remet bien aussi. On va faire quelques exercices aujourd'hui, demain on vous enlève l'attelle et vendredi vous pouvez rentrer.

— Le bébé va bien aussi  ? demande Thomas d'un air plutôt anxieux.

—Tout va bien aussi pour le bébé, nous confirme le docteur Lemmens. Vous devez faire attention à ne pas perdre trop de poids, je vous autorise dix kilos maximum, pas plus. Vous construisez un petit être, vous devez faire attention à vous deux maintenant. Vous avez un gynéco  ?

— Oui, bien sûr. Merci pour le conseil, c'est déjà ce que l'on m'avait dit pour mes deux premières grossesses. Docteur, on peut se livrer à diverses activités physiques ? Je demande au docteur Lemmens.

 Je vois bien dans les yeux de Thomas que la question lui brûle les lèvres et je voudrais avoir une réponse. Thomas m'a dit qu'il ne me toucherait pas tant qu'il n'avait pas l'autorisation du médecin. Et je vous assure que passer du temps dans le même lit que cet homme sans pouvoir le toucher est un véritable supplice.

— Vous avez le feu vert, nous concède le docteur Lemmens, toute activité physique est autorisée, pour vous et pour le bébé.

 Il nous dit cela un grand sourire sur les lèvres. C'est vrai que nous avons du mal à cacher nos sentiments lorsque nous sommes en présence l'un de l'autre.

 Le docteur Lemmens nous laisse et nous confirme qu'avant le début de l'après-midi, il ne passera pas pour faire les exercices et Thérésa non plus. J'avoue que cela me rassure. Je pense que je serai plutôt gênée si Thérésa devait nous trouver dans une position plutôt embêtante à expliquer dans un lit d'hôpital. Thomas suit le docteur Lemmens et bloque la porte en y mettant une chaise devant en-dessous de la clenche. Il se retourne, ouvre les boutons de son jean et le fait descendre sur ses longues jambes musclées. Il ne porte rien en dessous et je n'ai qu'à regarder son sexe pour que ce dernier se mette en position de garde à vous. Il me sourit, éteint la lumière et s'approche du lit en ajoutant :

— J'adore ce mec, toute activité physique est autorisée, dit-il en se mettant à genoux sur mon lit.

 Il dépose une jambe de chaque côté de mes hanches, prend appui sur ses bras et s'approche de moi. Ses lèvres sont douces, tendres, passionnées. J'ai enlevé ma chemise de nuit et je me dis que je ne dois pas être terrible, j'ai les cheveux emmêlés, une jambe dans une attelle, et je n'ai même pas pu épiler l'autre. Il me sourit et comme à son habitude, il lit dans mes pensées en ajoutant « tu es splendide, je t'aime telle que tu es ». Je passe mes mains dans ses cheveux, ils sont encore humides, je les coiffe d'un seul côté afin que je puisse voir son visage. Mes doigts descendent le long de sa mâchoire, de sa clavicule et mes lèvres suivent ce chemin, elles s'attardent à la hauteur du lobe de son oreille et un son guttural sort de ses lèvres. Il a fermé les yeux, je sais qu'il adore cela et je ne me lasse pas de découvrir cet endroit si sensible. Un simple contact, et son corps s'enflamme, s'embrase. Il me sourit, attrape mes lèvres et nous emmène en voyage. Un voyage dont nous sommes les seuls à connaître la destination finale.

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