CHAPITRE 44 : CAROLINE

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« L'amour est une force sauvage. Quand nous essayons de le contrôler, il nous détruit.

Quand nous essayons de l'emprisonner, il nous rend esclaves.

Quand nous essayons de le comprendre, il nous laisse perdus et confus ».

Paulo Coelho

 En l'écoutant parler, des larmes coulent sur mes joues. Bon sang, ce que je peux aimer cet homme moi aussi. Je laisse glisser mes larmes et le regarde. Avec son pouce, il les récupère lorsqu'elles s'étalent sur mes pommettes. Il a pris mon visage dans ses mains et ses lèvres se sont déposées sur les miennes, mais en un baiser chaste. Sa langue a essuyé les larmes qui parcourent ma bouche. Je passe ma main dans sa crinière, enlève la tresse que j'avais faite il y a quelques heures. Jamais je ne me lasserai de passer mes doigts dans ses cheveux, ils sont si doux. Il les laisse pousser, je lui ai dit que j'aimais sa longue chevelure et puis c'est à nouveau à la mode, les hommes aux longs cheveux. Il a une barbe de trois jours qui lui va à merveille, il est vraiment craquant comme cela. Je le regarde et lui dis  :

— Je t'aime aussi Thomas, et c'est vrai que tu es perfectionniste, mais c'est promis je ne prononcerai plus jamais la phrase " tu es chiant". Je sais que tu aimes ce que tu fais, et si tu es minutieux c'est parce que tu veux le meilleur pour nous tous, moi compris. Je suis heureuse que tu me parles d'enfants, j'espère que j'aurai la chance de t'en donner, au moins un. Le médecin m'a expliquée que je pouvais être enceinte, aucun souci, tout fonctionne à l'intérieur et je constate que tout est en ordre à l'extérieur aussi. Il a précisé que les trois premiers mois, après l'intervention, je ne pouvais pas, cela ne fonctionnerait pas, mais je propose que l'on s'y mette dès que je sors de cette période. Je t'aime moi aussi Thomas et aujourd'hui je sais que j'ai trouvé la personne avec laquelle je veux vivre, et c'est toi.

 Nous nous sommes regardés pendant de longues minutes, sans rien ajouter, mes mains ont dessiné son visage, les siennes le mien. Un frisson m'a parcouru et il m'a serré dans ses bras. Je suis bien là, j'ai chaud et surtout, je suis à ma place. Pour rien au monde je ne voudrais que cela change.

 Nous sortons de notre cocon, après nous être glissés dans la douche. Nous avons passé la journée dans cette salle de massage et c'est un des meilleurs jours de ma vie, pour lui aussi je pense. Nous remontons dans notre chambre et comme d'habitude, elle est pleine, remplie de personnes que nous aimons. Le dîner est bientôt prêt, la table est dressée dans les tons de couleur pastel, de nombreux bouquets de roses sont disposés dans la chambre et un agréable parfum de fleurs circule dans les pièces. C'est Julian qui nous accueille :

— Alors fini de baiser comme des lapins ? nous interroge-t-il en venant à notre rencontre.

— Pour la journée, oui, mais on remet ça cette nuit, alors n'écoute pas trop aux portes, je lui dis en le serrant dans mes bras.

 Cet homme et ses réflexions idiotes m'ont aussi manqué.

— Viens ici toi, c'est ce que j'aime le plus en toi, c'est que tu as le mordant pour me répondre, j'adore ! me confirme-t-il en m'embrassant sur la joue.

— Je suis contente de te voir, cela fait longtemps.

— Je t'ai manqué, hein ? Je manque à toutes les femmes que je rencontre, c'est mon charme, rien à faire . Tu vas bien, remise sur pieds  ? Tu viens avec nous en tournée, tu nous rejoins  ? Il est chiant quand tu n'es pas là et on a droit à longueur de journée à des « Caroline me manque, que fait Caroline en ce moment ? Tu crois que Caroline aimerait.... » Et je t'en passe, il est vraiment casse-pied, alors tu reviens hein ?

— Et doucement, oui je vais mieux, merci, tout fonctionne c'est pour cela que je t'ai dit que l'on reprenait nos activités nocturnes, et pour la tournée, on va en discuter.

 Nous entrons enfin, nous disons bonjour à tout le monde et nous passons une formidable soirée. Les joues de Nathalie sont aussi rosées que les miennes, elle a eu droit à une agréable journée elle aussi. À la fin de la soirée, Hector entame un discours :

— Je pourrais s'il vous plaît avoir votre attention ? Merci à tous, c'est promis je vais essayer de ne pas être long et pas de réflexion Julian, tu allais dire quelque chose !

 Et c'est vrai, Julian referme sa bouche mais aucun son n'en est sorti. C'est rare qu'il ne prononce aucun mot, ce n'est pas dans ses habitudes.

Hector reprend  :

— Je voudrais vous dire que cela fait maintenant une trentaine d'années que l'on vit ensemble, je pense que l'on a beaucoup traversé, des ouragans comme des moments de plénitude et je sais que pour rien au monde je ne voudrais changer cela. Vous faites tous partie de ma famille et au fil du temps cette famille s'est agrandie et elle le fait encore .

 À ce moment-là, il lève son verre en direction de Jessica et de ses jumeaux qu'elle attend.

— J'avoue que je n'ai jamais cru qu'une personne arriverait à dompter notre Julian, mais voilà ça y est, il a la corde au cou, pas encore la bague au doigt, mais la corde au cou et si une personne pouvait le maintenir sur le droit chemin, c'est bien toi  ! Quoique cela ne doive pas être facile tous les jours et je t'avoue que je suis heureux que tu as pris la relève, on devient trop vieux pour le surveiller. En tout cas, tu as fait du bon travail Jessi, personne ne l'a vu aussi comblé que depuis quelques mois, bravo ma chérie.

 Je vois Jessica qui serre les mains de Julian et un baiser chaste est échangé entre ces deux-là, ce qui est plutôt rare, d'habitude il la dévore sur place.

— Je vous ai demandé quelques minutes car comme je vous l'ai annoncé, la famille s'agrandit et je souhaite qu'elle se développe aussi un peu de mon côté. Je voudrais apporter une pierre à l'édifice que l'on est en train de construire. On a tout partagé ensemble depuis trente ans, et je suis le plus âgé d'entre vous, donc je devrais être le plus sage, mais il y a quelques mois, une femme exceptionnelle est entrée dans ma vie et tu as changé ma vie Nathalie. Merci Caroline d'avoir eu des tickets VIP, sans cela on ne vous aurait jamais rencontrées et on aurait perdu beaucoup de choses, surtout Thomas et moi. Enfin bref, je voulais savoir si toi aussi tu voulais faire partie de cette famille, mais de façon un peu plus officielle. J'entends Julian qui va exprimer quelque chose du genre « comme si on ne savait pas que vous couchiez ensemble » enfin tu remarques que nous "on couche", Caro et Thomas "baisent comme des lapins" pour reprendre l'expression de Julian. Bon, je disais que je me demandais si tu voulais construire un petit bout de l'édifice toi aussi et je pense que tu pourrais le faire en acceptant ma proposition :

 Hector sort un écrin de sa poche, met un genou à terre et regarde Nathalie avec des yeux remplis d'amour. Je ne l'ai jamais vue aussi émue. Les larmes perlent à ses yeux, elle ne prononce aucun mot, mais elle a mis une main sur sa bouche et elle attend avec impatience la suite du discours. Tout le monde est pendu aux lèvres d'Hector.

— Ma proposition est la suivante, tu sais à quoi tu t'engages, on ne vit pas comme tout le monde, on passe une grande partie de notre temps dans des hôtels, on dort le jour et on vit la nuit. On va se lever à quatre heures du mat car l'un ou l'autre a eu une idée et on veut l'exploiter. Je ne te promets pas une vie tranquille, calme, rythmée avec cinq jours de travail et un week-end au coin du feu, je ne te promets pas que je serai tous les soirs à la maison pour dîner, je ne te promets pas que je n'oublierai pas de rentrer, mais je te promets de te rendre heureuse, de tout faire pour y arriver, je te promets d'être à tes côtés quand tu auras besoin de moi, je te promets de t'écouter et de prendre en considération tes remarques et tes demandes, je te promets de t'emmener partout avec moi, en concert ou en voyage, je te promets d'illuminer tes journées, je te promets de t'aider à porter tes angoisses, je te promets de te relever si tu trébuches le long du chemin que l'on va suivre, je te promets de ne jamais oublier ton anniversaire, même si je suis de l'autre côté de la planète, je te promets de t'aimer toi avec tes qualités, tes défauts, je te promets d'élever tes enfants comme les miens et d'élever les nôtres si nous avions la chance d'en avoir, je te promets de tout mettre en œuvre pour que notre couple soit dans trente ans ce qu'il est aujourd'hui un moment de bonheur sans nuages, je te promets de t'aimer toi et rien que toi, même si je jette un coup d'œil à gauche ou à droite, je ne suis qu'un homme faut pas m'en vouloir, mais je te promets de rentrer dans ton lit et uniquement dans le tien, je te promets de tout mettre en œuvre pour éviter des souffrances inutiles, je te promets de rester comme je suis si tu aimes l'homme que je suis ou de changer radicalement afin de devenir celui que tu veux, je te promets de t'aimer aujourd'hui, demain et tous les jours que Dieu nous accordera, et pour faire tout ça, je souhaite que tu fasses de moi l'homme le plus heureux de la planète et que tu acceptes de devenir ma femme.

 Il termine en lui passant un magnifique saphir à sa main gauche. Personne ne sait quoi dire, même Julian n'émet aucune réflexion, ce qui n'est pas normal c'est certain. Nathalie le regarde, lui sourit, elle a les yeux remplis de larmes, elle les laisse courir sur ses joues. Elle met du temps à répondre, et j'avoue qu'Hector se pose des questions, il a l'air un peu tendu.

— Ma chérie, prends ton temps, je sais que c'est soudain, mais on n'a plus vingt ans, je ne veux pas perdre de temps, et maintenant si tu veux attendre, pas de soucis mais...

 Hector ne termine pas sa phrase, il en est empêché par Nathalie. Elle l'embrasse à pleine bouche. Je ne l'ai jamais vue aussi heureuse et je partage son bonheur.

— Cela veut dire non ? demande Hector.

— Non, elle lui répond.

— Non, tu ne m'épouses pas ?

— Non, pas ça.

— Je n'ai rien compris, lui dit-il.

— C'est oui, oui, oui, cent fois oui, c'est oui je t'épouse Hector !

— Merci ma chérie, tu fais de moi l'homme le plus heureux, merci.

 Nous applaudissons tous et nous sommes contents de les voir ainsi. Julian et Jessica se sont levés les premiers et ont félicité les futurs mariés. Je suis comblée pour Nathalie, c'est une fille formidable, elle le mérite. Du côté des amours, elle n'a pas eu beaucoup de chance, alors maintenant le bonheur lui sourit et cela me fait chaud au coeur. Nous nous levons tous, tour à tour pour les complimenter. Lorsque je quitte mon siège, Thomas est derrière moi, il m'enserre la taille, m'embrasse dans le cou et me murmure « je t'aime » des dizaines de fois.

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