CHAPITRE 14 : CAROLINE

8 minutes de lecture

  Je rejoins Nathalie, et elle me sourit. Je sais qu'elle pense à la même chose que moi. On est bien ici, il fait bon vivre. Les gens sont heureux. Nous sommes à peine sorties de scène que nous entendons les techniciens qui se mettent au boulot pour démonter. Le travail ne manque pas. Ils tournent avec deux scènes. Ils ont tellement de shows qu'une seule ne leur suffit plus. Naturellement quand on sait qu'il faut huit heures pour la monter avec les essais sons et un peu plus de cinq heures pour la démonter, on comprend pourquoi il y a deux équipes. Cela fait un peu de plus de vingt-quatre heures que nous vivons au sein du groupe, et nous sommes chez nous, nous nous sentons bien. Le rythme est tout à fait différent. On vit toute une partie de la nuit, on se repose le jour, mais c'est agréable. Oliver nous dirige à nouveau vers la même salle qu'hier soir. Nous y retrouvons Jennifer, Jessica et tous les autres. Nous faisons partie de ce groupe. Ces gens nous ont accueillies sans poser de questions, sans savoir ce que nous venions faire, ils ouvrent leur cœur, parlent, échangent, ils vivent en somme.

 Le groupe arrive, Thomas en dernier. En voyant cela, je me dis que malgré leur style de vie, ils ont une routine, des habitudes. Chacun a trouvé sa place : aucun n'empiète sur le territoire de l'autre, chacun avance lentement, et ce mouvement fait bouger tout le groupe. Thomas a pris une douche, ses cheveux sont encore humides, en bataille comme à son habitude. Cela fait presque trente ans que je suis fan du groupe, je pense avoir découpé des milliers d'articles les concernant, je dois avoir des milliers de photos, et je constate que sur aucune il n'est coiffé. Ses cheveux sont perpétuellement en désordre, cela lui donne un air jeune, insouciant. Il a revêtu un t-shirt blanc qui met en valeur son bronzage ainsi que sa carrure athlétique. Il a enfilé un jean noir étroit qui moule parfaitement ses longues jambes. Une paire de Santiag noires terminent la tenue. Si, hier soir, son approche a été timide, elle l'est beaucoup moins ce soir. Dès qu'il me voit, il traverse la foule, me prend par la taille et dépose un baiser sur mes lèvres. C'est agréable de retrouver sa chaleur, sa douceur, de même que son odeur qui chatouille toujours autant mes sens.

— Merci d'être là. Je sais bien que je te l'ai déjà dit, mais j'apprécie beaucoup que tu sois présente, me confirme-t-il.

— Merci pour l'organisation. Bravo d'avoir rappelé le groupe. Je pense que tu viens de donner un souvenir magnifique à Henri et Annie. Ils auront de quoi raconter à leurs enfants  !

 Il me sourit, me prend dans ses bras, ajuste sa main à ma taille et m'embrasse dans le cou. Ses lèvres sont chaudes, douces, exploratrices, et j'adore cela. Cet homme me fait vibrer, et cela fait à peine vingt-quatre heures que nous avons fait connaissance.

 Une fois de plus, les voitures sont prêtes, le restaurant est réservé, le service d'ordre vérifie le tout afin que nous soyons au calme. Le repas est délicieux, mais je dois avouer que je veux plus. Je n'arrive pas à me sortir de la tête ce qu'il m'a dit plus tôt : « Si on entre à deux dans cette douche, et Dieu sait que c'est ce que je souhaite, je n'arriverai jamais à temps pour commencer mon concert ». Ses doigts s'enroulent autour des miens à chaque occasion. Nous passons un excellent moment. Le groupe est soudé, chaque personne connaît l'autre, il y a vraiment une ambiance extraordinaire. Nathalie est assise à ma gauche, elle se penche vers moi et me dit  :

— Tu penses à la même chose que moi  ?

— Cela dépend. À quoi penses-tu  ?

— L'ambiance, la douceur de vivre, je veux un job comme celui-là. Tu imagines que l'on se fait emmerder dans un bureau à faire un neuf-cinq, et que l'on a beau donner tout ce que l'on a, on fait un max avec le peu de moyens que l'on possède, on arrive aux chiffres que l'on nous demande, et le résultat est que l'on nous demande plus. Je ne veux plus vivre comme cela, je ne veux plus travailler comme cela.

— Je sais, tu as raison. C'est agréable de travailler ici, même si je suis certaine que leur job n'est pas de tout repos  !

— Non d'accord, mais tu as remarqué que lorsque Hector, Thomas ou Oliver, enfin n'importe qui passe, ils se saluent entre eux. Ils se connaissent par leur prénom, ils se demandent comment vont leur femme, leurs enfants, si les vacances étaient bonnes. On n'a pas tout cela  ! La dernière fois que l'on a été appelées par notre boss, c'était pour nous dire que l'on recevait un client en plus, et qu'il fallait que l'on se débrouille, car il n'y avait aucun moyen supplémentaire mis à notre disposition. Je ne veux plus de cela Caroline. Je veux changer de vie. Je veux vivre  !

— Je suis d'accord, il faut que l'on change, mais on doit prendre du recul. On ne peut pas tout claquer comme cela. On a des responsabilités, on a cinq cents personnes qui travaillent avec nous. On les a déjà laissées trois mois... J'ai peur de voir ce que cela aura donné quand nous rentrerons.

— Si on rentre, me dit Nathalie en levant son verre.

— Vous trinquez à quoi les filles  ? nous interroge Hector.

— Secret entre filles, nous répondons en chœur, le sourire aux lèvres.

 Hector nous regarde avec gentillesse et beaucoup de tendresse quand son regard rencontre celui de Nathalie.

— Tu te souviens de ce que je t'ai dit un peu plus tôt dans la journée  ? me demande Thomas en passant ses doigts sur mon avant-bras.

— Tu m'as dit beaucoup de choses. Tu as parlé d'une douche. Plus tôt, tu as dit que tu devais reposer ta voix, quoi d'autre ?

— Entre ces moments-là... Je t'ai dit que je me foutais des autres nanas qui criaient, je t'ai dit que je voulais qu'il n'y ait qu'une seule nana qui crie mon nom, et que cette nana, c'est toi, me dit-il tendrement, tout en déposant de petits baisers sur ma mâchoire et le long de mon cou.

— Tu m'as dit tout cela ? Je n'en ai aucun souvenir... Dans quel contexte m'as-tu dit ces choses-là ? Je pense que si tu me remettais en situation, je pourrais me souvenir plus facilement de ce que tu m'as dit... lui demandé-je tout en resserrant mes doigts autour des siens.

 Je mens et je sais qu'il s'en rend compte, mais il accepte de jouer le jeu. Comme si j'avais oublié le moindre des mots qu'il a pu prononcer...

— Te remettre en situation ? me questionne-t-il en arquant ses sourcils pour bien marquer le côté interrogateur.

— Tout à fait  ! C'est toujours plus facile pour se souvenir d'une phrase, d'un événement. On peut essayer non ? je lui réponds d'un air canaille.

 Il arrête de m'embrasser, et mon corps réagit aussitôt à ce manque. J'ai besoin d'avoir sa peau contre la mienne. Mon corps a faim de lui. Je veux plus que quelques baisers dans le cou. Il se lève, prend ma main et salue le groupe. Nous nous dirigeons vers la porte d'entrée. Julian y est déjà avec Jessica.

— On rentre mec, je suis crevé aujourd'hui.

— On peut vous accompagner, comme cela on ne prend qu'une voiture.

 Thomas et Julian parlent du concert de ce soir. Dans l'ensemble, ils ont l'air satisfaits. Jessica regarde le bout de ses chaussures et sourit. Un moment, nos regards se croisent, et son sourire se fait plus large. Je vois qu'elle regarde Julian régulièrement, et c'est réciproque mais Thomas m'a dit qu'il la considérait comme sa fille. Ces coups d'œil sont normaux alors, non ? Lorsque son sourire illumine totalement son visage, je comprends qu'ils ne se regardent pas comme père et fille, mais comme amants. Je lui souris en retour. C'est un sentiment merveilleux l'amour.

 Stephen arrive, sort de la voiture, nous ouvre les portes, et nous nous engouffrons dans la voiture. Nous entrons d'abord, et Jessica me murmure :

— Tu ne dis rien hein  ? S'il te plaît...

— Dire quoi  ? lui répondis-je en souriant.

 Les hommes montent aussi en voiture, et je constate que Julian a découvert notre manège. Il nous sourit et nous fait un clin d'œil. Thomas est sur son portable. Nous sommes tous les trois très heureux que la technologie existe. Stephen se met en route, et nous entamons la discussion autour d'une autre bonne nouvelle  !

— Thomas, Julian, pendant que vous êtes là, j'ai une nouvelle à vous annoncer, nous confie Stephen.

— Encore un mariage ? suppose Julian.

— Mais non, Stephen et Emeline sont mariés depuis cinq ou six ans  ! répond Thomas.

— Depuis cinq ans, tu as raison. Je ne voulais pas parler mariage, mais je voulais vous parler de bébé.

— Quoi ça y est  ? Enfin  ? Mais c'est génial. Bravo à vous deux. Bravo mec, tu as assuré, là  !

— Bah, même un peu trop... explique Stephen.

— Pourquoi un peu trop  ?

 On se regarde tous en se posant des questions. Un enfant est un enfant, on n'en fait jamais de trop...

— Ce sont des jumeaux, nous affirme Stephen.

— C'est génial, bravo  !

 Nous le félicitons tout à tour. Son bonheur d'être papa se lit dans ses yeux.

— Merci, on est vraiment heureux, on n'y croyait plus.

 Sur ces paroles, Jessica me glisse à l'oreille que cela fait plusieurs années qu'ils essayent, sans succès.

— Emeline va devoir arrêter de travailler. On ne veut prendre aucun risque. Je sais que cela tombe mal durant la tournée, mais...

— Il n'y a aucun "mais", Emeline doit arrêter de travailler. Si je la rencontre, je lui botte le cul, tu peux lui transmettre le message de ma part, lui ordonne Thomas. Vous rentrez en France quand ? Fallait le dire tout de suite Stephen. Elle est enceinte de combien de semaines ?

— Elle entame la douzième semaines. On avait peur de vous le dire, tu sais bien. On n'a pas eu beaucoup de chances de ce côté-là, mais il y a quelques mois on a fait des démarches pour adopter et voilà, cela fonctionne comme il faut. Oui, Emeline va rentrer en France, moi je reste travailler sur la tournée.

— Tu vas rentrer avec elle, aucune discussion  ! ajoute Julian

— Non, je ne veux pas vous laisser tomber.

— D'accord, tu restes pour la tournée européenne, mais il n'est pas question que tu partes aux States. Ta femme a besoin de toi. On trouvera un arrangement, ne t'inquiète pas de cela.

— Ça marche, je termine la tournée européenne. Merci les gars  !

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 12 versions.

Recommandations

Pierre Sauvage
1861. L’Empire s’étend sur toute l’Europe.

L’Aiglon, fils du Grand Napoléon, règne en maître sur des centaines de millions de citoyens. Dans cet univers militarisé, dans une capitale en proie aux meurtres et à la violence, l’inspecteur Lepois survit, exerçant son métier à sa façon.

--------------------------

Ce roman est issu de l’univers développé dans l’éveil (excellent roman au demeurant que je ne saurais que trop vous conseiller : https://www.scribay.com/text/537964749/l-eveil) et se déroule deux ans auparavant.
Il peut sans peine se lire de façon isolée (et je l’espère, il peut sans peine se lire tout court), pour qui n’aurait pas lu le précédent roman (honte sur vous !), les personnages et l’histoire étant différents.
Bonne découverte à vous et merci d’avance pour les échanges que nous aurons ensemble (en tout bien tout honneur).
177
408
1279
301
Jean-Paul Issemick
Parcours romancés sur fond autobiographique au cours des trente glorieuses.
206
360
384
108
J'arrive dans 5 minutes
J'avais cinq minutes de calme et beaucoup de choses à raconter. Ce jour là, mon premier vomi de mots s'est expulsé sur l'écran de l'ordinateur pour s'étaler comme une pâte à tartiner moelleuse. Du coup, le lendemain, j'ai continué et le jour d'après aussi.
Mais il raconte quoi le bouqin ?
Ben c'est un peu déprimant, tout de go, comme ça. Je vous laisse découvrir. En tout cas, il y a cinquante-deux billets à s'envoyer sans modération. À raison d'un par semaine, ça vous fera une très chouette année. Si si. Pour préciser, quand même, car c'est important de ne pas se lancer à l'aveugle, il y a des poissons rouges, de la philo low-cost et même du nichon, saupoudrés d'un peu d'émotion mais pas trop de sérieux, des belles citations de films, une super playlist et quelques mauvaises rimes.
Voilà, à tout de suite.
800
755
1249
204

Vous aimez lire Tara Jovi ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0