CHAPITRE 24 : CAROLINE

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« Si cet amour existe uniquement dans mes rêves, ne me réveille pas. »

Bob Marley

 Cela fait deux semaines que je suis partie de Rome. Nous avons passé la dernière semaine à nous promener, à manger, à faire l'amour. Je l'ai vu écrire de nombreuses paroles, j'espère que cela aboutira à un single. Il a besoin d'écrire, de chanter, de faire face au public tout comme il a besoin de respirer. Dorothé a gagné, je suis partie le dimanche soir, j'ai pris l'avion et depuis je regarde tous les jours les magazines People. Dorothé a tenu parole, elle ne lâche rien à la presse. Je ne sais pas comment le public réagirait. Je pense que les fans les aiment pour ce qu'ils font en musique, pas pour ce qu'ils ont fait dans leur vie privée, mais dans tous les cas je ne veux prendre aucun risque.

 Je sais que la musique représente toute sa vie, sans elle, il ne sera plus le même, je suis certaine d'avoir pris la bonne décision. Pourtant je ne me reconnais plus lorsque je me regarde dans une glace : j'ai une sale gueule. Je n'ai pas passé une nuit complète depuis mon départ, je ne mange pas correctement et lorsque l'occasion se présente, un verre d'alcool me fait du bien. Pourtant, le tout n'est qu'un leurre, la seule et unique chose qui manque à ma vie est Thomas.

 On se téléphone tous les jours, mais on ne s'est pas revus et à chaque fois que j'aperçois son numéro apparaître sur mon écran, mon cœur a un raté. Je ne tiendrai pas le coup comme cela et lui non plus, j'entends sa fatigue dans sa voix éraillée, alors que la tournée aux USA a débuté. Il faut qu'il soit en forme, je le veux  !

 De nombreux évènements se sont produits pendant ces deux semaines. Je suis rentrée avec Nathalie, nous avons pris rendez-vous avec notre boss en lui expliquant que nous voulions arrêter de travailler, nous avons été licenciées. Seule clause à notre licenciement : nous devons rester à la disposition des personnes qui reprennent nos clients et ce pour toutes questions financières et administratives. Nous avons accepté le deal. Et c'est vrai que l'on se sent plus libres, mais nous avons encore de nombreux points à régler.

 Nous avons aussi acheté un appartement à deux : un splendide penthouse, construit sur deux étages avec trois cents mètres carrés habitables. Le duplex se compose de six chambres, c'est ce qu'il nous faut vu que nous avons chacune deux enfants. Le premier étage de notre logement donne accès à une magnifique terrasse de plus de deux cents mètres carrés, orientée plein sud. Nous avons commencé à faire la peinture et divers petits aménagements. Les anciens propriétaires, ne pouvant plus payer, ont été bien contents que l'on reprenne l'habitation. Dès que nous avons passé l'acte d'achat, ils ont déménagé, et même si nous devons attendre les quatre mois légaux pour l'établissement de l'acte de vente, nous sommes chez nous. Nathalie a expliqué à Lionel qu'elle demandait la séparation, ils se sont mis d'accord, elle s'occupe des enfants à plein temps.

 De mon côté, je n'ai pas encore passé ce cap, même si mes enfants sont au courant, Paul ne l'est pas encore. Il est en voyage d'affaires et rentre dans quelques jours. J'ai décidé de lui faire part de ma décision quand j'irai le chercher à l'aéroport. Nous avons préparé nos caisses et nous avons emménagé dans notre nouvel appartement. Mes enfants sont plus âgés que ceux de Nathalie et ils pourront veiller sur eux. Nous nous sommes mis autour d'une table en leur expliquant notre voyage, notre rencontre avec les membres du groupe et notre vie avec eux. Si nous ne sommes pas rentrées dans les détails, nos enfants ont compris que l'on avait besoin de changer de vie et que nous avions pris la décision de le faire.

 Je vais chercher Paul à l'aéroport comme prévu. Ses collègues sont avec lui et rentrent à la maison afin de boire un café. Si j'ai pris mes affaires, je n'ai touché à aucun meuble, rien en apparence ne pourrait laisser croire que je m'apprête à partir de la maison. Après quelques explications au sujet de leur voyage, chacun décide de rentrer et j'en profite pour parler à Paul qui est rivé sur son téléphone, comme à son habitude.

— S'il te plaît, Paul, il faut que je te parle de certaines choses.

— De quoi  ? Ta décision de partir et de nous laisser seuls pendant trois mois  ? C'est fait, c'est bon, tu as vécu ta crise d'adolescence, tu es contente  ?

— Tu crois que je vis une crise d'ado  ? J'ai un mal-être profond, je ne me sens pas bien, ni physiquement, ni mentalement, j'ai eu besoin de ce break. Tu crois que c'est facile d'être toujours seule et d'élever deux enfants  ?

— Tu es contente lorsque tu trouves mon salaire sur le compte, non  ? Alors ce n'est pas si terrible d'être seule, moi je travaille  !

— Paul, moi aussi je travaille et j'élève nos enfants et j'ai accompli un bon boulot, alors aujourd'hui qu'ils sont grands, ils ont moins besoin de moi, en effet, oui, j'ai pris un break  ! J'en avais besoin  !

— Pour ce qu'il en est, tu travailles quatre jours par semaine, tu ne vas pas te plaindre tout de même, ajoute-t-il d'un ton sarcastique.

— Je bosse un temps complet sur quatre jours au bureau c'est vrai, mais vu les heures de travail à la maison, je travaille beaucoup plus en réalité, mais tu ne fais pas plus que moi, tandis que moi je m'occupe de la maison et de nos enfants, alors s'il te plait, tu gardes tes remarques pour toi  !

— Je fais des remarques quand je veux, je suis chez moi je te signale, dit-il en tapant du poing sur la table.

— D'accord, tu es chez toi, mais je l'entretiens ton chez toi, alors un petit peu de respect serait le bienvenu !

— Du respect, tu te prends pour qui  ? hurle-t-il.

 Paul est rouge de colère et je m'apprête à partir. Cela ne sert à rien de discuter comme cela. Je me dirige vers le hall, afin de prendre ma veste et mon sac et c'est en arrivant dans le hall qu'il me retourne et me gifle à plusieurs reprises. Il est plus fort que moi physiquement. Il est plus grand, plus large et même s'il ne m'a jamais frappée, aujourd'hui les coups pleuvent et je n'arrive qu'à faire une chose : protéger mon visage. Je suis à terre, roulée en boule et je sens ses Caterpillar me frapper dans le dos et dans le bassin, ses chaussures m'écrasent les côtes aussi et puis plus rien, je ne sens que le froid du sol en marbre sur lequel je suis étendue.

 Je ne sais pas si je suis restée là dix minutes, une heure ou plus, tout ce que je sais c'est que j'ai froid, terriblement froid. Mon corps me fait un mal de chien. J'arrive à prendre mon téléphone dans ma poche et je compose le numéro des urgences, péniblement je parviens à articuler mon adresse et une vague de soulagement se fait ressentir quand la réceptionniste me dit « nous arrivons ». Je compose le numéro de Nathalie et je lui dis simplement « aide-moi ». Quelques instants plus tard, la porte s'ouvre et j'entends Nathalie qui se met à côté de moi en passant ses mains dans mes cheveux. Je pense qu'elle prend mon téléphone car elle me dit de tenir le coup et que les secours vont arriver. Je lui explique que j'ai froid et elle dépose une couverture sur moi. Cela fait un bien fou, je m'endors dans cette demi-chaleur.

 Une fois de plus, j'ai perdu toute notion du temps, j'ouvre un œil et je vois mon fils auprès de moi, je ne sais pas où je suis, mais je suis étendue dans un lit et j'ai chaud. Nathalie se penche au-dessus de moi et elle me sourit. Je ferme les yeux, je retourne dans les bras de Morphée. Quelques minutes, quelques heures plus tard, je suis éveillée par la voix de mon fils, et je constate que je suis toujours allongée, mais je me sens mieux, même si je suis incapable de dire où je me trouve. J'entends mon fils au téléphone qui appelle une personne en lui disant  :  « bonjour ». C'est tout ce que j'entends, une fois de plus mes yeux refusent de rester ouverts, mon corps ne souhaite qu'une chose, dormir, se reposer et je me laisse aller au sommeil.

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