CHAPITRE 22 : THOMAS

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« Trois mots, six lettres, un sentiment puissant,

inexplicable « je t'aime »

Auteur inconnu

 Les jours et les semaines passent, six se sont écoulées depuis que je lui ai expliqué ce que je ressentais pour elle. Nous nous sommes dirigés vers le nord tout d'abord. Nous avons fait des concerts à Oslo, Copenhague et dans d'autres villes dont je n'arrive pas à prononcer le nom.

 Partout, nous avons eu un accueil plus que grandiose. On dit que les peuples du nord sont froids, mais c'est faux. Le soleil ne brille pas beaucoup dans le ciel, mais il est présent dans leur cœur. C'est aussi agréable de chanter à Oslo qu'à Madrid, même si j'avoue que je mets une couche supplémentaire le soir pour protéger mes cordes vocales, cela doit être le phénomène « Not Old, Just Older ».

 Caroline et Nathalie nous ont accompagnés tout au long de la tournée, comme c'était prévu, parfois quand je la regarde, je trouve une ligne de tristesse dans ses yeux et là je sais que ses enfants lui manquent. Cela fait presque trois mois qu'elle ne les a pas vus et je la comprends, je connais trop bien ce manque, malheureusement. Dans ces moments-là, je me glisse dans son dos et la prends dans mes bras, simplement.  J'essaye de lui apporter ce qu'il lui manque, mais rien ne peut remplacer l'amour des enfants. Ils n'ont pas réussi à nous rejoindre. Ils sont en cours, nous sommes en fin d'année scolaire, les examens sont présents, les heures d'études aussi. D'après ce que je comprends, ils sont tous les deux très sérieux, les études font partie de leurs priorités. Leurs copains aussi et des plans étaient déjà élaborés pour les vacances scolaires.

 Il lui reste une semaine avant de rentrer, et nous descendons sur Rome. C'est la dernière date européenne. J'adore cette ville en étant italien d'origine c'est normal. Je suis né en Sicile, mais j'ai vécu à Naples et ici, même si nous avons établi notre foyer aux États-Unis. Rome, la ville éternelle, berceau de la civilisation, tout simplement ma ville. Je suis heureux que nous puissions terminer par cette cité. Nous sommes dans les derniers jours de juillet et malgré la chaleur et les touristes, j'adore cet endroit. Nous avons loué entre autres, le Colisée, c'est la première fois que nous nous y produisons et une fois encore les équipes techniques ont travaillé d'arrache-pied. En effet, vu l'âge du bâtiment, nous sommes tenus à un maximum de décibels , nous devons y jouer en sourdine par rapport à ce que nous faisons d'habitude, mais l'accueil sur ma terre natale est indescriptible. Cet endroit est splendide. Caroline m'explique que c'est sa ville préférée. Elle y est venue de nombreuses fois avec sa famille. Je sais qu'elle a une vie en dehors de « nous », mais cela me fait mal, mon cœur se serre en entendant cela. Je pense qu'elle le remarque, car sa main sert un peu plus la mienne et son visage vient se déposer dans le creux de mon épaule. Mon Dieu, ce que je peux aimer ces petits gestes, j'ai besoin de cette femme, j'ai besoin de son corps, j'ai besoin de son âme.

 Il faut que je lui parle, il faut qu'elle sache que je l'aime. Whaouw, je viens de me rendre compte que je suis amoureux d'elle, c'est ça l'amour  ? Être simplement heureux quand l'autre est présent, aimer sa compagnie, avoir sa main dans la mienne. J'aime cette femme de tout mon cœur, de toute mon âme. Cela fait des années que je n'ai plus ressenti cela. Je pense qu'à part Sarah, personne ne m'a fait vibrer comme elle peut le faire, personne ne me fait rire comme elle. J'aime passer du temps avec elle, j'aime sa façon d'essayer de remettre ma mèche à l'arrière de mon oreille, j'aime qu'elle me mordille le pouce, m'endormir dans ses bras et me réveiller auprès d'elle. C'est décidé, ce soir, je le lui dis. Je ne veux pas la laisser filer, cela sera déjà assez compliqué vu qu'elle rentre chez elle en Belgique alors que nous partons faire une tournée aux States.

 Nous allons dîner à deux dans un petit restaurant qui est en forme de grotte à l'arrière de la Place d'Espagne. Je me rends compte qu'effectivement, elle connaît la métropole. Depuis que nous y sommes, nous nous sommes promenés dans de nombreux lieux visités par les touristes ou non. Cette ville est faite pour être découverte à pied, il y a un dédale de magnifiques petites ruelles. Je ne savais pas qu'elle maîtrisait l'italien aussi bien. Elle a un accent francophone, mais la langue parlée est parfaite, de nombreuses personnes lui en font d'ailleurs la remarque.

 Le serveur a dû remarquer qui je suis, il n'arrête pas de regarder par ici. Je me lève afin de lui dire que oui c'est bien moi, mais que nous voudrions avoir un petit coin tranquille, une soirée relaxe. J'ai besoin d'être auprès d'elle, au calme. Il nous donne une table dans une alcôve et je lui dédicace un CD, il est aux anges.

 La soirée est parfaite, la personne qui est en face de moi l'est aussi, que demander de plus  ? J'ai la chance d'avoir devant moi une femme très belle, physiquement c'est certain  ! Ses yeux bleus captent mon attention. Elle est magnifique. Son adorable visage est encadré par une longue chevelure dans laquelle je ne me lasse pas de passer mes doigts. Mais on sait l'un comme l'autre que lorsque nos corps se touchent, le brasier qui coule dans nos veines s'embrase. J'ai aussi la chance de partager ma vie avec une belle personne. Son cœur est pur, elle est douce, calme, même si elle a un caractère bien trempé, mais sa gentillesse est incommensurable, quand elle peut aider, elle le fait. Elle s'entend extrêmement bien avec Julian en particulier, avec le reste de l'équipe en général et puis la complicité qu'elle a développée avec Jessica est géniale. Elle m'a dit, il y a quelques jours, qu'elle aurait adoré avoir une maman comme Caroline. Quand ma fille m'a fait cette révélation, je me suis dit qu'il lui avait manqué quelque chose dans son enfance : l'amour d'une maman, et que, malgré tout ce que l'on a pu lui donner, cela, elle ne l'avait pas connu.

 Nous passons commande, Caro me regarde, prend ma main dans la sienne et me dit  :

— Alors content d'avoir quelques jours de repos  ? La tournée européenne est terminée.

— Oui, honnêtement, cela nous fait du bien, je lui réponds en mêlant mes doigts aux siens, malgré tout, tu sais c'est ma vie. Mais c'est vrai que physiquement, on encaisse. On prend toujours une semaine après le dernier concert en Europe, une semaine quand on rentre aux States, et puis on se remet sur les routes.

— Je n'ai jamais assisté à un concert aux States, mais je vais y remédier, me promet-elle en embrassant ma main.

— Tu es sérieuse, tu m'accompagnes  ?

— Non, je rentre maintenant chez moi. Il faut que je mette plusieurs choses en ordre. Je rentre pour mon job, il faut que j'annonce ma démission, je ne veux pas leur laisser de faux espoirs de retour.

— Tu pourrais travailler pour nous, qu'en penses-tu  ?

— Travailler pour vous  ? Tu nous imagines tous les deux, côte à côte  ? Je n'arriverai jamais à travailler avec toi dans la même pièce, me répond-elle, un sourire taquin sur les lèvres.

— Bon d'accord, on commencera un peu plus tard, mais je sais que l'on cherche toujours des traducteurs pour les sites, les blogs, les articles des journaux. Tu parles quatre langues, faudrait les utiliser. Réfléchis, cela ne presse pas, tu as quelques semaines pour me donner une réponse.

— Pourquoi pas. Je rentre aussi car j'ai pris une décision Thomas et cette décision ne doit en rien influencer ta vie.

 Je veux intervenir, mais elle me presse les doigts et ajoute, je vais demander le divorce, je ne veux plus vivre avec Paul, ce n'est pas ce que je souhaite et je te le dis, je ne t'oblige à rien. Je sais que tu es marié avec Dorothé, avec ton public, avec ton groupe, je sais tout cela et l'accepte. Je ne veux pas que tu changes quoi que ce soit. Il faut que je prenne des dispositions pour mes enfants, leurs études et je te dis directement que cela ne sera pas facile. Je connais Paul, il ne va pas accepter que je divorce, je devrais peut-être utiliser une partie de l'argent que tu as mis à mon nom afin de trouver un logement, je ne sais pas, je ne vois pas le côté pratique de la chose, mais ce que je sais, c'est que je ne te demande rien. Tu m'as ouvert les yeux, merci. Tu m'as appris ce que c'était d'être heureuse, de vivre en faisant ce que l'on aime, de vivre de sa passion, de vivre avec des gens que tu aimes, tu m'as fait goûter à quelque chose que je ne connaissais pas et je veux continuer dans cette voie là. Il va me falloir quelques jours, mais je viendrai assister à quelques concerts aux States et en Australie, ainsi que mes enfants. Tu vas les adorer et vous vous entendrez bien, c'est certain.

 En entendant ses mots, je déglutis plusieurs fois, je me rends compte que nous avons les mêmes sentiments, les mêmes attentes, mais que des facteurs externes nous empêchent de vivre comme nous le voulons et ces facteurs sont au nombre de deux :  son mari et ma femme.

— Je constate qu'on entre dans les grandes déclarations, lui dis-je en faisant un clin d'œil.

— J'ai fini, c'est tout ce que j'avais à dire, mais il fallait que je m'en libère , je pense que la communication est importante dans un couple, me dit-elle.

— Un couple, j'adore ce mot, je m'extasie en embrassant ses doigts. Alors à moi maintenant...

 Elle me sourit et me regarde d'un air interrogateur, mais je poursuis  :

— Il y a quelques semaines déjà, je t'ai dit ce que je voulais, ce que je ressentais et rien à y faire, tu fais partie de ma vie, mais il y a quelque chose que je ne t'ai pas révélé, enfin du moins pas clairement à mes yeux, alors je me lance,

Je prends une grande inspiration et je continue  :

— Tu es entrée dans ma vie comme une tornade, tu le sais, je te l'ai fait comprendre, quand je t'ai vue sur scène, mon cœur a cessé de battre, le temps s'est comme suspendu, la terre a arrêté de tourner, Julian a dû refaire son solo de guitare et je ne m'en suis pas rendu compte, depuis tu partages ma vie, ma famille, mes amis, mon équipe, mes jours et surtout mes nuits et je ne veux pas que cela cesse.

J'ai compris, tu rentres pour mettre de l'ordre dans ta vie mais, si tu t'imagines que tu vas demander le divorce et que je ne vais pas réagir, tu te trompes. Tu m'es devenue indispensable. J'ai besoin de toi, d'entendre ton rire, d'avoir ta main dans la mienne et beaucoup d'autres parties de ton corps, mais cela deviendrait indécent si je les citais ici. Bref j'ai besoin de toi et je veux que tu partages ma vie, alors c'est la raison pour laquelle je me vide le coeur, je suis tombé amoureux de toi au premier regard. Tu fais circuler de l'adrénaline dans mon corps même si tu ne me touches pas, je ne te dis pas quand tu me touches, mais là aussi ce serait indécent si je devais en parler.

Tu embellis ma vie, alors je sais que ce n'est pas grand-chose, ce ne sont que trois petits mots, mais je t'aime ma princesse comme jamais je n'ai pu aimer une femme, et jamais plus je n'aimerai une femme comme je t'aime toi. Tu es mon soleil, mon oxygène, ma raison de vivre, je t'aime comme un fou et je veux partager ma vie avec toi. Je sais, il te faut du temps et je te donne tout ce dont tu as besoin, je ne précipite rien, je ne change rien, mais je ne peux plus rester à tes côtés sans te dire que je t'aime.

 Tout en parlant, j'ai sorti un anneau de la poche de mon jean, un anneau en or jaune, rose et blanc. Un anneau que je lui passe à la main gauche en embrassant ses doigts. Je la regarde et des larmes coulent sur ses joues. Elle se lève et vient s'asseoir sur mes genoux, elle prend mon visage en main et ses lèvres se fondent sur les miennes, ses larmes se mélangent à nos baisers. J'essuie ses joues, lui souris, elle dépose un doigt sur mes lèvres et murmurre dans un souffle :

— Je t'aime aussi Thomas et j'avoue que je n'osais pas te le dire, je ne voulais pas te mettre la pression. Je sais que tu pars dans quelques jours, je ne voulais pas que quelques mots te fassent changer d'avis.

— Je ne change pas d'avis ma princesse, j'aime ce que je fais et je pars en tournée, mais je t'aime toi encore plus que ma tournée, sache-le  !

 Elle me sourit et m'embrasse tendrement en me répétant : « je t'aime ».

— Il y a une partie de mon discours que tu n'as pas entendue... Tu sais là où je te dis que tu fais circuler de l'adrénaline dans mes veines. C'est exactement ce qui se passe en ce moment, mais le problème est que l'adrénaline se concentre dans le milieu de mon corps, principalement entre mes jambes et une fois de plus mon pantalon est trop serré...

Un sourire se dessine sur ses lèvres, et elle s'écarte légèrement, m'embrasse et me chuchote :

— Promis, je vais résoudre le problème de ton pantalon trop serré quand nous serons à l'hôtel, mais je t'avoue que je crève de faim.

 Elle joint l'acte à la parole et se lève pour reprendre sa place. J'ai faim, mais mon corps a faim d'elle et lorsqu'elle part de mes genoux, j'ai froid, je me rends compte du manque lorsqu'elle s'éloigne de moi.

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