CHAPITRE 18 : THOMAS (public averti)

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"I'll be there for you, these five words I swear to you

When you breathe I want to be the air for you

I'll be there for you I'd live and I'd die for you I'd steal the sun from the sky for you

Words can't say what love can do I'll be there for you"

Bon Jovi, Album New jersey, I'll be there for you, 1988

 Nous terminons notre journée à nous relaxer. La vie est belle, que demander de plus ? Deux de mes enfants sont auprès de moi et la femme dont je viens de tomber amoureux aussi. J'ai du mal à assimiler cela "la femme dont je viens de tomber amoureux". J'aurai quarante-cinq ans dans quelques mois, je devrais être capable de résister aux pulsions de mon corps, non ? Je n'arrive pas à comprendre ce qu'il m'arrive. Je ne vais pas dire que j'ai une petite vie bien rangée, bien calme, avec un chien et une maison de campagne, non certainement pas, mais je pensais avoir trouvé mon équilibre et là : boum ! la tornade Caroline s'abat sur moi. Cela me fait sourire, souvent les noms de tempêtes ou d'ouragan sont des prénoms féminins, mais je commence à comprendre pourquoi. Cela fait un peu plus de deux jours que cette femme est entrée dans ma vie et si elle me demandait d'arrêter de chanter, je le ferais sans aucune hésitation. Pourtant la musique est toute ma vie et honnêtement, je ne vois pas ce que je pourrais faire d'autre.

À partir du moment où vous décidez de faire un métier comme celui-là, vous le faites à cent pour cent. Si vous décidez de faire des études en gestion administrative et bien vous pouvez travailler dans un secrétariat médical ou dans les ressources humaines, mais moi je suis chanteur, musicien et cela au plus profond de mon âme. C'est ce que je veux faire, c'est ce que je veux être, c'est ce que je suis. Il faut que je parle avec les guys, il faut que je leur explique ce que je ressens. On a toujours fonctionné comme cela au sein du groupe : si un a des emmerdes, les trois autres donnent leur avis et on essaie de trouver une solution ensemble comme le font les membres d'une famille car c'est ce que nous sommes.

 Je sors de ma rêverie en voyant Caroline qui se dirige vers moi.

— Nos bagages sont prêts, me dit-elle.

— Parfait princesse, nous partons dans une petite demi-heure, je lui réponds en la prenant dans mes bras.

 Je pose de petits baisers sur ses cheveux et je passe mes doigts dans ses longues mèches.

— À quoi penses-tu Thomas, tu as l'air soucieux ? me questionne-t-elle

— Je dois être franc ?

— Si possible, oui, je préférerais que tu le sois.

 Je sens que ses membres se raidissent, son corps est physiquement près du mien, mais quelque chose lui fait peur.

— Ma princesse, ne sois pas anxieuse. Je sens ton corps se tétaniser et j'ai horreur de cela. Je pensais à toi, je pensais à nous.

En entendant ces mots, elle se tourne et me regarde.

— À nous ?

— Oui, nous. Tu m'as demandé d'être franc, alors je le suis. Oui, je pense à nous et je sais que l'on va avoir des emmerdes, un tas d'emmerdes. On est marié,  et on a des gosses chacun de notre côté, mais je me disais que cela fait deux jours que je te connais et si tu me demandais de changer de vie, je le ferais sans me poser de questions. Voilà ce à quoi je pensais.

 Je lui dis en passant mes doigts sur son visage, sur sa lèvre inférieure. Une fois encore son corps me répond et ses lèvres suçotent mes doigts. Je vendrais père et mère pour vivre cette sensation pour le restant de mes jours.

— Merci d'être franc. Je sais que tu as raison, on va avoir des emmerdes et je crois que c'est pour cela que l'on devrait prendre le temps de discuter de nos vies respectives. Mais deux choses sont très claires dans mon esprit, jamais je ne te demanderai d'arrêter ce que tu fais, jamais. La seconde chose est que j'ai décidé de suivre ta tournée jusqu'au dernier concert européen et c'est ce que je ferai. Naturellement, je n'avais pas planifié que je suivrais la tournée de façon aussi intime avec les membres du groupe, et certainement pas de façon aussi fusionnelle avec le leader. Une chose est certaine, je reste jusqu'à la fin de la tournée européenne. J'en ai discuté avec ma famille, j'ai besoin de ce break. Mes enfants sont grands, ils peuvent se passer de moi pendant quelques semaines.

— Une bonne nouvelle, on a encore sept semaines devant nous, ce n'est pas mal pour avoir une conversation. Je ne te promets rien, je ne sais pas où nous allons, mais je sais que l'on y va ensemble et ça pour moi c'est le point le plus important, lui dis-je en l'embrassant et en la serrant d'un peu plus près.

 Rien à faire, j'ai beau être sérieux, mon corps perd toujours le contrôle. Ces quelques minutes à l'avoir auprès de moi suffisent à me faire bander. Elle le remarque car elle me sourit et ajoute :

— Va falloir que l'on discute par pause, car si tu t'imagines que je sais me concentrer quand je te sens aussi dur que du béton, dis-toi que tu te trompes et très lourdement, me dit-elle en passant sa main sur le devant de mon pantalon.

— Désolé de vous interrompre, mais il faut que l'on y aille nous annonce Oliver. Tout est prêt, nos avions ont reçu l'autorisation de décoller. On part dans une heure.

— On arrive Oliver.

— Ma princesse, je ne comprends pas ce qui nous arrive, mais tu as raison, nous devrons faire des pauses, c'est certain, cela s'impose, lui dis-je en déposant un chaste baiser sur ses lèvres.

 Nous prenons nos vestes, et nos affaires personnelles. Tout le reste est déjà emballé et dans les voitures. Nous nous dirigeons vers l'ascenseur et Oliver lui tend une enveloppe brune, la même que nous avons reçu un peu plus tôt dans la journée.

— C'est quoi ? demande-t-elle.

— Le planning pour Dublin, tu fais partie de la famille maintenant, alors voilà tu as aussi le planning. Tout y est inscrit : nom et adresse des hôtels, des lieux de concert, des heures de répétition, enfin tout ce qu'il faut.

— Merci Oliver, merci pour tout ce que tu fais, lui dit-elle, un grand sourire aux lèvres.

— Tu as chamboulé la vie de Thomas, donc forcément tu chamboules la nôtre aussi, lui dit-il en lui prenant les mains.

 Je la prends dans mes bras et l'embrasse sur le front en me disant que c'est certain, ma vie est chamboulée.

 Comme à son habitude, Oliver étant le pro de l'organisation, tout est structuré, tout roule. Nous embarquons et décollons à l'heure prévue. Nous volons avec plusieurs avions. Il y a le nôtre, pour le groupe, Oliver, nos femmes et enfants et je devrais ajouter nos maîtresses quand je vois que Nathalie s'est endormie sur l'épaule d'Hector, mes proches collaborateurs comme Stephen ou Boris, et tous les autres sans lesquels cela ne tournerait pas aussi bien. Un autre avec une équipe technique, dans notre cas deux avions vu qu'il y a deux scènes. Un quatrième pour les camions transportant le gros matériel ou les bus que nous utilisons sur place. Nous arrivons toujours en avion dans un pays, mais par exemple, nous avons fait Manchester - Londres en camion. Oliver règle tout cela et j'avoue que je ne remets jamais en cause ses décisions. Quel que soit le moyen de transport, il nous permet d'être ensemble, d'échanger nos idées, de répéter, d'accorder certains morceaux. Nous avons tout ce qu'il nous faut, si on veut être au calme, pas de souci, il y a des couchettes dans chacun des bus.

 Deux heures plus tard, nous sommes à Dublin. La limousine nous attend et nous nous installons confortablement afin de nous rendre à l'hôtel. Stephen et Boris sont avec nous, descendent les premiers afin de vérifier si tout est en ordre. Boris revient et nous dit :

— Les gars, il y a un petit groupe de fans dans le hall de l'hôtel, une trentaine de personnes. Vous sortez ?

— Bien sûr, on arrive, répond Julian.

— Tu veux que je passe par l'arrière ? me demande Caroline.

— Absolument pas. Tu entres avec moi !

— Thomas, s'il y a des fans, il y a peut-être des journalistes, je ne veux pas te créer des ennuis.

— Je me fous des journalistes, rentre avec moi s'il te plait.

 Nous sortons tous. Je tends ma main à Caroline et elle la prend. Nous nous avançons dans le hall. Pas de journaliste, rien que des fans, qui demandent quelques photos et quelques autographes et j'avoue que même si parfois cela peut sembler pesant, j'adore ces instants. Je me dis que ces personnes ont fait du chemin pour nous parler quelques minutes. Pour certaines, cela a coûté très cher. Alors oui, nous nous arrêtons et nous passons du temps avec nos fans. Julian est le chouchou de ces dames. C'est vrai, il a un charme fou et aucune fille ne résiste, n'a résisté ou ne résistera à son sourire. Un charisme comme le sien est rare. Julian est probablement le meilleur moyen de communication que nous avons, il le sait et il aime user de son charme.

 Oliver prend Caroline à part afin de lui expliquer que nous serons deux dans ma chambre d'hôtel. J'ai demandé à Oliver de réserver pour deux, mais pas avec Julian cette fois-ci. Même si je l'aime beaucoup, c'est le charme de Caroline qui me met sens dessus dessous, pas celui de Julian.

 Nous nous installons et je constate que lorsqu'elle ouvre sa valise, elle installe ses affaires avec les miennes et j'avoue que lorsqu'elle dépose sa brosse à dents ,, j'ai un flash et je nous vois dans vingt ans, nos brosses à dents dans le même verre. Je m'avance vers elle, la prends dans mes bras en me pressant derrière elle. Nos regards se croisent dans le miroir de la salle de bain. J'ai collé mon visage au sien, elle me sourit, et ses mains parcourent mes avant-bras.

— Merci d'avoir accepté de venir ici avec nous, merci aussi d'être ici avec moi, j'aime l'idée que l'on partage la même chambre.

 Je la serre d'un peu plus près, cette femme est mon oxygène.

— Thomas, je ne sais pas où cela va nous mener, mais je pense que l'on doit essayer de faire un bout de chemin ensemble. Cela ne sera pas facile, mais j'ai envie de prendre le risque, me dit-elle.

— Tu as envie d'autre chose aussi  ? je lui susurre en embrassant le lobe de son oreille droite.

— De beaucoup d'autres choses, et c'est toujours avec toi.

 Elle se dégage de mes bras, se retourne, prend mon visage dans ses mains et m'embrasse. Ses lèvres se déposent avec douceur sur les miennes et même si ses baisers se font voraces, elle essaye de prendre son temps. Elle a raison, on doit ralentir la cadence et apprendre à se connaître. Nous avons un peu plus de deux jours à passer ensemble avant mon prochain concert, je sais que c'est peu car j'ai l'impression que l'on a des milliers de choses à se raconter, mais malgré tout, pour moi ces deux jours sont une bénédiction.

  Julian entre et nous dit que le repas nous attend en bas. Nous l'accompagnons. Hector et Nathalie sont toujours collés l'un à l'autre, Jessica et Jackson sont aussi présents. Le repas est délicieux comme d'habitude. Que demander de plus, je profite d'un bon repas entouré de personnes que j'aime ainsi que de la femme dont je suis tombé amoureux.

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