CHAPITRE 10 : CAROLINE

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"Avoir conscience qu'on fait une bêtise et la faire tout de même, c'est une volupté !"

André Birabeau

 Je ferme délicatement la porte derrière moi et je regarde la chambre. Enfin les chambres. Nous avons une suite aux teintes chaudes, dans les tons jaunes, oranges et ocres. Des roses rouges sont sur la table près du bar. Une carte y est accrochée. Je me dirige vers la table pour la prendre. Mon prénom est inscrit sur l'enveloppe. Une simple petite phrase me fait voir la vie en rose « à toi ». Comment deux petits mots peuvent-ils faire battre autant mon coeur ? Je remets le carton dans l'enveloppe et la dépose sur la table. Nathalie sort de la salle de bain en s'essuyant les cheveux. Elle me regarde, me sourit. Elle est détendue, elle est belle. Cela fait des mois que je ne l'ai plus vue comme cela, simplement heureuse.

— Alors la soirée a été bonne  ? me demande-t-elle.

— Je dirai aussi bonne que la tienne non  ? 

— Toi d'abord  !

— Soirée exceptionnelle. J'ai passé la soirée en concert à Londres. Le temps était splendide, même un peu chaud, supers groupes, bonne ambiance et... 

— Tu te fous de moi là  ?  me fait-elle observer.

— Non, pas du tout, soirée géniale, groupes musicaux extra  ! 

—  Ça, je sais, j'y étais aussi. Je veux que tu me racontes la fin de la soirée, le début de la nuit en somme, dit-elle en continuant à se sécher les cheveux.

— En fait, j'ai passé une soirée extra, super resto. Et puis on a dansé jusqu'à quatre heures ce matin, on a parlé toute la nuit et j'ai l'impression de connaître ce gars depuis toujours. 

— Vous avez "parlé", c'est tout  ?

— On s'est embrassé devant sa porte, mais il faut qu'il dorme. Sa voix doit se reposer. Et je t'assure que je suis incapable de rester dans la même pièce que lui et de dormir. Alors on s'est embrassé et on est rentré chacun dans notre chambre. Et toi, dis-moi  ? Tu cherchais la bonne chambre  ?  lui dis-je en m'asseyant sur le lit et en enlevant mes baskets.

Nathalie s'approche et s'assied aussi. Elle me regarde et me sourit.

— Je sais que j'ai fait une connerie. J'ai passé la nuit dans le lit d'Hector .

— Et pourquoi serait-ce une connerie  ? 

— Tu te rappelles, on est mariées, je te signale... 

— Tu as raison, je lui confirme,  mais essaye de ne pas oublier que nos hommes nous ont dit de nous démerder. On leur a demandé de l'aide, on leur a expliqué que l'on était au bout du rouleau, et résultat, ils sont où nos hommes  ? Tu sais si on est mariées, ils le sont aussi, je lui réponds et je le pense.

— En fait, je pense comme toi, ils nous ont laissé tomber malgré l'aide que nous avons demandée, me dit-elle après quelques secondes de silence.

 Un sourire se dessine sur ses lèvres. Elle me regarde et poursuit :

— J'ai fait une connerie, mais c'est la meilleure des conneries que j'ai faites. Et Hector est aussi doué au lit qu'il l'est avec une batterie. Je n'ai jamais passé une nuit comme celle-là, me dit-elle en me souriant et en rougissant légèrement. Caro, j'ai quarante balais et je viens de passer la meilleure nuit de toute va vie, j'ai l'impression de revivre. Cela fait des années que je ne me suis pas sentie comme cela, ajoute-t-elle en se couchant sur le lit.

 J'ai enlevé mes baskets, mon pantalon, et je me mets à côté de Nathalie. Nous sommes tête contre tête, comme nous l'étions quand nous étions ados. A cette époque, nous allions révolutionner le monde. On passait des heures à parler de tout et n'importe quoi : des études que l'on allait faire, de la famille que l'on aurait un jour, du job que l'on voulait exercer.

— Tu penses à la même chose que moi  ?  me dit-elle.

— Oui, je pense que l'on a fait un sacré bout de chemin depuis le jour où l'on s'est rencontrées. Ton sac avait cassé dans les escaliers et tout était par terre. Je t'ai aidée à ramasser tes affaires et on ne s'est plus quittées.

— Honnêtement, tu es heureuse à la maison  ? 

Il me faut plusieurs minutes pour répondre. J'analyse ma situation et je lui réponds :

— Il y a des gens plus mal lotis que moi, je suis mariée, j'ai deux adorables enfants en bonne santé, j'ai un toit sur la tête, j'ai un job, il y a pire comme situation.

— Ce n'était pas la question. Je te demande si tu es heureuse  ? 

— Non, je ne suis pas heureuse. J'ai l'amour de mes enfants, et en ce moment ils me manquent à en crever, mais tu sais bien qu'entre Paul et moi il n'y a plus rien. Oui, je le respecte, il reste le père de mes enfants, mais cela fait des mois qu'il ne se passe plus rien entre nous. Et toi, tu es heureuse avec Lionel  ? 

Elle me regarde et me répond directement :

— Non, même situation que la tienne, il reste le père de mes enfants, je le respecte, mais c'est tout. Et puis je t'avoue qu'avec la nuit que je viens de passer....waouh, c'est ça que je veux  ! 

— Oh ne t'emballe pas  ! Une bonne partie de jambes en l'air fait du bien de temps en temps, mais on doit regarder plus loin. On a des gosses, un job, on doit penser avec notre cerveau et pas avec nos fesses.

— Ah, tu penses avec tes fesses ?  énonce-t-elle en rigolant.

— Quand je vois Thomas, je n'arrive pas à penser à quoi que ce soit d'autre..... Et ne rigole pas, toi tu vois les fesses d'Hector  ! Et tu as une longueur d'avance sur moi, tu as vu ses fesses nues, moi je dois les imaginer au travers d'un jean  !

 On se regarde et on éclate de rire toutes les deux. Cela fait du bien d'être ensemble à rire comme deux gamines. Pourtant les responsabilités sont là et je ne sais pas pourquoi mais ce soir vient de marquer un tournant dans notre vie. Il y a quelque chose qui vient de se produire et je ne sais pas dans quel sens notre vie va partir. Une chose est certaine, Nathalie est resplendissante, cela fait des années que je ne l'ai plus vue comme maintenant. On continue de papoter, nos yeux se ferment et l'on s'endort en souriant, aussi insouciantes que deux ados  !

 La nuit est courte, mais reposante. Je suis la première à ouvrir un œil. Nathalie a toujours été une marmotte, elle adore dormir. Je me lève sans faire de bruit. Je passe dans la salle de bain et je me fais couler un bain puis je branche mon portable afin d'avoir de la musique. En entendant le morceau, je pense à mes enfants, ils me manquent terriblement. Je leur passe un coup de fil. Ils vont bien, et entendre le son de leur voix me procure un sentiment de joie. Je me glisse dans l'eau et la sensation de l'eau sur ma peau est un vrai délice. Cela dénoue les tensions. Une chanson terminée, mon portable se met à vibrer.

« COUCOU », me dit un sms.

Un deuxième arrive directement après celui-là « BIEN DORMI  ? »

 Mon cœur se met à battre la chamade. Je sais, c'est idiot pour deux sms. Mais ces deux sms viennent de Thomas qui se trouve à quelques mètres de moi. La température de la salle de bain vient d'augmenter, et ce n'est pas seulement dû à la température de l'eau...

 Je lui réponds : « COUCOU, BIEN DORMI ET TOI  ? ». Je tape à nouveau : « TU ME MANQUES ». J'efface, je recommence, j'envoie. Merde, qu'est ce qui m'a pris  ? Je me redresse dans mon bain et j'attends sa réponse qui arrive directement : « TOI AUSSI, NUIT ATROCE, TU ETAIS LOIN DE MOI », me réplique-t-il.

 Mon cœur fait un sd dans ma poitrine. Je suis folle de joie. J'embrasse mon portable. Je sais c'est insensé, mais comment quelques mots peuvent vous rendre aussi heureuse ? Je dois avoir poussé un cri de joie, car Nathalie déboule dans la salle de bain.

— Ça va  ? Pourquoi tu cries  ?  interroge-t-elle encore toute endormie.

—  Je suis désolée Nath, je ne voulais pas te réveiller. Je viens de recevoir un sms de Thomas, et j'adore ce qui y est écrit, je lui rétorque en souriant.

 Nathalie se déshabille et prend une douche. Quelques minutes plus tard, nous sortons toutes les deux de la salle de bain, lavées, maquillées, pomponnées. On a rendez-vous aujourd'hui. Un rendez-vous qui va changer le cours de notre vie, c'est certain.

 Un autre sms arrive « TU ES FACHÉE ? PAS DE REPONSE ? DESOLÉ JE DIS TOUJOURS CE QUE JE PENSE.... » Je le lis et je lui réponds « NON PAS DU TOUT, PORTABLE À PLAT, DESOLÉE POUR TA NUIT ATROCE, LA SUIVANTE SERA BONNE »

 A peine quelques secondes plus tard, le « pong » caractéristique de ma messagerie se fait entendre « TU ME PROMETS UNE BONNE NUIT  ???????????????????????????? »

« ABSOLUMENT »

« J'AI DU MAL A DORMIR ..... COMMENT VAS-TU T-Y PRENDRE  ??????????????? »

«SECRET A DECOUVRIR CE SOIR »

 Plusieurs smileys rigolant arrivent et un mot « IMPATIENT DE DECOUVRIR CELA »

« LA CURIOSITE EST UN VILAIN DEFAUT »

« NON ON APPREND EN ETANT CURIEUX ET JE VEUX TOUT APPRENDRE DE TOI, TOUT »

«  À QUELLE HEURE POUR LE DEJEUNER, VOUS ETES PRESENTABLES ? »

« RAMENEZ VOS JOLIES FESSES ON VOUS ATTEND »

— Nath, tu es prête  ? On va déjeuner  ? 

— Je suis là, me dit-elle, un grand sourire accroché sur le visage. Elle attrape mon bras et me dit :

— Caro, quoi qu'il arrive aujourd'hui et durant cette tournée, je veux en profiter. Je veux vivre l'instant présent, cela ne se présentera peut-être plus jamais. Je veux être heureuse, même quelques semaines, quelques jours ou quelques heures, mais je veux encore goûter à ce que m'a fait découvrir Hector cette nuit.

— Et pourquoi pas, toute une vie ?  j'ajoute en la serrant dans mes bras.

— Et c'est moi qui devais réfléchir avec mon cerveau et pas avec mes fesses, me dit-elle en me rendant mon accolade.

— Promis, on va essayer d'en profiter un max. Comme tu dis, cela ne se présentera peut-être plus jamais, on se regarde et ensemble on termine ma pensée « It's Now or Never » un titre phare de notre groupe préféré.

 Tout un programme et c'est tellement vrai  ! Nous devons vivre le moment présent, demain où serons-nous  ? Que ferons-nous  ? Personne ne va vivre à notre place, personne ne s'inquiète de nous à part nos enfants, alors on fonce et on va vivre le moment présent. On quitte notre chambre, bras dessus, bras dessous, un air de plénitude se lit sur notre visage. Nous sommes simplement heureuses, comblées de passer du temps ensemble, bienheureuses d'être là, radieuses de rencontrer des personnes que l'on a admirées toute notre vie, satisfaites de rencontrer simplement des hommes et pas des demi-dieux que leur image projette sur les tabloïds ou dans la presse en général.

 Nous faisons quelques pas et allons frapper à la porte de la chambre de Thomas. C'est Julian qui nous ouvre.

— Bonjour les filles, bonne nuit, pas trop courte ?  nous dit-il en nous embrassant sur les deux joues.

— Les filles, avant que j'oublie, vous avez bouleversé deux de mes frères. Si vous jouez avec leurs sentiments, je vous étrangle, et je suis sérieux.

— T'affole pas Julian, on n'a pas l'intention de jouer avec eux, avec aucun des deux, répond Nathalie

— Et ça reste entre nous  ?  dit-il

— Aucun souci, je lui réponds en lui faisant un clin d'œil.

 Il y a un monde fou dans cette suite et surtout sur la terrasse. Il fait splendide et une magnifique table a été dressée, des nappes blanches et rouges couvrent les tables, de petites roses sont posées en chemin de table, elles aussi blanches et rouges. Un buffet est à notre disposition. Aucun membre du personnel, seulement nous. Quand je dis « nous », nous sommes une bonne quarantaine. Je reconnais Hugo et sa charmante épouse Jennifer qui sont dans les bras l'un de l'autre comme d'habitude. Les jumelles d'Hector, Anna et Talia sont près de leur papa en train de discuter, tous les trois sont tout sourires. Nathalie me fait une pression sur le bras et elle se dirige vers Hector. Hector l'a remarquée et son sourire s'agrandit de seconde en seconde. Ils font plaisir à voir.

 Oliver est au bar, Julian le rejoint et lui donne un coup de main pour servir quelques coupes de champagne. Je fais le tour de la terrasse et j'aperçois Thomas au fond à droite. Il est de dos, le portable vissé à l'oreille. Je m'approche de lui, il ne m'a pas entendue. Je l'entends parler en Italien. Il est Sicilien d'origine. Je souris, je m'arrête et j'avoue que j'écoute. Je parle, aussi italien et je souris en entendant la douceur de ses mots. Il est tendre, affectueux. Je suppose qu'il parle à ses parents ou à un membre de sa famille. Il met fin à sa conversation, je m'approche de lui et je passe mes bras autour de sa taille. Il porte une chemise blanche au-dessus d'un jean, les bras de sa chemise sont relevés, il est pieds nus. En m'approchant, je suis prise par son odeur, une odeur mâle, virile, un mélange de bois, de nature, de terre et de son parfum, un mélange épicé, masculin. Une odeur que je ne me lasse pas de sentir. En un mot, son odeur, lui et le reste disparait. Je pose mon visage sur sa chemise. Les muscles de son dos roulent sous mon contact, cela m'électrise. Il met son portable dans sa poche, prend mes mains dans les siennes et les porte à ses lèvres. Il dépose de petits baisers sur mes mains.

— Bonjour ma princesse.

— Bonjour mon prince.

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