CHAPITRE 3 : THOMAS

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"Plus tard, il sera trop tard.
Notre vie c'est maintenant."

Jacques Prévert

— J'arrive ! 

  J'adore Julian, mais là, il est casse-pieds le gars. Julian est mon frère, pas de sang, mais c'est le gars avec lequel j'ai fait les quatre cents coups et accessoirement le guitariste du groupe. Je reprends mon micro en mains et je termine le slow.

 La chanson suivante débute avec un solo de batterie, et j'en profite pour aller vers Oliver et lui expliquer que je veux revoir cette femme. Je l'ai invitée à dîner, elle et son amie. Oliver me fait signe de la tête, me donne une tape dans le dos afin de me dire qu'il a compris. Tout sera fait afin que l'on se retrouve après le concert.

 Que ferions-nous sans Oliver ? Que ferais-je sans lui ? Il a débuté avec nous et est présent dans le groupe depuis les premiers jours. Il est notre homme de confiance, le grand frère que nous n'avons pas eu. Il s'occupe de la gestion des fans, et ce n'est pas un cadeau pour lui, quand j'en vois certains  ! Oliver est le confident qui connaît tout, de tout le monde et qui ne dit jamais rien. Nous avons de la chance de l'avoir auprès de nous. La vie de rockstar est sympa, mon job c'est ma passion, mais l'industrie musicale ne fait pas de cadeaux, la presse non plus. Aujourd'hui vous êtes au firmament et demain, plus personne ne sait que vous avez existé.

 J'avoue que pour le moment, je suis au firmament, je ne parle pas de mon job de chanteur, non pas du tout, même si nous faisons partie des "légendes du rock" d'après Rolling Stone Magazine. Je parle de la personne que je viens de rencontrer, cette magnifique blonde, qui se trouvait par hasard sur scène. Je ne connais même pas son prénom. J'ai juste entendu le son de sa voix et je lui ai arraché la promesse d'un dîner ce soir après le concert, c'est tout. Je ne sais pas ce qui se passe, mais je suis sur un petit nuage et à plusieurs reprises Julian me secoue en me disant que je dois reprendre telle ou telle partie. J'ai la tête ailleurs, je suis fasciné par cette femme. Jamais je n'ai ressenti cela, jamais  !

 Je vais paraître médiocre, car je suis marié et en ménage. Cela fait plus de vingt ans que je suis l'époux de Dorothé. Je l'ai connue dans un hôtel, elle y était descendue suite à une compétition sportive qui se déroulait dans le coin. Je suis allé voir à gauche, à droite, mais je suis revenu auprès de Dorothé. Et aujourd'hui je ne souhaite qu'une seule chose, c'est que ce concert se termine afin que je puisse aller dîner avec cette splendide inconnue.

 La dernière chanson arrive, cela fait plus de quatre heures que nous sommes sur scène et j'avoue que je commence à fatiguer, nous n'avons plus vingt ans...

— Vous êtes avec moi ce soir ? On continue ? Encore une ?

 La foule nous acclame et nous nous mettons en place afin de terminer le concert avec "Not Old, Just Older", ce qui me permet de faire un jeu de mots :

— Encore, vous en voulez encore ???? Mais nous ne sommes pas aussi jeunes que vous, nous sommes vieux, simplement plus vieux. La foule est en délire comme à chaque fois.

 J'adore mon job et malgré la fatigue, les crampes qui se font sentir, je sais que c'est ce que je veux faire, ce que je suis. Être ici avec des milliers de personnes. Pour rien au monde, je ne voudrais être ailleurs,  à un autre moment. Ces gens qui sont ici face à moi, c'est ma vie, ma passion, ce que j'aime.

 Nous terminons en saluant comme à chaque fois  ! Croyez-le ou non, mais le salut à la foule dure aussi longtemps qu'une chanson. On est crevés, au bout du rouleau, on voudrait une bonne douche et pouvoir manger un morceau, mais ce que ces gens viennent de nous donner, ce que nous avons partagé avec eux, c'est tout simplement unique. Je sais que nous avons fait des milliers de concerts, je n'ai pas compté, cinq mille, peut-être cinq mille cinq cents concerts que nous avons donnés tout au long de notre carrière et malgré tout, à chaque fois que nous saluons, un pincement au cœur se fait ressentir, même sachant que nous serons sur scène après-demain, cela ne sera pas comme aujourd'hui.

 Je suis le dernier à entrer sur scène lors du début du concert, je suis le dernier à la quitter. J'adore voir tous ces gens nous regarder descendre les marches pour aller dans nos loges, j'aime scruter la foule qui admire le feu d'artifice que nous envoyons à chaque fin de concert. Mais j'avoue qu'en ce moment, mon regard n'est pas attiré par la foule, ni par le feu d'artifice, ni par les fans, non, mon regard est captivé par cette ravissante femme qui se dirige vers Oliver. Ma vie est sur le point de changer de cap. Je ne sais pas pourquoi, mais c'est comme cela, quelque chose se passe et je ne vais pas être capable d'arrêter ce train qui s'est mis en marche, je ne veux pas l'arrêter. Je ne souhaite qu'une chose, monter dans le convoi qui me conduit vers cette femme. Mon Dieu que m'arrive-t-il ?

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