CHAPITRE 1 : CAROLINE

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« Donnez-moi un rêve où vivre parce que

la réalité est en train de me tuer »

Jim Morrisson

 Monsieur Météo avait annoncé une splendide journée aujourd'hui.  Il ne s'est pas trompé ! Nous sommes assises à Hyde Park. Je lève les yeux,  et le ciel est d'un bleu profond. Aucun nuage ne vient troubler ce magnifique décor. Le soleil brille de mille feux. En réalité, il fait chaud à crever,  et je me pose encore la question à savoir ce que je fais ici, ce que nous faisons ici.

 Depuis l'aube, nous sommes en plein coeur de Londres, au premier rang de la scène du mythique Hard Rock Calling, festival annuel de musique organisé par le Hard Rock Café et Live Nation. Les premiers concerts ne débutent qu'à quatorze heures, mais nous avons voulu être au premier rang, afin de voir les artistes de près.

 Nathalie et moi avions décidé de fêter nos quarante printemps dignement,  et c'est ainsi que nous parcourons l'Europe pour suivre LE groupe de rock légendaire que nous adorons. Nous souhaitons faire un break, sortir de l'ordinaire. Nous nous octroyons trois mois sabbatiques  ! Exit le boulot, le mari, les corvées ménagères, les courses, les enfants. On pense à nous et à nous seulement. Dit ainsi, cela peut sembler facile, mais ce n'est pas le cas, ni pour elle, ni pour moi.

 Depuis début mai, nous sillonnons les routes du vieux continent. Nous venons de Manchester et voilà trois jours que nous visitons Londres. La capitale est majestueuse, le temps splendide,  et nous voyons du pays.

 Il est près de midi, nous sommes entourées de centaines de personnes et nous avons fait la connaissance de  die hard fans , les groupies de la première heure. Une super ambiance règne, l'excitation monte. Nous avons pris un succulent petit déjeuner et nous nous mettons en quête d'un petit truc à grignoter avant que cela ne commence.

 L'heure sonne et la musique nous décolle les oreilles. Il y a une quinzaine de groupes à l'affiche, nous écoutons les nouveaux venus sur la scène musicale, puis plusieurs pointures de la légende du rock font leur entrée. Ça déchire, nous sommes comme possédées à chaque fois que nous entendons cette musique. Une foule en délire nous entoure, une ambiance du tonnerre s'élève dans le ciel de Londres. Les groupes se succèdent. La foule s'agrandit au fur et à mesure que la journée passe. Simple Minds fait une entrée fracassante, magique, exceptionnelle, hors du temps. Leurs plus grands hits sont interprétés. U2 entame son programme avec un magistral  Sunday Bloody Sunday .

 En quelques heures, avec une dizaine de nouveaux titres par groupe et des tubes planétaires, les artistes nous donnent un bonheur intense, tout en nous faisant réfléchir grâce à certaines chansons. La musique n'est en rien compliquée, elle va droit au but, la scène étant l'endroit où elle s'exprime le mieux. Les groupes plaisent, les yeux de chaque fan présent pétillent de bonheur, tout comme les nôtres, nous sommes comblées.

 Les hits se succèdent, la foule chante, danse. J'ai rarement vu une telle ambiance, même si cela fait six semaines que nous usons nos baskets dans les stades ou les salles de concert. La chaleur grimpe et je sens des gouttes de sueur dégouliner dans mon dos, la foule se presse et comme nous sommes au premier rang, les gens se collent contre moi. Je n'ai jamais eu autant de mains aux fesses qu'aujourd'hui  ! C'est pour la bonne cause  ! Il est un peu plus de vingt heures,  et en plus de la chaleur, l'air s'électrise. Il y a des milliers de personnes dans le parc : on n'entend plus un bruit, plus un murmure, seulement des milliers de respirations qui bruissent à l'unisson. Un sentiment bizarre naît à cet instant, le monde s'est arrêté, le temps est suspendu, quelques minutes, quelques secondes qui semblent être des jours entiers  ! On sait qu'ils sont là, ils vont arriver, on va pouvoir les voir, les entendre, les toucher. Je ressens ce sentiment de magie, tout comme chaque fan présent !

 Hector, le batteur, fait son entrée en tapant ses baguettes l'une sur l'autre comme à son habitude, Hugo le bassiste, arrive à son tour. La foule crie, frappe dans les mains, une véritable explosion de bonheur détonne sur Hyde Park.

— Hey, ils sont là ! On les voit une fois de plus  ! Tu as eu une idée géniale  ! m'affirme Nathalie dans un souffle.

 Elle est aussi impatiente que moi. Généralement c'est le leader qui est adulé, mais Nathalie préfère le charme discret du batteur. Elle adore le son, la rythmique, et ce qui la fait vibrer,  c'est la batterie.

 Nathalie et moi, nous nous connaissons depuis l'âge de douze ans. Nous avons fait les mêmes études. Pas toujours en même temps... j'ai doublé une année, elle a raté l'année suivante. Ensuite, nous avons étudié dans une école de commerce et puis nous avons débuté notre carrière professionnelle.

 Cette année, notre emploi nous a mis la pression, un jour de plus, un jour de trop. Nous travaillons ensemble sur la gestion de projet clientèle, elle sur le côté financier et budgétaire, moi du côté administratif et humain. Nous avons un peu plus de cinq cents personnes sous notre responsabilité, chouette boulot, mais trop pour deux personnes. Depuis des mois nous demandons de l'aide et notre patron nous sort toujours la même rengaine "que l'on doit faire avec ce que l'on a". Cela fait quinze ans que l'on fait avec ce que l'on a, mais on n'y arrive plus, ce n'est plus possible.

 Après en avoir discuté entre nous, avec nos familles, nous avons pris la décision de prendre une pause de trois mois, nous voulions lâcher prise. Nous en avions besoin, même si nos conjoints respectifs ne le comprennent pas.

— Et dire qu'il y a quelques semaines, nous étions enfermées dans un bureau... tu as eu l'idée du siècle  !  me dit-elle en m'embrassant sur la joue.

— Merci, c'est génial  !

Je lui réponds en lui faisant un clin d'œil :

— Merci à toi d'avoir accepté ! Sans toi cela ne serait pas pareil, c'est certain.

Et je le pense ! Nathalie c'est ma grande sœur, la sœur que la vie m'a donnée. Nous sommes filles uniques toutes les deux, mais nous nous sommes bien trouvées, et depuis notre rencontre, nous savourons chacun des moments passés en compagnie l'une de l'autre.

 Julian, le guitariste du groupe fait son entrée sur scène. Comme à son habitude, il scrute la foule, se met du côté gauche, marche tout le long afin de saluer les fans qui sont au premier rang puis, il prend sa place derrière son micro à la gauche du leader. Il peut se targuer de faire partie des meilleurs musiciens au monde, comme Santana ou Richie Sambora (1).  Il a ça dans le sang. Ses solos de guitare font frissonner les terres les plus arides. C'est un véritable magicien et lorsqu'il gratte ses cordes, des frémissements vous parcourent tout le corps.

 Enfin Thomas arrive, le leader du groupe. Comme à chaque concert, c'est lui qui clôture l'apparition sur scène, poing droit levé et un sourire magnifique sur les lèvres.

 Ces gars font ce qu'ils aiment depuis presque trente ans et cela se ressent. Ils n'appartiennent pas à la génération Youtube ou The Voice. Ils arpentent le sommet depuis des années car ils sont doués et travailleurs. Le monde de la musique les respecte et leur nom étincelle à tout jamais dans la légende du rock.

 Il faut plusieurs minutes avant que la foule ne se calme, et que Thomas n'arrive à prononcer quelques mots. Je ressens leur enthousiasme ; ils sont impressionnés, même avec les centaines de concerts derrière eux, ils sont toujours aux anges de faire face aux fans. Cela se voit dans les yeux de chacun. Le public est l'amant de leur nuit. Aucun d'entre eux n'est capable de se positionner derrière son instrument et de s'y mettre. Chacun à sa façon regarde, scrute, prend la température, apprécie le moment envoûtant d'être sur scène.

— Bonsoir Londres ! entame Thomas.

 Un tonnerre d'applaudissements explose dans le public.

— Comment allez-vous ce soir ? Bien ? On va pouvoir commencer alors  !

J'entends des fans à côté de nous répondre en criant "je t'aime" à Thomas. Il l'entend aussi et leur répond  :

— Cela commence fort  ! On a quelques fans dans la fosse. Vous êtes avec moi ce soir ? - son expression favorite en début de concert.

 Une énergie sauvage se dégage de cet homme, il a un sourire aussi dévastateur que dangereux, ses yeux sont brillants, sa posture est naturellement dominante. Son côté grand et athlétique ne fait qu'accentuer cette impression. Son torse et ses biceps moulés dans un t-shirt comme dans une seconde peau. Campé sur ses jambes légèrement écartées, faisant face au public, cet homme incarne le péché originel, il y a quelque chose d'électrique, de sexuel qui se dégage de son corps, de sa posture, de sa façon de parler. Lorsqu'il ouvre la bouche, il parvient à captiver plus de cent mille personnes, je n'y échappe pas, bien sûr. Je suis subjuguée par ce groupe depuis leurs débuts, j'ai faim de musique, j'ai faim de Thomas.

 Le ton est donné, Julian commence, la foule est en délire comme à son habitude. Vu que le groupe a plusieurs décennies, le public se compose de personnes de tous les âges. Ils viennent de tous les horizons, mais le quatuor les réunit simplement par amour pour la musique.

 Les morceaux rock sont entrecoupés de ballades romantiques comme à chacun de leurs concerts. Quelques opus de leur dernier album sont aussi présents. Quel plaisir de découvrir en live leurs nouvelles chansons, même si nous avons eu la chance de les entendre déjà plusieurs fois. Nous avons aussi eu droit à plusieurs tubes qui n'ont pas pris une ride, même si certains ont plus de vingt ans. Ce sont des incontournables et jamais aucun fan ne s'en lassera.

 Cela fait un peu plus de deux heures qu'ils sont occupés. Comme à son habitude Hector fait un solo de batterie afin que Julian et Thomas puissent aller se changer. J'en profite pour tirer Nathalie par le bras,

— Viens, on y va .

— Comment ça on y va ? Pas maintenant ce n'est pas fini, laisse-moi écouter Hector, c'est son solo !

— Non, viens  ! J'ai une surprise.

Nathalie me regarde bizarrement, les yeux grands ouverts en se demandant pourquoi nous devons bouger maintenant . Nous sommes au premier rang, où pouvons-nous nous mettre pour être mieux ?

— Viens, suis-moi et fais-moi confiance.

Note (1) : Santana et Richie, Richard Sambora sont deux guitaristes de groupe de rock. Richie a quitté le groupe Bon Jovi en 2013. Source : bonjovi.com

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