Mini nous

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Son sourire me désarme, sa colère me déstabilise, son silence m’inquiète, ses peurs me fragilisent, son amour me rend forte. Elle est mon tout. Notre merveille, notre essentiel, notre miracle.

Sa volonté inébranlable se heurte souvent à la réalité et à ses barrières, mais elle ne cède que rarement. Elle est têtue, plus que moi.

— MAMAN ! MAMAN !

Sa voix au timbre unique résonne à travers l’étage et je souris en me disant que même les voisins l’ont entendue. Elle n’est pas discrète.

Ses petits pieds battent le sol en cadence alors qu’elle me cherche de pièce en pièce, avide de me dénicher pour avoir sa réponse. Elle n’est pas patiente.

Quand enfin elle me trouve, son visage si expressif est tout chiffonné de colère sous ses tresses relevées en couette sur le côté. Cela lui va si bien. Le blanc de ses yeux légèrement en amande et aux cils incroyablement longs et recourbés ressort sur sa peau caramel. Elle est jolie et attendrissante. Je lui souris. Mon regard la couvre d’amour et elle se détend visiblement.

Son expression change mais reste décidée : elle veut un câlin. Je lui ouvre les bras et elle s’y précipite avec un petit cri satisfait. Ma fille est très câline. Je respire son odeur, qui s’est un peu modifiée, maintenant qu’elle a grandi, le nez enfoui dans son cou, alors qu’elle frotte le sien contre ma poitrine. Je savoure ces quelques minutes d’éternité avant qu’elle ne se dégage les sourcils froncés. Quelle impatience !

— Maman, je peux regarder le film avec le canard ?

Elle se passionne pour l’histoire du petit caneton rejeté, depuis que son oncle le lui a offert. Elle passe des heures à décortiquer les images et à ensuite me les restituer avec forces commentaires, qu’elle seule comprend vraiment. Elle s’approprie le personnage parce qu’elle se sent proche de ce qu’il subit. Un canard différent des autres qui le rejettent, mais l’histoire finit bien. J’espère qu’elle aussi saura trouver sa place.

Hier encore un de ses camarades de classe l’a traitée de monstre noir. Une telle cruauté m’enrage mais je ne peux pas agir à sa place. Elle doit trouver ses propres armes.

Ses tresses me cinglent le visage, quand elle bouge en tous sens pour me montrer son dessin.

— Attention !

Elle ne me répond même pas. Nous savons toutes deux que je ne peux rester fâchée contre elle, et son air coquin me le prouve. Si manipulatrice déjà… c’est de bonne guerre.

Toujours souriante, je me lève pour la suivre. Elle disparaît au détour du couloir, pour mieux revenir vers moi la seconde d’après. Elle est si vive et malicieuse.

Sa petite main un peu potelée se glisse en douceur dans la mienne. Son visage si harmonieux m’émerveille. Elle est parfaite. Mes cinq doigts recouvrent les siens, protecteurs, attentionnés, délicats. Les six qu’elle a depuis sa naissance s’y blottissent avec confiance.

Ma fille a six doigts. Et chaque jour est un combat pour le respect de sa différence.

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