Elle

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Quand je la vois le matin, mon cœur se serre. Ses yeux se tournent vers moi avec toute la tendresse du monde. Elle est ma force, elle est ma joie, elle est tout ce en quoi je crois.

Ses cheveux noirs sont emmêlés, elle ne les attache quasiment jamais. Je me retiens de faire glisser mes doigts entre ses mèches rebelles plus pour mon plaisir que pour les discipliner. Je préfère la contempler au réveil.

Elle est si belle avec son visage entre la madone italienne et l’indigène des îles. Ses lèvres charnues attirent l’attention, ses pommettes hautes sont un peu rougies par le frottement des draps. Je les envie souvent ceux-là de pouvoir la toucher plus que moi.

De ses doigts fins et délicats elle repousse sa crinière rebelle en arrière, découvrant une épaule arrondie à la douce lueur cuivrée comme un fruit mûr et délicieux. La bretelle de sa robe de nuit s’efface, complice taquine, pour me révéler plus de sa beauté.

Sa main recouvre sa bouche légèrement rosée pour soustraire à ma vue le bâillement qui se fait jour. Elle est si discrète.

Les draps s’écartent doucement, dévoilent son corps si magnifiquement proportionné. Ses seins, ses magnifiques globes à l’arrondi parfait pointent sous la fine protection de sa robe. Elle sait que je la fixe, cela l’émoustille. Avec une moue adorable elle étire tout son corps et ses membres un peu musclés. Elle n’est pas sportive mais cela lui va bien. Ensuite elle se glisse hors du lit, se redresse en s’étirant encore une fois les mains levées au ciel.

Elle s’agenouille face au lit, les coudes sur le matelas, les mains jointes. Elle prie en silence. Je me retiens d’intervenir, de lui dire de cesser. Je ne sais plus que faire pour l’aider. Sa prière est courte, elle va à l’essentie pour vaquer aux missions qu’elle s’enjoint d’exécuter.

Lorsqu’elle se relève et s’avance pieds nus, je me précipite pour écarter de sa route les objets qui pourraient la blesser. Je m’active en silence pour l’aider à rejoindre la cuisine, lui glisse avec l’adresse que confère la pratique, les objets dont elle a besoin pour faire le café et quelques tartines.

À pas de loup je m’éloigne vers la chambre et me glisse dans le lit. Je compte dans ma tête, elle ne me déçoit jamais.

— Debout mon amour. Voici ton petit déjeuner !

Elle entre de son pas léger et un peu hésitant, chargée du plateau que tous les matins elle se contraint à concocter en secret pour moi. Ma femme me porte le petit déjeuner au lit.

— Tu ne devrais pas, chérie.

Elle entend le sourire dans ma voix et me le renvoie comme un miroir. Elle compte ses pas, à six : elle s’arrête et s’assied sur le lit, tournée vers moi. Je l’aide avec tendresse et reconnaissance à poser le plateau en équilibre sur mes jambes. Ma paume se pose sur sa nuque et je l’attire vers moi pour enfin pouvoir l’embrasser de tout mon saoul.

— Je t’aime, mon ange.

Je n’en dis pas plus. Elle sait que je voudrais qu’elle arrête, mais elle ne le peut pas. Elle se rassure en prenant soin de moi et je suis incapable de lui enlever ça.

Son visage entier s’illumine comme le soleil qu’elle est pour moi. Ses yeux si expressifs semblent me fixer, une impression trompeuse et qui me blesse. Je serre doucement sa main alors que ses prunelles fixent le vide.

Ma femme est non-voyante depuis peu.

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