Le crapaud-dragon

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 La pluie. Toujours la pluie. Elle les poursuivait telle une amante trop impétueuse. De toute leur traversée du duché de l’Orion, elle ne leur avait offert que quelques heures de répit. A peine de quoi sécher leurs vêtements. Elle crevassait leur moral comme la peau de leurs doigts trop souvent humidifiée.

Le trio s’était mis en tête de traverser d’une traite l’ensemble des criques, et donc des grottes intercalées entre les premières, avant de trouver refuge. Se soumettre à l’inconstance des Passeurs avait joué en leur défaveur. Du temps s’était écoulé durant leur attente et de temps ils manqueraient s’ils voulaient atteindre Forléo avant les Worgros.

Accélérer le rythme ne se considérait plus comme une option.

Au détour d’un tournant dans le défilé rocheux, Aurore interrogea Owen au sujet d’Oaïna, avec l’impertinence dont elle saupoudrait la plupart de ses réflexions. Théodore écouta d’une oreille distraite, l’esprit encore embrumé par l’émersion des monstres marins. En réalité, l’enivrement déstabilisant s’était amenuisé jusqu’à cesser mais le champion ne parvenait pas à assimiler totalement l’existence de tels êtres. Et pourtant, il avait tant lu à propos des créatures et animaux extraordinaires de ce monde… A croire qu’aucun vélin alourdi par l’encre ne rendait honneur à la réalité.

— Je ne suis pas triste, certifia Owen. C’est juste que… je commençais à m’attacher à cette petite. C’est drôle, non ? Je ne la connais que depuis un jour et elle me manque presque. Je ne sais pas si je dois rire ou larmoyer de ma sensibilité.

Owen partit d’un rire nerveux, entre mélancolie et gaité trouble.

— Elle vous rappelle votre propre fille, n’est-ce pas ?

Owen hoqueta, pris au dépourvu. En dépit de l’aversion que Théodore et le chevalier avaient l'un pour l'autre, le champion se mit à la place du père esseulé et souffrit de la question. Perturbé par l’indiscrétion de l’adolescente, Owen ne parvint pas à répondre de façon adéquate. Mais Aurore le sortit du fossé inconfortable dans lequel elle l’avait elle-même jeté.

— Elle n’est peut-être pas morte, vous savez. Avez-vous vu son corps ?

— Non, mais j’ai vu celui de ma femme. Découpé et noir comme la suie. Ces chiens n’ont de merci pour aucun individu. Espérance n’en aura pas réchappé. Aucun doute là-dessus. En outre, je connais les méthodes de ces barbares. Ils réservent un sort tout particulier aux enfants des autres races.

— A ce qu’il parait, poursuivit Aurore sans démordre du sujet, ils…

— Je ne veux plus parler de cela, la coupa Owen. Je ne veux même pas y songer.

— La fille d’un chevalier aussi têtu ne peut avoir qu’hérité de son tempérament, se risqua Théodore qui marchait derrière. J’ai foi. Elle doit, en ce moment-même, progresser tout comme nous vers la capitale.

Owen jeta un regard par-dessus son épaule. Un regard noir. Pourtant, il s’y dissimulait une once de certitude. Tant qu’il n’aurait pas vu la dépouille de sa fille, il ne croirait pas entièrement à sa perte.

A la sortie de la dernière grotte, ils débouchèrent sur un chemin escarpé et accidenté. Les échos de la lune tressautaient dans la boue épaisse, une eau bourbeuse dégoulinant de la pente en amont et en aval du sentier. En jaillissait une lueur aussi pâle qu’une lame de poignard, comme pour leur indiquer qu’emprunter ce chemin serait tout autant dangereux. Néanmoins, Aurore ne perçut pas la mise en garde céleste.

— En grimpant par ici, nous nous éviterons un large détour, non ?

— Effectivement, fit Owen. Cette route contourne la colline et, plus loin, longe les côtes abruptes. La journée, on peut y admirer les récifs de Parlevent.

— Etes-vous devenu guide touristique ? cingla Aurore, son espièglerie visible sous la capuche qu’elle maintenait sur sa tête avec une main.

— Cette escalade nous expose à trop de risques, s’opposa Théodore.

— A chaque risque que nous ne prenons pas, Forléo en assume davantage.

Aurore n’écoutait déjà plus le désaccord volubile des deux guerriers, alors que sa hardiesse la tractait le long de l’escarpement glissant. Aucun des deux hommes ne capta l’attaque surprise. Béats et les sourcils froncés, ils contemplèrent le dardonne après l’instant fatidique. Le crapaud-dragon, comme il était courant d’estampiller cette espèce, coassait de bonheur. Ses orbites disproportionnées et mal équilibrées semblaient chercher du regard le champion et le chevalier.

— Il vient de… gober notre messagère ? fit Théodore à haute voix, dans l’espoir d’entendre autre chose de plus rassurant.

— J’en ai bien peur.

Le dardonne tourna sur ses pataudes pattes arrière, puis effectua un bond prodigieux afin de quitter le chemin précaire et mouillé. Ses ailes risiblement petites le portèrent à une dizaine de mètres de sa position d’origine.

Théodore s’alarma soudain, comme si la foudre venait de le frapper. Il fallait rattraper ce crapaud-dragon ! Il détenait Aurore et en ferait son diner si les deux hommes ne la libéraient pas de sa gueule baveuse.

— Nous allons être contraints de passer par la pente, lâcha Owen.

Et par cette course précipitée, les compagnons se dirigeaient vers l’ultime partie du duché de l’Orion à parcourir : le col de Concorde.

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