La vallée

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Douze jours. Voilà ce qu’il aurait fallu à un homme à pied pour traverser d’ouest en est le royaume de Koordie. Mais dès les premières heures du voyage, Théodore comprit qu’il était nécessaire de revoir leurs espoirs à la baisse.

Sa démarche bancale ralentissait leur allure. Régulièrement, il suppliait pour que le groupe fasse une halte. Son genou le faisait terriblement souffrir. Tout son être était opprimé par ce tyran intraitable.

Lorsqu’il s’asseyait sur un rocher pour masser son membre endolori, et qu’il croisait son propre regard dans une flaque, il ne se reconnaissait qu’à peine. Cet énergumène lourdaud et geignard qui s’esquissait dans l’eau, ce n’était pas lui. Non.

Et ce bourru de chevalier… Au vu de ses zigzags répétés, il devait déjà avoir parcouru le double de distance par rapport au champion et à Aurore. Il ne parvenait pas à s’accoutumer à sa nouvelle vision et pestait sans arrêt contre le diable savait quoi. Infatigablement, il marmottait comme si des spectres tendaient l’oreille pour écouter ses complaintes.

Les coups portés par les Worgros avaient dû lui secouer le cerveau.

Plus d’une demie journée s’était écoulée depuis leur départ commun. La nuit poignait déjà à l’horizon. Des nuages d’un gris dangereusement sombre venaient de la mer et obstruaient toute lumière. La pluie n’avait donc pas dit son dernier mot.

A leur vitesse, ils n’atteindraient jamais la forêt aujourd’hui. Mieux valait donc se trouver un abri avant le déluge. La vallée regorgeait d’une multitude de grottes et autres cavités de moindre envergure. Ils n’auraient aucun mal à en dénicher une. En revanche, en déceler une inoccupée serait une autre paire de manches.

Le duché de l’Orion s’étendait sur toute la partie occidentale de l’île. Il était réputé pour héberger un nombre exorbitant de créatures aussi belles que dangereuses. Dans la vallée, la plupart des alvéoles rocheuses étaient occupées par des ours ou des fenns. De ce fait, il était déconseillé d’y bivouaquer. Le trio n’aurait toutefois pas d’autres choix avec la tempête imminente.

— Il va pleuvoir, déclara Aurore tout en scrutant la masse informe qui se mouvait dans le ciel.

— C’est qu’elle est perspicace, cette petite.

— Garde tes sarcasmes pour toi, chevalier, l’avertit Théodore.

Alors qu’Owen s’apprêtait à répliquer, les premières gouttes s’abattirent tels des javelots. Estomaqués, les deux guerriers ouvrirent grand la bouche. Les nuages étaient déjà sur eux.

La jeune fille pointa une grotte dissimulée par des arbustes, en contrebas. Théodore perçut son indication, mais n’en capta pas le sens. Le vacarme des lances aquatiques l’étourdissait. Docile, il suivit simplement le mouvement.

Mais déjà la terre caillouteuse commençait à glisser. Imprécis à cause de sa blessure, le champion s’appuya maladroitement sur sa jambe blessée et perdit l’équilibre. Dans sa chute, il saisit par réflexe la première chose sous sa main.

Ç'aurait pu être un tronc, une branche, un rocher ! mais non… Il empoigna le bras du chevalier errant qui avait pris un peu d’avance. Tout en tombant, il devina qu’il allait avoir affaire à la colère belliqueuse d’Owen une fois en bas de l’escarpement.

Ils roulèrent, incapables de freiner leur dégringolade. Théodore sentit les cailloux se loger dans son dos, ses hanches et ses bras. Ils finirent tous deux dans la rivière qui serpentait au travers de la vallée. Pleins de boue et de bleus.

Théodore se redressa juste à temps pour voir le poing arriver dans sa face. Le coup fut agrémenté d'invectives, mais la pluie brouillait un mot sur deux.

Tandis que le champion reprenait ses esprits, Owen s’orienta vers la grotte où les attendait Aurore. Théodore sortit son médaillon et adressa une prière au Lion. En silence, il lui demanda la force pour maintenir son calme. Son flegme était mis à rude épreuve.

Et il le serait encore pour les douze jours à venir, dans le meilleur des cas.

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