Vampyria : La Cour des Ténèbres (Victor Dixen)

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Résumé : Jeanne, jeune roturière, se retrouve propulsée, au terme d’un tragique concours de circonstances, à la Grande Ecurie : la très prestigieuse et élitiste académie qui forme la garde rapprochée du Roy Louis le Grand. Jusqu’ici, tout va bien, sauf que le Roy en question est un vampire… qui règne sans partage depuis 299 ans et a « transmuté » la moitié de sa Cour en morts-vivants suceurs de sang ! Pour se faire une place dans ce panier de crabes, entre les « vampyres » assoiffés et les nobles prêts à tout pour le devenir, Jeanne devra changer d’identité, et devenir elle-même impitoyable… Jusqu’où devra-t-elle aller pour survivre et venger la mort de sa famille ?


Je continue mon marathon vampirique avec ce livre découvert par hasard au cours de mes errances sur twitter. Au passage, je suis assez contente de constater que les saigneurs de la nuit sont de nouveau des enflures. Ils font peur, ils sont sans pitié, et se font suffisamment rares pour susciter, à chacune de leurs apparitions, stupeurs et tremblements.

Le bouquin s’ouvre sur un massacre : celui de la famille, pauvre mais soudée, de l’héroïne par un pouvoir aussi totalitaire que terrifiant. À partir de là, le lecteur est entrainé dans un maelström d’évènements plus ou moins funestes, sans répit, et assiste à la transformation d’une « petite souris grise » en super-prédateur aux dents qui rayent le parquet, coiffant au poteau héritières arrivistes, nobles arrogants et prétendants éplorés. Un genre de Katniss Everdeen dans un Versailles gothique, qui va à l’Académie (il faut toujours une école, pour fédérer les « young adults » en proie à cette réalité) et participe à un Battle Royale sans foi ni loi où, à la fin, il ne peut en rester qu’un.

Pas bien original, me diriez-vous, et encore un produit qui surfe sur le tsunami Hunger Games et autres Divergente. Sauf que cette fois, en croisant le genre super-ado-seule-contre-tous avec l’uchronie vampirique, l’auteur a réussi le tour de force de produire un lore vraiment original. Imaginez que Louis XIV, au moment de mourir, ait pu bénéficier de l’aide de sombres mages ayant réalisé son rêve d’immortalité… Que serait devenue notre société ? Voilà le postulat de base de l’histoire. Le décor est celui du 18° siècle, et pourtant, elle se passe 299 ans après la mort officielle de Louis XIV, en 1715 ! C’est à dire, en fait, en 2014… Lorsqu’on réalise cela, l’univers dépeint par l’auteur devient vertigineux. Quelques excellentes trouvailles venant parachever le tout, comme celles de la terrible « chasse galante » ou des « cavales vampiriques » (horribles bestioles !), donnent une vraie saveur à ce récit. Ajoutez à cela une bonne dose d’humour noir (le coup de la carte des « grands crus hématiques » était plus drôle qu’effrayant) et un style aussi fluide qu’efficace, et vous obtenez un produit particulièrement plaisant.

On sent que ce bouquin a été calibré pour répondre aux exigences d’un public particulier, à la fois avide de suspense horrifique et d’une certaine dose de macabre, mais désireux de voir défiler toute une troupe de mannequins Benetton dans la Galerie des Glaces. Un public qui se lasse vite, et qu’il faut tenir en haleine avec des segments courts et percutants, des dialogues truffés de punch-lines, des cliffhangers à tous les chapitres, des retournements de situation et des frissons qui descendent l’échine. Le tout sans sexe, rayon YA oblige, mais avec une bonne louchée de violence assez graphique et brutale. Les exécutions, toutes plus cruelles et arbitraires les unes que les autres, ponctuent le récit, entretenant un climat angoissant et une incertitude réelle quant au sort des protagonistes. Par ailleurs, trahisons et retournements de veste ne sont pas rares.

Côté personnages, tout y est : le beau gay de service, une fille dévouée d’ambassadeur japonais, un stoïque rajput indien, un ténébreux métis louisianais… le tout traité avec plus ou moins de succès et de réalisme. Je ne vais pas m’attarder sur la protagoniste japonaise, qui, à mes yeux, n’est pas un poil crédible (j’avoue être très sévère sur le traitement du Japon dans la SFFF). J’ai tout de même eu la désagréable impression que ces personnages variés étaient surtout là pour servir de faire-valoir à l’héroïne. C’est bien dommage, car les personnages de vampyres et les autres nobles, surtout les « méchants », sont très réussis (mention spéciale pour le désopilant et savoureux Alexandre de Mortange, que j’ai adoré). Quant au fameux « Roy », quel charisme ! Digne du Roi-Soleil, assurément. Chacune de ces apparitions, que ce soit en tableau ou en chair et en os, glace le sang.

Si vous cherchez un bon divertissement vampirique, qui se lit rapidement sans prise de tête, alors ce livre est fait pour vous. Pour ma part, je n’ai qu’une chose à ajouter à ma chronique : la SUIIITE !

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