Prologue : Ce que l'on a perdu

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Guerre. Catastrophe. Cataclysme. Il en existait une infinité, des termes pour décrire cet horrible spectacle auquel je faisais face. La tranquille existence que je connaissais s’était évaporée des années auparavant. J’errais désormais sur les ruines d’une paix tenue pour acquise, mais s’étant laissée emporter par les caprices du destin.

Qui aurait pu prédire à l’époque que l’épilogue de notre histoire allait être écrit sur des pages maculées de sang ? Comment aurions-nous pu connaître l’absurde réalité dans laquelle nous allions être piégés, alors que nous ne nous y intéressions nullement ? La seule chose qui nous faisait jadis envie était de vivre d’air pur, sans même penser à cette épée de Damoclès prête à égorger nos rêves et nos espoirs, à tout instant.

Par notre stupidité, notre manque de courage, ainsi que notre aveuglement, nous créâmes cet univers macabre que j’observais désormais de ce piédestal de fortune, avec un regret infini en guise d’unique compagnon.

Je fixai l’horizon. Je n’y discernai rien d’autre que de la souffrance, des ténèbres, du malheur, et du désespoir. Ma ville avait été avalée par un souffle de mort se traduisant en une fumée noire mêlant pollution et soufre. Le voile obscur m’empêchait de constater toute l’étendue des dégâts, mais je ne me faisais aucune illusion. Toute vie s’était éteinte, ou avait été emportée par ces incendies destructeurs répandant une odeur de brûlé qui me déchirait la gorge et les poumons.

Seules mes émotions me prouvaient que j’appartenais encore à l’espèce des Hommes. Elles me surprenaient chaque fois que je pensais avoir le courage nécessaire pour affronter cette folie, comme en cet instant précis où je maudissais le jour où tout avait basculé. J’affirmais souvent toujours être capable de proférer un espoir, mais je n’étais plus dupe. Il suffisait de prêter un regard à mon visage gonflé par les larmes en irritant ma peau gercée pour comprendre que j’avais atteint mes limites. Il fallait reconnaître qu’au bout de vingt années de perdition, j’y avais laissé bien plus que la santé de mon épiderme. Seule cette ville restée inchangée. J’avais l’impression que la guerre datait d’hier.

J’essuyai ces larmes de faiblesse et de chagrin. Le frottement de la manche de ma veste usée par les cendres m’irrita les joues. Je grimaçai. Une simple inflammation suffisait désormais à me faire vaciller, ne serait-ce qu’un petit peu. Mon intégrité psychologique s’était bien fragilisée au fil des années.

Chaque fois je cherchais en moi une réminiscence à laquelle me raccrocher, mais aucune n’était suffisamment puissante pour m’éviter de sombrer dans les abîmes du silence. Alors je perdais espoir. Je me laissai tomber sur les genoux, et hurlai à ce ciel enténébré les destins tragiques que je portais sur mes épaules. Mais je n’obtins aucune réponse. Il ne me restait plus qu’à accepter la cruelle évidence : celle dans laquelle je devais continuer à vivre, ou à survivre, dans cet univers ayant remis en cause tous les fondements même de notre humanité.

« J’implore ton pardon, mon père, murmurai-je, d’une voix morte. Je tâcherai de ne plus jamais te décevoir, je te le promets. »

Je cherchai dans le fond de ma poche le dernier objet contenant mes espoirs. J’en sortis un cube Violet que je jetai au sol. Lorsqu’il l’eut violemment heurté, il se brisa, prenant ainsi une forme similaire à celle d’un projecteur d’images.

Enfin je pus m’échapper de cette abjecte fatalité, emportant avec mon existence tout ce qui donnait encore un sens à ce monde.

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