Chapitre 10 - Rentrée

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Les ecchymoses d’Angélique s’étaient bien estompées. L’onguent et le dimanche de repos avaient été efficaces. Pendant les périodes scolaires, les jumeaux disposaient d’un petit appartement à Vicard, proche de leur faculté. Rien de bien extraordinaire : un 60 m2 meublé par de l’occasion au sommet d’un petit immeuble. Là au moins ils pourraient s’entrainer et utiliser leurs pouvoirs à volonté sans que personne ne se doute de quoi que se soit.

Il avait été convenu qu’ils iraient chez Anna le lundi et le mardi soir. Le mercredi après-midi ils auraient des cours de rattrapage intensif à l’école de magie, Gabriel devrait en plus subir des cours de potions le jeudi soir. Le vendredi et le week-end ils seraient libres afin de pouvoir travailler leur licence. Il ne leur restait même pas trois mois avant le début de leurs examens.

Le lundi, ils retrouvèrent le chemin de la fac. Gabriel languissait ce jour depuis deux semaines car il savait qu’il allait enfin revoir Esther, l’amie de sa sœur.

- Salut mes chéris ! – leur lança-t-elle.

Elle leur sauta au cou en les voyant. Angélique comprenait pourquoi son frère et la plupart des garçons de la fac en pinçaient pour elle : svelte et menue, les yeux vert émeraude, de long cheveux blond et soyeux. Avec quelques centimètres supplémentaires elle aurait pu aisément se lancer dans une carrière de mannequin. La belle petite blonde rentrait tout juste du Canada, elle y était partie faire un stage dans un grand cabinet d’avocat, son père avait de bonnes relations.

- Alors ce stage ? Ou plutôt ces canadiens ? – Angélique lui esquissa un sourire complice, Gabriel quant à lui se renfrogna.

- Très enrichissant de tous les points de vue. Ils me proposent un poste d’assistante. Si j’accepte ils me financeront la fin de mes études…là-bas.

- C’est génial – grommela Gabriel – tu vas accepter ?

- Peut être bien, mais ne vous inquiétez pas ce n’est pas pour de suite. Je termine l’année ici, j’aurais tout l’été prochain pour me décider.

- Ce n’est pas une occasion qui se refuse, une chance comme ça tu n’en auras pas deux. Le Canada ce n’est pas si loin, nous viendront te voir. En moins de cinq minutes nous pourrions être chez toi, pas vrai Gab ?

Les jumeaux échangèrent un sourire. La sonnerie retentit, il était temps de reprendre le chemin des cours. Ils s’installèrent dans le fond de l’amphithéâtre.

- Vos vacances se sont bien passées ?

- Plutôt mouvementées nous dirons…un peu perturbant…

- Qu’est-ce que vous avez fait ?

- Monsieur et mademoiselle Moreau, mademoiselle Tonga !!! Vous voulez peut être que je vous apporte une tasse de café et des biscuits ?

- Personnellement, j’ai une préférence pour le thé – chuchota Esther, tous les trois éclatèrent de rire.

Leur professeur s’était rapproché d’eux et toute la classe avait les yeux rivés sur eux :

- Pouvez-vous me dire de quoi j’étais en train de vous parler ?

- Ben euh… - quelqu’un frappa à la porte de la salle de cour.

- Ne vous réjouissez pas trop vite Monsieur Moreau ! - lança le professeur en voyant l’air de soulagement qu’avait pris Gabriel en entendant toquer à la porte - Je reviendrais vers vous !!! ENTREZ !!! - s‘écria-t-il en s’éloigna du trio.

La porte s’entrouvrit, un nouvel élève entra dans la salle.

- Bonjour ! Vous devez être Lucas Foria je présume ?

- Oui c’est exact.

- Très bien ! Dans ce cas-là vous apprendrez à ne pas arriver en retard à mon cours. Allez vous installer à coté de Monsieur Moreau et faites en sorte d’éviter que ce dernier ne bavarde avec sa sœur, sa copine ou même vous !!!

Lucas passa par l’allée principale de l’amphithéâtre pour rejoindre les jumeaux. Toutes les filles se retournèrent sur son passage, il vint s’asseoir à coté de Gabriel.

- Ca c’est du beau gosse ! Les canadiens sont de la rigolade à côté – murmura Esther à l’oreille d’Angélique – Je vais rester en France, moi.

- Va falloir te battre si tu le veux !

- Contre qui ? – s’étonna Esther.

- Déjà la grosse, grosse mais grosse majorité des filles de la classe et sans trop m’avancer quatre vingt dix neuf pour cent de la gente féminine de la fac !

- Toi, comprise ? – Angélique se contenta d’hausser un sourcil, Esther reprit – Tu ne me fais pas peur…Je suis une bombe atomique !

- C’est ça ! Surtout ne te prend pas pour la queue d’une cerise !

- Bon allez… avec toi je veux bien partager, si ça peux t’aider à oublier l’ancien.

- Je te remercie d’avance. Ta gentillesse te perdra un jour.

A la fin de la journée, ils se retrouvèrent tous les quatre autour d’un café dans un bar proche de la fac. C’était un rituel. Lucas se dévoila un peu, ils apprirent qu’il était orphelin de père. Ce dernier était mort dans une explosion alors que son fils avait à peine deux ans. D’après ces récits, il avait pas mal voyagé pour dire qu’il n’avait que vingt et un an, ce qui expliquer le retard qu’il avait à la fac. Esther buvait ses paroles.

- Tu habites où ?

- Je viens d’emménager à Brassi avec ma mère.

- Comme les jumeaux ! Un beau village, la montagne a porté de main.

- Je les avais déjà rencontré avant aujourd’hui en fait.

Esther se pencha vers Angélique et lui murmura :

- Et tu comptais me le dire quand ?! - elle lui fit un clin d’œil, Angélique sourit.

- Pendant les cours, tu comptes rentrer tous les soirs à Brassi ? – interrogea Gabriel – ça fait beaucoup de route.

- Pour le moment oui. Je cherche un appartement sur Vicard, si vous connaissez quelque chose à louer…

- Tu peux venir chez nous ! Nous avons chacun une chambre avec Angélique. Je partagerais la mienne si ça peut te dépanner.

Angélique regarda son frère d’un air stupéfait, il aurait dû la consulter avant de proposer une telle chose, ils le connaissaient à peine. D’accord il était sorcier tout comme eux et il pourrait les aider mais comment lui cacher leur identité d’Elus.

- Merci mais faut que j’y réfléchisse… – cette réponse satisfaisait Angélique – Bon je vous laisse, il faut que je rentre.

- Nous allions en faire de même.

Les jumeaux se rendirent dès que possible chez Anna, ils étaient un peu en retard, ce qu’elle ne manqua pas de leur faire remarquer.

- Je pensais vous voir arriver par un éclair blanc, ça vous aurez évité la demi-heure de retard !

- Désolé, mais nous ne sommes pas suffisamment au point sur la téléportation.

- Pas de soucis. Nous allons travailler là-dessus ce soir alors. Concentrez-vous sur le lieu où vous désirez aller. Vous ne devez pensez qu’à cela. Si vous connaissez l’endroit, imaginez le, sinon répétez vous son nom.

Gabriel parvint rapidement à maîtriser son pouvoir de téléportation, sa sœur quant à elle eu plus de difficulté. Un premier atterrissage raté : elle se retrouva dans un arbre au lieu de s’y matérialiser au pied. Un second manqué qui se solda par une chute du toit amortie par des coussins apparus grâce à l’intervention de sa grand-mère. Puis un troisième essai, loupé aussi :

- Vous pourriez venir me chercher ? Je ne préfère pas prendre de risques supplémentaires.

- Tu as atterri où cette fois-ci ? – s’amusa son frère à l’autre bout du téléphone.

- A première vue…Je dirais les souks de Marrakech, ça ressemble beaucoup à la photographie sur le mur de la cuisine d’Anna.

Deux éclairs blancs frappèrent le sol à côté d’elle, son frère la pris par la main et tous les trois se retrouvèrent à nouveau chez Anna. Angélique se sentit nauséeuse et se laissa tomber dans un fauteuil, la tête entre les mains, celle-ci lui faisait horriblement mal.

- Pourquoi je ne parviens pas à contrôler mon pouvoir ?

- Tu y arriveras tôt ou tard – sa grand mère lui tendit une potion – bois ça ! Cela calmera ton mal de tête. Il y a souvent un pouvoir qui pose plus de problèmes que les autres mais ne te fais pas de soucis, tu parviendras à le maîtriser. Cela suffira pour ce soir, nous travaillerons plus demain. Angie a besoin de se reposer.

Une fois rentrés chez eux, avant d’aller se coucher, Gabriel fit un détour par la chambre de sa sœur. Il s’assit au bord de son lit :

- Tu te sens mieux ? Tu travailles sur les potions ?

Elle leva le nez de ses livres et fixa son frère :

- Oui. J’ai pensé qu’il pourrait m’être utile de chercher une potion me permettant de fuir en attendant de savoir utiliser la téléportation.

- Tu as sans doute raison, mais maintenant il est l’heure de dormir. – il lui enleva le grimoire des mains et le déposa sur la table de chevet – Ca peut attendre demain, crois moi.

- Je peux savoir ce qu’il t’a pris tout à l’heure de proposer à Lucas de venir habiter ici ? Nous le connaissons à peine…Et si jamais il acceptait, comment nous allons faire pour cacher notre existence d’Elus ?

- Ne me demande pas pourquoi mais je sens que nous pouvons lui faire confiance. D’ici quelques temps notre identité ne sera sans doute plus secrète de toute manière. C’est un sorcier de naissance, il pourrait nous aider…nous aurions un professeur particulier à la maison.

Le mercredi suivant les jumeaux se rendirent pour la première fois à l’école de magie pour assister à un cours sur la conception des formules magiques.

Ils arrivèrent devant un portail de fer forgé rouillé sur lequel une vielle pancarte en bois, quelque peu mangé par les thermites, indiquée « À vendre ». Le cadenas avait été fracturé et un des battants du portail ne tenait plus que par un gond. Au fond du jardin abandonné, envahit par les ronces, un manoir délabré se dessinait. Les jumeaux restèrent plantés un long moment devant ce spectacle de désolation, ils s’attendaient à mieux :

- C’est ça leur école ??? – s’étonna Gabriel – Je suis…déçu…

- Oui moi aussi !

Ils franchirent le portail et s’engouffrèrent dans la jungle de ronce. Petit à petit, le chemin s’élargit, les ronces laissèrent la place à un joli sous-bois dont le sol était tapissé de mousse bien verte. Ils passèrent sur un petit pont de pierre enjambant un ruisseau avant de déboucher sur un grand jardin parsemé d’arbres et de fleurs aux multiples senteurs. La pelouse était d’un vert resplendissant, bien entretenue, elle paraissait douce et soyeuse. Le manoir se présentant à eux n’avait plus rien à voir avec la ruine qu’ils avaient aperçu en arrivant.

- Ce monde est surprenant ! –s’exclama Gabriel.

Eolf les accueilli sur le perron de l’école, il rigola de voir leurs visages ébahis :

- Bonjour, mes chers amis. Les apparences peuvent être trompeuse n’est-ce pas ? Comment allez-vous ? Bien, je l’espère. Bienvenue à Sainte Victoire !

- Sainte Victoire ? – s’étonnèrent les jumeaux – Cela aurait-il un lien avec notre ancêtre ?

- Exactement. Richard voulu offrir à tous les jeunes sorciers un lieu où ils pourraient pratiquer et développer la magie sans avoir à craindre les sans-pouvoirs et les bûchers que ces derniers mettaient en place quand ils arrêtaient un des nôtres.

Eolf poussa la lourde porte de bois invitant les ELUS à rentrer dans l’établissement. Le bois habillé totalement le hall éclairé par un gigantesque lustre comptant certainement plus de mille bougies diffusant leurs lueurs et leurs chaleurs. Deux escaliers en bois massif recouvert d’un tapis vert encadrés une imposante statue de marbre blanc représentant Victoire. Quelques jeunes enfants et adolescents parfaitement normaux arpentaient les couloirs perpendiculaires au hall. Le Conseiller Suprême conduisit les jumeaux au premier étage et s’arrêta devant une porte de classe.

- Voici votre salle de cours pour cette après midi. Pour vous intégrer aux élèves nous avons demandé aux enseignants de vous faire passer pour de futurs instituteurs. Cependant nous avons du dévoiler votre identité aux professeurs. Nous avons aussi transmis aux sorciers du monde entier l’information sur le retour d’Hémolias et des ELUS, alors il se pourrait que certains écoliers fassent rapidement le rapport entre votre présence ici et les Elus – il poussa la porte de la salle de classe.

- C’est une blague ? – s’étonna Angélique en voyant ses camarades de classe d’une après midi âgés d’à peine cinq ou six ans.

- Non. La magie s’apprend à ses débuts.

Il sourit et sur ces derniers mots il tourna les talons, laissant les jumeaux à leur sort.

- Allons ne craignez rien, rentrez. Venez nous allons nous amuser comme des petits fous – Mlle Srupt, la maîtresse des plus petits de l’école les entraina dans la salle – Les enfants, je vous présente Angélique et Gabriel nos invités de cette après midi. Allez vite vous installez au fond de la classe.

Les jumeaux prirent place derrière de minuscules bureaux peu confortables et contemplèrent la scène. Dix huit élèves dont certains très dissipés se permettant de leur faire des grimaces et une institutrice plutôt spéciale d’une quarantaine d’année embaumée par un parfum entêtant, les cheveux court et rouge, en tailleur cintré vert pomme, perchée sur des chaussures plates formes rouges pailletés, maquillée à outrance. Ils apprirent ainsi à constituer des formules magiques. Les seules règles pour constituer une bonne formule étaient en premier lieu de parler du sujet, puis de ce que l’on voulait qu’il en soit et enfin respecter les rimes. A ce petit jeu, les jumeaux s’avérèrent doués autant l’un que l’autre. A la fin du cours, Gabriel se permit une dernière petite formule sur un dissipé : 

« Que ce petit garnement grimacier,

Mais rigolo,

Soit changé,

En un petit escargot »

Le jeune garçon se transforma, Mlle Srupt n’apprécia pas vraiment la plaisanterie.

- Sachez Monsieur Moreau que votre statut actuel ne vous permet pas de traiter ainsi les enfants.

- Il m’a cherché tout l’après midi, il le mérite bien…

- Sortez de ma classe immédiatement et je ne manquerais pas d’en tenir informé Eolf !

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Ce livre est une fiction entièrement écrit par mes soins. Les personnages principaux sont des inspirations avec des personnes réelles. Je mettrais tout dans la description. Tout ce que j'utilise sera utilisée en fonction fictives. ( je mélange plusieurs de mes anciennes fictions pour plus de contenus)
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