Chapitre 7 - Entrevues

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Après avoir dit au revoir à ses petits enfants, Anna disparue dans un éclair blanc. Elle se téléporta au Grand Conseil pour s’entretenir avec Eolf, le conseiller suprême. Ce dernier l’attendait dans son bureau personnel, une petite pièce simple beaucoup moins luxueuse que les salles d’audiences. Anna s’assit dans le fauteuil face au conseiller. Vu de plus près Eolf paraissait exténué et tendu, les traits tirés, ses rides étaient plus visibles que d’habitude. Ses cheveux grisonnants moins bien coiffés que d’ordinaire, ses yeux étaient désormais ternes, sans éclats. Visiblement les nuits précédentes avaient été trop courtes à son goût.

- Je suis désolée de te déranger aussi tard, mais comment se fait-il que les jumeaux aient déjà reçu un pouvoir ?

- La situation est bien plus alarmante que ce que nous voulons le montrer. Nous ne voulons pas affoler la population. Hémolias est de retour depuis presque trois mois mais jusqu’à maintenant il n’était qu’un esprit incapable de se servir de ses pouvoirs, il parvenait tout juste à contrôler sa nouvelle enveloppe charnelle. D’après certaines sources fiables du Conseil, il contrôle désormais la totalité de son corps et ses pouvoirs commencent à revenir. Son armée s’agrandit de jour en jour. Nous avons constaté des activités magiques inhabituelles autour de Vicard.

- Tu veux dire qu’ils se sont établis dans les environs ?

- Il y a de fortes chances. L’humain qui a disparu été en faculté de sport ici. Nous nous posions la question de savoir si nous intervenions auprès de son entourage proche et lointain.

- Vous voulez effacer toutes traces de son existence ? – Eolf confirma – Ce serait certainement la meilleure des solutions…Cela doit être atroce pour des parents de rechercher un enfant.

- Nous voulons surtout éviter tous risques au cas où Hémolias se montrerait au grand jour.

- Et pour Alahès, vous avez des informations ?

- Nous savons qu’il est à la recherche d’un corps qui pourrait abriter son esprit. Elle est toujours sous bonne garde. Suite au vol de l’esprit d’Hémolias, nous l’avons déplacé et renforcé la sécurité d’elle.

- Vous comptez alerter et informez la population magique bientôt ? Je pense que les gens ne doivent pas rester dans l’ignorance. Ils doivent savoir que notre monde et le monde en général est en danger. Vous devez les informer de la menace qui plane.

- Pour l’instant nous parvenons à contrôler la situation.

- Eolf ! Soyez raisonnable, communiquez. La rumeur sur les Elus va se répandre comme une traînée de poudre. Le hall du Conseil était bondé de monde quand nous sommes venus. Beaucoup auront fait le lien entre les jumeaux et la tenue en urgence d’un conseil. Ils comprendront vite que le retour des sorciers les plus puissants du monde est en lien direct avec celui d’Hémolias. La situation est grave, elle ne fera qu’empirer si Alahès réapparaît à son tour. Agissez !

Eolf était pensif. Anna avait raison il le savait. Il était certes conseiller suprême mais il ne pouvait pas prendre de décisions sans en avoir consulté les autres conseillers. Face à son silence, Anna poursuivit :

- Une fois qu’elle sera de retour, leurs pouvoirs réunis mettront un terme à des siècles de paix. L’espace entre le bien et le mal est déjà si faible qu’ils le réduiront à néant, plongeant le monde dans les ténèbres et le chaos. Ils mettront leurs plans à exécution, et là ce sera attentats, guerres et meurtres en série, sans compter des enlèvements qui toucheront aussi les sans-pouvoirs. Bronislas nous avait prévenu ! Je refuse de croire que le laps de temps qu’il nous a donné en se sacrifiant ne nous a servi à rien !

- L’avertissement de ton mari nous a été très utile. Nous savions malheureusement que nous ne pourrions pas empêcher le retour d’Hémolias. Nous avons passé les vingt dernières années à rechercher, à traquer l’inconscient qui libérerait son esprit. Toutes nos pistes se sont trouvées être infructueuses. Même si nous avions réussi à le trouver et à l’anéantir, les partisans d’Hémolias sont nombreux. Un autre aurait pris le relais. Si nous prenons la décision d’annoncer son retour leur nombre ne fera qu’augmenter, les adeptes de la magie noire vont se multiplier. Chacun va devoir choisir son camp. Je suis désolé de te dire cela mais ils seront peu nombreux ceux qui croiront à notre victoire quand ils découvriront que les Elus ne sont que des débutants. Descendants d’une grande famille certes, mais l’histoire qu’il y a eu par le passé avec ta fille ne jouera pas en leur faveur, il faut en être conscient. S’ils avaient pu naître avec leurs pouvoirs et connaître notre monde dès leur plus jeune âge, ils seraient aujourd’hui tout aussi puissants que lui.

- Ils y parviendront ! J’ai une totale confiance en eux. Vous verrez, ils vous étonneront au plus haut point.

- Je veux bien l’espérer. Ils vont devoir faire des efforts considérables. Tant qu’ils agiront ensemble, ils seront fort mais pris à part un par un, retourner l’un contre l’autre, ce qu’Alahès tentera certainement de faire…Si le lien qui les unis se brise autant dire que nous n’aurons que très peu d’espoir. Cependant nous avons un autre danger à éviter, un danger deux fois plus destructeurs qu’Hémolias et Alahès.

- De quoi voulez vous parler ? Il ne peut pas y avoir plus destructeur.

- Si, un enfant. Leur héritier, plus précisément. Si par malheur, ils parvenaient à donner naissance à un descendant, cet enfant posséderait le plus grand concentré de pouvoirs de tout les temps, une véritable machine de guerre. A l’époque de Victoire et Richard, ils n’y étaient pas parvenus, mais les avancés médicales d’aujourd’hui risquent de jouer contre nous. Tu comprends maintenant pourquoi il nous faut agir vite.

Anna acquiesça d’un signe de tête avant d’ajouter à mi-voix :

- Même s’il faut sacrifier mes petits enfants.

- Je suis vraiment navré que cela tombe sur eux mais c’est leur destin, ils doivent l’accomplir et être conscient qu’ils vont devoir affronter la mort.

Anna se leva, serra la main d’Eolf et sorti du bureau.

Elle erra dans les rues sombres de Vicard, le regard perdu dans le vide, sa cape voletant au grès de ses pas. Les mots d’Eolf lui revenaient sans cesse en tête : « C’est leur destin, ils vont devoir affronter la mort. ». Elle entra dans un bar aux allures plutôt lugubres et s’installa au comptoir. Autour d’elle, une dizaine de personnes vidaient leurs verres seuls ou discutaient à plusieurs de façon très animée. Certains avaient gardé la capuche de leur cape sur leur tête, dévoilant tout juste le blanc de leurs yeux.

- Qu’est ce que je vous sers ?

Une jeune femme brune aux yeux charbonneux était accoudée de l’autre côté du comptoir. Elle dévisageait Anna tout en mâchant très bruyamment son chewing-gum.

- Un cocktail bien corsé, s’il vous plaît.

Assis à une table juste derrière elle, trois hommes encapuchonnés murmuraient :

- C’est impossible ! Comment veux-tu que le Conseil soit déjà au courant ?

- Je ne sais pas du tout mais je suis absolument certains qu’ils ont désigné les Elus. J’ai entendu une femme parler. Elle était au conseil ce jour-là et elle a remarqué des jumeaux. Ils ont été immédiatement reçus par le Conseil. On va devoir être de plus en plus vigilant et faire vite pour trouver un corps à Alahès.

- Avez-vous une idée de l’identité des Elus ?

Anna, qui les observait dans le miroir situé face à elle, sembla reconnaître cette voix. Les deux autres  

hommes firent « non » de la tête, l’autre reprit :

– Il ne devrait pas être difficile de trouver des jumeaux. Commencez vos recherches, et ramenez moi au repère toutes les paires de sosies faisant partie du monde des sorciers. Je m’occupe personnellement d’Alahès, je vais lui trouver un corps. Nous savons où ils cachent son esprit.

Anna devait prévenir immédiatement le Conseil. Peu importe l’endroit où était caché Alahès, il fallait la changer de place rapidement. Les trois hommes se levèrent et quittèrent le bar, elle les suivit du regard.

- Excusez-moi ? – elle s’adressa à la serveuse - Vous connaissez les sorciers qui viennent de sortir ?

- Non désolée c’est la première fois que je les vois dans mon café - répondit la serveuse.

Anna vida son verre et sorti à son tour dans la fraîcheur de la nuit. Elle décida de suivre de loin les trois hommes jusqu’à un carrefour de ruelle où elle se cacha dans un recoin sombre. Cette fois-ci elle reconnu immédiatement celui qui semblait être le plus important du trio : Dareck, le meurtrier de son époux et sûrement le bras droit d’Hémolias, certainement le partisan le plus dévolu corps et âme à son maître, celui qui devait être la cause de son retour. Mais cela n’était qu’une hypothèse qui avait germé dans l’esprit d’Anna lors de l’annonce du retour du demi-dieu. Il lui fallait des preuves avant d’exposer sa théorie.

- Messieurs, nos routes se séparent ici pour le moment.

Les deux hommes le saluèrent, tournèrent les talons et partirent dans la direction opposée, quand Dareck leur précisa :

- Pour les jumeaux, sillonnez la terre entière mais pensez surtout que nous les voulons vivants. A défaut d’être les Elus, ils pourraient devenir des recrues.

Les deux autres s’inclinèrent à nouveau et disparurent dans un éclair.

Dareck s’engouffra dans une petite rue débouchant sur l’avenue principale du quartier sorcier. Anna le suivait toujours. Il se dirigea tout droit vers une vieille boutique, heurtant sur son passage plusieurs sorciers pressés.

- Bertille, pensa Anna tout bas.

L’homme tambourina fortement à la porte de la boutique. Il poussa violemment la porte quand Bertille l’entrebâillât, et pénétra de force dans le magasin.

Anna se dirigea dans la ruelle perpendiculaire au commerce donnant sur l’arrière boutique. Une fenêtre au carreau cassé lui permit d’observer la scène. Bertille était à terre, assise contre le comptoir de sa caisse, terrifiée. Dareck, quant à lui, semblait installé bien confortablement dans un fauteuil crapaud délabré et miteux, en velours vert.

Son visage de poupon blond aux yeux bleus n’allait pas du tout avec le reste du personnage : froid et dur. Les rides qui commençaient à se dessiner laissaient présager que dans quelques années tout en lui serait en harmonie.

- Vous devez savoir que les Elus ont été désignés par le Conseil ?

Bertille hocha la tête en guise de « non ».

- Voyons ne me mentez pas. – sa voix mielleuse ne signifiait rien de bon - Vous êtes une vieille ami d’Eolf, il doit bien vous faire quelques confidences quand des choses aussi importantes se passent ?

Le second hochement de tête négatif ne satisfaisait pas le sorcier.

- Vous les avez vus ? Vous savez qui ils sont, n’est-ce pas ?

L’agacement marqua son visage quand la vieille dame mima un troisième non. D’un revers de la main il la projeta dans les airs. Des bocaux se brisèrent au sol, répandant leurs liquides visqueux, quant elle heurta une étagère. Elle retomba lourdement face contre terre.

- Je déteste que l’on me mente. Je vous demande juste leurs noms. Je veux savoir tout ce que vous savez sur eux.

- J’ignorais qu’IL était de retour. J’ignore s’ILS ont été désignés. JE NE SAIS RIEN ! Partez, sortez de chez moi !

Dareck se leva et se dirigea vers elle. Cette fois la fureur se lisait dans ses yeux. Il la releva, porta la

main à sa gorge et à bout de bras il la plaqua contre l’étagère.

- Vous ne choisissait pas le bon camp Bertille, vous le savez. Vous ne comptez toujours pas me donner quelques petits renseignements ? – elle émit un grognement, Anna savait qu’elle ne dirait rien – Cela me désole mais après tout…c’est votre choix, nous ne laissons pas de seconde chance !

Il la regarda droit dans les yeux. Sa main et la gorge de la sorcière devinrent rouge vif, comme chauffées à blanc. Une odeur de chair brûlée emplie la pièce.

Anna voulait agir. Intervenir cela signifiait affronter Dareck et elle devrait le tuer. Cependant, elle n’était pas suffisamment forte pour ça même si elle nourrissait une haine démesurée envers celui qui avait assassiné son époux quasiment trente ans auparavant. Mais plus risqué encore, une intervention de sa part pourrait mettre Hémolias et son partisan sur la piste de l’identité des Elus.

- Dans ce cas, vous ne parlerez plus !

Il relâcha Bertille, la laissant retomber au sol, inerte. Il la regarda une dernière fois, un sourire fendit ses lèvres, puis il disparu.

Anna fit exploser la porte, se précipita au chevet de la vieille dame et s’écria :

- Eolf ! Violette !

Deux éclairs blancs frappèrent le sol de la boutique, permettant aux deux conseillers de se matérialiser.

- Que c’est-il passé ?

- Dareck ! Vite, aidez-moi, il nous faut la conduire à la clinique.

Ils se prirent par la main. Dans un effort commun ils se téléportèrent. La boutique poussiéreuse laissa place à un vaste hall d’un blanc immaculé. Une équipe complète de guérisseurs les attendaient. Ils prirent Bertille en charge, promettant de faire tout leur possible pour la sauver.

- Violette, partez en Egypte à la rencontre de son fil.

Elle les salua avant de disparaître.

- Venez Anna, allons prendre un café – il la prit par l’épaule – vous me raconterait.

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Adrien Herclinze

En principe, GL ne me quitte jamais d’une semelle. Il veut que je ‘‘croive’’ comme lui sa vérité principielle en rendant témoignage de la vérité : un devenir-improductif… Il me demande si, deleuziennement, mes axiomes, mes thétiques à moi, correspondent à ce dont il s’agit. L’achose par exemple. C’est-elle dans un devenir-gauchiste ? Il (GL) érige les femmes à une telle place. Viktor Frankl, ma petite cousine (8 ans) lisait le livre de Frankl hier que GL élève à la dignité biblique. Ma petite cousine à écrite la suite : Comment j’ai comprisse l’Amour ; dans ce Comment j’ai comprisse l’Amour ma petite cousine raconte, sans vergognes, qu’elle peut parler au nom des souffrants entier. Qu’il suffit, pour ce faire, de faire une expérience mentale que je vous raconte (André Comte-Sponville l’atteste !) : il suffit de se mettre un doigt dans le cul. Le majeur en particulier. En principe ça marche d’après Gilles L. pour certain. Les célébrités le font ! Chaque jour avant le repas de midi. Elles pètent avant, d’un coup solennel, et déclarent que ça marche.
GL m’accroche violemment :
« Donc ! Tu t’emploies toujours à t’opposer à l’homme, aux pauvres, je vois… !
– Mais non, tu y es pas du tout !
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– L’Afrique c’est l’avenir ! Wakanda !
– Tu as bien raison ‘‘au fait’’… Mais tu sais l’ultime qui m’interroge, qui me fait travailler les mandibules du manducatoire bataillien, ce sont mes stances. J’ai des stances, j’ai des positions. Quand j’intuite j’ai une stance définie, laquelle ne fait pas le pont entre l’intellect et la raison de Hegel.
– Vive la psychanalyse ! Wakanda ! »
Tout ceci est bien gonflé je présume. Je vous le dis, riquiqui. Tremblez devant la néo-parution aux éditions de la Garçonnière, du grand-chef d’œuvre : La façon dont je Manifeste mon Mécontentement par Ulga Blum, Paracelse des temps modernes, rejetée des écoles. Elle vous explique des choses… Sans lacanité, sans conceptualité cochonne comme les miennes, en plus elle écrit pour Médiapart. Elle retweete le NYT, je viens de le voir, elle dispute chacun, Eugénie Bastié par exemple : faut-il avaler la pilule en même temps que le pain azyme ou après ? Le coitus interruptus a-t-il partie liée avec Preceptis salutaribus ? Tant de questions que les jeunes cathos se posent entre les poignades d’encoignures… Ambassadrice YSL. Bonne nuit. De moi, c’est petit-lait.
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KumaJeanne


Les catacombes de Paris sont reconnues pour plusieurs choses. Tout d'abord, leur impressionnante collection de restes d'environ six millions de personnes. Ensuite, ses soirées underground plus que prisées par l'élite parisienne.

Pour y accéder, il faut être brave, songe-t-elle en longeant les murs. Ou fou amoureux, ajoute-t-elle mentalement en serrant plus fort la main de Dimitri.
Maintenant qu'elle y pense, c'est probablement son cas. Suivre le sourire enjôleur du beau russe en séjour à Paris dans ces galeries sinistres avait été facile. Mais maintenant qu'elle est là, l'obscurité entourant la petite lumière du portable de Dimitri semble lui cacher une foultitude de squelettes et de morts-vivants. Un souffle sinistre lui caresse le dos d'une manière presque démoniaque. Elle sait que plusieurs mètres au-dessus de sa tête, un orage tout droit sorti des enfers gronde.
« Tu... Tu es sûr que c'est par là ? » murmure-t-elle.
Dimitri s'arrête, la toise de son air glacial si apprécié par les journaux people. Les magazines ne l'appellent pas "Le Prince des Neiges" pour rien.
« Tu veux remonter ?
-Heu... Non ! Bien sûr que non ! »
Le visage du russe se radoucit et elle se sent fondre. Qui pourrait résister à ces cheveux châtains, ces beaux yeux bleus ? Pas elle, en tout cas. Pas quand elle seule - du moins, elle en est presque sûre - connaît la version douce du Prince des Neiges.
« Nous sommes bientôt arrivés. Tu es très courageuse, Maria. »
Sous le compliment, elle sent sa poitrine se gonfler d'espoir. Peut-être qu'après cette soirée, Dimitri renoncera à son mariage arrangé avec une autre gosse de riche de la même nationalité que lui. Il l'avait décrit une fille aux mœurs légères qui en était déjà à son quatrième mariage avant que son père n'y mette un holà en lui imposant une ultime et dernière noce. 
Pendant tout ce temps, Marie s'esquintait dans la boulangerie de sa mère, et maintenant, elle en vient à souhaiter que sa vie prenne un tournant à la Cendrillon pour qu'elle n'y retourne plus jamais. Peut-être qu'en voyant son corps mince et musclé danser à la lumière des bougies, dans ces catacombes qu'elle a bravées, Dimitri succomberait face à elle. Ils partiraient, tous les deux, dans la pénombre parisienne, et n'en reviendraient plus.
Elle s'y voit déjà. Maintenant qu'elle est là, à affronter la pénombre, elle souhaite. Elle souhaite du plus profond de son âme que cette balade ne lui inspirant que de la peur n'ait pas été un sacrifice en vain.
« Normalement, cela devrait être... »
Sans qu'elle ne s'en rende compte, Dimitri l'a emmenée vers une porte. Elle pousse un soupir soulagé. Ses prières ont été entendues. Son vœu a été exaucé. Au moins, elle en a terminé avec la randonnée de la terreur.
« ...ici. »
Dimitri pousse la porte, et Maria se prépare déjà mentalement à apercevoir une foule de corps se trémoussant sur de la musique underground, mais à la place, rien. Une grande salle, vide de toute présence. A la place, une grande pièce dotée d'une voûte à l'ancienne se dévoile devant eux. Ses murs sont tous dissimulés par d'immenses bibliothèques, dont les livres ont été remplacés par des bouteilles. Des fioles, des Bécher, de carafes, des bouteilles de champagne. Il y en a pour tous les goûts – sauf ceux de Maria, dont la vision de ces récipients remplis de liquides qui ne ressemblent à rien de connu lui donne envie de prendre ses jambes à son cou.
Fichu pour fichu, elle se serre contre Dimitri.
« C'est... C'est vraiment ici ?
-Bien sûr que non, répond-t-il d'un ton froid mais légèrement affolé. Je ne comprends pas, le plan nous amène ici, pourtant... Mais ce n'est pas la bonne salle.
-C'est peut-être l'espace... bar ? » suggère Maria en faisant glisser son regard vers les bouteilles.
Un bruissement rompt alors le silence quasi-religieux qui régnait dans la pièce. Le couple se tend. Maria pousse un cri quand une bouteille tombe au sol brutalement, répandant sur le sol une sorte de sérum qui se transforme en vapeur dès qu'il entre en contact avec les dalles de pierre.
« Dimitri ! On ne doit pas rester là ! »
Son amant d'une nuit reste figé pendant quelques secondes, avant qu'il ne sursaute à nouveau et lâche Maria pour se précipiter vers la porte. Celle-ci se referme brutalement, tandis que la jeune fille se sent tirée en arrière. Une main gantée se pose sur sa gorge.
« Elle a souhaité être avec toi pour toujours. » murmure une voix au genre indéfinissable.
Maria écarquille les yeux, repensant au vœu qu'elle a émis quelques minutes plus tôt. Qu'est-ce que... Comment ? Pourquoi ?
Elle entend le tintement distinctif du verre contre la main gantée. Tout à coup, sa tête est lourde. Elle a sommeil. Son corps s'affaisse, et elle voit Dimitri s'effondrer également. Elle voudrait crier, mais ses cordes vocales ont déjà sombré.
Elle se sent légère, si légère...
« Vœu exaucé. Tu me dois un service, désormais. » murmure la voix.
Sans rien y comprendre, Maria se sent aspirée à l'intérieur de quelque chose, tandis que la silhouette mystérieuse s'éloigne d'elle pour se diriger vers une nouvelle étagère. Elle essaye de tendre la main, de crier, mais c'est peine perdue. La silhouette l'ignore complètement. Elle la voit attraper un flacon et le briser au sol.
« Quelqu'un a besoin de toi, Byron. Va. »

C'est la dernière chose qu'elle entend avant que les pénombres des catacombes se referment sur elle.
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Défi
ecrivain77


Le soleil d’automne perce timidement à travers les feuillages du sous-bois en bord de Loire.
Du haut de ses 14 ans, les mains dans les poches, une démarche rêveuse comme à son habitude, un jeune homme fait sa promenade journalière. Son œil aiguisé aperçoit un pavé de feuilles en forme de brique. Aussitôt vu, aussitôt glissé dans sa poche de manteau.
Grâce au vent il perçoit des brides de paroles, d'un couple devant lui.
Savez-vous dit la femme, que dans ce sous-bois il y a un pavé de feuille qui ouvre toutes les portes du savoir.
L'homme se mit à rire et lui répondit, "Comment s'appelle ce pavé de feuilles ?"
Le jeune homme continua dans sa promenade en tenant sa main droite fermement plaquée sur sa poche.
Rassuré sur le fait d'être seul il ouvrit le pavé de feuilles toutes les pages n’étaient que des feuilles de chêne, dont l'écriture apparaissait juste le temps d’une lecture et changeait à chaque nouvelle ouverture.
Vivement demain se dit-il, j’aurai la réponse.
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