Chapitre 3 - Révélations

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        Anna, leur grand-mère, était une femme qui avait réussi à rester jeune malgré ses soixante-huit ans et les aléas de la vie qui ne l’avait pas épargnée. Seuls ces cheveux légèrement grisonnant attachés le plus souvent en queue de cheval et quelques rides aux coins des yeux pouvaient trahir son âge. Elle habitait un charmant manoir sur les hauteurs de Brassi, le même petit village des Cévennes où vivaient sa fille et sa famille. Elle n’hésitait pas à pratiquer toutes sortes de sports : des plus extrêmes tels que le saut en parachute aux plus calmes comme le yoga. C’était certainement ceci qui constituait son élixir de jeunesse.

— Bonjour Anna, lancèrent en cœurs Angélique et Gabriel en entrant chez leur grand-mère qui ne voulait surtout pas être appelée mamie.

— Salut les jeunes ! Alors comment allez-vous ? Rémi n’est pas venu ?

— Non il s’excuse, il avait un rendez-vous… Tiens, j’ai préparé le dessert.

Angélique donna à sa grand-mère la tarte qu’elle avait préparé pendant la matinée.

Le déjeuner se passa dans la bonne humeur, à rigoler, à parler de tout et de rien à la fois jusqu’au moment où Gabriel posa la question qui lui brûlait tant les lèvres.

— Tu faisais bien des recherches sur nos ancêtres ? – Anna répondit par l’affirmative – tu es remontée loin dans les temps ?

— Oh non, tu sais ça prend beaucoup de temps ce genre de recherche. Je suis arrivée à retracer nos origines jusqu’au dix septième siècle environ.

— Et tu comptes poursuivre ? – poursuivi Gabriel - Tu pourrais retrouver des ancêtres ayant vécu au Moyen Age ?

— Certainement mais il me faudra des années pour ça, pourquoi ? - répondit Anna d’un air surpris.

— Nous aurions aimé savoir si nous avions Victoire et Richard sur l’arbre.

Elle regarda son petit-fils suspicieusement, où voulait-il en venir exactement ? Savait-il quelque chose ?

— Quand j’aurais un moment je ferais peut être quelques recherches sur eux - lui dit sa grand-mère.

— J’ai une autre question – sa sœur lui flanqua un coup de pied sous la table en plein dans le tibia, il a regarda en grimaçant, mais ne porta aucun intérêt à sa réprobation - Tu ne connaîtrais pas une histoire ou une légende parlant d’un certain Hémolias ?

Anna devint livide. L’embarras de répondre à cette question se lisait dans ses yeux. Elle se leva, se dirigea vers la fenêtre, scruta l’extérieur et tira les rideaux, les plongeant ainsi dans une semi pénombre. Un long silence s’installa, puis Anna se retourna vers ses petits enfants et brisa enfin le silence.

— Qui vous a parlé d’Hémolias ?

Sa voix habituellement douce et mélodieuse avait pris un ton sec, son regard bleu était devenu glacial. Angélique se pencha vers son frère et lui murmura le plus bas possible, en serrant les dents :

— Je le sentais que ce n’était pas une bonne idée.

Une fois de plus il n’en fit qu’à sa tête.

— Personne ne nous a parlé de lui. Angie et moi, nous faisons des rêves bizarres depuis quelques temps.

— Des rêves bizarres ? Expliques toi.

Gabriel déglutit difficilement, il sentait le regard pesant de sa grand-mère :

— Pour faire court…Dés que je m’endors je me retrouve au Moyen Age. J’assiste à un combat entre trois personnes dont ce fameux Hémolias. Il y a de nombreuses créatures mythologiques et des sphères d’un bleu étincelant qui volent dans les airs. Je me doute bien que c’est totalement tordu…

— Ce n’est certainement pas un rêve tordu – le coupa sa grand-mère d’un ton sec – Il pourrait y avoir des conséquences que tu ne peux même pas imaginer. Et le tien de rêve ?

Angélique hésita avant de répondre.

— Je rêve d’une jeune femme, Victoire qui meurt dans les bras de son frère. Ils parlent qu’ils ont vaincu Hémolias…Le plus étrange c’est que l’on fait ces rêves depuis quelques jours mais ce matin ils nous ont laissé des traces sur le corps…

— Pourquoi ne pas m’en avoir parlé avant ? Montrez-moi ces traces !

— On en a discuté entre nous que ce matin…

— …Et les traces ont disparues – compléta Gabriel – mais notre corps entier était douloureux comme si…

— …Nous avions vécu le combat. - précisa Angélique en terminant la phrase de son frère.

Une fois de plus un pesant silence s’installa. Anna jeta de nouveau un coup d’œil par la fenêtre.

— Alors… Il se pourrait bien que les rumeurs soient fondées. Les autres ont certainement raison : il est de retour.

Les jumeaux se regardèrent stupéfaits. De quoi pouvait-elle bien parlé ? Qui étaient donc « les autres » ? Quelles étaient les rumeurs ?

— Cela fait plusieurs mois déjà que la rumeur cours - repris Anna - Ils disent tous qu’Hémolias est de retour, reprenant chaque jour un peu plus de force. Ils pensent que quelqu’un aurait trouvé le moyen de le libérer et qu’il est certainement plus fort que jamais. Mais pourquoi avoir fait ça ? – Anna marqua un temps de pause - Personne ne le sait, mais… c’est de l’inconscience pure, libérer un tel esprit maléfique ! Je comprends maintenant pourquoi tout le monde en parle et se cache. Je ne voulais pas y croire mais je dois avouer qu’ils avaient sans doute raison si j’en crois ce que vous me dite.

— C’est fou quand même ! Tout le monde est au courant et ne parle que de ça, alors que nous, nous ne savons pas qui est Hémolias et encore moins qu’il était de retour. Pourquoi il sème tant la terreur ? Et puis c’est qui « les autres » ?

— Gabriel, c’est normal que vous ne le sachiez pas. Cette rumeur ne court pas dans le monde dans lequel vous vivez, mais je peux t’assurer qu’il s’agit du plus grand sujet d’actualité chez les sorciers.

Angélique avala sa gorgée d’eau de travers, manquant de peu de s’étouffer :

— Les sorciers ??? Ca n’existe pas.

— Bien sur que si ! Les sorciers existent bel et bien. Ce sont des êtres humains tout comme vous sauf qu’ils pratiquent la magie.

— Euh… Anna, je ne voudrais pas te vexer mais je pense que tu as du prendre un sacré coup sur la tête sans t’en rendre compte ! – Gabriel réprima un petit rire avant de poursuivre – la magie et les sorciers sont juste le fruit de notre imagination, inventés pour apeurer ou faire rêver les enfants.

— Crois tu vraiment que je sois le fruit de ton imagination ? Non, certainement pas et pourtant je fais partie de la race des sorciers. Je suis une sorcière.

Il regarda sa grand-mère d’un air stupéfait puis éclata, cette fois, d’un rire plutôt sonore avant de lancer :

— Tu plaisantes ? Tu nous fais marcher ? – elle resta muette - Où est ta baguette magique, ton chaudron, ton balai, ta robe noire et ton nez crochu dans ce cas là ?

Lui et sa sœur rigolèrent de plus belle.

Anna disparu dans un éclair blanc avant de réapparaître derrière eux.

— Je n’ai jamais été aussi sérieuse – Angélique sursauta laissant tomber son verre qui se brisa au sol – mais je te remercie pour ton humour et ta vision enfantine des sorciers. Le monde des sorciers n’est pas comme celui que vous pouvez lire dans des livres ou voir dans des films. Ici nous n’avons pas besoin de baguette magique, nous naissons avec nos pouvoirs et dans le cas des sorciers comme vous…

— Comme… - Anna fit un signe de la main indiquant à sa petite fille de se taire puis reprit.

— Comme vous, c'est-à-dire naît sans pouvoirs il faut les absorber pour qu’ils passent dans les veines. Les sorciers de naissance s’éduquent eux-mêmes jusqu’à l’âge de cinq ans ensuite ils rentrent à l’école de magie jusqu’à leur vingt et un ans pour apprendre les formules, les potions, l’art du combat, comment contrôler leurs pouvoirs… Nous n’avons pas besoin non plus de balai, nous nous déplaçons grâce à la téléportation. Le nez crochu certains l’ont. La robe noire c’est plutôt pour ceux qui choisissent la magie noire, les partisans d’Hémolias par exemple. Quant au chaudron, sur ce point là tu as juste. Nous nous en servons pour fabriquer les potions mais vous verrez tout ça plus tard. Pour l’instant, nous avons un problème plus sérieux. Si vous rêvez du dernier combat d’Hémolias c’est que vous êtes appelés à devenir des sorciers puissants : LES ELUS, appelés à le vaincre. Je vais vous chercher quelques grimoires qui pourraient vous être utiles.

Un pesant silence s’installa. Les jumeaux restaient sans voix, ils n’arrivaient pas à y croire. Leur grand-mère était une sorcière et elle ne leur avait jamais dévoilé. Après un long moment, Gabriel rompit le silence.

— Non mais c’est incroyable ! – sa sœur sursauta – Nous ? Des sorciers ? Tu y crois à cette histoire ?

— Franchement ? J’ai du mal à digérer la tarte… et cette histoire aussi… mais nous ne pouvons pas mettre en doute la parole d’Anna. Elle nous a quand même fait un petit tour de passe-passe auquel nous n’avons rien compris… et je ne pense pas qu’il y avait de trucage – rajouta-t-elle en voyant que son frère allait répliquer – Elle avait vraiment l’air d’être sérieuse.

— Oui peut être, mais nous ne connaissons strictement rien à la magie. En plus nous n’avons aucuns pouvoirs. Tu as déjà vu des sorciers sans pouvoirs toi ?

— Je n’ai jamais vu de sorciers alors je ne peux pas te dire s’il est possible que certains d’entre eux n’aient pas de pouvoirs.

— Ne vous inquiétez pas pour vos pouvoirs, chaque chose en son temps.

Angélique et Gabriel sursautèrent. Anna venait de rentrer dans le salon, les bras chargés de vieux grimoires poussiéreux qu’elle tendit à Angélique.

— « Potions et formules magiques », « Sortilèges d’hier et d’aujourd’hui », « Plantes et créatures magiques ». Tiens ! Je crois que celui là ne nous servira pas à grand-chose – précisa Angélique en ouvrant un grimoire qui ne possédait pas de titre et dont les pages étaient vierges – et je suppose aussi que les autres ne nous servirons pas non plus – ajouta-t-elle à voix basse juste pour que son frère l’entende.

— Il vous servira, ce sera votre grimoire dans lequel vous écrirez votre histoire et tout ce qui vous semblera utile.

Angélique ferma les yeux et murmura :

— OK…Ce n’est qu’un rêve stupide… A trois je vais me réveiller… un… deux… trois…

Mais son frère la ramena à la réalité en lui pinçant le bras lui tirant une grimace au passage.

— Crois moi ce n’est pas un rêve… - puis il rajouta à l’attention de sa grand-mère - Pourquoi tu ne nous a jamais dis que tu étais une sorcière ?

— Tout simplement parce que nous avons toujours caché notre existence au regard des sans-pouvoirs. Les autres humains – précisa-t-elle - Bien que les temps aient changé et que les chasses aux sorcières n’existent plus, nous avons décidé de vivre dans la clandestinité. Les gens normaux n’auraient pas compris, ils se seraient crus inférieurs. Nous voulions éviter cela.

— Si l’on suppose qu’Angie et moi nous sommes vraiment des sorciers…

— Ce n’est pas une supposition : vous êtes des sorciers, c’est génétique, je suis sorcière donc vous êtes sorciers.

— Si c’est génétique comme tu le dis, dans ce cas là, maman est elle aussi une sorcière puisque toi tu en es une et que…

— Ce n’est plus une sorcière ! – les jumeaux se regardèrent – C’est compliqué… Je vous expliquerai ça plus tard. Nous avons beaucoup de chose à faire. Vous avez énormément de choses à apprendre et à voir. Commençons d’abord par aller faire un petit tour à Vicard.

Ils se levèrent de leur chaise. Angélique et Gabriel se dirigèrent vers la porte d’entrée mais Anna leur fit signe de s’approcher d’elle.

— Inutile d’y aller en voiture. Grâce à la magie nous y serons en quelques secondes.

Les jumeaux échangèrent un regard plein d’inquiétude, mais voyant les gestes insistants de leur grand-mère, ils s’approchèrent quand même d’elle. Tous les trois formèrent un cercle en se tenant par les mains.

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jean-paul vialard

Tu vois, il faudrait dire le tout du monde en quelques mots. Le tout. Autrement dit toi, moi, les autres, les paysages, les rides de  terre, le miroir de l’eau, la face de platine qui regarde le ciel, l’émotion, là, au creux du ventre. Il faudrait dire le rare de l’aube, l’immobile ligne du silence, les maisons blanches au loin, leurs yeux fermés - des hommes et des femmes y dorment, pliés sur la graine de leur sommeil -, le vent qui habite quelque creux, peut-être le corps d’une carpe enfouie sous le dais immensément liquide. Tu vois, il faudrait être ici au bord de l’étang où vibre la lumière, plus bas sur la côte, peut-être dans une anse marine. Il y aurait une grande bâtisse blanche nommée « La Amistad », des barques de pêche, des filets étendus sur des plages de galets, de vieux messieurs vêtus de noir sous les bouquets des arbres. Il faudrait encore poursuivre sa course folle, quelque part vers les pôles ou sous l’horizon de l’équateur. Puis revenir ici, ne pas bouger, surtout ne rien dire et attendre que les images viennent, corolles qui déplieraient lentement leur douceur dans l’immuable du temps.
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Ce livre est une fiction entièrement écrit par mes soins. Les personnages principaux sont des inspirations avec des personnes réelles. Je mettrais tout dans la description. Tout ce que j'utilise sera utilisée en fonction fictives. ( je mélange plusieurs de mes anciennes fictions pour plus de contenus)
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