Chapitre 2 - Destins croisés

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        «  — Victoire ! Non… Non ne meurs pas ! Je t’en supplie, tu n’as pas le droit de me laisser…

Il se traîna à terre malgré ses propres blessures et les douleurs qui irradiaient dans tout son corps. Parvenu à ses côtés, il la serra dans ses bras, la suppliant de rester en vie. Des entailles profondes parcouraient son buste, elle se vidait de son sang petit à petit.

— Victoire, écoute moi : tu vas vivre, nous allons te soigner… Tu dois te battre…

Ses yeux ne tenaient plus ouvert, sa vision se troublait.

— Non, je n’en ai plus la force… vous ne pourrez pas me soigner, mes blessures sont trop importantes même la magie n’y pourrait rien…

— Je t’interdis de dire cela ! Tu as encore pleins de choses à faire ici… Nous allons trouver des potions pour te soigner…Christie est…

Elle commençait déjà à ne plus ressentir son corps. Elle se sentait glisser dans l’autre monde.

— C’est trop tard Richard… j’ai accompli mon devoir, nous l’avons accompli ensemble jusqu’à la fin : Hémolias est vaincu. C’est l’essentiel. Je te demanderais juste une dernière chose : dis à notre père que j’ai chuté…que je n’ai pas souffert. Cache-lui la vérité, il ne comprendrait pas et tu connais le sort réservé aux gens comme nous… Seuls les sorciers doivent connaître la vérité sur ma mort afin que notre histoire, notre combat perdure à travers les temps… Les générations à venir doivent se battre pour qu’Hémolias ne revienne jamais.

Petit à petit la vie la quittait. Elle ouvrit les yeux et regarda son frère une dernière fois. Dans un dernier sourire, elle fixa l’aube qui se levait et rendit son dernier souffle de vie.

Son âme translucide s’éleva et fit face à Richard quelques secondes avant de s’élever et de disparaître.

— Victoire, non… NON !!!

Le cri de désespoir de Richard retenti dans la campagne anglaise alors qu’un timide rayon de soleil venait illuminer le visage de sa sœur. »


        Angélique se réveilla en sursaut et contempla le mince rayon de soleil qui éclairait sa chambre. Les beaux jours arrivaient, le printemps était là. Elle essayait de se rappeler les moindres détails de ce rêve étrange qu’elle faisait depuis plusieurs nuits déjà. Elle ne comprenait pas ce qu’il signifiait. Toujours le même, la même fin tragique. Et toujours ce sentiment de déjà vu comme s’il y avait un lien entre ces gens et elle. Il lui semblait les connaître. La ressemblance était frappante, elle avait l’impression de se voir elle et son frère jumeau.

Elle ressentit soudain une violente douleur au front. Elle passa sa main dessus et sentit un liquide chaud : du sang.

— Qu’est-ce que…

Elle se précipita en courant dans la salle de bain. Le sang s’était arrêté de couler et la plaie commençait à se refermer seule. Elle remarqua alors dans le miroir, les traits tirés de son visage et les cernes sous ses yeux.

Profitant que ses frères dormaient encore et que ces parents étaient partis travailler, elle se fit couler un bain bien chaud. Elle constata que son corps entier était devenu douloureux. Son buste portait les stigmates des entailles subits par la jeune femme de son rêve, même ses longs cheveux bouclés étaient devenus ternes. Elle faisait ce rêve depuis presque une semaine mais c’était la première fois qu’il lui laissait des traces sur le corps.

La chaleur du bain lui avait fait du bien et l’odeur des toasts l’a fit descendre dans la cuisine. Rémi, son frère le plus jeune, s’était mis aux fourneaux. D’habitude c’était elle qui leur préparait le petit déjeuner.

Même s’il s’agissait de son frère, elle devait admettre qu’il était beau et sexy. Un jeune homme de seize ans, grand, sportif, svelte avec un visage d’ange aux yeux verts et les cheveux blonds frisés, coiffés en bataille. Il avait une allure de surfer comme on en voit dans ces séries télés, ce qui lui assurait un beau succès auprès des filles de son âge. Il avait beaucoup hérité de leur père alors qu’elle et Gabriel, son jumeau portés plutôt les traits de leur mère. Tous les deux possédaient de magnifiques yeux noisette pétillants de vie et des cheveux châtains virant légèrement au blond l’été. De taille moyenne et de corpulence normale, « un physique basique » comme le disait son jumeau qui aurait tout fait pour obtenir le physique de Rémi.

— Pains au lait toastés et confiture ! – annonça-t-il fièrement en lui déposant une assiette devant elle – Qu’est-ce tu as fait à ton front ?

— Je suppose que j’ai dû me cogner à ma table de chevet durant la nuit.

— S’lut tout le monde !!!

Gabriel venait de faire son entrée dans la pièce en titubant : comme à son habitude, il était mal réveillé. Pour lui, sortir du lit était un enfer, une véritable marmotte. Tout en baillant il tira un tabouret et s’installa autour de la table.

— Qu’est-ce t’as fait à ton front ? – lança-t-il à sa sœur en piquant un pain au lait.

— Je me suis cognée. Tu as fait le mur ou tu as révisé tes partiels toute la nuit ?

— Ni l’un ni l’autre, pourquoi ?

— T’as une de ces têtes de déterré ! Tu fais peur à voir…

Il dévisagea Angélique :

— Tu peux parler, j’ai l’impression d’avoir Morticia Adams en face de moi…en version châtain…

Rémi les observa tous les deux.

— Vous faites peur autant l’un que l’autre…Je vous laisse je vais prendre une douche.

Rémi quitta la pièce et Gabriel s’étira pour attraper un second pain au lait.

— Aïe ! J’ai mal partout…comme si un semi remorque m’était passé dessus durant la nuit…

— Tu devrais prendre un bain bien chaud, ça te calmera…c’est ce que j’ai fait et ça va un peu mieux…

— Ce que tu as fait ? Tu es entrain de me dire que tu t’es levé dans le même état que moi ?

Angélique secoua la tête de façon positive :

— Peut être même pire que toi…mon front saignait et j’avais des entailles sur tout le buste ! Et le plus étrange c’est que les plaies se referment seules. Tu ne fais pas un drôle de rêve depuis quelques temps ? – son frère acquiesça – Raconte moi…

— Non c’est inutile, tu vas trouver ça complètement débile et me prendre pour un fou – Angélique resta planté devant lui en le fixant – Bon OK ! Mais tu ne te fous pas de moi ?

— Non parce qu’un rêve qui laisse des séquelles comme ça…

— Parce que tu crois que c’est mon rêve qui m’a mis dans un état pareil ??? Il y a des fois où tu es plus barge que moi !

— J’ai rêvé de la mort d’une jeune femme et en me levant ce matin j’avais exactement les mêmes blessures qu’elle…

— Ca fait trois ou quatre nuits que je le fais. Dès que je m’endors, j’ai l’impression d’être aspiré et je me retrouve projeté en plein Moyen Age. Le village semble désert. Je suis seul, alors je marche jusqu’à la lisière d’un champ. Deux éclairs blancs frappent le sol à quelques mètres de moi laissant sur place un homme et une femme, plutôt jeunes. Ils nous ressemblent beaucoup d’ailleurs, afin je trouve. Ils sont rapidement rejoints par des elfes, des dragons, des centaures et pleins d’autres créatures… Tous se mettent en ordre et ils attendent, attendent et attendent sans un bruit, guettant l’horizon. Puis une masse sombre entourée de brume sort des bois et s’avance vers eux, il y a un homme à sa tête. Là tout s’accélère, un déchaînement de violence, – Gabriel se mit à s’agiter dans tous les sens en faisant de grands gestes – la bataille est intense : des morts et des blessés partout, l’herbe du champ commence à virer au rouge sang. Des petites sphères translucides, d’autres bleues, étincelantes s’échappent des corps et flottent dans les airs. Les deux jeunes gens affrontent alors l’homme en noir qui les projette dans les airs. Tous les deux retombent violemment au sol. Et puis… plus rien, tout s’évapore. Je me réveille avec ce pressentiment d’être lié à tout ça, comme si…

— Tu avais déjà vécu ce combat ?

— Oui.

— J’ai le même ressenti que toi en me réveillant…Ils parlent de magie et d’un certain Hémolias…

— Attend, Hémolias tu dis ? Il me semble que c’est ce que dit la masse sombre en s’approchant des autres.

— Oui c’est comme ça qu’ils l’appellent. Apparemment ils l’ont vaincu...

— Je suppose que les sphères que je vois ont un lien avec la magie… Dans tous les cas, c’est flippant quand même : j’ai l’impression que tu vois l’après combat, nos rêves ont l’air de s’enchaîner. Mais le plus inquiétant c’est ce ressentiment que l’on a au réveil comme si…

— Comme si ces gens faisaient partis de notre vie… Tu penses qu’il pourrait s’agir de nos ancêtres ?

— Je ne sais pas mais ils nous ressemblent étrangement.

La sonnerie du téléphone les fit sursauter.

— C’était Anna…elle vous attend pour le déjeuner – leur cria Rémi depuis le hall d’entrée avant de les rejoindre.

— Tu ne viens pas avec nous ?

— Non j’ai un rendez-vous…et si j’annule, je vais encore avoir droit à une crise…Allez à ce soir ! Et le bonjour à Anna !

Les jumeaux passèrent la fin de la matinée sur internet à faire des recherches sur Hémolias, Victoire et Richard mais ils ne trouvèrent rien qui aurait pu avoir un lien avec les rêves.

— Il y a quelques mois, Anna travaillait sur notre arbre généalogique. Elle aura peut être des infos.

— Parce que tu crois vraiment qu’elle sera allée aussi loin dans ses recherches ? – Angélique regarda son frère – Tu as parlé de Moyen Age, je doute fort qu’elle est réussi à retrouver nos ancêtres jusqu’à cette époque.

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jean-paul vialard

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Ce livre est une fiction entièrement écrit par mes soins. Les personnages principaux sont des inspirations avec des personnes réelles. Je mettrais tout dans la description. Tout ce que j'utilise sera utilisée en fonction fictives. ( je mélange plusieurs de mes anciennes fictions pour plus de contenus)
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