Réponse à "LE CAVEAU"

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Avec le soutien de  MAZARIA, Beatrice Luminet-dupuy, OD'UN 
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Image de couverture de Réponse à "LE CAVEAU"

"Le caveau était sombre, éclairé juste par ma chandelle fumante et un conduit semblait s'enfoncer loin dans les entrailles de la terre, descendant en pente douce, au moins au début. La suite était envahie par la nuit souterraine pleine de chuintement et de bruits dont je ne reconnaissais pas l'origine."

Une porte, tenant à peine sur ses écrous, se distinguait grâce à ma chandelle, au fond du caveau. Le verrou n'était, par chance, point scellé.

Et d'une main peu rassurée, je tournai la poignée. Le crissement de la porte et son claquement dans mon dos pétrifié furent camouflés par un hurlement perçant, qui semblait traverser les murs pour se tenir à mes côtés.

J'empoignais la poignée, toujours avec ma pauvre chandelle, qui éloignait l'obscurité du mal qui m'asphyxiait.

Ce qui, au premier abord, me paraissait être la même pièce que la précédente, fut en réalité un long couloir orné de trophée macabre.

Je faillis en lâcher la chandelle et extirper un cri de ma bouche las.

Les murs étaient recouverts de squelettes suspendus tête en bas. Certains avaient encore une peau et d'autres étaient fraîchement installés. Les murs rocheux suintaient d'un liquide rougeâtre, inondant le sol de sa couleur et sa viscosité.

L'odeur âcre et piquante de la mort faillit me faire remonter le contenu de l'estomac.

L'envie de retourner sur mes pas, de m'enfuir était forte et allait gagner sur celle de la retrouver. Puisqu'au fond, je sentais qu'elle était ici. J'ordonnai alors à mes jambes pétrifiées de bouger et d'avancer. Avalant ma salive de dégoût, je commençai lentement à marcher en direction de la porte à peine discernable, au fond du couloir.

Mes pas clapotaient dans ce liquide et résonnaient en écho, tapant entre les murs pour faire vibrer mes tympans aux aguets. Ce liquide inondait mes chaussettes pour les faire changer de couleurs.

J'observais tous les squelettes, jusqu'au moindre détail ; tout en essayant de ne point gerber. Sur les corps encore en chair, j'observai leurs ventres ouverts en grands, telle une large et haute déchirure, vidés de leurs contenues. L'emplacement de leurs yeux n'étaient plus que deux trous sombres.

Je manquai de trébucher à la vue d'un cadavre en voie de décomposition et dans le même état cruel que les autres. Je n'étais pas choqué par l'état monstrueux de son corps, mais par son visage encore reconnaissable sans ses globes oculaires.

Je reconnaissais cet homme. Oui, malheureusement je le connaissais.

J'avais enfin la réponse à sa disparition et jamais je n'aurais voulu l'avoir. Une larme accompagnée d'une autre, vinrent couler sur mes joues, défigurées par une expression d'horreur et de écœurements, face au corps de mon père.

Je n'osais le toucher et afin de m'éviter de perdre connaissance de cette affreuse découverte, je continuai de marcher dans ce couloir aux centaines de cadavres. J'avançais le plus rapidement possible, et la porte fut bientôt atteinte.

Je ne pouvais plus faire machine arrière, j'avais la preuve formelle qu'elle était bien là.

Le levier abaissé de la porte d'acier, je me faufilai à l'intérieur tout demandant pardon à mon père de le laisser dans cet état lamentable.

La chandelle s'éteignit à mon entrée. Et puis, vue l'éclairage jaune de ce couloir, elle n'était plus indispensable.

Plus aucun squelette suspendu, plus aucun liquide rouge recouvrant le sol et les murs. Seulement une fine épaisseur d'eau limpide sur les dalles rocheuses. Des piliers de flammes longeaient les murs et illuminaient le couloir pierreux.

Le crépitement et grésillement des larges flammes remplirent le silence, qui ne dura, pas même, une demi-seconde.

— Et electi sunt a Deorum ! Une voix sonore me tapa le cœur de sa force vocale.

Il y a donc des personnes ici ? Je ne comprenais plus rien, je ne comprenais même pas où j'étais mais tous les indices et toutes les recherches m'avaient menés ici. Cela n'était donc pas par pur hasard. La disparition de mon père avait donc un lien, mais pourquoi ?

Il fallait que je sache d'où venait la voix.

Sur mes gardes et marchant à la limite de m'accroupir, j'entrai dans ce qui paraissait être une immense église souterrain.

Caché derrière une colonne de pierre, j'observais discrètement la scène irréelle se jouer en contre-bas.

Elle était éclairée d'un jaune terne obscurcissant certains détails.

Telle une messe, des spectateurs, des fidèles se tenaient assis sur des bancs, alignés face à l'autel. Indiscernable sous leurs voiles noirs, où par-dessus un masque offusquait toute vérité sur leurs genres et identités. Leurs attentions étaient pleinement concentrées sur le maître de cette messe noire.

Devant un autel en pierre brute, cet homme se tenait debout regardant sous son masque figuratif du diable, un jeune homme mort ; nu et le corps éventré jusqu'au cou. L'homme de cérémonie, buvait le sang du pauvre cadavre dans une coupe en argent.

L'ayant fini, il la posa et poussa ensuite le cadavre de l'autel, tel un objet gênant. La marque de son sang, resta imprégnée sur la pierre comme toutes les précédentes victimes. Le corps harassé et sans vie s'écroula tel un pantin et tomba quelques mètres plus bas.

Mes yeux n'avaient rien manqué de la scène.

Le diable masqué se munit d'un poignard cérémonial, et l'essuyait à l'aide de la manche de son costume.

— Nihil Efficere.

Les hurlements de terreurs inondèrent le silence. Deux inconnus, masqués, entrèrent par la seule porte de l'église, juste en dessous d'où j'étais caché.

Ils portèrent un corps nu d'une femme, par les mains et les pieds, se débattant sans relâche mais ne faisant point défaillir les deux monstres fait de muscles.

Je retins un cri quand je vis son visage. C'était bien elle. Ma femme.

Pourquoi elle ? Comment ?

Nue et allongée sur l'autel, ils l'attachèrent fermement.

L'inévitable allait se produire si je n'intervenais pas. Et le temps pressait. Le maître de cérémonie munit de son poignard, effleura le ventre jusqu'à son cou fragile.

— Et electi sunt a Deorum ! Hurla-t-il, en lui forçant à boire le contenu affreux de la coupe.

Je m'empressais de rejoindre la scène, descendant à la hâte des escaliers sans même savoir où ils pourraient mener.

La voix gutturale de l'homme pénétrait les murs, et chaque seconde qui passait, était un pas de plus vers la mort cruelle de ma femme.

Ces souterrains étaient de véritables labyrinthes. Haletant à n'en plus pouvoir, les pieds trempés, je ne savais où aller.

— Sanguis, Terre, Aqua, Ignis.

Mon cœur bondissait dans ma poitrine suante et détruite par l'oxygène étouffant. Les disciples répétaient d'une même voix les rites du maître, je baignais dans des paroles maudites et dans un lieu maudit par le mal.

— Baptizarent in morte, sumus in dolore, et in futuro.

Je tournai à l'embouchure d'un couloir. Les masques des deux colosses se présentèrent à moi, nez à nez avec eux, postés devant l'entrée de la porte d'acier.

Horrifié, je reculai mais c'était déjà trop tard. Ils se jetèrent sur moi, comme deux loups affamés.

Leurs coups me détruisirent le corps, je n'arrivais point à me défendre.

Seul contre deux monstres, je ne pouvais rivaliser. Allongé dans ce que j'avais cru, au premier abord à de l'eau, une horrible idée s'immisça dans mes pensées.

— Nos veniam postulantes.

Il ne me restait plus beaucoup de temps. C'était ça ou alors la voir être éviscérée.

Je me levai sur mon corps meurtri et accouru vers les piliers de flammes.

Mon corps heurta l'une de plein fouet, qui heurta à son tour une autre et tel un jeu de domino, toutes basculèrent.

— Nos mos immolantes par vulos.

Tout fut si rapide. Les piliers à terre, les flammes n'avaient pas mis longtemps à embraser le sol, recouvert d'une fine épaisseur d'essence.

Me ruant de toute vitesse vers la porte en fer, j'actionnais le levier et m'extirpais de justesse du brasier ; laissant les deux gardiens s'immoler sans échappatoire.

— Et nos ipsi sacrifici.

Toutes les têtes se tournèrent à mon entrée fracassante. Je vis l'homme brandir le couteau au-dessus du fragile corps dévêtit de ma femme, hurlant à plein poumons et s'inondant dans ses larmes.

Courant vers l'autel au fond de l'immense édifice, le plus vite possible. J'avais cru pouvoir la sauver.

Les fidèles se levèrent et sans m'attendre à ce qu'il allait suivre, fondirent sur moi. Enveloppé et suffoquant entre des vingtaines de voile sombre, je vis l'invraisemblable se produire entre les masses noires m'étouffer de leurs présences.

Le couteau brandit en l'air, pénétra avec puissance le ventre de ma bien-aimée hurlant à la mort tout en me regardant, les yeux déversant leurs larmes d'affliction.

Il coupa en montant vers la gorge détruite par les cris, qui se tut à la seconde où son cœur fut découpé.

La force la quitta et son corps nus s'inonda de son sang.

Hurlant à plein poumons de sa mort et sa monstrueuse disparition, je vis son assassin brandir son cœur, au moment où le mien se sentit s'embraser.

Les ombres, masquées et voilées de la tête au pieds, s'écartèrent et s'en allèrent. Je n'avais point compris pourquoi, jusqu'à voir mes mains, mon torse fondre de flammes me recouvrant.

Regardant une dernière fois ma femme, morte, je me laissai tomber dans l'oublie. Le voile noir de la mort s'immisça et recouvra mes pensées par un vide de pure souffrance.

Horreurgoreviolentmorbide
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Table des matières

En réponse au défi

LE CAVEAU

Lancé par MAZARIA

"Le caveau était sombre, éclairé juste par ma chandelle fumante et un conduit semblait s'enfoncer loin dans les entrailles de la terre, descendant en pente douce, au moins au début, la suite étant envahie par la nuit souterraine pleine de chuintements et de bruits dont je ne reconnaissais pas l'origine..."

La suite est dans votre imagination.

Pas de contraine, vive la liberté pourchanger du confinement !

Mazaria

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SOUS TERREChapitre6 messages | 2 mois

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