Chapitre 11.94 - Le garçon qui ne voulait pas devenir roi

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*rappel : Après avoir fait passer Diogon pour le dieu Anubis, dans le but de libérer les statues exploitées pour la construction de la pyramide, l'imposture a été découverte. Diogon et Khoufou ont été ramenés de force au palais par le vizir.*

Que comptait faire subir Khoufoukhaf au faux dieu sacrilège ?

Le lendemain aux aurores, après une mauvaise nuit peuplée de cauchemars et de plans voués à l'échec élaborés avec Apouit, on amena Khoufou à sa chaise à porteurs, l'assurant que sa présence était requise à la grande pyramide.

Il sentit le ciel lui tomber sur la tête lorsqu'il comprit d'un coup d'œil ce que son vizir avait ourdi, et pourquoi il avait insisté pour que Pharaon revête sa plus luxueuse toilette cérémonielle.

Assis sur le trône en bois de la chaise à porteurs, le géant noir avait été couvert de richesses dans la plus pure tradition égyptienne. De larges bracelets d'or étincelaient à ses poignets, un pagne court et côtelé jouait avec les rayons du soleil par-dessus ses cuisses musculeuses ; un ânkh se trouvait dans chacune de ses paumes, et un lourd pectoral aux perles de saphir miroitait sur son torse. Plus haut encore, ses oreilles avaient été percées de clous, qui déroulaient de longs rubans d'or incrustés de pierreries. Une coiffe lestée de bronze, aussi bleue que celle des bas-reliefs derrière lui, descendait de sa nuque jusqu'à venir se déployer sur ses épaules massives. Khoufou eut un pincement au cœur en constatant qu'elle devait être bien plus lourde que la sienne, qui était déjà un calvaire à porter.

Diogon croisa son regard. Ses yeux avaient été soulignés de khôl et de poudre d'or, traçant un arc oriental sur ses paupières noires comme la nuit.

Anubis.

C'était la tenue cérémonielle d'Anubis, sur toutes les représentations de la salle du trône.

Comment quelque chose de si beau pouvait-il devenir une torture aussi évidente ?

L'œil vif de Khoufou avait très vite vu les liens, presque imperceptibles, qui sanglaient solidement le bassin et les jambes de Diogon à la chaise à porteurs. Et peu après, alors que derrière lui son vizir lui conseillait d'une voix réjouie d'aller s'asseoir aux côtés d'Anubis, le garçon remarqua le sang, aggloméré en croûtes sèches, qui encrassait les paumes du géant.

Il se sentit tomber dans un gouffre de désespoir.

Ce n'était pas Diogon qui tenait les boucles des ânkhs. C'étaient les ânkhs qui avaient été cloués dans sa chair.

Suffoquant, le garçon réalisa la gravité du désastre. C'était son blasphème, son innocent blasphème d'enfant qui voulait bien faire, qui avait fait germer la même idée vicieuse dans la cervelle de son vizir. Qui avait abouti à cet instant précis où un symbole de vie, parmi les plus purs et les plus sacrés d'Egypte, était devenu un instrument de torture ancré dans l'os de sa victime.

– Monte, Pharaon, insista Khoufoukhaf de sa voix de reptile. Aujourd'hui, Anubis et toi devez aller parader à la grande pyramide, et encourager les ouvriers qui œuvrent à sa gloire.

Hagard, Khoufou monta sur le trône aux côtés de Diogon et se laissa conduire.

Il y avait forcément une solution. Autre que de tuer ou d'arrêter le vizir, ce qui aurait mené à une rébellion de l'armée et de ses prêtres, et à des enquêtes à n'en plus finir. Le jeune homme se rendait compte une nouvelle fois qu'en son propre empire, il n'était pas tout-puissant. Ni intouchable.

En revanche, Khoufoukhaf, chef de l'armée et chef politique, était les deux.

Comment avait-il pu ourdir une chose pareille ? se répétait l'adolescent. Comment ? Jusqu'à ce jour, tout ce qui le rendait détestable faisait pourtant de lui un homme prévisible et irréprochable. Il était prêt à tout sacrifier aux dieux, leur avait offert son âme. Pour Khoufou, qu'un tel homme utilise Diogon de pareille manière abjecte relevait de la folie. De la folie hérétique. Le vizir était prêt à tout pour que cette pyramide s'achève ; mais alors pourquoi payer cet hommage divin d'un blasphème aussi sordide ?

Ou peut-être que ce qui poussait le vizir à se donner aux dieux n'était pas simplement une croyance sans faille. Peut-être que c'était leur ombre, leur grande ombre régnante, qui approuvait silencieusement chacun de ses choix et le rendait plus fort, qu'il cherchait à matérialiser ainsi. Avec Anubis à ses côtés, le vizir devenait omnipotent aux yeux de tous, et surtout aux siens.

Ainsi pensait l'adolescent, étincelant dans tous ses atours royaux sur son trône balloté par les porteurs. Le rideau avait été tiré à son maximum, laissant entrer les durs rayons du soleil qui leur poinçonnaient les paupières. À côté de lui, Diogon gardait le regard fixé droit devant, planté dans la nuque du vizir qui ouvrait le ballet du cortège, avec une expression si noire que son jeune voisin préféra le quitter des yeux.

– Je le tuerai. Je le tuerai.

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