Chapitre 11.7 - Le garçon qui ne voulait pas devenir roi

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– Est-ce toi qui as ordonné ceci ? demanda le dieu noir en levant les yeux vers la pyramide inachevée, et les créatures qui tractaient ses pierres.

Un grand froid figea l'âme de Khoufou. Le ka d'Horus, soudain, semblait avoir disparu de son cœur. En cet instant, il ne restait plus rien de Pharaon en lui ; il n'était qu'un jeune homme terrifié par ce qu'il ne comprenait pas.

– Oui, répondit-il d'une voix mourante, conscient des brasiers de fureur qui s'allumaient dans les prunelles de la créature.

– Non ! le tança vertement Apouit en secouant son bras.

Sourcils froncés, elle leva le visage vers la bête.

– Ce n'est pas lui ! Il s'est fait endoctriné par le vizir et toutes ses sornettes de serpent !

Elle vit volte-face et pointa le doigt vers Khoufoukhaf, qui psalmodiait toujours des prières en fixant le dieu descendu du ciel.

– C'est lui, là, le grand moche avec sa dégaine de reptile.

Khoufou, transpirant sous le blasphème et l'impolitesse de la jeune fille, vit distinctement un sourcil – ou ce qui en tenait lieu – se lever sur le visage sombre de celui qui les surplombait.

C'était une vision tout à fait inhumaine, mais un soulagement sans bornes lui étreignit le cœur face à cette minuscule réaction pleine d'incrédulité.

Même face aux dieux, Apouit en imposait. Apouit faisait rire. Apouit s'attachait l'empathie de tout un chacun.

Pharaon était à cet instant le plus impuissant des hommes, alors même que le ka d'Horus en lui aurait dû communiquer avec le dieu ; il se réfugiait derrière son amie, comme toujours, avec cette sensation qu'elle le protégeait. Que rien ne pouvait lui arriver tant qu'Apouit souriait devant lui. Elle était son armure face au reste du monde.

Khoufou reprit soudain contact avec la réalité lorsque ses pieds décollèrent du sol et qu'il se mit à foncer dans l'air chargé de sable brûlant. Sa voix, toute prête à hurler, se bloqua dans sa gorge lorsqu'il vit le bras musculeux qui le ceinturait avec force. Il était couvert d'un duvet noir qui chatouillait sa peau.

La voix suraigüe d'Apouit hurlait sans discontinuer à ses oreilles, lui transperçant les tympans ; dans un réflexe forgé par des années de cohabitation, il lui planta une main moite sur les lèvres, la faisant taire avant même de se rendre compte qu'ils étaient suspendus à plus de deux mètres du sol, chacun balloté à un flanc du dieu noir. Celui-ci galopait à travers la foule, fonçait sur le plateau désertique comme un démon terrifiant ; des meutes de sable ondulaient et jaillissaient derrière ses foulées, comme autant de chiens de chasse lancés à vive allure.

– Où on va ?! hurla Apouit, accrochée à sa main comme un petit singe terrifié, en passe de lui broyer les os.

– Comment veux-tu que je le sache ? cria-t-il en réponse, les paupières papillonnantes sous le sable qui lui giflait le visage.

– Je te parlais pas à toi, sale crotte de chacal !

– Ah ouais ? s'époumona-t-il. Tu sais où tu peux te la mettre, ta crotte de ch…

– Nous allons juste loin des hommes, de tous ces hommes que j'ai envie d'écrabouiller comme des fourmis, gronda la gorge noire du dieu à ses oreilles.

Il n'était même pas essoufflé par sa course de géant.

– Et nous, vous n'avez pas envie de nous écrabouiller comme des fourmis ? demanda Apouit, obligée de glapir comme un chacal pour se faire entendre dans le vacarme de cris terrifiés, de sable froissé et de bourrasques de vent.

Il ne répondit pas tout de suite, et les deux adolescents se contorsionnèrent, suivirent son épaule puissante du regard, puis son cou de taureau, jusqu'à capter ses iris bleu et or. Ils étaient fixés sur l'horizon. Ou peut-être encore plus loin.

Jusqu'où peuvent voir les dieux ? pensa Khoufou, glacé jusqu'aux os par cette volonté inhumaine. Mais ce n'était pas la vraie question à poser.

Jusqu'où peuvent aller les dieux ?

– Vous n'êtes pas des Hommes, vous êtes des enfants, répondit-il enfin. Je sais reconnaître les enfants. C'est l'une des vôtres qui m'a donné la vie.

Il y eut un silence, empli du rugissement du vent. Derrière eux disparaissaient les cris de la foule égyptienne.

– Et toi, enfant-roi, j'ai besoin de toi pour libérer mes semblables.

Ses foulées monstrueuses, plus puissantes que celles d'Apis le taureau, ralentirent doucement. Il s'immobilisa, oscillant lourdement sous la force de l'énergie qui quittait son corps.

Osant rouvrir ses paupières rougies par le sable et l'air brûlant, Khoufou regarda autour d'eux.

Ils étaient perchés au sommet de la pyramide. De sa pyramide. Posés comme des insectes sur le degré en cours de construction, celui qui culminait déjà à plus de quarante mètres et qui saillait, telle une unique vertèbre, au milieu de ce squelette de pierre.

Le vide vertigineux le prit aux tripes. Loin en dessous d'eux couraient les fourmis humaines dans la poussière.

Et loin au dessus d'eux souriait le ciel. Il était redevenu rouge.

Après une seconde passée à inspirer l'air chaud de Gizeh, le colosse au pelage velouté s'assit doucement aux côtés de Khoufou et Apouit. Terrifié, le jeune homme accroupi se cramponnait aux pierres de sa pyramide ; ses yeux noirs buvaient la vision du plateau en désordre, sur lequel une nuit douce et rougeoyante commençait à tomber. Très loin en dessous d'eux, les gardes impériaux couraient à sa recherche. Khoufoukhaf le vizir, où qu'il se trouvât dans cette mêlée, devait être en train de prier afin que son âme ressorte grandie de cette rencontre avec un dieu.

– Depuis quand les dieux enlèvent-ils Pharaon ? demanda-t-il, la nausée remontant dans sa gorge – il ne s'était jamais retrouvé si loin du plancher des vaches.

– Je ne suis pas un dieu.

– Déjà, depuis quand les dieux descendent-ils sur la terre des hommes ? corrigea Khoufou, têtu.

– Je ne suis pas un dieu ! rugit le frère d'Anubis dont le dos noir et courbé tutoyait le ciel.

Blottie contre son ami, Apouit chercha son regard et mit un doigt impérieux sur ses lèvres.

– Les dieux m'ont maudit, ajouta le géant.

L'esprit vrillé de surprise, les deux adolescents agrippèrent leurs regards au sien, cherchant une trace d'amertume, de tristesse. En vain. Une certaine mélancolie s'agrippait aux traits bestiaux de son visage, leur donnant une profondeur empreinte de gravité, faisant davantage ressortir la sagesse au fond de ses iris.

– Mais alors, qui es-tu ?

– Je suis Diogon.

Sa voix était sèche et n'appelait pas de réponse. Ils comprirent qu'ils n'en sauraient pas plus. Un nom, c'était déjà bien assez. Les noms étaient puissants. Ils définissaient le ka et le reste. L'être tout entier. Diogon leur livrait un peu de son âme en le leur offrant.

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Luca Doré


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Elle voit l'humanité, le monde. Et pourtant elle les hais, tous autant qu'ils sont. Son métier de chercheur en psychologie ne changeait rien ; pour elle, tout était clair : l'espèce humaine était pourrie et corrompue jusqu'à la moelle.
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Elle ne mentionnait jamais rien sur elle. C'est à peine si elle était capable de dire son prénom. Le prénom, c'est l'identité, l'ancrage au monde ; le révéler, c'est dévoiler une partie de soi, laissant une chance aux meurtriers potentiels de vous achever de l'intérieur comme de l'acide dissolverait la peau. À cette conférence, La simple mention d'Eve Clarston lui faisait peur, et pourtant, dans ces moments là, elle n'avait pas d'autres choix que de se présenter à son audience. Eh oui, aucune vie privée dans le domaine de la recherche.
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Pourquoi une telle rage? Personne ne l'a jamais su, et personne ne le saura sans doute jamais... Tout ce qu'il faut retenir, c'est que tout a une cause, une base, une origine. Eve a dejà connu le pire, après tout. Et c'est à travers l'enfer que l'on comprend, que l'on s'éveille. Souvent, encore aujourd'hui, elle regrette d'être humaine, mais fait semblant du contraire. Même auprès de ceux qu'elle aime.
 Elle est la muraille protectrice de ses propres tréfonds. Mais toute barricade finit toujours par s'effondrer. Un coup d'estoc, une fissure, de mauvaises fondations ; parfois un rien suffit pour que tout s'écroule. Et sa haine la protège tout autant qu'elle la brûle.
Sous le coup d'une impulsion, elle se mit à hurler, seule, dans sa voiture, face à sa propre démence.
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léonie.grn




2 la période difficile

Quand je compris ce qui m'arrivait j’étais ... Je ne sais même pas comment le dire tellement que c'était fort. Beaucoup d’émotions se mélangeaient en moi, la peur de mourir, la tristesse d’apprendre ça, la colère : pourquoi tout ça m’arrive t-il à moi .Mes parents mon dit une phrase que jamais je n'oublierais. ..Ils m'ont dit :''on t'aime et ça ne l'oublie jamais quoi qu'il arrive ...''je devais dormir à l'hôpital mais mes parents n'avait pas le droit et ne pouvaient pas alors ils sont resté le plus tard possible et m'ont laissé le téléphone de papa quand ils sont partis .
Le lendemain matin, à la première heure ils sont venus me chercher pour me ramener à la maison. J’étais traumatisé de me faire à l’idée que j’allais ....mourir, je ne parlais pas ne mangeais presque pas, enfin bref je n’étais vraiment pas bien. Mes parents avaient pris leur journée et m'avaient demandé: ‘ou veux tu aller ?
''Et je leurs avait répondu qu’on n’avait pas besoin de la voiture pour y aller car je voulais juste aller à mon endroit préféré c'était dans notre petit village aux éboulis (c'est un endroit très nature avec une rivière où l’on entend le bruit de l’eau qui coule, le sifflement des arbres avec le vent, les feuilles multicolores, les oiseaux dans leurs nid avec leurs petits, les vaches qui meulent au loin, l’herbe qui frisonne.
Cette sensation d’être seul au monde...)ils n'étaient pas surpris que ce soit un endroit simple comme ça car ils savaient que quand je n'allais pas bien j’allais la bas pour me ressourcer et tout oublier, alors on y est allé et on a discuté de tout et de rien, on a rigolé mais aussi pleuré...Et puis, au bout d'un moment il fallait rentrer alors je leurs ais dit d'avancer et que je les rejoindrais après. Quesque je voulais faire ?
Rien juste vivre pleinement ces derniers moments parce que je me suis rendu compte que dans la vie on ne profite pas des choses les plus simples alors que pourtant ce sont les meilleures .Une fois rentrer à la maison, on n'a mangé des pates à la carbonara, mon plat préféré et puis on a joué au Monopoly, j’étais HEUREUSE. Et je voyais que ça rendait mes parents heureux de me voir heureuse. Le soir ils m'ont demandé si je voulais qu’ils prennent un autre jour pour moi ?
Et je leurs ai répondu que je voulais essayer de faire comme si je n'avais rien même si ça allait être compliqué me sachant mourante et ne voulant rien dire car je refusait la pitié des autres. Je leurs ai dit aussi que je voulais aller au collège dès le lendemain malgré leurs réticences que je comprenais parfaitement afin de me protéger....
Ils m'ont dit qu’ils étaient d'accord mais que je n'étais pas obligé. .. Mais c'était mon choix. Je suis retourné au collège. .. Et le TOUT LE MONDE est venu me voir pour me demander ce que j'avais. Au début j'arrivais à mentir sans rougir ni raconter de bourde mais il y a une personne qui est venu me voir elle avait une grande importance pour moi ... C'était Mathis.
A ce moment là j’étais perdue et la il ouvre la bouche et me dis : « Salut, à ce qui parais tu t'es évanouis lundi soir ? »Et la je lui réponds : « oui » .Mais évidemment il me posa la question qui ne fallait pas poser ...: « et du coup t'as quoi ? »Et la je me mis à pleurer et lui dit la vérité: « Je vais mourir Mathis... »Après cette phrase je couru dans les toilettes car c'est le seul endroit où je pouvais être seule .La journée passa et je ressentis que Mathis avait changé... Il était.... triste mais aussi inquiet car il ne savait pas pourquoi je lui avais dit ça...
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Lindberg

le mouvement brouillon et incessant qui appelle  à la création : la vie contre elle même ,un frottement résiduel qui entend consumer le passé. Un sourire porté par la sensation absurde de dépossession , le monde se prend par le bras . cette sueur , ces courbes: des îles à déshabiller. Seul penchant infini pour la luxure :"garde l'oeil près du réel" , le corps suppliant pour inspirer encore. La vague s'est répandue ,les épaules vibrantes annonces l'extase prochaine et le vide . Le désir sans cocher rempli le sens enfin seul et impérieux. C'est ensuite le moment de l'indifférenciation hystérique, les reliefs absents annoncent le crépuscule et le renoncement boudeur aux chaines ... 
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