Chapitre 9 -  Le chien qui haïssait son maître

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Pour ce chapitre, le clan de chasseurs ainsi que les personnages Elissi, Lobeh et Pishkol ont été empruntés au roman "L'arme d'Hadesh" de Nain Fougère. Cette histoire (son début tout au moins) n'est présente sur Scribay mais elle est disponible sur le forum Encre Nocturne, section Romans. C'est un hommage en quelque sorte. (et un bon remède à l'absence totale d'inspiration) :D

- Le chien qui haïssait son maître -

La forêt déployait tous ses atours autour d'eux.

Cherchant à les séduire, à les attirer, à les tromper pour mieux les perdre, puis les dévorer dans ses vertes mâchoires.

Le chien connaissait tous ses pièges, ses parfums et ses fausses pistes ; il connaissait les monstres qui y vivaient, félins ou canins, ursidés ou chiroptères ; il avait subi leurs crocs, goûté leurs haleines putrides et leurs chairs empoisonnées, connaissait leurs odeurs et leurs empreintes. Il avait appris à les pister, à les tourmenter, à se jouer d'eux comme eux se jouaient des hommes ; à bondir à leur gorge et la leur déchiqueter.

Mais c'était lorsqu'il avait encore une meute, encore un maître et une famille.

– Dis à ton loup jaune d'accélérer la cadence ! beugla l'un des hommes qui le surplombaient, courant à ses côtés dans sa traque forcée.

– T'as entendu ? lui cria Elissi qui le talonnait lui aussi.

Le chien galopa de plus belle, bondissant dans la terre chaude, faisant voler les feuilles et les brindilles ; sa truffe sensible cartographiant des chemins entiers pavés d'odeurs, il franchit un tronc foudroyé, louvoya entre les gueules acérées des fougères, évita un piège à ours et fonça sous le couvert des grands chênes.

Loup jaune.

C'était ainsi qu'ils l'appelaient.

Ils ne connaissaient que les loups qui hurlaient la nuit dans la plaine ; jamais, sous le crâne de ces rustres idiots, n'était passée l'idée qu'il pouvait être autre chose ; que son museau épais, ses yeux en amande et sa fourrure claire le différenciaient aussi sûrement du loup qu'un lynx d'un lion des cavernes.

Jamais ce clan borné, cette bande de chasseurs individualistes, n'auraient eu l'idée d'élever des louveteaux, de leur offrir une place parmi eux. De leur inculquer un respect nouveau, autre que celui du loup, autre que celui de la bête. De les nourrir de blé et de viande. De les faire changer.

Jamais eux n'auraient créé de chiens.

Pas comme sa famille, qui par-delà la plaine et le désert sans fin, en élevaient des meutes entières depuis des siècles.

Le chien était né sous une tente de cuir, bien loin des huttes boisées d'Elissi et de sa tribu ; sa mère lui avait donné le lait du loup, une femme lui avait donné celui de l'humain, et il avait grandi ainsi, entre deux mères, entre deux espèces si fusionnelles qu'elles n'étaient devenues qu'un seul clan. Il avait couru dans les plaines et dans les forêts, auprès de ses frères et de ses sœurs à deux ou à quatre pattes ; son pelage avait pris la couleur du blé roussi, s'était lui aussi fondu dans le reste de la meute. Ses pattes s'étaient endurcies en martelant la terre et la roche, ses muscles avaient roulé sous sa peau, son poitrail s'était élargi, avait forci, était devenu plus fort que celui d'un bélier.

Le chien avait vu des loups, oh oui, il les avait vus, il les avait combattus ; il les avait fait tomber dans des pièges, les avait harcelés de morsures, les avait traqués sans pitié. Il avait pris la mesure de ce qu'il était, de ce que tous les siens étaient : plus forts, plus endurants, plus grands et plus rapides.

Loup jaune.

Le chien hérissait l'échine chaque fois qu'on l'affublait de ce sobriquet stupide, qui le rabaissait à l'état de bête, le ramenait à la forêt, aux hurlements et aux tanières, lorsque son monde était celui des hommes et de leurs tentes.

Enfin, il l'avait été, jusqu'à-ce qu'on décide de l'offrir, lui, l'un des meilleurs chiots de l'année, à une tribu lointaine en guise de cadeau scellant une alliance.

Quelle alliance ?

Les deux clans ne se croisaient pour ainsi dire jamais, ils étaient bien trop éloignés. En suivant Elissi et son nouveau peuple, le chien avait traversé le grand désert, puis la plaine immense, il avait marché des jours et des jours, encore et encore, usant ses pattes sur le sable, entamant le cuir de ses coussinets solides, les brûlant sur le sable bouillant de soleil. Au terme de leur voyage, il était arrivé faible et couinant, laissant une file d'empreintes ensanglantées derrière lui.

Son ancien maître lui aurait pansé les pattes, les aurait emmitouflées dans ses propres fourrures. Mais Elissi l'égoïste, Elissi le solitaire l'avait regardé souffrir sur le sable, brûler sous le ciel pur, sans dire un mot.

Son ancien maître lui aurait donné un nom, au terme de sa première année ; mais Elissi ne l'appelait pas, il lui donnait des ordres dont le ton seul suffisait à comprendre que c'était au chien qu'il s'adressait. Le mépris dont lui et son peuple faisaient montre envers le loup jaune, était comparable à celui que le chien leur témoignait. Leur clan était empli de traqueurs et de femmes assujetties ; ils chassaient et cueillaient, ne connaissaient pas le blé et si peu de racines, n'avaient jamais eu l'idée de planter une seule graine, et ne faisaient que peu ou pas cuire leur viande.

Les mystères du ciel, de la sculpture ou de la poterie leur était inconnus ; ils vivaient pour tuer les êtres de la forêt, faire des colliers de leurs dents et des parures de leur peau, et pour planter leurs simulacres de canines dans leur chair.

– Tu l'as, ou tu nous emmènes dans un piège ? lui cria Elissi en bondissant comme un cerf par-dessus les branches échouées au sol.

Il fallait leur reconnaître au moins une chose : ils étaient bien plus adroits et plus endurants que l'ancienne famille du chien. Leurs corps étaient aussi souples et minces que des roseaux, mais plus forts que des hêtres grâce aux muscles qui roulaient sous leur peau halée ; leur vue était perçante, leur ouïe si aiguisée qu'ils concurrençaient celle du chien. Elissi, dans la vigueur et la fierté de ses dix-huit ans, était l'un des plus vifs et des meilleurs chasseurs ; nombre le jalousaient, mais la plupart ne lui témoignaient qu'un respect tenté d'indifférence. Son orgueil et sa solitude l'éloignaient autant des siens, de ses coéquipiers et de sa femme, que de son chien.

– Je l'ai, grogna celui-ci.

Il s'arrêta un bref instant pour coller sa truffe au sol, suivant cette piste aussi légère qu'une bribe de rêves, avant de repartir au galop en se propulsant sur ses pattes endolories.

– T'as dit quoi ? hurla Elissi en dérapant sur une écorce humide, bondissant à sa suite sous les railleries des autres chasseurs.

– JE L'AI ! aboya le chien en filant sous les ombres des chênes immenses.

– C'est bon, il l'a vraiment ! cria le jeune homme à ceux qui le talonnaient.

Ils s'engouffrèrent à sa suite sous la canopée sombre, poussant des hululements euphoriques au rythme de leur course folle. Comme s'ils n'étaient pas déjà assez repérables avec les plumes aux couleurs criardes qui jaillissaient de leurs masques.

– Imbéciles, gronda le chien, nez au sol, qui louvoyait entre trois troncs gigantesques. Pensez-vous que l'ours soit sourd ?

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