Chapitre 7 - La géante qui aimait les trésors

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- La géante qui aimait les trésors -

Le soleil rougeoyait doucement sur l'horizon, embrasant la forêt verdoyante.

Des milliers d'échos de lumière, chauds et retentissants comme des éclats de rire, rebondissaient sur les feuilles, les bourgeons et les troncs élancés, ricochaient le long des lianes déliées, teintaient la forêt entière de roux et d'ors chatoyants.

Comme chaque matin, Mamounette regardait le ciel se perdre sur la terre, s'y écouler comme une cascade ; elle s'extasiait devant cette vision dont elle ne se lassait pas. Cette jungle qu'elle connaissait si bien, qui était d'habitude pleine d'émeraude, de nacre, de bruns et de gris, se changeait soudain en écrin précieux dont le soleil se faisait la perle.

Mamounette adorait regarder la lumière jouer ainsi sur les tout-feuilles, sur les tout-vertes, sur les mi-touffes et sur les tout-touffes. Et sur toutes les autres plantes aussi. Comme ces fabuleuses tout-graines, qui ployaient leurs longues têtes bulbeuses vers elle dans un salut empli de bonne humeur.

– Ouah ! s'exclama-t-elle lorsqu'un éclat multicolore attira son regard. Elle est magnifique !

Elle se précipita pour aller cueillir, délicatement, du bout de ses dents, la plume de grand-volant qui scintillait sur une feuille en hauteur. Elle était resplendissante, marbrée de violet, d'orange et de noir ; et mieux encore, elle paraissait intacte, alors que les grands-volants passaient leur temps à se chamailler pour de stupides broutilles de territoire.

Mamounette n'en avait pas de si belle dans sa collection.

Comblée, elle se dandina pour faire demi-tour, puis s'éloigna d'un pas sautillant, la plume toujours coincée entre sa trente-troisième canine et sa treizième incisive, oscillant avec légèreté au rythme de sa course. La gigantesque créature loucha vers son mufle pour glaner un scintillement de son nouveau trésor ; cette plume était réellement splendide. Elle se mit aussitôt à frétiller de joie, sans se rendre compte que son derrière de huit tonnes venait de faire tomber un arbre centenaire.

Elle ne vit pas non plus une famille de petits-écailleux, qui vivait sous ce logis depuis des années, se regrouper d'un air vengeur et se mettre à conspirer sous une feuille de fougère géante.

Mais ils ne pouvaient rien contre elle.

Qu'auraient pu faire des êtres aussi fragiles et aussi minuscules, face à la monstrueuse géante-à-plumes qui venait de détruire leur maison ?

Mamounette, comme tout un chacun dans la jungle, était née sans nom.

Des années plus tard, une andouille de petit mâle ridicule l'avait débusquée dans la forêt, lui avait fait une cour plus que suspecte et avait fini par la couvrir – au beau milieu d'une troupe de petits-à-plumes qui les regardaient d'un air curieux. Bonjour l'intimité.

Après ça, elle avait dévoré le malpoli, et les petits-à-plumes pour faire bonne mesure ; puis elle avait attendu, avait pondu trois gros œufs ivoirins, et avait commencé à couver avec amour.

Et la première chose qu'avaient dit ses petits, en brisant leur coquille épaisse, ç'avait été ces mots si étranges. "Maman", "Mamounette".

Et là, leur mère en était restée comme deux ronds de flanc.

Porter un nom, c'était un sacré truc. C'était bien autre chose qu'errer seule dans la forêt, et de n'être qu'une géante-à-plumes comme les autres. Elle avait touché de la griffe quelque chose qu'elle n'aurait jamais pu imaginer. L'identité.

Lorsque ces sons avaient franchi la gorge de ses petits, Mamounette, irrémédiablement, était devenue autre chose. Quelque chose de plus.

Alors, elle avait commencé à collectionner les noms, en plus des jolies plumes.

Elle avait commencé par nommer chacun de ses enfants ; puis elle avait nommé les plantes qui l'entouraient – les tout-touffes, mi-touffes, tout-graines et les autres. Elle avait discuté avec des grands-volants, et d'autres géants-à-plumes, et ils y avaient réfléchi ensemble. En parlant avec les leurs, ils avaient diffusé ces noms.

Mamounette avait même inventé un mot pour ces feuilles immenses, dans toute la forêt, qui se déployaient et ondulaient au vent comme des ailes vertes. Elles étaient devenues les folles-légères. Et comme il y en avait absolument partout, chaque être de la forêt avait bientôt utilisé ce terme ; et comme la vie était courte ici-bas, et qu'on y parlait vite, le plus vite possible avant de se faire croquer, les folles-légères s'étaient changées en follegères, puis en fougères.

Mamounette avait été un peu vexée de voir ce mot-là lui revenir dans la figure, un jour, au détour d'une conversation ; alors elle avait mangé l'imprudent petit-écailleux qui venait de le lui sortir. Mais finalement, elle en avait conclu que ce n'était pas une si mauvaise chose. Un mot qui évolue autant, cela prouve qu'il est usité par tous. Alors, de bonne humeur après la digestion de sa victime, elle avait décidé de continuer à créer des noms.

– Mamounette !

La géante-à-plumes tourna son énorme tête vers le petit braillement qui s'échappait de sous une tout-feuilles.

– Soleil ! Qu'est-ce que tu fais là, mon trésor ? (Elle se souvint brusquement d'être sévère.) Tu es beaucoup trop loin de la maison, tu sais que je vous ai interdit ça. Si tu tombes sur un troupeau de véloces-dentus, on ne retrouvera que ton squelette !

Elle coinça sa jolie plume entre deux de ses crocs, à l'aide de sa langue. Puis elle se pencha vers le sol, referma doucement ses mâchoires sur son petit qui remuait comme un beau diable, et repartit au pas de course vers son nid. Une peur rétrospective se fraya un chemin jusqu'à son énorme cœur, le faisant battre plus vite, encore plus vite. Les véloces-dentus n'étaient pas les seuls prédateurs que craignaient les petits, mais ils étaient de loin les pires. Mamounette n'hésitait jamais à les écrabouiller lorsqu'elle en croisait dans la jungle. Elle les écrabouillait, puis elle les décapitait d'un coup de dents, et ensuite elle éparpillait leurs restes pour les laisser à l'appétit des charognards.

La géante-à-plumes mangeait de tout, même des mâles de sa propre espèce, mais pas de ça. Pas des véloces-dentus. Ils avaient l'âme mauvaise. Elle était certaine que ce poison faisait surface dans leur chair.

– Mamounette, braillait Soleil sans discontinuer, agitant son petit corps pour essayer de le soustraire à ses mâchoires. Mamounette ! Lâche-moi ! On a capturé quelqu'un de bizarre ! On a capturé quelqu'un de bizarre qui tournait près du nid ! Faut que tu viennes voir !

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