Chapitre 6.92 - La sorcière qui mangeait les enfants

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– Quand à mon Jour, son stupide cadet, ce voleur volage et irresponsable, il convoitait l'une des filles du Roi Paon, pour une bêtise du genre mariage, noces célestes et tout le reste. Il a fini par tuer le Roi avant de s'enfuir avec sa princesse emplumée. Dans son orgueil, il a fait faire une étole de sa peau, avant de prestement s'en débarrasser chez moi. Désormais, les gens ne voient plus que sa longue cape blanche.

Soudain prise de fatigue, la vieille dame s'assit sur le tabouret qui venait d'accourir au petit trot.

– Et voilà, ma fille, que veux-tu. Mes fils sont des incapables. Je pensais avoir enfin trouvé une utilité à leurs frasques imbéciles, mais voilà que tu refuses mes cadeaux ! Hé ! Il faut croire qu'aujourd'hui, plus personne n'en veut.

La tristesse pesa soudain dans toutes les rides de son visage. Mais elle disparut vite lorsque la licorne posa doucement une question :

– Yaga, vous avez parlé de plusieurs fils… N'en avez-vous finalement que deux ?

– Ah ! Diable ! s'exclama la vieille dame, et un immense sourire fleurit juste sous son gros nez. C'est qu'il y en a un troisième ! Enfin, si on exclut mes petits batraciens qui sont d'un autre genre.

Un voile rêveur se posa sur ses énormes iris dorés.

– Il reste ma Nuit… Un petit jeune homme pas bien beau, pas bien fort, aussi tordu que sa mère, mais jamais un fils n'aura été plus intelligent et plus doux.

Elle retourna à l'armoire, clopin-clopant sur sa jambe engourdie, et en tira une longue pelisse dont le gris velours tirait sur le noir. Deux longues oreilles velues, ridicules et comiques, se dressaient à un de ses coins.

– Lui n'aurait jamais fait pareilles bêtises… dit-elle avec tendresse, en battant un peu la peau pleine de poussière. Tout ce qu'il m'a jamais demandé, ce cher petit, c'était un âne, un joli petit âne assez fort pour lui servir de monture dans le ciel. Alors, je le lui ai donné.

Elle posa doucement la peau veloutée sur le tabouret encore chaud.

– Mais un âne, même magique, reste un âne, alors il a fini par mourir. Et ma Nuit m'a demandé de veiller bien soigneusement sur ce qu'il restait de lui.

Son visage ingrat soudain empreint d'espoir, la sorcière tendit l'étole vers la licorne :

– Tu veux peut-être l'essayer aussi ?

La licorne n'eut pas le cœur de refuser.

– Que m'apportera celle-ci ?

– Oh, je n'en sais trop rien. Probablement l'endurance, l'obstination… et une sacrée malice en prime !

La pelisse s'envola vers la licorne, avant de se draper sur ses côtes de métal dans un mouvement plein de majesté. Deux solides pattes, celles d'un petit âne rondouillard, se déployèrent sous son corps, tandis que des coulées de pelage gris cendré s'étendaient le long de son ventre, de ses épaules, avant de remonter vers sa nuque et sa jolie tête dans des éclaboussures frémissantes. Les oreilles de l'âne dressèrent leur paire sympathique vers le plafond, surmontant celles de la licorne, balayant l'air de leurs pinceaux de poils soyeux.

– Bon, apprécia Yaga avec sagacité, un pauvre baudet n'a pas l'élégance d'un renard ou du Roi Paon, mais j'avoue que cette peau-ci te va tout aussi bien.

Ses yeux ronds clignèrent comme ceux d'une chouette, et s'emplirent de nostalgie.

– Mais je ne la confierai jamais à personne, pas même à toi. J'y tiens bien trop.

Elle releva son regard sur la licorne, juste à temps pour voir passer un éclair de ruse dans ses prunelles de métal.

– Yaga, dit alors son invitée. Si vous tenez absolument à me faire un cadeau, alors, vous devrez me donner cette peau d'âne, car c'est la seule que j'accepterai.

Il y eut un silence.

Son hôte comprit immédiatement que cette exigence était feinte, qu'elle n'était que mensonges. Qu'elle ne visait qu'à libérer la licorne de ses présents et de ses attentions, en réclamant la seule chose que la sorcière lui refuserait à coup sûr. Celle-ci garda le silence plusieurs minutes. Le temps nécessaire pour que la colère, nichée dans son ventre, grossisse et enfle jusqu'à atteindre sa gorge, jusqu'à embraser ses yeux.

– ALORS C'EST AINSI QUE VOUS ME REMERCIEZ.

La lumière de la cabane s'éteignit d'un coup sec, le feu soufflé comme une chandelle par la voix inhumaine de Yaga.

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