JOUR 11 - UN NOUVEAU MONDE.

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Le groupe se replia dans le blockhaus et entreprit de mettre un point final à la mission. Anna se connecta sur son ordinateur et lança le programme de déconnexion du laser embarqué. Le rayon X avait fait bien assez de dégâts. Il était temps de mettre hors d’état de nuire cette technologie puissamment destructrice. Un clic bien ajusté sur l’ordinateur mit fin à la commande qui se trouvait à bord du satellite.

Ensuite Josh et Elie s’occupèrent de transférer l’unité de contrôle d’Hydrogène sur l’ordinateur portable de Max, puis de mettre en conformité le satellite avec le programme prévu. Désormais, on pouvait tout piloter depuis l’ordinateur de Max. Enfin, ils permirent à la population de se connecter à nouveau avec quelques applications à travers le satellite. Ils mirent en service les relais fonctionnels qui permettaient de remettre en place une partie du réseau internet à la surface du globe. Le réseau n’avait plus rien à voir avec ce qui avait pu exister par le passé, il était réduit à sa plus simple expression. Il était beaucoup plus lent mais permettrait quand même des connections très basiques.

C’était fini.

Ils rangèrent le blockhaus, le vidant consciencieusement pour ne rien laisser traîner, rien qui n’indique leur passage dans le lieu. Tom regarda l’espace de béton qui reprenait sa liberté avec un pincement au cœur. Dans quelques minutes, il serait vierge à nouveau, comme s’ils n’avaient jamais investi l’endroit.

Quand tout fut propre et vide, Linda, Josh, Chloé, Elie, Alice, Lucas, Nathan, Anna, Gabriel et Côme sortirent du souterrain. Dehors, Tom et Max les attendaient. La mission était terminée pour le groupe, c’était l’heure des adieux, le moment où chacun allait rentrer chez soi et reprendre sa route. Les jeunes gens s’alignèrent tous face à l’océan, se dévisagèrent longuement une dernière fois, prenant le temps d’imprimer ces derniers instants de communion sur leurs rétines respectives. Ils souriaient presque tous et, puis, dans un même élan homogène, ils fixèrent la ligne d’horizon qui s’étalait sur l’océan au loin.

Les plus durs du groupe, ceux qui avaient une âme de révolutionnaires nés, les Lucas, Nathan, Josh, Gabriel regardaient la mer avec un air accompli en se disant que le travail avait été fait et, même, bien fait, et, que, si c’était à refaire, ils repartiraient pour un nouveau tour de piste, sur le champ.

Et puis, il y avait les autres. Ceux qui pensaient qu’ils avaient fait ce qu’il fallait, qu’il n’y avait pas eu d’autres choix possibles mais qui semblaient défaits, un peu résignés. Ils réalisaient que tout n’avait pas pu s’accomplir sans dommages collatéraux. Il leur faudrait des mois, des années peut-être, pour se reconstruire et passer à autre chose.

Cependant, aucun des douze membres d’Hydrogène n’avait de regrets, tous portaient fièrement le regard sur la ligne d’horizon, suivant le mouvement incessant de l’océan, avec le sentiment du devoir accompli, partageant une dernière fois la douce harmonie du groupe face à l’immensité bleue qui se déployait sous leurs yeux.

Les douze se regardèrent tous, un par un et ils se séparèrent. Ils ne se reverraient pas, jamais. Chacun d’entre eux avait promis d’emmener la mission et l’identité des membres du groupe dans sa tombe. Aussi vite qu’il avait été constitué par Tom, quelques mois plus tôt, le groupe s’évanouit définitivement, dissout sur place.

Anna, la première, prit le chemin de la dune, jetant négligemment son sac sur l’épaule. Elle partit sans se retourner, sentant le poids de l’aventure lui peser dans le fond de l’estomac. Puis Linda, Josh, Elie se mirent en route et enfin, après quelques minutes, le reste de la troupe. Ils partaient sans un bruit, sans un mot, sans un adieu. Les regards avaient suffi à exprimer l’indicible lien qui les unissait, à tout jamais.

Il ne resta que Tom et Max, debout sur la plage.

Ils s’étreignirent rapidement, figeant pour l’éternité une amitié hors-norme qui les avait conduits au-delà de tout ce qu’ils avaient pu imaginer, qui leur avait permis de construire un nouveau monde. Aucun des deux n’avait le cœur gros, ils se sentaient sereins, comme débarrassés d’un poids, allégés de l’angoisse d’un raté qui aurait pu tout remettre en cause, à tout moment. Tout s’était passé comme prévu, la mission était une réussite absolue. Ils avaient tant à se dire mais ils sentaient tous les deux qu’il n’était pas utile de se parler. Dans les non-dits, dans les silences, dans les sourires complices, dans les actes insensés de ces dernières semaines, tout avait déjà été dit mille fois. Après quelques minutes d’un silencieux partage, Tom suivit les autres membres du groupe sur le chemin et gravit la dune sans se retourner, disparaissant de la vue de Max, derrière le monticule sableux.

Quand ils eurent tous disparu, Max prit une grande inspiration et se mit lui aussi en route. Il chargea l’ordinateur sur son dos, ainsi que l’antenne satellite de Nathan et remonta lentement la plage en direction du Nord. Il lui restait tout de même la touche finale à gérer : la remise des clefs de ce nouveau monde. Et, il avait déjà la personne idéale, le chef de projet aux dents longues qui ne s’accorderait aucun répit sur la mise en application. Il avait choisi un vrai pitbull aux dents acérées qui ne relâcherait pas la pression pour les années à venir, une Eve des temps modernes : la candidate qui lui semblait idéale comme gardienne du temple.

Quand Max arriva dans le village situé à l’embouchure de la Garonne, à une vingtaine de kilomètres de l’endroit où se situait le blockhaus, il loua une voiture dans une petite agence de location. C’était une Fiat bleu foncé qui passait parfaitement inaperçue et suffisait amplement pour l’unique trajet qu’elle allait effectuer. Max s’assit tranquillement dans le siège conducteur usé d’un revêtement en mauvaise imitation de cuir et lança le moteur. Quelques vrombissements plus tard, il engouffrait la petite automobile sur l’autoroute et remontait la piste jusqu’à Paris, sans s’arrêter. Les kilomètres défilèrent à toute allure, lui laissant à peine le temps de repenser à l’aventure de ces dernières semaines. Il engloutit une paire de cafés dans des aires d’autoroute qu’il choisissait les plus désertes possible et repartit aussi vite que possible, pied au plancher.

Il pensa qu’il devait bien une explication à Mathilde et espéra qu’elle finirait par comprendre le chemin qu’ils avaient tous emprunté. Mais il n’en était pas du tout certain. Il se promit de lui laisser une chance de se reconstruire. Penser à Mathilde lui embua les yeux. Il avait mis de côté cette partie de sa vie depuis des semaines. Ça lui manquait. Les tartines de pains grillés, les câlins, l’attention que Mathilde lui portait, tout cela faisait partie d’un autre monde, un monde de douceur auquel il avait définitivement tourné le dos. Un monde interdit aux fugitifs et aux terroristes. Il était conscient de ne plus pouvoir franchir la barrière qui le séparait désormais du reste du monde. Max se reprit, ce n’était pas le moment de flancher. Il reporta son attention sur l’asphalte qui défilait devant ses yeux et se concentra sur la finalité de son action.

Une fois arrivé dans la capitale, il se gara dans une rue derrière le 13 rue d’Enghien et abandonna la voiture sur une place de parking, dans une petite ruelle sombre. Il entra dans le grand hall froid et se dirigea tout droit vers le comptoir d’accueil.

— Bonjour, dit-il en s’adressant à l’hôtesse d’accueil engoncée dans un tailleur bleu marine totalement impersonnel et sans aucun intérêt vestimentaire.

Max sourit en pensant que si l’habit faisait le moine, cette jeune personne était aussi transparente que possible, ce qui était sans doute l’effet recherché.

— Bonjour Monsieur, en quoi puis je vous aider ? répondit-elle, poliment.

— J’ai ce sac à déposer pour Mademoiselle Cathy Da Cunhay, si vous voulez bien lui transmettre le plus rapidement possible. C’est assez urgent.

— Bien sûr ! Souhaitez-vous que je l’appelle, je crois que je l’ai vue passer il y a quelques instants. Vous voulez peut être lui remettre le sac vous-même ?

— Non merci, ne la dérangez surtout pas. Juste prévenez-la que le sac est arrivé, je ne voudrais pas qu’il se perde. Merci beaucoup !

— Avec plaisir Monsieur, ce sera fait.

Avant de partir, Max ouvrit le sac et présenta son contenu à l’hôtesse qui constata que rien ne posait de problème au niveau de la sécurité, puis il le déposa derrière le comptoir de l’accueil. Max quitta le hall de Greenpeace, se retourna une fois pour regarder l’hôtesse passer un coup de fil, sans doute pour prévenir Cathy de l’arrivée d’un colis à son attention. Il prit le métro en direction de la gare Montparnasse.

A proximité de la gare, il rentra dans l’hôtel de l’Atlantique, un établissement sans prétention et réserva une chambre pour une seule nuit.

Le programme était maintenant prêt à être déployé sur l’ensemble de la planète.

*****

Quand Cathy découvrit le paquet, elle reconnut immédiatement l’écriture de Max qui indiquait son nom en lettres majuscules. Elle frémit en comprenant que le colis avait sans doute un lien avec les événements de ces derniers jours mais elle n’hésita pas une seconde avant de l’ouvrir et de découvrir son étrange contenu. A l’intérieur du sac, elle découvrit l’ordinateur de Max, bien emballé dans du papier bulle, ainsi qu’une antenne dépliée et dévissée qui semblait très haute et fine. Un petit mot qui accompagnait le pesant colis suggérait pour l’installation d’appeler chez un prestataire informatique, une entreprise du nom de Jetplus, spécialisée dans l’aéronautique et de demander un certain Nathan Adams. Le numéro de téléphone était indiqué, un banal numéro de portable noté de la main de Max.

Cathy aurait pu appeler la police sur le champ. Elle savait qu’elle aurait dû remettre l’ordinateur aux autorités, faire fouiller l’ensemble de la capitale pour faire arrêter Max. Le monde entier le cherchait. Un mandat international avait été émis quelques jours plus tôt. Mais elle n’en fit rien. Si elle ne pouvait pas comprendre la méthode de Max, si elle ne pouvait pas lui pardonner le bazar ambiant, la disparition de Tom, l’impossibilité de communiquer de ces derniers jours et surtout les morts, en revanche, elle partageait ses idéaux, depuis toujours. Et ça lui suffisait pour allumer cet ordinateur. La curiosité l’avait piquée de son puissant dard. Le paquet qui venait de lui être transmis bénéficia dès lors de toute son attention. Max et Cathy partageaient tous les deux un amour inconditionnel pour la planète et si Max avait été bien plus extrémiste qu’elle ne le serait jamais, elle lui reconnaissait aussi un courage qu’elle n’aurait jamais eu.

Il fallait aller jusqu’au bout. Elle n’avait qu’à suivre les indications de Max. Alors, Cathy appela chez Jetplus au numéro indiqué. Elle tomba directement sur Nathan qui lui proposa de venir installer les éléments au siège de Greenpeace immédiatement. Cathy sourit. Evidemment. C’était presque trop facile. Elle se douta que l’installateur attendait son appel.

Dans un café voisin, le téléphone posé devant lui, sirotant un expresso avec une noisette de crème, Nathan avait décroché à la seconde sonnerie. Il s’avéra être un informaticien drôlement efficace et surtout charmant. Il était exactement le type de gars qui plaisait aux filles et Cathy pensa, en rougissant, que si la situation n’avait pas été si compliquée, elle en aurait bien fait son quatre heures. Mais Nathan n’était pas loquace, concentré sur son travail et d’une efficacité redoutable. Il semblait pressé de tout mettre en ordre et de lancer l’appareil comme si il voulait quitter les lieux au plus vite.

Il brancha l’antenne, la connecta à l’ordinateur et mit en place le réseau puis il montra à Cathy toutes les fonctionnalités du programme Hydrogène. C’était incroyablement efficace et simple d’utilisation. Le programme était capable via les téléphones d’analyser les données de chaque individu : l’empreinte carbone, les déplacements, les dépenses, la consommation électrique. Une fois le programme installé, il transmettait en direct à chaque individu son empreinte sur le climat et sa notation individuelle dans le système. En gros, sa place dans le classement, bonne ou mauvaise.

— Est-ce que tout est bien clair pour vous ? demanda Nathan.

— Oui … Je crois, répondit Cathy. Ça devrait aller…

— Il faudra. Il n’y a pas de Service Après-Vente. Il faudra vous débrouiller seule. Rapprochez-vous d’une société qui s’appelle Aeroneufspat à Toulouse, ce satellite ils le connaissent par cœur. Et vous verrez pour le programme, c’est beaucoup plus simple que cela en a l’air. Voilà j’ai terminé. Une dernière manip’ et c’est à vous de jouer maintenant.

Une fois le système installé et testé, Nathan envoya une mise à jour de tous les portables allumés sur la planète Terre et y installa le programme facétieux. Il ne fallut que quelques heures pour déployer l’ensemble de l’application sur les téléphones cellulaires, tablettes et montres connectées des usagers de la planète. Le seul réseau existant n’étant plus diffusé que par le satellite du groupe, on contrôlait tout. Lorsque ce fut fait, Nathan salua Cathy, prétexta un agenda surchargé et fila. Cathy se dit en souriant que ce type était fort sympathique, joli garçon, mais bien trop pressé à son goût. C’était bien de prendre son temps, aussi.

Elle se pencha sur l’ordinateur avec intérêt. Une icône blanche avec une petite feuille verte annonçait un programme du nom d’Hydrogène. Elle le lança et déboucha sur une interface complexe avec des sous-dossiers aux noms évocateurs : taux d’oxygène, force du vent, température de l’eau, pluviométrie … Des quantités de données qui étaient suivies, heure par heure, avec une mise à jour automatique. C’était épatant.

Si Max avait choisi Cathy chez Greenpeace ce n’était pas uniquement parce qu’il pensait que Cathy était la bonne gardienne du temple, c’était aussi pour une bonne raison : l’organisation militante avait des antennes dans presque tous les pays, elle devait être capable de déployer le programme sur l’international en très peu de temps.

Le programme Hydrogène permettait d’élire des ambassadeurs dans chaque pays du monde : un maximum d’une centaine de personnes qui pouvaient aider les autres à remplir leurs missions, donner de nouvelles pistes de développement écologique mais qui pouvaient aussi être révoquées à tout moment par le système si elles profitaient anormalement du système. Tous les six mois, le système demandait, à travers un vote obligatoire, la validation du caractère altruiste des ambassadeurs. Les ambassadeurs ne pouvaient pas prétendre à plus de deux années de mission au cours de leur vie.

Grâce à Hydrogène, à tout moment, et, en un seul clic, n’importe quel citoyen du monde pouvait consulter l’état des stocks de matières premières indispensables : stocks de minerais, stocks de pétrole, stocks d’eau douce, de riz ou de manioc et ce, jusqu’aux stocks de vaccins et de médicaments. Tout était centralisé par le système, transparent et disposé dans différentes zones protégées dont les coordonnées n’étaient détenues que par un nombre réduit d’ambassadeurs du système. Riches ou pauvres, européens ou amérindiens avaient accès au même niveau d’information, en temps réel. Un citoyen qui ne suivait pas son programme et qui produisait plus de dioxyde de carbone que les autres se voyait limité en usage de pétrole ou en achat de produits non indispensables sur les semaines suivantes.

Cathy pensa que le programme était dur mais juste. Finalement, rien n’était dépendant de la taille de votre compte en banque. Le but du jeu était de gagner en qualité de vie, ce que l’on économisait en matière première.

Finies les banderoles, les manifestations et les tentes au Parc Monceau, Max leur offrait une gestion nouvelle du bilan climatique et de la gouvernance générale de la planète. Une gestion en temps réel et coordonnée de tous les impacts climatiques sur le globe avec une distribution des matières premières en fonction de leur utilisation. Un concept inédit et profondément novateur mais qui n’était pas sans conséquences.

Cathy et Max avaient toujours partagé le message pour la protection de l’environnement. Quant à la méthode ; peut-être que c’est elle qui avait eu tort : les manifestations n’avaient abouti à aucun bouleversement de l’ordre établi, ni à aucune amélioration de la situation. La situation écologique avait même empiré ces derniers mois. Il fallait bien admettre que sur ce point Max avait raison. Ils s’étaient tous époumonés en vain. Max leur offrait une rupture totale avec tout ce qu’ils connaissaient depuis trente ans. Un monde différent.

Depuis le jour du chamboulement décidé par Hydrogène, Cathy avait constaté que l’on respirait mieux et que l’on vivait différemment et elle ne pouvait pas vraiment s’en plaindre. Elle était certaine que cela valait le coup d’essayer son système alors elle envoya un message noté urgent et une copie du programme informatique à tous ses homologues des bureaux internationaux de son organisation pour mettre en place le programme.

Elle sourit en pensant qu’elle devenait, bien malgré elle, l’ambassadrice numéro un du programme de Max et qu’on n’aurait vraiment pas pu imaginer une telle situation quelques semaines plus tôt.

Max et Cathy étaient réconciliés par la force des choses, unis par un lien invisible qui transitait à travers ce programme inédit.

*******

Il était midi, Max sortit de sa chambre d’hôtel. Il portait un sweat à capuche, avait enfilé une paire de lunettes de soleil et il espérait bien passer inaperçu. Il se fondit dans la masse des clients qui prenaient un plateau repas dans une grosse cafétéria à côté de la Gare. Il s’installa à une table dans un coin renfoncé d’où il pouvait observer ses concitoyens sans crainte. La vie reprenait lentement dans la capitale. Les réseaux internet et téléphoniques avaient été en partie rétablis, même s’ils fonctionnaient très mal et n’avaient que peu de débit. Ils n’autorisaient plus que des conversations simples et plus aucun réseau social ne fonctionnait.

Les gens sortaient à nouveau de chez eux mais, méfiants, les yeux portés vers le ciel, inquiets d’une rechute soudaine du maigre système remis en place. Beaucoup de comportements humains avaient changé. Il n’y avait pas de scènes de liesses, pas d’embrassades ou de fêtes grandioses, l’atmosphère restait tendue et le peuple inquiet. La vie repartait sur de nouvelles bases. Max surprit des mamans plus attentives à leurs enfants, des passants un peu moins pressés.

Max avait choisi au self un morceau de porc au curry, un verre de vin rouge et un tiramisu. Il prit le temps de déjeuner. Cette cuisine populaire était délicieuse. Il mâchait doucement, laissant la viande fondre dans sa bouche, se délectant de chaque bouchée. Il était en terrasse, il faisait assez doux pour la saison et c’était un bonheur de chaque instant d’observer la vie autour de lui. Les oiseaux piaillaient et un petit mulot sortit la tête d’une grille de bouche d’égout. Rien d’exceptionnel, mais tout lui semblait neuf.

Il s’étira de tout son long, tendant les mains vers le ciel. Il se tourna vers le soleil et hésita. Est-ce qu’il était raisonnable de tenter une balade digestive dans un parc tout proche ? Il lui sembla que oui.

A vingt heures précises, dans la chambre miteuse de son hôtel de seconde zone, Max se posta devant l’écran de télévision et alluma la première chaîne. Tom avait fait le boulot et envoyé l’enregistrement. Le jeune homme se trouvait à nouveau sur un fond blanc sur la chaîne nationale et il était à nouveau suivi par des millions d’auditeurs attentifs. Il monta le son de la télévision pour s’écouter parler :

— Bonjour. Ceci est mon dernier message. Nous avons obtenu la démission de tous les gouvernements de la planète. Notre organisation vient de lancer la mise en place d’un nouveau système de gouvernance et de gestion de la planète. Un système qui nécessitera l’implication de vous tous. Les règles précises vous parviendront dès demain matin. Ce système est la seule chance d’inverser la vapeur et de donner une chance à vos enfants, aux espèces animales qui vous entourent de s’en sortir dans de bonnes conditions.

Puis la vidéo se coupa.

Max sentit le lourd silence d’angoisse qui s’installait dans les chambres voisines de la sienne. Tout le monde était devant son poste de télévision et cette scène avait dû se reproduire dans tous les pays du monde, traduite par Tom en des dizaines de dialectes différents.

Le bruit reprit. Max entendit son voisin de palier qui jurait à haute voix :

— Putain mais ça va s’arrêter quand leurs conneries. Il n’y a plus de gouvernance maintenant mais c’est quoi ce bordel encore ?

Max sourit en imaginant ce cadre commercial en déplacement, inquiet, qui devait se demander s’il fallait annuler ses rendez-vous du lendemain tout de suite ou s’il devait attendre d’en savoir un peu plus sur ce nouvel ordre mondial. Il allait attendre un peu, Max en était certain. Les contrats d’abord. Tout n’avait pas encore changé.

Il s’allongea une heure dans le noir et ferma les yeux, entièrement concentré sur l’analyse des dernières heures.

A vingt-deux heures précise, il prit son unique sac à la main et, sans bruit, en marchant à pas feutrés sur la moquette rouge et orange, il quitta l’hôtel pour monter dans le train de nuit en direction du Sud-Ouest de la France.

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