JOUR 7 - ON PAYE LA RANCON, QUAND ON N’A PAS D’AUTRES CHOIX.

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Le président raccrocha le téléphone. Il se tassa dans le fond de son siège, complètement perdu. Il était neuf heures du matin et il venait de s’entretenir par une ligne sécurisée avec son homologue anglais, une des rares connexions internationales qui fonctionnait encore. Il ferma les yeux. Il n’avait pas d’issue, c’était impossible à admettre, mais c’était la vérité. Le monde était à la merci d’une bande de terroristes dont on ignorait tout. Il ne pouvait rien faire. Rien, à part attendre. Attendre que ce groupe prenne contact avec les gouvernements des différents pays et fasse part de ses revendications.

Que pouvaient-ils bien vouloir ? Quelle étaient leurs doléances ? De l’argent ?

— Mathieu. Comment sont les réserves d’or de la Banque Centrale ? questionna-t-il subitement.

— Au plus haut niveau Monsieur le Président.

Bon, il pouvait fournir de l’or à volonté, des pierres précieuses aussi, c’était déjà pas mal. Des libérations de prisonniers ? C’était la demande la plus fréquente. Il pouvait demander la libération à tout moment des pires gredins que la Terre avait jamais portés. Pas de problèmes, du moment que le conflit prenait fin, il était prêt à tous les sacrifices judiciaire sans même essayer de discuter. Il avait bien conscience que le gouvernement n’était nullement en position de négocier les termes d’un potentiel contrat.

Il souffla, anxieux. Pourvu que les terroristes prennent contact assez rapidement. Sa prochaine allocution auprès de ses concitoyens était prévue dans les quarante-huit heures et pour le moment, c’était le flou absolu sur les motivations du groupe. Il devait absolument en savoir plus avant de reprendre la parole devant la population. C’était une situation incompréhensible qui le laissait sans riposte possible et il se sentait désemparé. La question se posait sur la marge de manœuvre dont le pays disposait. Les réseaux étaient presque tous hors circuit, les satellites pulvérisés et il faudrait des semaines, voire des mois de travaux pour remettre en état les centrales électriques. Alors, si on accédait à leurs revendications, il fallait impérativement la garantie d’une paix durable ou au moins d’une non-agression pérenne pour avoir le temps de reconstruire.

Le Président essayait d’envisager tous les scénarios, son cerveau fonctionnait à plein régime. Et si le groupuscule demandait une chose impossible ? Une revendication liée à un autre pays qui refuserait d’accéder à la demande. C’était inextricable. Il se frotta les tempes d’épuisement en pensant à toutes ces journées à venir de difficiles négociations diplomatiques. La réélection était proche, il n’avait pas besoin d’un pareil chantier en ce moment.

La tension était palpable dans son bureau, les conseillers dépourvus de dossiers concrets tournaient en rond. Les plus proches conseils du cabinet présidentiel échafaudaient mille hypothèses, toutes plus sournoises les unes que les autres. Le tableau blanc était couvert de schémas complexes reliant les organisations malsaines mondiales entre elles en une immense pieuvre tentaculaire. Plusieurs noms célèbres étaient entourés avec énergie au stylo feutre pour mettre en exergue les pires malfrats identifiés comme pouvant se retrouver derrière l’organisation de ces crimes odieux. On avait barré plusieurs suspects en prison ou hors d’état de nuire. C’était le noir absolu. Il n’y avait aucune piste sérieuse à se mettre sous la dent. Le Président avait l’habitude de ces crises, bien sûr, mais, là, son ampleur promettait des nuits blanches à foison. Il se redressa du fond de son siège moelleux.

— Contactez le ministre des Affaires Etrangères. Il faut aussi appeler la commissaire aux affaires européennes. Etienne, bougez-vous enfin ! Et puis arrêtez de tourner sur place, ça me donne le tournis et je ne peux pas réfléchir, aboya-t-il en direction de son chef de cabinet. Mettez-moi à plat toutes les hypothèses que nous avons évoquées ensemble avant que la lettre des terroristes n’arrive. Vous voulez que nous soyons pris au dépourvu ou quoi ?

— Non, Monsieur. Bien, Monsieur, répondit Etienne, déboussolé.

Le Président se recala dans le fond de son siège. Sauf qu’il était pris au dépourvu, déjà. Et pas qu’un peu. Il tendit la main et la posa sur le combiné du téléphone en réfléchissant à la meilleure façon d’aborder la situation avec ses homologues.

La situation s’avéra hors de contrôle dans tous les pays. Tous les états s’étaient repliés sur eux-mêmes dans l’attente d’un signe de vie des commanditaires. Il était impossible d’aider le pays voisin en quoi que ce soit, car tous, sans exceptions, étaient dans une situation critique de stress intense et de désorganisation généralisée. De mémoire d’humains, jamais la planète n’avait été dans une situation aussi dramatique. Étonnamment, c’étaient les pays industrialisés qui souffraient le plus de la situation : ceux dont le quotidien était rythmé par le développement technologique. L’industrialisation et le modernisme les avaient rendus dépendants à trois concepts: l’argent, l’informatique et l’électricité. Or aucun des trois ne fonctionnait plus. Les modes de vie s’en trouvaient anéantis, les citoyens tournaient en rond, en s’arrachant les cheveux et en gémissant. Pour ceux qui n’avaient pas de syndromes psychiatriques graves développés suite à cet effondrement imprévu de la société, ils étaient furieusement interrogatifs quant à la suite de leur carrière et envisageaient des reconversions drastiques dans l’agriculture ou les arts créatifs. Planter des choux redevenait tendance.

Il est fort probable que les tribus les plus reculées du fin fond de l’Amazonie ou les derniers Inuits de l’extrême nord de l’Amérique n’aient non seulement pas souffert des coupures de réseaux et de courant mais qu’ils n’aient au final même pas entendu parler de cette crise.

Le commun des mortels pensa revenir à l’essentiel : manger, dormir, danser, chanter.

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