LE MULOT SE FIT TOUT PETIT ET SILENCIEUX POUR SE BLOTTIR DANS LE FOND DU TERRIER.

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Au fur et à mesure de la destruction des satellites, le réseau subit des coupures de plus en plus conséquentes : beaucoup de téléphones ne fonctionnaient plus et tous les réseaux informatiques bipaient ou envoyaient des signaux d’alertes effrayants. Les uns après les autres, les réseaux se coupèrent finalement tous et il ne resta plus rien d’opérationnel. Plus de réseaux, plus de Wi-Fi. Nulle part.

Pour communiquer, il restait le téléphone fixe, les ondes radio, la presse papier, et c’est tout. Uniquement de vieux modes de télécommunications ringards, presque oubliés et inconnus des jeunes générations. Comme les autres concitoyens, je m’étais branchée sur un poste radio sorti du grenier, celui de ma vieille tante Solange, héritage du passé. J’attendais, l’oreille vissée au poste en attendant de savoir ce qu’il se passait, revenue à l’époque de la préhistoire. Il nous restait de quoi faire du feu mais on allait bientôt devoir chasser le bison pour survivre.

Je n’avais plus accès à la télévision non plus. Aucune image n’était transmise par le petit écran, et, même si les techniciens travaillaient d’arrache-pied pour remettre en service de vieux canaux de diffusion, et permettre de diffuser à nouveau, pour le moment, la télévision avait rendu l’âme. Encéphalogramme plat. Au début, elle m’avait sérieusement manqué. Pendant deux jours, j’avais eu le réflexe d’appuyer sur le bouton de la télécommande avec insistance, j’avais même changé les piles deux fois par réflexe et j’avais pesté comme il se doit, postée devant l’écran qui restait désespérément vide. Et puis, j’avais fini par m’habituer à l’absence d’images. C’était la fin des fresques sanglantes du vingt heures, des reportages sur les cités de banlieues, des commissariats en déroute ou des périples sur la malbouffe. En attendant le retour du diabolique petit écran, j’avais remis en route mon vieux tourne-disque pour occuper le silence. Le son avait repris toute sa place dans mon quotidien.

L’absence soudaine des réseaux satellitaires avait aussi mis un coup d’arrêt immédiat à de nombreux métiers dépendants des nouvelles technologies et beaucoup d’humains s’étaient retrouvés sans travail du jour au lendemain. C’était particulièrement le cas des starts-up dont les jeunes erraient désœuvrés dans les rues : plus de livraisons à domiciles, plus de pizza dans la demi-heure, plus de covoiturages avec de parfaits inconnus, plus de locations d’appartement avec des boîtes à clef codées. Tout un tas de services nouveaux, censés nous changer la vie, avaient disparu sans prévenir. Le gouvernement nous annonçait que tous les techniciens disponibles étaient à pied d’œuvre et que l’ensemble des connexions seraient bientôt rétablies. C’était une priorité nationale absolue, une simple question d’heures. En attendant il ne fallait surtout pas céder à la panique car la situation reviendrait rapidement sous contrôle.

Toutes les bourses du monde s’étaient arrêtées le même jour et les courtiers pestaient car c’était arrivé en pleine remise de bilans trimestriels, que ceux-ci étaient bons, et qu’on avait encore raté une journée de croissance absolue qui leur avait fait perdre des millions d’euros de bonus. Ils mettaient, eux-aussi, une pression d’enfer sur les gouvernements en réclamant plus de moyens pour remettre le réseau en service. Les financiers s’enflammaient de colère : on n’était pas capables de comprendre ce qui se passait, c’était simplement hallucinant, mais dans quel monde vivait-on ? Les bourses étaient dépourvues de vie : des salles vides remplies d’ordinateurs débranchés sans activité, des téléphones abandonnés, des piles de feuilles imprimées avec des ordres d’achats tristement laissées sur des bureaux, comme autant de promesses perdues pour les investisseurs. C’était comme si les employés du monde entier avaient abandonné leurs postes en courant pour échapper à un attentat mondial.

Partout, on nous décrivait des scènes d’apocalypses et de dénuement complet de la population.

Internet était en rade complet. De l’avis de mon voisin de palier, on n’était pas loin de la fin du monde ou on s’en approchait grandement.

Avec tous ces satellites qui avaient volé en éclat, l’une des conséquences soudaines était la mise à mort des réseaux sociaux, tous passés à l’échafaud l’un après l’autre. Il venait de se produire une révolution anti-numérique sans une seule manifestation.

Leur disparition créait un immense vide dans nos vies, tant ils avaient pris de place ces dernières années. Plus de communications instantanées d’une extrémité de la planète à une autre, plus de twitts à tout va, de photos sur Facebook ou de vidéos virales sur YouTube. C’était incroyable, comme ces réseaux, dits sociaux, qui avaient vu le jour dans la fin des années quatre-vingt-dix, faisaient intégralement partie de notre quotidien. Dans tous les pays du monde, ils avaient généré des groupes ultra-connectés entre eux : une population d’individus qui vivaient les yeux rivés sur des écrans, qui pianotaient à toute vitesse des messages et qui traversaient la rue sans regarder, ni à gauche, ni à droite, au péril de leur vie, pour envoyer le plus vite possible des nouvelles de première importance. Les photos de leurs dernières vacances, la bouille trop mignonne du petit dernier couverte de purée de carotte ou la vidéo du chien marrant qu’ils avaient croisés à l’instant devant la pharmacie. Un instantané de vie. Un morceau croustillant de chaque existence, mais sans aucun filtre. Une porte ouverte sur le sanctuaire personnel de l’autre.

Un concept moderne et novateur, dont on ne pouvait plus se passer et qui occupait par sa présence une bonne moitié de nos vies.

Mais voilà.

Nous en étions sevrés.

Brusquement.

Sans prévenir.

Je me sentais sous le choc, hagarde et désemparée comme si une partie de ma raison d’exister avait été engloutie à tout jamais.

C’était comme se faire arracher un de ses organes vitaux. Nos précieux téléphones, sans lesquels nous étions perdus, ne vibraient plus. Pour beaucoup d’entre nous, c’était comme se faire éviscérer, se faire couper le bras droit d’un coup de hache tranchante. Il y avait des cris, des pleurs, des supplications à tous les coins de rue pour savoir quand le réseau allait être rétabli. On priait dans les églises. On suppliait dans les prétoires. On s’agenouillait devant les antennes relais avec ferveur. On allumait des bougies au pied des mâts qui diffusaient les précieuses ondes. Le supplice était insoutenable.

L’absence de réseaux avait sur notre état mental le même effet que lorsque vous enleviez subitement de l’héroïne à un toxicomane sans passer par la case désintoxication progressive : beaucoup se tordaient de douleur en gémissant et en roulant les yeux au fond de leurs orbites et ils passaient subitement de l’apathie à l’excitation frénétique sans la moindre raison.

Pas de réseaux satellites, c’était plus d’avions, plus de trains, presque plus de bateaux, plus de connexions avec l’international dans la majorité des cas. Pas de réseaux, c’était aussi moins de déclarations saugrenues, moins de menaces, zéro propagande et pour finir, moins de commerce transatlantique, beaucoup, beaucoup, beaucoup moins de commerce. Riche ou pauvre, grand ou petit, puissant ou dernier de la chaîne alimentaire, tous, on se sentait simplement seuls, exclus de la communauté internationale, enfermés dans une petite boîte noire sans fenêtre ouverte sur le monde.

Alors, désespérés, on tentait tous en vain pendant des heures de capter un réseau de quatre ou cinq G selon l’endroit où l’on se trouvait. On voyait la population entière se tordre dans tous les sens, le téléphone en l’air, brandi au bout du bout des bras, tendus vers le ciel en haut d’escabeaux ou de piles de livres pour voir si le nombre de barre de réseau sur le téléphone pouvait reprendre un semblant de vie si on se plaçait en hauteur. Mais non.

Chercher le réseau était devenu le dernier sport à la mode, pratiqué sans réserve. Je retenais mon souffle pour essayer d’entendre le bip sonore d’un réseau qui aurait été détecté par mon maudit appareil. Mais rien.

Strictement rien. Rien de rien.

Car le réseau était désormais devenu totalement inexistant.

Alors, la peur envahit les villes. La peur s’invita sur tous les continents et dans tous les pays car il se passait bien quelque chose. Quelque chose de grave. Quelque chose que personne n’avait prévu et que personne n’avait vu venir. Mais quoi ? Des comités scientifiques se réunissaient. En vain. L’armée envoyait des signaux dans l’espace, des SOS désespérés qui espérait une réponse en retour mais dans la stratosphère terrestre c’était le noir absolu, le néant.

Le soir même, à la radio, derrière mon poste, je frémis lorsque le président de la République française prit la parole sur les ondes. Le ton était grave, sérieux. Il se voulait rassurant mais c’était écrasant de solennité. C’était une panne de réseau, pour le moment un peu inexpliquée, mais qui touchait l’ensemble du globe. Il y avait plusieurs hypothèses plausibles. Un collège de spécialistes éminents, des sommités de la recherche, avait été constitué et ils étaient en train d’analyser le problème dans tous les sens. Dès qu’ils en sauraient plus, ils tiendraient la population au courant. En attendant, la situation était sous contrôle, l’armée allait se déployer dans les rues puisque nous étions attaqués par un ennemi invisible et ils nous intimaient l’ordre de rester chez nous. Dans le doute, il valait mieux ne pas bouger et attendre de voir. Le Président nous promit un retour à la normale dans les jours à venir. A l’écouter, c’était juste une immense panne, un bug informatique, un grain de sable dans un rouage que personne n’avait vu venir. Les meilleurs scientifiques étaient sur le coup et ça remarcherait dans quelques heures, tout au plus, ou, dans quelques jours, dans le pire du pire des scénarios.

Pour le discours, nous étions tous l’oreille accrochée aux ondes radios mais il n’y avait que le son, pas l’image. Ne pas avoir d’image, c’était très angoissant : c’était se priver de voir un homme droit en costard, cravate vissée sur le col en train de lire un prompteur et qui vous regardait normalement droit dans les yeux, le regard braqué sur la caméra, située en face de lui. Je me concentrais sur la voix et ses trémolos et je tentais de saisir l’intonation : était-elle posée, angoissée, catastrophée, agitée ou simplement rassurante ? Paniquée par la situation, je n’arrivais pas à analyser la situation avec du recul. L’imagination m’entraina loin, et vite, dans les tréfonds de ma terreur compte tenu de mon degré de détresse élevé. Est-ce que la voix était rassurante ? Non, sûrement pas.

D’ailleurs, puisqu’on me demandait de rester chez moi, ce n’était certainement pas une situation stable et cela n’avait rien du tout de relaxant. J’avais été biberonnée à l’image et à l’analyse de la perception visuelle, pendant toutes ces dernières années, habitués à la réalité crue et froide d’une photo, à l’urgence et à la rapidité d’une vidéo : du sang, des accidents, de la couleur, des formes. La rudesse d’une image qui s’imprimait sur ma rétine c’était mon quotidien. Tout d’un coup, on me plongeait dans le noir, on me fermait les yeux, on me passait une histoire effrayante sur un ton qui se voulait neutre et sans trémolos et, à la fin, on me demandait de surtout rester calme. Ne surtout pas paniquer, tout allait bien se passer. Vraiment flippant.

Voilà que je me retrouvais comme mes aïeuls à écouter les nouvelles sur un poste de radio grésillant et à essayer de lire entre les mots. La voix n’apportait aucune réponse claire.

Evidemment, que la voix m’apparaissait imprécise et indécise.

Lui aussi, il était stressé et tendu, je le percevais bien. A la fin du discours présidentiel, j’étais certaine d’une chose : personne n’avait aucune idée de ce qu’il se passait. Même au plus haut niveau de l’Etat.

Alors, je restais chez moi. Confinée. Je me barricadais dans mon intérieur rassurant en attendant que quelque chose se passe, quelque part. La peur s’était installée partout, dans tous les foyers, dans toutes les administrations, sur toutes les places du monde qui se vidèrent en même temps, à l’unisson de la panique mondiale. Seules quelques nouvelles nous parvenaient du poste hertzien de temps en temps mais c’était toujours plus angoissant et plus incertain.

A Paris, il y eut d’abord un grand silence dans la ville, comme une sidération totale. C’était à la fois beau et très différent : ce silence majestueux permettait d’entendre les oiseaux chanter, les souris gratter les murs, et, en m’écoutant, je m’entendis même respirer. Cela n’était pas arrivé depuis longtemps et, à vrai dire, un silence de cette ampleur et à ce niveau mondial, ce n’était sans doute jamais arrivé de mémoire d’homme. Tous mes sens se mirent en alerte : je sentais à nouveau l’air passer et me caresser le visage, le moindre détail auquel je ne prêtais plus attention me sautait maintenant aux yeux. En fait, je découvris que se gratter le nez faisait furieusement du bruit. Je susurrais, je chuchotais, je parlais si doucement pour ne pas effrayer le magique silence ambiant. C’était à la fois d’une absolue beauté mais aussi follement inquiétant : un calme lourd, une sensation déplaisante d’être sous cloche, comme en apesanteur, dans l’attente d’un événement à venir. Si vous sortiez, vous aviez cette impression unique d’être seul au monde, le dernier survivant après un cataclysme planétaire. J’apercevais la Seine depuis notre appartement : les canards avaient repris du service et s’amusaient de cet espace d’eau qu’ils avaient pu étonnamment reconquérir sans mal ; les bateaux mouches, le ventre empli de chaises vides, arrimés sur le bord de la Seine, placides, attendaient désespérément d’engloutir à nouveau des visiteurs. La cathédrale Notre Dame de Paris, emmaillotée dans un fatras d’échafaudages, tendait ses éternelles gargouilles vers le ciel, immuable et froide beauté de pierre, mais dépourvue des centaines de touristes qui arpentaient habituellement son parvis. Tout semblait figé, arrêté sur place.

Partout où vous portiez le regard, c’était désert. Désert et silencieux.

Les grandes artères parisiennes étaient de grands couloirs balayés par le vent qui emmenait les feuilles des platanes en rondes concentriques et, quand une voiture s’y aventurait, c’était pour filer à toute berzingue, pour filer rentrer à la maison, vite, vite, car on attendait quelque chose de grave de façon imminente et il ne fallait pas traîner. J’étais tétanisée, suspendue dans le vide, dans l’attente inexorable que le ciel me tombe sur la tête. De temps en temps, une sirène retentissait au loin, avant de se rapprocher, prendre l’avenue, tourner à droite en direction de l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, son signal de détresse ajoutant au malaise général.

Mes voisins avaient tous une théorie sur ce qu’il se passait : il y avait bien une organisation derrière tout ça. Une organisation malsaine qui nous voulait beaucoup de mal, qui tentait de détruire la communauté, de nous jeter dans un abîme sans fond. L’imagination entière de la planète allait bon train et ma concierge avait envisagé une myriade d’hypothèses qui se révélaient toutes impossibles. En tous cas, nous étions en guerre, même si nous pouvions toujours respirer, même si l’air ambiant s’était incroyablement assaini et que le printemps, bien en avance cette année, se présentait sous ses meilleurs jours. Oui, nous étions en guerre, en guerre contre un ennemi invisible.

Max était quelque part sur cette planète, mais cette fois il n’était plus question de le chercher ni de le joindre. Je m’étais résolue à devoir attendre de recevoir de ses nouvelles.

Après trois jours de cette panique générale, la vie reprit ses droits. Il fallut sortir de nos tanières pour affronter le nouveau quotidien dépourvu de réseau, se faire une raison : nous étions orphelins d’internet.

Ça se passa un matin. Un matin de ce début du mois de mars, l’immeuble se vida d’un seul coup. Qui avait sonné le tocsin ? Je ne me souviens plus. Est-ce que c’était le fils des Martin qui, en dévalant l’escalier, en riant pour sortir sa voiture télécommandée dans la cour commune, nous avait sortis de notre torpeur ? En tous cas, nous sortîmes tous, comme des myriades de fourmis se hissant le matin hors de la fourmilière, à la queue leu leu, sans se parler, comme aimantés par l’appel de la rue. Une petite armée émergeant d’un immeuble parisien, qui s’aligna sagement en rang d’oignons le long du boulevard.

Etrangement, les autres immeubles de la rue avaient eu la même idée, en même temps. Nous étions tous face à face, le long du trottoir, comme pour une revue militaire attendant le passage d’un général des armées : des milliers de citoyens, les bras ballants, en silence, comme frappés d’une soudaine aphasie contagieuse. Nous nous tournâmes les uns vers les autres et nous nous regardâmes. Longuement. Les yeux dans les yeux. Nous avions le dos droit, le regard fixe et curieux, comme si on se redécouvrait. Les yeux plongés dans les yeux des voisins, des commerçants, des collègues, de toutes celles et ceux que l’on croisait tous les jours mais qu’on avait jamais vraiment regardés jusque-là. Nous sortions de dix ans de léthargie, dix ans d’hibernation les yeux rivés sur nos écrans, dix années pressées, la tête penchée en avant vers la lumière bleue de nos tablettes.

Dans nos regards se trouvait la même interrogation, la même question sans réponse : on était attaqués, soit, mais par qui ?

Il parut évident qu’il fallait se mettre en ordre de bataille, qu’il fallait agir pour lutter, se regrouper tous ensemble. On se salua rapidement, on échangea nos prénoms et nos noms, nos numéros de palier, notre bâtiment A ou B, et on se donna rendez-vous à onze heure dans la cour commune pour faire le point sur ce qu’on pouvait faire.

Il nous fallait une liste de priorités, il fallait s’entraider, se réorganiser différemment, agir ensemble. Tout d’un coup, sortie de sa torpeur et, comme dans le dernier Star Wars de Georges Lucas, la résistance se mit en ordre de marche, prête à lutter contre un ennemi venu d’ailleurs, prête à tous les sacrifices. Je remontais quatre à quatre dans mon petit appartement. J’avais juste le temps de prendre une douche rapide, de déjeuner et de noter dans un calepin tout ce qui m’avait manqué sur ces deux dernières journées par ordre de priorité. La liste était longue.

En sortant de la douche, j’enfilai un jean, le tee-shirt à fleur que Cathy m’avait offert pour mon anniversaire et sur lequel il était brodé sur le cœur « la plus belle fleur, c’est moi ! » et un sweat bleu à capuche que j’adorais et je me mis à préparer le petit déjeuner : deux tranches de pain, bien grillées de chaque côté, et couvertes de beurre salé : une pour moi et une pour Pinto, qui la croqua dans un grand bruit de mâchoires efficaces, et un verre de pomélos juste pressé. Je me servais un bol de céréales avec du lait et j’allais le mettre dans le four à micro-ondes, quand il y eut cet intense grondement : une vibration phonique puissante, comme si un avion était passé juste au-dessus de l’immeuble, puis un flash lumineux qui m’aveugla. Dans la seconde qui suivit, le congélateur se mit à hurler de façon stridente pour signifier qu’il était en mode alarme.

Il était précisément dix heures cinquante-trois sur mon radio réveil qui clignotait sur sa pile de réserve, stoppé à l’instant où le fil électrique avait cessé de l’alimenter. Je me précipitai sur le palier en même temps que tous les autres. L’immeuble était encore debout. Nous étions tous là, vivants, et la rue déserte n’avait pas bougé non plus. Cela n’avait aucun sens.

Et puis, les premiers cris se firent entendre, des hurlements, des gémissements, des appels au secours qui se propageaient d’immeubles en immeubles, de rues en rues et de places en places et qui succédaient aux deux jours de silence que nous venions de traverser.

La terreur avait maintenant pris toute sa place et elle se déployait vers nous comme une immense vague qui engloutissait tout sur son passage, un tsunami irrationnel que rien, désormais, ne pouvait plus arrêter.

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