Lui

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Il avale son antidépresseur journalier et une gorgée d'alcool pour le faire glisser. Sur le toit de son immeuble il regarde la rue, sans cesse parcourue par les nuées de ses codétenus. Le vide à ses pieds est plus attirant que la porte dans son dos, le vent frais s'engouffre dans son gilet. Il est parcouru de frissons. Les journées se suivent en une douleur continue, le trou noir dans sa poitrine est toujours aussi présent.

Chaque soir il monte ici, sur ce toit. Chaque soir il imagine son corps frêle chutant entre les barres d'immeubles. Chaque soir il descend une bouteille et retourne dans son petit appartement.

Il ne sait pourquoi il vit mais il sait aussi pourquoi il ne meurt pas : comme à son habitude, il reste passif. Mourir c'est choisir, il n'a pas choisi depuis des années. Il se contente d'attendre que les autres choisissent pour lui, puis il se plaint que sa vie ne lui plaît pas. C'est le cas depuis des années alors pourquoi est-ce que ça changerait ?

Les heures passent trop lentement, les jours se suivent trop vite pour qu'il les voie passer. Le temps n'est pas une ligne continue mais une flaque de boue. Il est prisonnier de la tourbe depuis son adolescence. Il ne sait pas vraiment quand est-ce qu'il est tombé dedans à vrai dire. Ça fait si longtemps...

Le froid le chasse enfin de son perchoir, il retourne dans son appartement. Il jette son gilet sur une chaise et un coup d'œil à la poussière qui s'amoncelle dans les coins. Le bordel ambiant n'a d'équivalent que celui de son esprit. Il mange rapidement le contenu d'une boite de conserve sans prendre le temps de la réchauffer, ouvre une autre bouteille et boit une gorgée. Il titube jusqu'à son canapé et se jette dedans.

L'alcool l'aide à dormir. Avant qu'il ne tombe dans cet abîme, il passait ses soirées à tourner en rond en regardant les aiguilles de son horloge faire de même. Très vite, il se met à ronfler.

Demain, son téléphone sonnera aux aurores. Il mettra longtemps à se lever mais se lèvera. Lentement, il s'habillera et partira au boulot. Il se fera appeller "le zombie" par ses collègues et rentrera chez lui à dix-huit heures. Il reprendra alors une bouteille et montera sur le toit. Il s'y verra mourir quelques fois avant de redescendre. Il jettera sa bouteille dans un coin et s'endormira. Après-demain, il recommencera. Et le jour suivant et tous ceux qui suivront...

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