L'audience - 4 - चंद्र

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चंद्र

Alors que je me saisis d’une tartelette à la confiture d’airelles des marais, répondant ainsi à l’invite du roi, le despote se lève et s’adresse à nos hôtes : « Majestés, convions ce brillant astronome à déguster quelques friandises ! »

L’ironie est perceptible dans l’écho aux propos de la reine, celle-ci pâlit, mais déjà Niall enchaîne : « Suis-je bête ? »

Il sourit, se reprend : « Excusez le mot, suis-je stupide ! »

Il ménage un bref silence et conclut : « Il ne mange que de la viande ! »

Surjouant la consternation, il déplore : « Dommage, le rôt est terminé. »

Puis il singe une illumination et propose : « mais peut-être peut-on lui rapporter des pièces de viande ? »

Ne laissant le temps à personne de répondre, il continue : « Décidément, je ne profère que des sottises, il ne se repaît que de viande crue ! Une carcasse d’agneau serait plus appropriée ! Que dis-je ? Il préférerait une brebis vivante qu’il pourrait égorger devant nous avant de la dévorer ! »

Il a marqué de courtes pauses après chacune de ses interrogations et affirmations. Le silence de plomb qui s’est installé pendant la philippique perdure longuement. L’assemblée semble tétanisée, j’ai toujours la tartelette intacte à la main, certains frissonnent. Que répondre à cette catilinaire ?

Force nous est de reconnaître que le despote a énoncé des évidences.

La Bandrui se lève pour répliquer à Niall, tandis que le sergent Seaghdh ouvre à l’archiatre :

« Despote, attaqueriez-vous la nature ? Reprocheriez-vous à un carnivore de l’être ? Je ne vous ai vu rejeter aucune des viandes qui vous furent servies ! Reprocheriez-vous à un prédateur d’en être un ? Ne traquez-vous point vos proies de vénerie ou… »

Elle s’interrompt lorsque le mire qui arrive auprès du despote se penche pour lui chuchoter des paroles inaudibles.

« Martô a besoin de moi, je me rends à son chevet ! » s’exclame Niall qui se dirige avec hâte vers la sortie, précédé du thérapeute.

La Bandrui parcourt la tablée du regard. Comme moi, elle peut lire chez nombre de convives la crainte, l’animosité voire l’aversion, ravivées par la diatribe du despote. Elle respire profondément et plaide :

« Eileen, Liam, je déplore devoir répliquer à Niall en son absence, mais je ne peux attendre pour réfuter ses accusations, les monarques opinent de la tête, le despote a parlé d’agneaux et de brebis parce qu’il s’agit de vos cheptels, mais qu’en est-il ? Chandra vous a conté que Bhediya et sa meute vivaient à proximité de Raminia, mon cher Mael, t’a-t-on rapporté des déprédations de loup l’automne ou l’hiver dernier ?

— Non Maebd, aucune !

— Et au printemps lorsqu’ils se sont dirigés au sud jusqu’à la frontière avec Shannon ?

— Aucune ne m’a été communiquée. Mais si un de mes vassaux, présents, en a déploré qu’il se lève et le dise sans crainte !

— Puisque nul Shanyan ne se plaint, qu’en est-il des Shannonnais ? Lors de leur traversée de Shannon, en compagnie de Chandra, Bhediya et sa meute ont-ils tué du bétail ? Baronne Martô, en l’absence de votre suzerain acceptez-vous de nous informer ?

— Bandrui, je n’ai pas entendu parler d’attaques de loups. Si l’un des nôtres en a connaissance qu’il se lève et par sa foi, qu’il le révèle ; après quelques secondes elle ajoute : Personnellement, la caution de Chandra me suffit. »

Je la remercie d’un sourire, la Bandrui incline la tête en signe d’assentiment et reprend son plaidoyer :

« En Shanyl, personne ne m’a signalé d’attaques, s’il y en eut qui ne me furent point communiquées qu’on le fasse maintenant. Ce silence confirme que Bhediya ne menace pas vos troupeaux. Pour se nourrir, il chasse probablement le même gibier que le nôtre : le lièvre, le daim, le chevreuil, le cerf et le sanglier. Il les égorge, a scandé Niall pour dénoncer une prétendue sauvagerie. Mais lors de l’hallali ne tranchons-nous pas la gorge de nos proies ? Pour finir, le despote nous assène que Bhediya mange cru, comme s’il s’agissait d’une abomination. Princesse Ainu, puis-je vous poser deux questions ?

— Volontiers Bandrui, lui répond l’elfe avec un sourire complice.

— Dites-nous, vous qui les connaissez bien, les Orcs mangent-ils la viande crue ?

— Non, ils la cuisent ou la fument, j’ajoute, car je pense que c’est le but de cette question, que ce sont néanmoins des monstres sanguinaires et sans pitié.

— Merci Princesse, maintenant qu’en est-il de ces merveilleuses créatures dont vous nous parliez avant l’arrivée de Chandra ?

— Les dragons sont des êtres exceptionnels, ils acceptent de nous transporter, mais ce ne sont pas des montures, ce sont nos alliés. Ils sont supérieurement intelligents, ils détiennent de grands pouvoirs, ce sont eux qui ouvrent pour nous des portails entre les mondes. Et tout comme Bhediya, ce sont des prédateurs. Ils se laissent tomber du ciel, saisissent leurs proies, les égorgent et les dévorent, parfois en vol. J’ajoute que dans les régions où le gros gibier est absent, ils s’emparent de moutons voire des vaches. Ai-je abondé dans votre sens Bandrui ?

— Oui Princesse, je vous en sais gré. J’espère que tous maintenant sont conscients qu’on ne peut reprocher sa nature à personne et qu’il n’y a pas de lien entre régimes alimentaires, intelligence et bienveillance. »

Alors que la Bandrui se rassied, un murmure approbateur se fait entendre, presque tous sont convaincus. Bhediya me charge de remercier celle qui a si bien plaidé sa cause, je m’empresse de le faire avant d’enfin savourer ma tartelette et me consacrer au plaisir de la table.

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