La divergence - 2

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À présent, remémore-toi ce moment important d’une autre vie.

∞ ∞ ∞

Ce jour est celui de la Subhachas Imbolg (1). Fêtant le retour de la lumière, il symbolise l’accès à la connaissance et à la sagesse, il permet d’aborder une nouvelle vie. Cette journée est très importante pour toi, c’est ton dernier jour sur An t-Eilean Sgitheanach. Demain, tu rentres en Shanyl, mais surtout le deas-ghnàth inbhe de ce soir marquera ton accession au titre de fàidh.

Partie du Gleann Sligeachan avec une vingtaine de Dòmhnallach, la ban-draoidh et ton mhaighstir-fàidh, tu as mis une heure et demie pour parcourir les deux miles un sillon et cinq chaînes pour atteindre Bealach na Sgairde. Au milieu du col, d’une acre soixante-quinze, situé à mille trois cents pieds d’altitude, flambe un feu qui a été allumé par les Mhic-ùin arrivés du Gleann Torra-Mhichaig en cheminant le long d’Allt Mòr Doire Mhic-ùin pendant un mile avec le draoidh et le bàrd. Les Dòmhnallach déposent les fagots et les victuailles qu’ils ont apportés à côté de ceux des Mhic-ùin.

Après force embrassades, le deas-ghnàth va commencer, le draoidh jette du gui dans le brasier. À cet instant, le chant s’élève.

Tu souris, c’est pour toi qu’il est venu, c’est à toi qu’il s’adresse. Tu examines la face nord de Beinn Dearg Mhòr, tu sais où il est. C’est toujours du même endroit lorsqu’il t’observe à ce caim. L’absence de lune t’empêche de le voir, mais tu le devines noir comme la nuit qui te couve des yeux.

Il était présent à près de la moitié des deas-ghnàthan auxquelles tu as participé.

Tu lui as donné le nom du chemin qu’il emprunte pour venir au caim, Teanga Mhòr. Ce nom l’amuse.

La première fois, c’était pour ton accueil, le jour de ton arrivée dans l’île, il y a six ans. Après avoir chanté, il n’a fait qu’effleurer ton esprit, te souhaitant la bienvenue. Aujourd’hui, tu es heureuse qu’il soit là. Il le sait. La sérénité t’envahit. Tu l’en remercies.

La ban-draoidh allume des torches au brasier, et les distribue aux femmes et aux hommes présents qui se répartissent sur le périmètre du caim.

Le draoidh tourne le dos au brasier face à l’est. Il vénère l’air, le vent, l’aurore, la respiration, puis entame une rotation autour du brasier.

Il tourne le dos au brasier face au sud. Il vénère le feu, la chaleur, le jour, le rayonnement, puis continue sa rotation autour du brasier.

Il tourne le dos au brasier face à l’ouest. Il vénère l’eau, le Sidh, le crépuscule, puis continue sa rotation autour du brasier.

Il tourne le dos au brasier face au nord. Il vénère la terre, le minéral, le froid, la nuit, puis termine sa rotation autour du brasier.

Dos à l’est, il fait face au brasier et vénère le Gwyvre, étincelle de vie, vibration créatrice.

Puis avec la ban-draoidh, le fàidh et le bàrd, ils brulent à nouveau du gui.

Le bàrd appelle Yoric, qui approche solennellement. Il est vêtu de la tunique blanche et du long manteau cérémonials.

Tu souris à nouveau, Yoric… le beau Yoric fut ton premier amant. C’est ici – à ta demande insistante et au grand dam de Yoric – à mi-chemin entre les deux gleanntan, qu’eut lieu cette première fois.

Teanga Mhòr était là, bien que ce soit un deas-ghnàth très intime, il est plaisant de considérer que c’en était un.

Tu angoissais un peu. Yoric avait la réputation d’être le meilleur élève de la ban-draoidh en initiation sexuelle.

Teanga Mhòr, à cette unique occasion, prit contact avec toi sans t’avoir avisé par son chant, laissant Yoric dans l’ignorance de sa présence. Il insuffla en toi la confiance et l’assurance nécessaires à tirer beaucoup de plaisir de cette mì-dhreachaich, et à en donner suffisamment à Yoric pour qu’il vante ton talent.

Son mhaighstir lui ceint la tête de la couronne de feuilles de chêne, annonce à la communauté que Yoric a terminé son initiation, c’est maintenant un bàrd. Il lui souhaite d’être inspiré par Bridig.

Yoric jette du gui dans le brasier et conte l’histoire de Bran bheannaichte.

C’est ensuite ton mhaighstir qui t’appelle. Tu t’approches, vêtue de la tunique blanche, il te ceint la tête de la couronne de feuilles de chêne, annonce à la communauté que tu as terminé ton initiation, tu es maintenant une fàidh qu’une grande destinée attend. Il t’invite à réciter la création selon le dire de Dana.

Teanga Mhòr arrête l’afflux sanguin qui se dirigeait vers tes joues et te rend ta sérénité. Tu jettes du gui dans le brasier et récites :

« Avant il n’y avait rien.

Ni matière.

Ni espace.

Ni mouvement.

Ni temps, donc il n’y avait ni présent, ni passé, ni futur.

Donc cet “Avant” n’existait pas.

Une singularité apparut. Elle contenait tout. »

Le draoidh, la ban-draoidh, le fàidh, le mhaighstir bàrd, et le bàrd Yoric répondent :

« Avant il n’y avait rien.

Une singularité expulse Dana.

Dana est née. »

Tu reprends :

« Cinq dimensions se libérèrent :

la longueur,

la largeur,

la hauteur,

la divergence,

le temps.

C’est à cet instant que l’“Avant” naquit. »

Ils répondent :

« “Croître !”

La pensée est née.

Le désir est né.

La volonté est née.

L’action est née, l’univers se dilate. »

Tu continues :

« Dana joue avec les forces, elle les sépare.

Dana fabrique les premières briques.

Dana diversifie ses briques.

Dana assemble les briques pour former la matière. »

Ils répondent :

« Dana a semé, le temps doit faire son œuvre, elle entre en stase… »

Tous les six, vous jetez du gui dans le brasier.

La Subhachas Imbolg et le festin peuvent commencer.

∞ ∞ ∞

(1) milieu entre le solstice d’hiver et l’équinoxe de printemps.

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