61. Humains, trop humains

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Le vent s'est lassé. Le jour livide livre une mer encore hachée.

Surgissent de l'ombre des sortes de créatures armées de bâtons-crocs, sautillant de roche en roche, repérant les débris. Des silhouettes informes. Dépenaillées, boitant bas, courtaudes, noircies par trop de soleil.

Ces êtres inquiétants sont connus sous le nom d'humains.

L'humain, s'il possède la voracité du goéland, n'est pas dans le ciel un élégant et pur dessin.

La nuit, ces pauvres gens allument des feux, près des récifs, dans le but charitable de donner une sépulture aux naufragés, non sans les avoir dépouillés de leurs habits.

Ils récupèrent aussi les morceaux de bois, de cordages et de voile, pour qu'ils ne pourrissent pas. Ils trouvent parfois des trésors comme de l'huile, de la graisse, des étoffes, des peaux ou des fruits. Aujourd'hui, les grandes forces de l'univers ont livré le tonneau de vin enflammant les esprits. On se querelle, par le moyen d'onomatopées gutturales.

Trois corps déjà sont ensevelis. Les autres attendront, ballottés par les flots. Car, en sus du tonneau de vin, la Sainte Providence réserve une autre délicate prévenance. Une noyée. Une noyée qui retient l'attention générale. Arrimé sur la claire-voie, le cadavre porte encore des lambeaux d'un froc noir.

Et voilà. C'est la dispute. Les célibataires s'apprêtent à lui faire son affaire, au cadavre, et les femmes veulent empêcher leurs compagnons de se mêler à la fête. Uxía, une chose édentée, vérolée, hirsute, laide comme un cœur de directeur des ressources humaines, plus sale qu'un fond de poubelle, n'est pas la moins véhémente.

— Où qu'est-que t'y c'était qu't'y don qu't'y crois qu't'y vas loger arq ch'te traée ?

— Arq t'y laviok, qu'il répartit le Paio avec violence, c'tait'y arq mon qui don qu't'y crois têt ben qu'cététy cherbichioch, p'têt ki vann mé ?

— Arq t'y non mcki konkrkiva q'uon né qûr ke tuvapas ursque tu crois ?

Transubstanciación pousse des cris de possédée.

— Promq ! Koné arq t'y q'uon lapclmsé ! Prornq ! Prornq ! Fchunrq !

Eh ! oui… la fille n'est qu'à demi-morte… Secouée par l'aventure, plus pâle qu'un linceul, résolument balafrée, les cheveux hideusement courts, mais pas morte définitif. Ce qui n'est pas pour faire baisser la pression dans les ménages. Sûr qu'elles lui réservent un mauvais sort, les compagnes légitimes, à la fille de rien. Heureusement, les célibataires interviennent. Ils défendent leur bien. Hardi ! ça châtaigne… Et paf ! et vas-y, et que je t'insulte, attention aux bâtons-crocs… Ouille !

— Acht'e corng'y qt'y coris q'ut ten prends !

— Gurtchti ! sqqiarlaktar !

Je ne sais pas s'ils vont avoir le dessus dans l'échauffourée, les célibataires. Mais l'un d'eux, Grandsyeux, dédaignant la mêlée, s'est mis à l'aise et lutte déjà contre la ressuscitée, par grands coups de torgnoles dans la gueule, pour obtenir son dû.

Une hache surgie de nulle part fait jaillir le sang de son dos.

— Cette fille, elle est à moi. Vous y touchez pas. Compris, bande de faces de cul ?

Les faces de cul ne répliquent pas. Ils ne cherchent pas à négocier. Car il n'est pas bien difficile d'évaluer la situation. Un riche armé d'une hache, si déterminé soit-il, ne peut rien contre une horde de crève-la-faim armés de gros morceaux de bois et de bâtons-crocs. Il taillera dans l'effectif, le riche, mais il finira submergé.

Et c'est la ruée. Plus de célibataires, ni de concubins. Plus d'hommes ni de femmes. Juste une meute hurlante qui fond sur sa proie.

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Il ne sera pas question d'une histoire linéaire, régie par un fil conducteur ; mais plutôt d'une pelote de fils de vies entremêlés, d'un univers qui se développe à travers le récit que chacun donne de sa propre existence, dans lequel chaque personnage revendique son droit à la parole et dans lequel chacun s'exprime selon ses propres codes.

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~ O.E.
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