18. Baston

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— Par la fenêtre ! Cachez-vous sur l'entrait !

À peine la princesse a-t-elle disparu par l'ouverture d'aération que la tête de Struwenfl surgit en haut de l'échelle. Un formidable coup de saton en pleine gueule lui explose le pif. Aux trois quarts assommé, Struwenfl est réexpédié d'où il vient, gare en dessous ! entraînant dans sa lourde chute ceux qui le suivaient. Coenred veut en profiter pour remonter la longue échelle, mais des bras vigoureux s'y cramponnent.

Coenred n'a pas d'arme. Impossible de mourir dans ces conditions… Il n'aurait pas accès au paradis des guerriers !

Il ne peut jouer éternellement de l'effet de surprise.

Il entreprend de balancer tout le foin qu'il peut par la trappe, gênant la progression des guerriers. Il espère en déverser tant qu'il finira par obstruer le passage un court moment. Juste le temps pour sa compagne et lui de déguerpir. Comme il vient de déblayer un himalaya d'herbe, le héros n'en croit pas ses yeux. Une fourche apparaît, magique, posée contre la paroi. Coenred a le temps de s'en saisir. Breddorf bondit, aveuglé par la poussière, crachant du fourrage, arme levée pour parer un éventuel coup de pied. Il ne voit pas venir la fourche, il la prend dans l'œil, pousse le hurlement inhumain du supporter de Leeds quand une panne de courant interrompt la retransmission, tombe à la renverse, la trappe l'engloutit et, par chance, l'épée tombe sur le plancher du grenier. Coenred a deux armes, à présent. À la fourche, il charrie de plus belle des tombereaux de paille.

Les assaillants, occupés à se dépêtrer de l'avalanche, voient trop tard Coenred tomber sur eux, précédé de la fourche. Celle-ci reste plantée dans le malheureux Wirdum, qui cherchait son arme à quatre pattes dans le foin. Coenred ne perd pas de temps à dégager la fourche. Il pare de son épée la pique d'un combattant, en esquive et transperce un autre, profitant de l'inimaginable désordre régnant chez les guerriers tombés de l'échelle écrabouillés pathétiques sous le massif Struwenfl qui brasse l'air de moulinets stériles s'agite en frénétiques contorsions beuglant des ordres démantibulés à ceux qui rampent épars dans l'obscurité quasi totale rude pagaille entre les appels à l'aide les jurons les menaces imprécations et malédictions entre cris vociférations grognements rugueux plaintes l'horreur est partout panique invectives contre-ordres ça braille dans la crèche parmi les canassons affolés qui s'émancipent convulsifs distribuant aux quatre vents de ces bonnes solides ruades bien franches qui t'emportent la moitié de la tête aïe ! voici la bourrasque les renforts qui déferlent en tempête ne comprenant rien à ce qui se se passe balayant tout et tapant dans le tas à l'aveugle avec des hans rauques furieux haletants fous qui saccagent labourent la concrétion de fourrage et de viandes embringuées chavirées ahuries compactées empêtrées le flot des arrivants les renverse les noie les culbute les étouffe pour s'engloutir à son tour s'enfouir dans les profondeurs de l'indescriptible embrouillamini salués de hennissements d'épouvante féroce bataille herbe paille volent à la régalade tourbillonnent s'éparpillant crottins en voltige ça tournoie dans un imbroglio de jambes en l'air amalgame de corps à la renverse coincés en vrac engoncement de bousculés sens dessus dessous pour qui pour quoi membres disloqués craquements ça gigote hagards embardées folles sauve-qui-peut ! et je te verse et je te dérape roulent s'écroulent rebondissent et s'effondrent sur Wirdum l'homme à la fourche plantée qui vomit son sang et qui se prend en pleine poire la bagarre tourbillonnante les rafales l'ouragan le bordel la violence tumulte danse furie de Byzance un jour de concile râles des agonisants dont le sang colore joliment l'amas de foin où s'ensevelit tout ce beau monde en vaine agitation d'où Coenred parvient à s'extirper il émerge tenant l'épée de Breddorf il jaillit vers la sortie il est en deux bonds allègres dans la basse-cour. Ayant fait le tour de la forge vif comme une belette il revient vers la muraille, la longe, a le temps d'apercevoir Elfleda quittant son perchoir pour se réintroduire dans le grenier. Il se glisse derrière l'écurie où le débat fait rage. Mais un garde le voit, il donne l'alerte.

Coenred s'engouffre dans le souterrain percé sur le flanc du rempart, et disparaît tout de suite à gauche. Il espère que les brutes vont se lancer à sa poursuite, pour donner loisir à son amie de reprendre pied dans le grenier, de descendre tranquillement et de s'éloigner sans être vue.

Tout au bout du souterrain, nul n'ignore ce que l'on trouve. Les commodités. Elles offrent, ces commodités, une ouverture vers la mer, étant bien entendu qu'à la moindre voile suspecte elle sont condamnées.

Avec la satisfaction que l'on devine, Coenred se retrouve au grand air, aveuglé de ciel immense et de mer sans fin. Il déboule sans plus philosopher jusqu'à la grève. Il court à la rive. Il pousse à l'eau la première prame venue. Il s'élance à force de rame vers Lindisfarne.

Il voit bientôt la meute jaillir du rempart, dévaler de la hauteur, traverser la grève, galoper à son tour vers les embarcations.

Coenred n'atteindra jamais Lindisfarne. Il sera bien avant rejoint, éviscéré, broyé, noyé. La cadence des rameurs s'amplifie. Coenred sent déjà leur haleine fétide, cette haleine caractéristique des Angles du Nord qui, si l'on en croit les Angles du Milieu, se nourrissent de charogne et d'excréments d'animaux.

Le héros perd du terrain.

Il n'en a cure. Elfleda maintenant doit se trouver loin du grenier compromettant. Nul ne pourra prouver qu'elle y ait jamais mis les pieds.

Trêve de diversion. Un guerrier meurt l'arme à la main, s'il veut franchir la cinq cent quarantième porte.

Pour bien montrer qu'il ne fuit pas, Coenred opère un orgueilleux demi-tour. C'est lui, l'agresseur. C'est lui, l'assassin. Il fond sur ses proies.

Alors, à l'avant de la barque ennemie, se dresse une silhouette athlétique. Il s'agit de Struwenfl dont le tarbouif éclaté, venant de tripler de volume, dessine une effarante figure de proue. Coenred note que Struwenfl est armé de son épée.

Coenred, lui, tient fermement son aviron.

Dans un barrissement sauvage, le prévisible Struwenfl bondit. Un coup rude, bien sec. L'extrémité de la pelle lui fracasse les dents, le stoppe net au milieu des airs. Dans une déflagration d'écume, il s'effondre entre les deux barques, les débordant.

Coenred reprend l'initiative. Il saute, l'épée brandie, bousculant le premier guerrier qui, déséquilibré sous la poussée, va s'abattre sur les autres. Tirant profit de l'étroitesse de l'embarcation, Coenred distribue du fer avec une constante et fervente conviction. Struwenfl tente de se hisser à bord, ajoutant à la confusion, menaçant de faire chavirer tout ce beau monde.

Coenred a le dessus, oui, mais pourra-t-il jouir longtemps de son avantage ? Pauvre garçon qui…

— Que se passe-t-il, ici ? tonne une voix formidable.

On relève la tête. La mêlée s'immobilise d'effroi.

Saint Colman se tient debout au milieu des flots. Tel Jésus sur les eaux du lac de Génésareth.

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Image de couverture par Free-Photos de Pixabay
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