Chapitre 36

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Le lundi suivant, la répétition des Screaming Donuts aux studios fut étrangement ordinaire. Lisa, qui croyait qu’elle et ses amis allaient pouvoir faire le point sur tout ce qui n’avait pas marché lors de leur concert au Cocoon, fut surprise de constater que tout paraissait parfait aux yeux du groupe. Même Will, qui avait pourtant semblé souffrir autant qu’elle de la piètre performance de James et Steve, ne trouva strictement rien à redire, et garda un silence suspect durant toute la durée de la séance. Le guitariste et le chanteur, quant à eux, continuaient de s’enthousiasmer sur le gain en popularité des Screaming Donuts, et envisageaient déjà toute une série de concerts à Greentown, l’enregistrement d’un album studio et même la sortie d’un DVD de leur live le plus réussi… Lisa, hélas, était loin de se douter que ses acolytes n’avaient pas prévu de l’inclure dans tous ces beaux projets.

Elle en eut cependant la désagréable surprise à la fin de la répétition, lorsque James et Steve s’approchèrent d’elle d’un pas décidé et lui demandèrent :

- Lisa, on peut te parler, cinq minutes ?

La jeune fille, qui était occupée à ranger sa basse dans sa housse, cessa tout mouvement, et regarda ses camarades en fronçant les sourcils. Cette question n’annonçait rien de bon. Un coup d’œil rapide dans la direction de Will lui révéla que le batteur pliait les gaules. Il préférait sans doute ne pas prendre part à ce qui allait se passer.

- A demain, dit-il à ses camarades, avant de quitter la salle de répétition.

Il ne restait désormais plus que Lisa, James, Steve… ainsi que Kyle et Jennifer, qui discutaient tous les deux au fond de la pièce.

- On a quelque chose à te dire, reprit James, mais tu risques de ne pas apprécier…

« C’est bien ce que je pensais… » se dit Lisa, qui s’attendait au pire.

- Voilà, on a regardé un peu les vidéos du concert de samedi soir, et on s’est dit qu’il fallait vraiment que tu revoies ta façon de jouer sur scène…

- Ma façon de jouer ? s’étonna Lisa.

Elle se demanda d’ailleurs à quel moment ses camarades avaient pris le temps de visionner l’enregistrement du concert, et pourquoi ils s’étaient abstenus de lui montrer les images.

- Oui, enfin, ce n’est pas tout à fait ta façon de jouer qui pose problème, expliqua Steve, c’est ta façon de te tenir sur scène. Tu ne bouges pas assez... Tu restes même plantée comme un piquet et on a l’impression que tu t’emmerdes !

Ces mots eurent pour Lisa l’effet d’une baffe en pleine figure.

- Quoi ? s’offusqua-t-elle.

- Tu es trop sérieuse, il faut que tu te lâches ! ajouta James. Regarde Will : il était à cent pour cent sur sa batterie ! Steve se démenait comme un fou ! Et moi aussi, j’essayais de bouger au maximum : je sautais, je secouais la tête, je courais ! On ne te demande pas grand-chose : juste de te remuer un peu plus !

- J’essayais simplement de me concentrer sur ce que je devais jouer, se justifia Lisa en sentant ses joues s’empourprer de colère. Je ne voulais pas faire de fausse note.

- On s’en fout si tu fais une fausse note ! s’exclama James. Il n’y a quasiment aucune chance qu’on l’entende, surtout à la basse. Le public n’est pas là pour écouter des morceaux joués à la perfection – il y a les albums studios, pour ça. Non, le public est là pour le show ! Il veut voir un spectacle, en avoir plein les yeux !

- Je suis d’accord, concéda Lisa, mais pour moi il faut d’abord que la musique soit impeccable. La mise en scène vient après. 

- C’est là que nos opinions diffèrent. Je préférerais largement te voir t’éclater sur scène et jouer n’importe quoi, plutôt que de te voir stoïque et ne pas sortir la moindre fausse note.

- Et puis, sur les vidéos, on te voit sans arrêt tourner la tête pour regarder le mur à côté de toi..., renchérit Steve. OK, il était peut-être très intéressant, ce mur, mais c’est le public que tu dois regarder !

Lisa entrouvrit la bouche de stupéfaction. Sur le coup, ce tic lui avait totalement échappé. Mais maintenant que Steve le mentionnait, elle se rappelait clairement avoir eu cette manie de regarder le mur à sa gauche pour éviter tout contact visuel avec le public. Il fallait dire qu’elle s’était sentie si mal à l’aise… Désormais, elle s’en voulait de s’être laissé intimider par la foule. Elle avait dû paraître tellement ridicule… Elle en voulait aussi à Steve, qui ne se gênait pas pour lui dire ses quatre vérités, alors que lui-même n’était pas exempt de tout reproche. Etait-elle la seule à avoir remarqué qu’il commençait chacune de ses phrases par « OK » quand il s’adressait au public ? Et puis, ne s’était-il pas planté dans l’enchaînement des chansons, en annonçant Nothing Wrong With Me au lieu de Let Me In ? Quant à James, inutile d’en parler ! La liste des critiques qu’elle pouvait lui faire était si longue qu’elle ne savait par où commencer.

Lisa, qui reconnut ses torts malgré sa susceptibilité, était bien décidée à rattraper ses erreurs.

- Je vous promets de faire des efforts la prochaine fois, dit-elle à ses camarades. Même durant les répétitions, j’essayerai de me lâcher un peu plus… 

- Le truc, c’est qu’on ne pense pas te garder avec nous pour la suite…, déclara James d’un air gêné.

Le cœur de Lisa se glaça d’effroi.

- Vous… Vous voulez me virer du groupe ? se récria-t-elle.

- Je sais que c’est difficile à entendre, admit James, mais c’est ce que nous avons décidé après concertation…

Nous ? répéta Lisa, soucieuse de connaître les personnes qui se cachaient derrière ce pronom.

- Moi, Steve et Will, précisa le guitariste.

Lisa n’en crut pas ses oreilles. Même Will avait donné son accord pour l’éjecter du groupe ? C’était impossible ! Lui qui l’avait toujours soutenue... Pourquoi lui tournait-il le dos maintenant ? Etait-ce une façon à lui de se venger du râteau qu’elle lui avait mis l’année dernière ? Non, cela ne lui ressemblait pas… Pourquoi d’ailleurs ne s’était-il pas joint à James et Steve pour lui annoncer la mauvaise nouvelle ? Il avait pris soin de s’éclipser pile au moment où ces deux crétins étaient venus aborder Lisa, et celle-ci se demandait s’il ne s’agissait pas d’une manière à lui de marquer son désaccord.

- Vous ne voulez même pas me laisser une seconde chance ? s’exclama la jeune fille d’une voix chargée d’émotion.

- Désolé, Lisa, mais on ne reviendra pas sur notre décision, répondit James d’un ton catégorique.

- Et puis, on a déjà fait notre choix pour te remplacer..., avoua Steve.

- Ah oui ? s’écria Lisa, qui tombait des nues. Ça alors ! On peut dire que vous n’avez pas perdu de temps ! Qui est-ce ?

- Kyle.

Bien sûr. Lisa aurait dû s’en douter dès le début. Depuis le temps qu’elle voyait ce parasite traîner aux répétitions des Screaming Donuts, attendant comme un vautour que la place de bassiste se libère… Il avait bien réussi son coup ! C’était même lui qui avait filmé le concert en s’attardant sur les défauts de Lisa, et il avait dû se faire une joie de les montrer à James, pour le convaincre de virer la jeune fille et de le choisir à sa place.

- Je vois, fit Lisa en jetant un regard noir en direction de Kyle, qui – elle en était sûre – ne perdait pas un mot de l’échange qu’elle avait avec James et Steve. Par contre, si vous me virez, il faudra aussi que vous pensiez à remplacer le nom du groupe… 

- Quoi ? se récria Steve. Et pour quelle raison ?

- Eh bien, vous ne vous en souvenez peut-être pas, mais c’est moi qui avais trouvé ce nom pour le groupe. C’est moi aussi qui avais dessiné le logo... 

- Tu ne vas quand même pas nous reprendre le nom du groupe ! s’exclama James.

Comprenant qu’elle n’avait effectivement aucun moyen d’interdire à ses camarades de continuer à utiliser le nom des Screaming Donuts, Lisa poussa un soupir d’impuissance, puis déclara d’un air vaincu :

- OK, je vous le laisse…

Sur ce, elle referma la housse de sa basse et mit son instrument sur le dos, avant de se tourner vers ses camarades pour leur souhaiter une bonne continuation.

- Merci, à toi aussi, lui répondirent-ils en souriant, visiblement soulagés de la voir partir sans faire d’esclandre.

Quittant les studios avec la certitude de ne plus jamais y remettre les pieds, Lisa se dit qu’au moins, maintenant, elle pourrait profiter de ses lundis et jeudis après-midis de libres pour se préparer à ses futurs examens, ce qui ne lui semblait pas plus mal. Après tout, il fallait toujours voir le bon côté des choses...


Le seul contact que Lisa garda avec les Screaming Donuts fut par l’intermédiaire de Will. Peu de jours après son exclusion du groupe, elle eut l’occasion de le croiser dans l’un des couloirs du lycée, et lorsqu’elle le vit venir à sa rencontre d’un air navré, elle comprit qu’il venait lui présenter des excuses.

- Je suis désolé pour ce qui s’est passé lundi dernier…, lui dit le garçon. Je savais que James et Steve voulaient te virer du groupe après le concert, mais j’y étais opposé. Evidemment, ils n’ont pas tenu compte de mon avis... Le vote s’est joué à deux voix contre une...

Ainsi donc, les soupçons de Lisa se voyaient confirmés : contrairement à ce que lui avait laissé entendre James, Will ne l’avait pas trahie ; il avait même pris sa défense.

- Merci de m’avoir soutenue, répondit Lisa, soulagée de constater qu’il lui restait au moins un ami dans la bande. Même si, au final, ça n’a pas servi à grand-chose…

- Ne t’inquiète pas. Je suis sûr que tu retrouveras bien vite un groupe qui cherche un bassiste, la réconforta Will. Si tu veux, je peux me renseigner… 

- Non, non, pas la peine, lui dit Lisa en balayant sa proposition d’un revers de la main. Pour l’instant, je me contente de jouer toute seule de la guitare, et ça me convient parfaitement.

Il était vrai qu’elle prenait beaucoup plus de plaisir à composer ses solos de guitare dans sa chambre qu’elle n’en avait eu à répéter aux studios avec les Screaming Donuts. Au moins, maintenant, elle pouvait jouer tout ce qui lui plaisait, sans avoir à se demander si ses créations convenaient au style du groupe, ni même à convaincre qui que ce soit de les interpréter. D’ailleurs, elle ne tarissait pas d’idées pour écrire de nouveaux morceaux : elle en était déjà à sa dixième composition, et elle continuait de déborder d’imagination. En réalité, elle ne s’était jamais sentie aussi inspirée que depuis qu’elle s’était fait rejeter du groupe et qu’elle se savait désormais libre de jouer ce que bon lui semblait.

- Il ne faut pas que tu t’arrêtes sur une mauvaise fin, lui conseilla cependant Will.

- Tu veux parler du concert ? demanda Lisa. C’est vrai que c’était un désastre… Je regrette que ma carrière au sein des Screaming Donuts se soit terminée par un tel échec.

- Je parlais plutôt de ton exclusion du groupe… 

- Ah oui… Comme si c’était uniquement de ma faute si ce concert avait aussi mal tourné ! Je me demande ce que donnera le suivant, avec Kyle pour me remplacer… S’il joue de la basse aussi bien que Steve joue de la guitare, ça risque d’être amusant...

- Figure-toi que nous avons déjà une date pour notre prochain concert, annonça le batteur. Il aura lieu le samedi 3 juin, à l’Octopus.

- Cool, fit Lisa en levant les yeux au ciel. Ça tombe pile le jour de mon prochain examen du SAT, mais heureusement pour vous, je ne suis plus là pour vous embêter avec ce genre de problème !

- Bon courage pour tes révisions… 

- Merci. L’avantage, c’est que j’ai maintenant beaucoup plus de temps libre pour m’y consacrer.

- C’est vrai, concéda Will. Evite quand même de te surmener. Tu dois rester en forme si tu veux réussir tes épreuves.

- Ne t’en fais pas pour moi. Je suis sûre qu’elles ne pourront pas être plus ratées que ce fichu concert !


Pour Lisa, l’épreuve du SAT du 3 juin était la fameuse épreuve de mathématiques de niveau 2, et s’il y avait bien une chose que la jeune fille redoutait plus que tout, ce n’était pas tant la difficulté de cet examen que la possibilité qu’il soit surveillé par M. Bates. Ayant poussé ses révisions de la veille jusqu’à un peu plus de minuit, elle se sentait suffisamment prête pour affronter cette épreuve, à condition que M. Bates ne soit pas là pour la distraire ou lui faire perdre ses moyens. Par chance, ce fut M. Carver qui l’accueillit dans la salle d’examens, et elle poussa un soupir de soulagement en allant s’installer à la table qui portait son nom.

- Salut Lisa, lui dit une voix masculine à sa droite. Alors comme ça, toi aussi tu as choisi de passer le test de maths de niveau 2 ?

La jeune fille se retourna et remarqua la présence d’Arthur Macmillan, assis à la table voisine. Quelle coïncidence ! Son éternel rival en mathématiques se retrouvait encore une fois assis à côté d’elle, pour passer le même test, à la même date. D’un autre côté, cela n’était pas si surprenant : lui aussi avait la bosse des maths, ce qui expliquait pourquoi il avait opté pour l’épreuve de niveau le plus avancé.

- Eh oui, fit Lisa en sortant sa trousse de son sac, quand j’ai vu que le test de niveau 2 proposait de la trigonométrie et des fonctions élémentaires, je n’ai pas pu résister !

- Haha, moi non plus ! lança Arthur. Et puis, je me suis dit que passer le niveau 2 serait encore plus profitable pour mon dossier de candidature à Berkeley... D’ailleurs, tu vises quelle université ?

- Le MIT…

- Oh ! s’exclama le binoclard, sans doute conscient du fait que cet institut était encore plus sélectif que Berkeley. Dans ce cas, bonne chance !

- Merci, à toi aussi, répondit Lisa, avant d’ajouter dans sa tête d’un air déterminé : « Et que le meilleur gagne ! »


Une heure plus tard, Lisa sortit de la salle d’examens avec l’impression d’avoir rêvé : était-ce elle ou ce test avait vraiment été d’une facilité déconcertante ? Encore éberluée par la rapidité avec laquelle elle avait réussi à répondre aux cinquante questions de ce QCM – elle n’y avait pas passé plus de trois quarts d’heure, ce qui lui avait même laissé le temps de se relire –, elle se retourna pour vérifier sur la porte de la classe qu’elle quittait si elle ne s’était pas trompée d’épreuve. Pourtant, non : l’affiche qui y était collée précisait bien qu’il s’agissait du SAT de mathématiques de niveau 2. Arthur Macmillan avait même été là pour le lui confirmer. C’était absolument invraisemblable ! Elle qui s’était attendue à un test aussi difficile que ceux qu’elle avait pu avoir avec M. Bates au cours de l’année... Elle avait le sentiment très inhabituel de l’avoir réussi haut la main, ce qui n’était pas sans la déconcerter. Si c’était ça, l’épreuve de mathématiques de niveau 2, alors que devait être celle de niveau 1 ? Un jeu d’enfant !

Elle passa d’ailleurs devant la salle où s’était déroulé l’autre examen de maths, et tourna la tête pour voir qui en avait été le surveillant. Lorsqu’elle aperçut M. Bates, assis derrière son bureau, en train de ranger les copies des candidats dans son cartable, son cœur se gonfla de joie, et elle eut la soudaine envie de débarquer dans sa classe pour se jeter à son cou et le remercier de l’avoir entraînée aussi durement pendant toute son année de première. Certes, elle en avait bavé, avec ses contrôles particulièrement coriaces et ses exercices toujours plus nombreux à faire à la maison. Mais aujourd’hui, c’était grâce à lui qu’elle pouvait savourer sa victoire et croire pleinement en ses chances d’entrer au MIT.

Sans s’en rendre compte, Lisa s’était arrêtée sur le seuil de la porte de M. Bates, essayant de lutter contre la tentation d’entrer dans la salle pour annoncer à son prof à quel point elle avait réussi son épreuve de maths. Si, d’un côté, elle craignait de paraître prétentieuse, de l’autre, elle avait du mal à contenir son allégresse, et M. Bates était définitivement la première personne à qui elle avait envie de la communiquer. L’enseignant, qui finit par remarquer la présence de Lisa, lui adressa un sourire, tout en haussant les sourcils d’un air interrogateur.

- Alors, cette épreuve de maths ? demanda-t-il sans plus tarder.

Ravie de voir qu’il se souvenait encore une fois de la matière qu’elle avait choisie pour sa seconde épreuve du SAT, Lisa lui répondit par un large sourire, avant de lever son pouce en l’air d’un geste triomphant. Le sourire de M. Bates s’élargit à son tour et ses yeux brillèrent de plaisir. Une vue si charmante que Lisa crut que son cœur allait exploser de bonheur.


Si le soleil de juin brillait pour tout le monde au lycée Lincoln, en revanche, tout le monde ne pouvait pas en profiter de la même façon. Il y avait d’un côté les élèves qui passaient la plupart de leur temps libre à réviser pour leurs examens, et de l’autre, ceux qui se croyaient déjà en vacances. Deux catégories bien distinctes qui se côtoyaient tous les jours dans la cour du lycée, comme en témoignait ce petit groupe d’amis qui prenaient leur déjeuner sur une table de pique-nique, à l’ombre d’un vieux châtaignier. Lisa, Astrid, Kevin et Joey partageaient leur repas en plein air et discutaient des deux sujets les plus populaires du moment : les tests standardisés et l’approche de l’été.

- Plus que douze jours avant les grandes vacances ! s’enthousiasma Joey en tapant frénétiquement des poings sur la table, pour montrer son impatience.

- Plus que trois jours avant l’ACT…, lui répondit Astrid d’une voix anxieuse.

- Quoi ? Toi aussi tu passes cette épreuve dans trois jours ? s’exclama Lisa.

- C’est l’un des tests que je dois passer si je veux entrer à Yale, expliqua la blonde. J’avais le choix entre le SAT et l’ACT, tous les deux avec dissertation obligatoire. 

- Génial ! Moi aussi j’ai choisi d’ajouter l’épreuve de dissertation à l’ACT ! Même si elle reste optionnelle pour les candidats au MIT… 

- Quelle idée de vouloir passer une épreuve optionnelle ! commenta Kevin.

- Il faut vraiment être maso ! renchérit Joey, avant de mordre à pleines dents dans son sandwich aux boulettes de viande.

Il était vrai qu’en optant pour cette dissertation facultative, non seulement Lisa prolongeait de quarante minutes son épreuve déjà longue de trois heures, mais elle payait également seize dollars de plus que le prix standard d’inscription à l’ACT. Toutefois, cela ne lui semblait pas inutile de relever ce défi d’écriture : elle n’était pas si mauvaise en rédaction, et cet essai lui paraissait être le moyen idéal de prouver ses talents littéraires et d’augmenter ainsi ses chances d’être admise au MIT. Son choix avait même été approuvé par M. Bates, alors pourquoi s’en faire ?

- N’empêche, je ne suis pas mécontent que les profs ne nous donnent plus d’examens ! s’écria Joey avec un sourire béat. Ils ne nous donnent presque même plus de devoirs à faire à la maison !

- Evidemment, répliqua Astrid, ils considèrent qu’on est suffisamment occupés avec les tests d’admission aux universités.

- Ce n’est visiblement pas le cas de tout le monde…, fit remarquer Lisa en dévisageant Joey et Kevin d’un regard envieux. Vous n’avez pas de tests à passer, vous ? 

- Bof…, répondit Joey d’un air nonchalant. Depuis que j’ai fait une croix sur Caltech, je n’ai pas vraiment d’idée de l’université dans laquelle je veux entrer…

- Pareil, dit Kevin. A part peut-être l’université de San Francisco, mais il suffit de passer soit le SAT soit l’ACT pour y candidater, et je me dis que ça peut bien attendre cet automne…

- Ça ne risque pas de faire un peu tard ?

- Non, du moment que j’ai les résultats avant novembre…

- Mais si tu souhaites repasser le SAT ou l’ACT pour essayer d’améliorer ta note ? Mieux vaut s’y prendre plus tôt, non ?

- Quoi ? Repasser le SAT ou l’ACT ? se récria Kevin d’une voix horrifiée. Non merci ! Une fois, ça suffit. Pas question de se faire souffrir une seconde fois !

Comprenant difficilement la réaction du garçon, Lisa se contenta de hausser les épaules. Elle finit les dernières gouttes de sa canette de Dr Pepper, puis jeta un coup d’œil à sa montre et déclara soudain :

- Il faut que je vous laisse. Mon cours de physique commence dans dix minutes.

- Bon courage ! lança Astrid.

- On se retrouve tout à l’heure en cours d’espagnol ?

- Non, désolée, j’ai décidé de sécher les cours de cet après-midi pour avoir plus de temps pour réviser l’ACT…

- Quoi ?

- Je n’ai pas trop le choix, maintenant que je sais que tu participes toi aussi à l’épreuve de samedi matin..., se justifia la blonde. Il faut bien que je mette toutes les chances de mon côté, si je veux réussir à te battre !

- Mais on ne vise même pas la même université !


Lisa, qui se doutait que le choix d’Astrid de sécher les cours de l’après-midi n’était pas sans lien avec le temps splendide qui régnait dehors, traversa la cour du lycée avec un pincement au cœur à l’idée de passer ses trois prochaines heures enfermée dans une salle de classe. Si seulement il s’agissait de trois heures de maths avec M. Bates… Elle y serait allée en courant ! Mais c’était sur ses leçons de physique, d’espagnol et d’histoire qu’elle allait devoir se concentrer, et cela la chagrinait d’autant plus qu’elle savait que, pendant ce temps, d’autres se feraient dorer la pilule au soleil.

Cela faisait d’ailleurs plusieurs jours que l’odeur de la crème solaire parfumait les couloirs du lycée. Cet après-midi, elle se mêlait à l’odeur encore plus agréable du gazon fraîchement tondu, et Lisa ne pouvait s’empêcher de respirer à pleins poumons ce doux parfum qui lui faisait toujours penser à l’été.

Même le couloir principal du lycée semblait moins peuplé que d’habitude, la faute sans doute à ce soleil radieux qui attirait tous les élèves à l’extérieur. En se rendant à son casier pour y déposer sa lunch box et y récupérer ses livres de cours, Lisa eut néanmoins la surprise de tomber sur Ashley Westbrook, qui se débattait avec le loquet de son propre casier.

- Toujours difficile à ouvrir ? s’informa Lisa.

- Disons qu’il ne faut pas être pressé…, répondit la jeune fille aux longs cheveux châtains et aux yeux bleus.

- Tu as demandé à la vie scolaire si tu pouvais changer de casier, par hasard ?

- Je suis allée les voir, mais ils m’ont dit qu’il n’y en avait plus de libre et que je devais me contenter de celui-ci… 

- Super…, commenta Lisa d’un air ironique.

- Tu l’as dit, soupira Ashley. Si tu n’as besoin de rien, c’est à la vie scolaire qu’il faut aller.

Lisa réprima un gloussement. Sa voisine s’acharna à nouveau sur le loquet de son compartiment et, pour la énième fois, tira un grand coup sur la porte. Celle-ci s’ouvrit alors à la volée.

- Enfin ! s’écria Ashley avec soulagement.

- Au moins, tu sais que tu peux toujours l’ouvrir…

- Oui, après avoir recomposé le code au moins trois fois, attendu plus de trente secondes entre chaque essai, fait un tour sur moi-même en croisant les doigts et récité une incantation magique…

- Hahaha ! fit Lisa en rigolant. Du moment que tu n’as pas à sacrifier un poulet !

- Il ne manquerait plus que ça ! s’exclama Ashley entre deux rires.

- Je me demande si la durée d’ouverture de ton casier ne dépend pas non plus de la température ou du taux d’humidité… 

- Aaah, ces scientifiques ! s’exclama Ashley. Toujours à vouloir chercher une explication rationnelle ! Malheureusement, je ne suis pas sûre qu’il en existe une, pour ce cas…

- Avec un peu de chance, tu pourras peut-être récupérer un nouveau casier à la rentrée, dit Lisa en composant son code pour ouvrir le sien.

- Si j’arrive à survivre jusqu’à la rentrée…, marmonna Ashley. Tiens ! Tu as changé ton autocollant ? s’exclama-t-elle alors, en remarquant le nouveau sticker que Lisa avait collé sur la porte intérieure de son casier.

- Ah, euh… Oui, répondit la jeune fille d’un air un peu gêné.

Depuis son exclusion des Screaming Donuts, elle avait arraché le logo du groupe et l’avait remplacé par le sceau du MIT.

- Je me suis dit que ça ferait plus sérieux, expliqua Lisa en s’abstenant de préciser qu’elle s’était fait virer de son groupe de punk rock.

- C’est l’université que tu vises ?

- J’aimerais beaucoup y entrer, oui, répondit modestement Lisa, qui, en réalité, était tellement obsédée par le MIT qu’elle avait même remplacé le fond d’écran de son ordinateur par la photo du grand dôme de l’institut.

- Waouh…, commenta Ashley, impressionnée. Je croise les doigts pour que tu réussisses !

- Merci, mais ce n’est pas encore gagné... Il me reste une épreuve à passer samedi matin, et c’est certainement celle qui comptera le plus dans mon dossier de candidature... Elle dure plus de trois heures et regroupe des questions d’anglais, de maths, de sciences et de compréhension de texte... Sans oublier le sujet de dissertation, même s’il n’est que facultatif.

- Ça alors ! se récria Ashley. Je ne savais pas que les tests standardisés pouvaient être aussi longs ! Maintenant, ça me donne encore moins envie d’en passer...

- Tu as encore le temps avant de passer ce genre de tests, la rassura Lisa.

- Tu penses ? M. Carver m’a dit que c’était mieux si je m’y prenais le plus tôt possible…

- C’est vrai, mais peut-être pas dès la seconde... Tu as déjà une idée de l’université dans laquelle tu voudrais entrer ?

- Pas vraiment…, avoua Ashley. Je sais juste que je rêverais d’aller étudier à New York pour y devenir écrivain... J’avais vaguement songé à Columbia, mais M. Carver m’a laissé entendre que je visais trop haut et qu’il fallait plutôt m’orienter vers une université publique…

- Pfff… Si tu écoutes tout ce que te dit M. Carver, tu n’iras pas bien loin…, répliqua Lisa, qui se souvenait d’une entrevue durant laquelle le CPE l’avait dissuadée de choisir autant de cours en première, sous prétexte qu’elle n’arriverait jamais à gérer un emploi du temps aussi chargé. Malheureusement, il y a toujours des imbéciles qui ne trouvent rien de mieux à faire que de te décourager… Il faut essayer de les ignorer. A l’inverse, il faut accorder beaucoup plus d’importance aux encouragements que tu peux recevoir de certaines personnes, qui n’hésitent pas à montrer qu’elles croient en toi, même lorsque tu perds toute confiance. Ces personnes sont rares, mais elles existent.

- Tu en connais ?

- Oh oui…, répondit Lisa d’un air rêveur, en pensant au doux visage de M. Bates. Mais c’est à toi de les trouver !

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Un jour comme les autres, j’entends Philipe dire à Adam qu’il devrait lui dire aujourd’hui car sinon elle va peut-être avouer ses sentiments à un autre garçon ou inversement. Il part lui dire et je saute sur l’occasion pour les espionners. Maudite branche, je voulais me cacher dans un buisson et à cause de cette branche Adam se retourne.
- Qu’est ce que... Pourquoi tu me suis Belle ?
- Euh... je ne te suis pas, j’allais dans le même direction pour rejoindre Mulan.
- Mais Mulan est assise sur le banc qui est à ta droite sous les arbres.
- Ah oui, euh merci.
Je pars à toute vistesse sans me retourner. J’avais l’air d’une gourde. Au moment où il repart vers Elza, je le suis de nouveau et cette fois je me cache dans se buisson sans faire de bruit.
- Elza !
- Adam, comment ça va ?
- Oui, je pourrais te parler ?
- Oui bien sûr.
- Non mais en privé.
- Ah, les filles je suis désolée, je vous appelle quand on a terminé.
- D’accord. lui dit Aurore.
- Voilà, j’ai une chose à t’avouer, voilà je...
- Tu ?
Elle le dit comme si elle connaissait la réponse, ça commence à m’inquiéter.
- Je... c’est dur à dire...
- Laisse j’ai compris.
Elle s’approche de lui et... vous connaissez la suite, il fallait bien qu’elle l’embrasse ! Non mais c’est pas possible, après un moin de patience mon plan tombe à l’eau. J’exprime de colère mais en même temps de la joie, je suis contente pour eux. Quand j’y réfléchis, l’amour c’est l’amour, alors que je soit à la place de Elza ou pas, j’aurais exprimée la même joie. J'accepte qu'elle l'aime et qu'il l'aime à son tour.
Fin
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Djurian R


Une matinée de travail ordinaire,
Des instants qui se succèdent,
Sans queue ni tête.

Midi moins dix minutes.
L’ennui et la faim tenaillent,
Une note retient mon attention.

Un détail oublié,
Un problème à régler.
Qui attendra bien une heure de plus.

L’envie soudaine d’écrire,
Un poème, libre et sans grand intérêt,
Mais qui fait du bien à l’esprit.

Loin des mails mal écrits,
Envoyés à la va-vite.
Je me libère un petit moment.

Tiens, il est l’heure de partir.
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