Chapitre 29

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Par chance, Lisa retrouva la santé à la fin de la semaine, c’est-à-dire pile pour les vacances de printemps. Le samedi, elle s’estima suffisamment en forme pour sortir en ville. Joey lui proposa de passer l’après-midi au bowling de Greentown, et quand il lui dit que Kevin, Astrid, Alison et Lindsey seraient également de la partie, Lisa accepta sans craindre qu’il ne s’agisse d’une nouvelle tentative de drague de sa part.

Le bowling se trouvait juste en face du Mollie’s Diner. Fred n’aurait eu qu’à traverser la route pour rejoindre ses amis, si seulement il n’avait pas été occupé à préparer des burgers pour ses clients… Lisa n’allait évidemment pas se plaindre de son absence. Elle lui en voulait toujours pour la leçon de morale qu’il lui avait faite la dernière fois, et se demandait avec un rictus ironique qui profitait maintenant le mieux de la vie : lui, qui devait passer son samedi après-midi entier à faire cuire des steaks, ou elle, qui allait s’amuser avec ses camarades au bowling ?

Comme prévu, tout le monde fut au rendez-vous : Joey, Lisa, Kevin, Astrid, Alison, Lindsey, et même le petit ami de celle-ci, un dénommé Craig, qui venait spécialement de San Diego pour passer ses vacances de printemps avec elle. C’était la première fois que Lisa voyait ce grand garçon aux cheveux blonds bouclés et aux yeux bleus, que Lindsey connaissait maintenant depuis plus d’un an. Ils s’étaient rencontrés durant l’été 2015 dans une colonie de vacances située au bord d’une des plages de San Diego. Lindsey y avait pris des cours de surf et était tombée sous le charme de son moniteur : Craig, alors étudiant, avait trois ans de plus qu’elle. Il travaillait aujourd’hui dans une boutique de surf de San Diego et Lindsey rêvait de l’y rejoindre un jour. Kevin et Astrid, toujours collés l’un à l’autre, semblaient heureux de côtoyer enfin un autre couple, capable de comprendre leur bonheur conjugal. Joey, de son côté, se retrouvait seul en compagnie de Lisa et Alison, ce qui n’était pas pour lui déplaire.

- C’est marrant, dit-il à Lisa en observant tour à tour les deux paires d’amoureux. On voit bien la différence entre un vieux couple et un jeune : Kevin et Astrid continuent toujours à se tenir par la main, mais pas Craig et Lindsey… Avec le temps, ils ont dû se lasser…

Lisa, de son côté, se disait que si un jour elle venait à sortir avec M. Bates, jamais elle ne se lasserait de tenir sa main. Elle ne voyait vraiment pas comment elle pourrait se passer du contact rassurant de sa paume contre la sienne. Ce geste tendre et affectueux serait pour elle un plaisir quotidien. Mais bien sûr, pour cela, il faudrait qu’elle réussisse à sortir avec M. Bates, et elle pouvait toujours rêver...

Lisa, qui jouait pour la première fois de sa vie au bowling, se trouva un talent caché pour ce jeu. Si au début elle eut un peu de mal à maîtriser la trajectoire de la boule – l’envoyant le plus souvent dans l’une des rigoles, voire sur la piste d’à côté – elle finit par gagner en technicité, et découvrit rapidement le côté jouissif qu’il y avait à détruire toute une rangée de quilles d’un seul coup. Durant la première heure de jeu, elle ne fut pas peu fière de conserver la deuxième place du classement, juste derrière Kevin, qui enchaînait les strikes presque les yeux fermés.

- Chapeau ! la félicita Alison, qui occupait quant à elle la dernière place. Tu es sûre que tu n’y avais jamais joué avant ?

- Bah ! fit Lisa d’un air modeste. C’est sûrement la chance du débutant !

Et c’était probablement le cas, car à partir de la deuxième heure, Lisa commença à se faire rattraper par Joey puis Astrid, et dégringola à la quatrième position. Il fallait dire que la faim se faisait de plus en plus ressentir… Aussi, quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’elle s’aperçut que la salle de bowling proposait également de quoi se restaurer sur place. Elle se commanda un milkshake au Nutella qui lui fit retrouver son énergie et récupérer la troisième place jusqu’à la fin de la partie. Kevin, lui, fut le grand gagnant de la soirée. Personne n’avait réussi à le détrôner, ne serait-ce qu’une seule fois.

- Bravo mon chéri ! s’exclama Astrid, avant d’embrasser son copain sur les lèvres pour le récompenser.

- On dirait qu’il y en a qui ont fait du bowling toute leur vie…, commenta Alison d’une voix dépitée.

La jeune fille finissait bonne dernière, et contemplait son maigre score, affiché tout en bas de l’écran de la piste, d’un air de profonde frustration.

- Oh, tu t’en es quand même bien sortie, pour une débutante, lui dit Joey pour la réconforter. Quarante-deux points, ce n’est pas si mal que ça… 

- Bof, fit Alison en haussant les épaules. La prochaine fois, on jouera au billard, et alors vous verrez de quoi je suis capable !

- Ça, c’est une bonne idée ! s’exclama Joey. Moi aussi, j’adore le billard ! Je connais une salle, pas très loin d’ici. Ça te dirait d’y aller, la semaine prochaine ?

Lisa, qui n’avait pu s’empêcher d’écouter la  conversation entre ses deux amis, jeta un regard suspicieux en direction de Joey. Etait-ce elle qui se faisait des idées, ou était-il en train de draguer Alison ? Manifestement, son amour supposé pour Lisa n’avait pas duré bien longtemps...


A l’inverse, l’amour de Lisa pour M. Bates paraissait sans limites. Il s’était même intensifié depuis le début du printemps. Le retour des beaux jours exaltait les sentiments de la jeune fille, qui profitait de ses vacances pour s’accorder de longues balades à la campagne, à pied ou à vélo, écouter le chant des oiseaux et se griser du parfum des fleurs dans l’air tiède. C’était comme si ses sens se réveillaient en même temps que la nature. Son inspiration en était décuplée. Jamais Lisa n’avait eu autant d’idées de nouveaux morceaux de musique. Ce qu’elle aimait par-dessus tout, c’était venir s’installer sur le banc de la terrasse de son jardin pour jouer de la guitare au grand air. Le gazouillis des moineaux et le bruissement des feuilles dans les arbres accompagnaient chacune de ses mélodies, pour le plus grand plaisir de ses oreilles. Elle adorait aussi s’allonger dans l’herbe verte du jardin, parsemée de primevères, de pâquerettes et de boutons d’or, étendre ses bras en croix et contempler les nuages blancs qui se déplaçaient lentement dans le ciel bleu azur. Savourant la chaleur des rayons du soleil sur son visage, elle finissait par fermer les yeux, et un sourire d’extase se dessinait alors sur ses lèvres. Il n’y avait pas de doute : la saison des amours était décidément la plus belle des saisons !

La seule ombre au tableau qui vint par instants contrarier les vacances de Lisa fut la pensée de la note qu’elle aurait à son dernier contrôle de maths. Elle savait qu’elle l’avait complètement raté : à cause de sa fièvre, de sa migraine et de son saignement de nez intempestif, elle n’avait pu résoudre que deux exercices sur cinq, et elle était loin d’être sûre de les avoir traités correctement. A tous les coups, M. Bates lui mettrait un C. Son premier C de l’année… Elle le voyait arriver gros comme une maison. Elle qui, depuis le deuxième devoir de M. Bates, n’avait eu que des A… Qu’avait pensé l’enseignant en corrigeant sa copie ? Il avait dû être cruellement déçu ! Voir sa plus brillante élève échouer à un bête devoir de proba avait de quoi le décourager et lui faire se poser des questions... Lisa Thompson était-elle si douée qu’il l’avait pensé à l’origine ? Avait-il eu raison de croire en ses chances d’intégrer une grande université ? Finalement, n’avait-elle pas été la plus clairvoyante en se disant que jamais elle ne réussirait un tel exploit ?


La veille de la rentrée, Lisa passa sa soirée à se ronger les ongles et à se faire du mauvais sang au sujet de sa note de maths, à tel point qu’au dîner elle toucha à peine à son assiette de macaronis au fromage – ce qui, pour sa mère, fut le présage d’un cataclysme imminent. La nuit, elle ne réussit pas à trouver le sommeil avant cinq heures du matin, et ce ne fut que pour sombrer dans un terrible cauchemar, dans lequel elle vit apparaître sa note écrite en rouge sur sa copie : D. Non seulement elle se rendit compte que cette lettre était écrite avec du sang – le sien, probablement – mais qu’en plus M. Bates l’avait complétée par cet horrible commentaire : « D comme Décevant ». Son effroi vira à l’épouvante lorsqu’elle retourna sa copie : une énorme tache de sang recouvrait la page entière, masquant l’intégralité de ses réponses. Face à cette vision d’horreur, elle se réveilla en sursaut. Son réveil sonna cinq minutes après.

Malgré cette belle journée ensoleillée d’avril qui annonçait la reprise des cours, Lisa arriva au lycée avec une tête d’enterrement. Sachant qu’elle allait recevoir sa sentence dans quelques minutes, elle commençait déjà à faire le deuil de son talent en mathématiques. Après tout, ce n’était pas plus mal de débuter les cours par ce mauvais moment à passer : au moins, cela mettrait directement un terme à ses angoisses. Elle espérait seulement que sa note ne lui ferait pas l’effet d’un coup de massue qui lui plomberait toute la journée…

Lisa garda la tête baissée pendant tout le temps que dura la remise des copies par M. Bates. Elle n’osait même plus le regarder, tellement elle avait honte. Si elle n’avait pas eu peur de susciter les moqueries de ses camarades, elle se serait même excusée auprès de son prof de l’avoir obligé à corriger un devoir aussi médiocre. Lorsque M. Bates déposa enfin sa copie sur sa table, elle releva timidement les yeux pour prendre connaissance du verdict.

B-.

Lisa poussa un soupir, à la fois soulagée et déçue. Soulagée, car elle s’était attendue à bien pire – un C aurait pu lui être fatal pour sa moyenne. Déçue, car elle s’en voulait de sa piètre performance : elle était sûre qu’elle aurait pu obtenir une bien meilleure note, si seulement elle n’avait pas eu cette fichue crève le jour du devoir ! Ce B- avait une saveur aigre-douce. D’un côté, la lettre B sauvait son honneur. De l’autre, le signe moins révélait la déconvenue qu’avait eue M. Bates en corrigeant sa copie. Lisa regrettait d’être tombée aussi bas dans son estime, elle qui, au contraire, lui portait la plus grande considération possible. Parviendrait-elle à retrouver un jour ses faveurs ? Que faire pour y arriver ? Il n’y avait pas de mystère : elle devrait bosser encore plus pour n’avoir que des A à ses prochains devoirs, et ce, jusqu’à la fin de l’année scolaire.

Lisa, qui avait réussi à gagner la confiance de M. Bates par ses notes jusque-là excellentes, avait maintenant l’impression de l’avoir trahi. Pendant que l’enseignant corrigeait le devoir au tableau, la jeune fille l’observait d’un air coupable, et évitait de croiser son regard lorsqu’il se retournait pour s’adresser à la classe. Elle craignait qu’il ne la cite comme exemple à ne pas suivre dans la résolution d’un des exercices qu’elle avait ratés. « Surtout, il ne fallait pas aborder le problème de cette façon, une telle méthode ne pouvait conduire qu’à l’échec, n’est-ce pas, Lisa ? » était le genre de répliques dont elle savait M. Bates capable et qu’elle redoutait plus que tout.

Durant la seconde moitié du cours, alors que les élèves s’entraînaient sur de nouveaux exercices de probabilités, Lisa s’attendait à tout moment à ce que M. Bates s’approche de sa table pour lui faire un commentaire sur sa note, ou lui demander ce qui s’était passé pour qu’elle foire autant son devoir. Pour autant, l’enseignant n’était pas aveugle : le jour du contrôle, il avait bien remarqué que Lisa n’était pas au meilleur de sa forme... Il devait donc se douter que son B- avait quelque chose à voir avec sa maladie. Ce fut certainement la raison pour laquelle il ne lui fit aucune remarque et ne lui posa aucune question. Il avait dû comprendre que ce B- n’était qu’un accident de parcours, et que Lisa chercherait probablement à se rattraper. Tout n’était peut-être pas perdu...


Maintenant que sa note de maths était tombée, Lisa se sentait beaucoup plus légère. Fini, le stress : elle pouvait désormais apprécier pleinement cette magnifique journée de printemps – du moins, autant que le lui permettaient ses cours. Le ciel lumineux, parsemé de petits nuages cotonneux, était si beau que Lisa passa la moitié de son cours d’économie à le regarder par la fenêtre à côté de laquelle elle était assise. Il fallait dire qu’elle avait l’habitude d’avoir la tête dans les nuages, et cette délicieuse atmosphère printanière n’arrangeait pas son cas. La tête appuyée contre sa main, elle contemplait d’un air rêveur ces gros flocons blancs qui flottaient doucement dans l’azur, et laissait ses pensées divaguer irrésistiblement vers M. Bates. Elle l’imaginait venant frapper à la porte de la salle d’économie et demander à sa collègue Mme Hewitt si elle pouvait lui laisser Lisa Thompson pour quelques instants, car il souhaitait s’entretenir avec elle au sujet de son avenir. Avec quelle joie Lisa se lèverait alors de sa chaise pour rejoindre son prof de maths et échapper ainsi à cette leçon d’économie assommante ! M. Bates serait son sauveur... Si seulement il pouvait réellement venir cogner à cette porte !

Lisa n’était pas la seule à relâcher peu à peu la pression. Les autres lycéens semblaient eux aussi plus décontractés, comme si le retour du beau temps annonçait déjà pour eux les grandes vacances. Certes, ils venaient tout juste de reprendre les cours, mais ils avaient conscience qu’ils entamaient la dernière ligne droite avant la fin de l’année scolaire : après tout, il ne leur restait plus que deux mois et demi avant les vacances d’été. Lisa comptait bien profiter au maximum de ses dernières leçons avec M. Bates, avant d’être séparée de lui jusqu’au mois de septembre. Elle n’avait encore aucune idée de comment elle réussirait à tenir sans le voir pendant une durée aussi longue, mais elle essayait de ne pas trop y penser et de savourer autant que possible l’instant présent.

Le temps dehors était si clément qu’Astrid eut la formidable idée de proposer à ses amis de reprendre leurs bonnes vieilles habitudes, et de retourner manger à leur ancienne table de pique-nique, sous le châtaignier de la cour du lycée. Malgré le célèbre dicton « En avril, ne te découvre pas d’un fil », Lisa avait déjà opté pour des vêtements plus légers, troquant son blouson en cuir marron contre une veste en jean délavé, et son pull en laine contre un chemisier à fleurs en coton. Au fond, elle se disait qu’elle avait déjà attrapé la crève deux semaines plus tôt : elle ne risquait donc pas de retomber malade.

Ce midi-là, Lisa, Joey, Astrid et Kevin furent rejoints à leur table par une nouvelle recrue : Alison. Cette dernière avait manifestement été séduite par le concept du déjeuner en plein air et s’était empressée de retrouver ses amis en apportant sa lunch box. Lisa, bien entendu, soupçonnait fortement Joey d’avoir personnellement invité la jeune fille à venir partager son repas avec eux. Depuis que Lisa lui avait mis un râteau en haut de la colline Buena Vista, Joey semblait s’être rabattu sur Alison, essayant sur elle les mêmes techniques de drague que celles qu’il avait pu tester sur Lisa. Celle-ci était blasée. Et dire que Joey avait prétendu être amoureux d’elle, alors qu’il ne se gênait pas pour flirter maintenant avec Alison sous ses yeux... Quel culot ! Il n’avait pas perdu de temps pour trouver une nouvelle proie. Si ce n’était pas là la preuve qu’il cherchait désespérément à se caser...

Ce qui cependant avait tendance à calmer Lisa, c’était l’indifférence manifeste d’Alison à l’égard de Joey : la jeune fille paraissait aussi peu réceptive aux avances du garçon qu’elle-même ne l’avait été lorsqu’il tentait de la séduire. Joey avait beau la couvrir de petites attentions et de compliments déguisés, Alison faisait mine de ne rien remarquer, et affichait simplement son plaisir d’être entourée de ses amis et de profiter du grand air avec eux. Lisa se demandait combien de temps s’écoulerait avant que Joey n’ose se jeter à l’eau et ne demande à la nouvelle élue de son cœur si elle voulait sortir avec lui. Probablement moins de temps que cela ne lui en avait pris avec Lisa, puisqu’il venait d’acquérir grâce à elle une certaine expérience en la matière.

La supposition de Lisa se trouva confirmée le jeudi matin, lorsque Joey passa la prendre en voiture devant chez elle pour l’emmener au lycée. Elle fut tout d’abord surprise de lui voir un air aussi abattu, alors qu’il avait semblé particulièrement joyeux la veille. Elle s’inquiéta ensuite du silence qu’il gardait obstinément en conduisant, lui qui d’habitude était si bavard. Elle se doutait qu’il s’était passé quelque événement marquant, mais elle hésitait à l’interroger, de peur d’aggraver sa tristesse ou de provoquer sa colère. Elle se permit toutefois de lui demander si tout allait bien, ce à quoi Joey répondit par un non catégorique, avant de compléter sa réponse en grommelant :

- J’en ai marre.

Lisa haussa les sourcils d’incompréhension.

- Pourquoi est-ce que je n’arrive pas à me trouver de copine ? gémit-il en guise d’explication. Même Alison, qui est pourtant célibataire, ne veut pas de moi…

Ainsi donc, Lisa avait deviné juste. Comme elle l’avait pressenti, Joey était passé à l’attaque sans tarder. Visiblement, sa tentative auprès d’Alison s’était elle aussi soldée par un échec.

- Je lui ai demandé hier soir si elle voulait sortir avec moi, mais elle m’a dit qu’elle n’était pas intéressée…, confessa-t-il d’un air sombre. C’est quoi, le problème ? Qu’est-ce qui ne va pas, chez moi ?

Lisa devait avouer qu’elle était surprise par l’honnêteté un peu candide de son camarade. Il ne se gênait pas pour lui confier ses problèmes de cœur, sans même réaliser qu’il pouvait en cela la froisser ou la rendre jalouse. Néanmoins, si la révélation de Joey avait pu faire naître en elle une légère pointe de contrariété, Lisa éprouvait finalement un profond soulagement à la pensée qu’il s’était également fait rembarrer par Alison. Après tout, comment pouvait-il espérer sortir avec qui que ce soit, si son seul et unique but était simplement de mettre un terme à son célibat ? Alison n’était pas bête. Elle aussi avait dû voir clair dans son jeu.

Au cours de la journée, Lisa découvrit que Joey n’était pas le seul à avoir subi une déconvenue sentimentale. William Flynn lui parut particulièrement morose lorsqu’elle le retrouva dans la salle commune des studios à trois heures.

« Qu’est-ce qu’ils ont tous, aujourd’hui ? » se demanda-t-elle. « Il fait pourtant si beau, dehors ! Le soleil brille, les oiseaux chantent, la vie est belle ! »

Elle s’assit à côté de lui sur le canapé et essaya d’entamer la conversation, en attendant l’arrivée de James et Steve.

- Andrew n’est pas venu avec toi ? s’enquit Lisa, qui avait désormais l’habitude de voir l’ami de Will rappliquer à chacune des répétitions des Screaming Donuts.

- Il ne devrait pas tarder, répondit Will en gardant la tête baissée et le regard fixé sur les lacets de ses rangers. Il avait quelques courses à faire, en ville…

Le garçon donnait clairement l’impression de broyer du noir. Inquiète de lui voir un air aussi sombre, Lisa ne put s’empêcher de lui demander :

- Quelque chose ne va pas ?

Will poussa un soupir mélancolique.

- Julie vient de me larguer, annonça-t-il d’une voix dégoûtée.

Lisa entrouvrit la bouche de stupéfaction. Julie Hayes, la charmante rousse aux yeux verts avec laquelle il sortait depuis février ? Tous les deux formaient pourtant un si beau couple !

- Qu’est-ce qui s’est passé ? s’exclama-t-elle d’un air choqué.

- Ça faisait un moment qu’on n’arrêtait pas de se disputer…, avoua Will. Ces derniers temps, elle se montrait de plus en plus distante avec moi… Lundi soir, elle a fini par me dire qu’on allait droit dans le mur, et qu’elle voulait tout arrêter.

- Oh… Je suis navrée pour toi…

- Merci, dit le garçon. Au final, ça n’aura duré que deux mois… Encore moins longtemps qu’avec Kim…

- Au moins, tu es déjà sorti avec plein de filles ! fit remarquer Lisa pour essayer de le réconforter. Ça te fait quand même pas mal d’expérience !

- Peut-être, dit Will en haussant les épaules, mais ça ne m’empêche pas de me retrouver toujours aussi seul…

Lisa resta à court de mots face à cette phrase si triste et si touchante. Elle ne sut comment parvenir à consoler son ami autrement qu’en lui laissant entrevoir à son tour le côté encore plus pitoyable de sa propre vie sentimentale.

- Tu sais, ça fait bientôt dix-sept ans que je suis célibataire, et je me demande si cela ne va pas durer ainsi jusqu’à la fin de ma vie… Pour tout te dire, tu es le premier garçon à m’avoir jamais demandé si je voulais sortir avec lui… 

C’était le genre de propos que Lisa se gardait bien de crier sur les toits, mais qu’elle avait jugé bon de confier à Will, puisque l’heure semblait être aux confidences, et qu’elle faisait suffisamment confiance à son ami pour oser s’ouvrir à lui. Pensant que cet aveu flatterait le garçon en lui faisant comprendre l’impact qu’il avait eu sur le cours de sa vie, elle fut cependant surprise de constater à quel point cela paraissait au contraire l’embarrasser.

- J’espère que tu m’oublieras bien vite…, déclara Will comme pour s’excuser.

Lisa fronça les sourcils, mais n’eut pas le temps de lui demander plus d’explications sur ses paroles sibyllines, car James et Steve firent leur entrée pile à ce moment-là.

- J’ai une mauvaise nouvelle à vous annoncer, s’exclama James à l’adresse de Will et Lisa.

« Quoi ? Encore ? » pensa la jeune fille. Décidément, c’était la journée des mauvaises nouvelles !

- Je suis tombé sur l’organisateur du bal de promo, ce matin, reprit James en s’asseyant dans un fauteuil. Etant donné que la date de la soirée a été fixée au 20 mai, je lui ai demandé s’il savait quand débuteraient les auditions pour le groupe de musique qui assurerait la première partie… Il m’a répondu qu’il n’y aurait pas de première partie, cette année.

- Sérieusement ? lança Will en relevant la tête d’un air médusé.

- Selon lui, la soirée doit se dérouler de façon purement formelle, en respectant les conventions à la lettre, ce qui exclut toute première partie. Il m’a dit qu’il était de toute façon hors de question qu’un groupe de rock se produise sur scène pour ouvrir le bal… 

- Ça promet d’être joyeux…, commenta Lisa avec ironie.

D’un côté, elle était déçue de rater à nouveau l’occasion de montrer à tous ses talents de musicienne. De l’autre, elle s’était toujours doutée qu’un concert de punk rock conviendrait difficilement à une soirée aussi guindée.

- Au moins, ça me fait une bonne raison pour ne pas y aller, ajouta Will. Julie m’a dit qu’elle y serait… Je ne tiens absolument pas à la croiser là-bas.

- C’est pourtant le bal des terminales..., signala Steve. Tu es sûr de vouloir manquer ça ? Ça n’arrive qu’une fois dans la vie…

En effet, le bal de fin d’études était organisé par des terminales, pour les terminales. Si les élèves de première comme Lisa, James et Steve pouvaient se permettre de le boycotter, Will, lui, risquait de passer à côté de l’un des événements majeurs de sa dernière année de lycée.

- Crois-moi, répondit-il, je n’aurai aucun regret à quitter Lincoln High sans avoir mis les pieds au bal de promo.

- En parlant de quitter le lycée… Tu as une idée de ce que tu vas faire après ? demanda James.

- J’ai été admis à Virginia Tech, où je vais pouvoir suivre une formation d’ingénieur du son, annonça Will. D’ailleurs, n’hésitez pas à passer à leur stand, lors du forum des universités de lundi prochain. Ils devraient encore y être cette année. C’est comme ça que j’ai découvert leur cursus en ingénierie acoustique.

Tous les ans, le lycée Lincoln organisait un forum des universités pour aider les élèves à s’orienter et à préparer leur avenir. Le temps d’un après-midi, le gymnase se transformait en un gigantesque salon, dans lequel les représentants de facs issues des quatre coins des Etats-Unis venaient présenter aux lycéens leurs programmes, distribuer leurs brochures et proposer leurs conseils. En seconde, Lisa et Astrid avaient été y jeter un œil, histoire de voir à quoi cela ressemblait, mais elles n’y étaient pas restées plus d’un quart d’heure, effrayées devant le nombre incalculable de stands qui occupaient le gymnase, reflétant les innombrables possibilités de parcours qui s’offraient à elles. A vrai dire, elles étaient ressorties de ce forum encore plus perdues qu’elles ne l’avaient été en y entrant. Si Lisa avait jugé inutile de s’attarder plus longtemps dans ce salon, c’était aussi parce que, à l’époque, les études supérieures lui paraissaient encore très lointaines… Désormais, elle savait qu’il était temps d’y réfléchir sérieusement. Consciente que ce forum était l’occasion ou jamais pour elle d’établir un premier contact avec les universités qui pouvaient l’intéresser,  Lisa était bien décidée à aller y faire un tour lundi après-midi.

- Ingénieur du son, ça a l’air vraiment cool, comme métier ! commenta Steve. Même si, personnellement, je sais déjà que j’irai faire mécano dans le garage de mon père, après le lycée. Au moins, je suis sûr d’avoir du boulot. Et puis, pas besoin de formation : mon père m’a déjà tout appris !

- De mon côté, mes parents veulent à tout prix que j’aille étudier à Princeton…, déclara James. C’est la fac où ils se sont rencontrés, donc j’imagine que ça explique pourquoi ils tiennent tant à ce que j’y aille…

- Encore faut-il que tu aies les notes qui permettent d’y entrer ! fit remarquer Will.

- Pour l’instant, je ne peux pas vraiment dire que ma moyenne soit au meilleur de sa forme, mais j’ai encore un peu de temps pour me rattraper…

En écoutant James, Steve et Will parler de leurs projets après le lycée, Lisa avait l’impression d’avoir un sacré train de retard en matière d’orientation professionnelle. Alors que l’avenir de ses camarades semblait déjà tout tracé, elle, au contraire, avait le sentiment d’être la seule à ne pas savoir précisément ce qu’elle voulait faire plus tard… La simple perspective d’aller étudier à des milliers de kilomètres d’ici suffisait à l’effrayer, alors pour ce qui était de faire un choix qui déterminerait à jamais le restant de sa vie... cela lui paraissait presque insurmontable. Pour autant, à en croire ce que racontaient Steve et James, ceux-ci n’avaient pas été chercher bien loin leurs idées de carrières : ils se contentaient tout bonnement de suivre les traces de leurs parents, avec pour but ultime d’embrasser le même métier qu’eux… Pas très original. Lisa, au moins, était sûre qu’elle ne voulait pas devenir coiffeuse comme sa mère.

- Enfin…, soupira James. C’est vraiment dommage que tu nous quittes en septembre, dit-il en s’adressant à Will. Il va encore falloir trouver un nouveau batteur pour te remplacer !

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- Voilà, j’ai une chose à t’avouer, voilà je...
- Tu ?
Elle le dit comme si elle connaissait la réponse, ça commence à m’inquiéter.
- Je... c’est dur à dire...
- Laisse j’ai compris.
Elle s’approche de lui et... vous connaissez la suite, il fallait bien qu’elle l’embrasse ! Non mais c’est pas possible, après un moin de patience mon plan tombe à l’eau. J’exprime de colère mais en même temps de la joie, je suis contente pour eux. Quand j’y réfléchis, l’amour c’est l’amour, alors que je soit à la place de Elza ou pas, j’aurais exprimée la même joie. J'accepte qu'elle l'aime et qu'il l'aime à son tour.
Fin
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Djurian R


Une matinée de travail ordinaire,
Des instants qui se succèdent,
Sans queue ni tête.

Midi moins dix minutes.
L’ennui et la faim tenaillent,
Une note retient mon attention.

Un détail oublié,
Un problème à régler.
Qui attendra bien une heure de plus.

L’envie soudaine d’écrire,
Un poème, libre et sans grand intérêt,
Mais qui fait du bien à l’esprit.

Loin des mails mal écrits,
Envoyés à la va-vite.
Je me libère un petit moment.

Tiens, il est l’heure de partir.
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