Chapitre 20

19 minutes de lecture

Le lundi suivant, Lisa constata avec soulagement que M. Bates n’était pas tombé malade par sa faute. Même si en lui empruntant sa veste lors du bal d’hiver elle l’avait forcé à passer quelques minutes en simple chemise dans le froid, il ne paraissait pas avoir attrapé la crève. Il semblait au contraire en pleine forme, sans doute motivé à l’idée d’être en vacances dans trois jours.

C’était justement ce qui inquiétait Lisa. Il ne restait plus que trois jours avant les vacances de Noël. Trois jours seulement avant d’être séparée de M. Bates pendant près de deux semaines... Elle devait profiter au maximum de ces derniers instants.

Ce matin-là, elle avait choisi de se maquiller à nouveau les yeux pour retourner au lycée. Le maquillage qu’elle avait mis pour aller au bal d’hiver semblait avoir eu de l’effet et restait suffisamment discret pour pouvoir être porté tous les jours. D’ailleurs, elle n’était pas la seule à avoir conservé une touche du look pour lequel elle avait opté à la soirée du lycée : M. Bates, lui aussi, avait gardé le nœud papillon turquoise qu’il avait porté au bal. Cette fois-ci, cependant, il l’avait associé à un costume composé d’une veste et d’un pantalon beiges, ainsi que d’un gilet bordeaux avec lequel il contrastait magnifiquement. La classe à l’état pur, comme toujours. Lisa ne se lassait jamais de le regarder...

Dès le début du cours de maths, M. Bates se livra sans plus tarder à la distribution des copies du contrôle qui avait eu lieu le lundi précédent. Même si lors du bal il avait laissé entendre à Lisa que son devoir avait été une réussite, la jeune fille ne pouvait s’empêcher de stresser. Et si jamais il s’était trompé et lui avait parlé d’une autre copie que la sienne ? Peut-être avait-il confondu son devoir avec celui d’Arthur Macmillan ? Le manque de confiance qu’elle avait en elle avait tendance à surpasser la confiance qu’elle avait en M. Bates. Lisa tenta de se calmer en fixant le stylo-bille bleu posé à côté de sa trousse et en attendant patiemment que l’enseignant arrive jusqu’à sa table.

Lorsque M. Bates s’approcha d’elle, elle retint son souffle, et l’entendit alors murmurer tout près de son oreille : « C’est bien », avant qu’il ne pose sa copie sur sa table. Ce chuchotement à peine perceptible lui donna des frissons de plaisir. C’était la première fois qu’il la félicitait en classe de vive voix – ou, du moins, à voix basse – et Lisa en éprouvait une joie indicible. Même si ces mots n’étaient prononcés que pour elle, c’était justement ce qui en faisait tout le charme. Quand l’enseignant s’éloigna de sa table, Lisa regarda sa copie et vit sa note entourée en rouge en haut à droite : A+.

Son cœur fit un bond. C’était encore mieux que A ! C’était encore mieux que ce qu’elle avait espéré ! Il n’y avait décidément que M. Bates pour lui offrir de telles surprises ! Certes, elle savait qu’elle avait réussi ce contrôle – M. Bates le lui avait confirmé lors du bal d’hiver – mais elle ne s’était pas attendue à ce qu’il rajoute ce petit plus à côté de son A. C’était la première fois qu’elle avait une telle note, toute matière confondue, et elle devait avouer que ce signe positif faisait pour elle toute la différence. Ce n’était pas qu’un simple A. C’était un A+ ! C’était ce qui différenciait un « Très bien » d’un « Excellent ». D’ailleurs, ce symbole avait certainement été rajouté pour la démarquer d’un autre élève... Par curiosité, Lisa jeta un coup d’œil à la copie d’Arthur Macmillan, assis à sa gauche. Elle reconnut effectivement un A entouré en rouge sur sa copie, mais elle n’y distingua aucun signe plus écrit à côté...

La jeune fille reporta son attention sur sa copie et fixa à nouveau sa note d’un air éberlué. Elle n’en revenait pas... Elle avait battu Arthur Macmillan ! Pour la première fois depuis qu’ils suivaient tous les deux les mêmes cours de maths au lycée, elle avait surpassé ce petit binoclard ! C’était un miracle ! Pas de doute, il allait neiger aujourd’hui !


A la pause de midi, quand Lisa retrouva Astrid, Joey et Kevin au réfectoire, elle s’empressa de leur communiquer la bonne nouvelle.

- Vous ne devinerez jamais la note que j’ai eue en maths ! s’exclama-t-elle. A+ !

- Eh ! C’est mon groupe sanguin ! se récria Kevin.

- A+ ? répéta Astrid. Ça veut dire quoi ?

- Ça veut dire que c’est mieux que A, pardi ! expliqua Lisa.

- Aaaah… Je ne savais pas qu’il y avait des profs qui ajoutaient des signes aux notes des élèves…

- Moi si, déclara Joey d’une voix blasée. La dernière fois, M. Bates m’a mis C-...

Lisa écarquilla les yeux d’étonnement. Elle se demandait comment un homme aussi gentil que M. Bates pouvait mettre une note aussi sévère… Le devoir de Joey avait dû être particulièrement raté.

- C’est toujours mieux que D, fit remarquer Kevin.

- Oui, acquiesça Joey. Et puis, l’inconvénient avec un A+, c’est que tu es sûre de ne pas pouvoir faire mieux la prochaine fois, ajouta-t-il à l’adresse de Lisa.

- Et pourquoi pas ? rétorqua celle-ci. Je peux toujours avoir A++, ou même A+++ !

- On peut aller loin, comme ça…, constata Joey.

- Peut-être, mais ça marche aussi avec les signes négatifs !

Sur ce, Joey ne répondit plus rien et baissa la tête pour contempler son assiette d’un air inquiet. Il devait déjà imaginer le C--- qu’il recevrait à son prochain contrôle.

- Au fait, tu ne nous as pas raconté comment s’est passé le bal d’hiver ! s’écria Astrid en se tournant vers Lisa.

- Ah, euh… Eh bien… Ça s’est bien passé…, répondit évasivement la jeune fille en se grattant la tête.

En réalité, elle n’avait aucune envie de révéler à ses amis à quel point le bal en lui-même avait été pour elle d’un ennui mortel, ni à quel point la fin de la soirée qu’elle avait passée en compagnie de M. Bates avait été un véritable conte de fées. Que diraient-ils si elle leur racontait que le meilleur moment du bal d’hiver avait été pour elle celui où elle était restée discuter dehors avec son prof de maths ? Que diraient-ils si elle leur parlait de l’instant magique où M. Bates avait posé sa veste sur ses épaules pour lui tenir chaud ? Non, il valait mieux ne pas mentionner la présence de M. Bates au bal d’hiver.

- Il paraît que Will t’a laissée tomber au bout d’une demi-heure ! lança Astrid avec une pointe de malice.

Lisa regarda la blonde en fronçant les sourcils. Décidément, les nouvelles allaient vite... Et bien sûr, Astrid sautait sur la première occasion pour se venger de Lisa, puisque celle-ci l’avait narguée en lui disant que son cavalier pour le bal d’hiver n’était autre que William Flynn – précisément le garçon que la blonde avait cherché à draguer quelques jours plus tôt. En fait, Will avait abandonné Lisa au bout d’un quart d’heure seulement, mais la jeune fille jugea préférable de ne pas rectifier les dires de son amie, et se contenta de répondre :

- Il devait retrouver quelqu’un au bal, apparemment…

- Kim Mayer, je parie !

- Ça m’étonnerait… Je ne l’ai vue nulle part à la soirée, et ce n’est pas son genre d’aller à des bals comme celui-là…

- Toi non plus, ce n’était pas ton genre d’aller à ce type de soirées, et pourtant…

« Et pourtant, j’avais une raison bien particulière d’y aller... » pensa Lisa avec un sourire.

- Tu as dû quand même bien t’ennuyer, si tu es restée toute seule… Finalement, je ne  regrette pas la soirée que j’ai passée à tricoter devant mon feu de cheminée...

« Moi non plus, crois-moi, je ne regrette pas ma soirée... » songea Lisa d’un air rêveur.

- Ma soirée League of Legends n’était pas mal non plus ! s’exclama Joey. J’ai hâte d’être en vacances mercredi pour pouvoir y jouer tous les jours !

- Waouh ! Tu as vraiment l’intention de passer toutes tes vacances à jouer à des jeux vidéos ? questionna Astrid, interloquée.

- Je ne vois pas où est le problème !

- Personnellement, je sens que je vais encore passer la moitié de mes vacances à faire mes devoirs…, dit la blonde. J’en ai déjà une tonne à faire pour la rentrée, en histoire de l’art et en sciences sociales... Sans compter le contrôle d’anglais que M. Carver nous a programmé pour la première semaine de janvier…

- Plains-toi ! lança Kevin. Au moins, tu auras toutes les vacances pour réviser ! Mon contrôle d’anglais à moi est prévu pour demain, et je n’ai toujours pas commencé à potasser mes cours… Je ne sais même pas si j’aurai le courage de les relire ce soir… Je suis tellement crevé en ce moment... Enfin…, fit le garçon en soupirant. Vivement mercredi !

A ces mots, Lisa poussa elle aussi un soupir, mais pour une tout autre raison. Être en vacances signifiait pour elle ne pas revoir M. Bates pendant plusieurs jours… Bizarrement, elle n’était pas particulièrement pressée d’être à mercredi...


Le mercredi 21 décembre arriva inexorablement. Pour ce premier jour de l’hiver et dernier jour avant les vacances, Astrid s’était mise sur son trente-et-un : outre le bonnet de père Noël qu’elle portait déjà sur la tête depuis plus d’une semaine, elle s’était parée de ses boucles d’oreilles en forme de bonhomme de neige, et avait revêtu un pull rouge sur lequel était dessiné un sapin de Noël, dont les boules accrochées à ses branches n’étaient autres que des diodes électroluminescentes. Cet accoutrement lui valut de nombreux commentaires, non seulement de la part de ses camarades – dès qu’il la vit, Kevin la complimenta par un : « Bonjour Astrid. Tu es lumineuse, aujourd’hui ! » –, mais aussi de la part de ses profs – en cours d’histoire, M. Lockett demanda aux élèves ce qu’ils savaient de la politique extérieure de John F. Kennedy, puis se tourna vers Astrid pour l’interroger en particulier : « Astrid ? Tu pourrais peut-être nous apporter tes lumières ? », ce qui déclencha une explosion de rires dans toute la classe.

Lisa, elle, avait opté pour une tenue sobre : un pull rayé noir et prune, qui faisait particulièrement bien ressortir la petite clé en laiton accrochée à son collier, un jean moulant gris clair, et sa traditionnelle paire de Converse kaki. Des couleurs assez sombres, mais après tout, l’humeur de Lisa n’était pas à la fête. Elle s’apprêtait à dire au revoir à M. Bates pour douze jours… Cela lui semblait presque une éternité.

Ce mercredi, les cours finissaient exceptionnellement à midi, ce qui signifiait que le cours de maths de Lisa, de dix heures et demi à onze heures et quart, était son dernier cours de la journée. Le meilleur pour la fin, comme on disait.

Pour cette dernière leçon de l’année, M. Bates se montra particulièrement en forme. Il fallait dire que l’atmosphère était plutôt détendue : les élèves savaient qu’il ne restait plus que quelques minutes avant les vacances, et ils avaient du mal à rester concentrés sur la correction des exercices au tableau. Certains d’entre eux, assis près des fenêtres de la salle, étaient même dissipés au point de regarder distraitement dehors ce qui se passait dans la cour du lycée.

- Qu’est-ce qu’il y a, Nolan ? demanda M. Bates au garçon assis au premier rang, juste à côté de la fenêtre par laquelle il observait quelque chose.

Pris en flagrant délit, le dénommé Nolan reporta aussitôt son attention sur l’enseignant et fit mine de ne pas comprendre sa question.

- Non, parce que je te vois regarder par la fenêtre, alors je te demande..., expliqua M. Bates. Qu’est-ce qu’il y a ? Il y a des mouettes ?

Lisa étouffa un gloussement. Il n’était pas rare en effet de croiser des mouettes au lycée Lincoln. Après tout, les docks de Greentown n’étaient qu’à quelques centaines de mètres.

- Non, répondit Nolan, il y a des gens qui s’en vont…

- Ah, c’est fou, ça ! s’exclama M. Bates. Il y a plein de choses qui se passent, ici !

Plusieurs élèves, dont Lisa, se mirent à rigoler.

- Et si tu regardais plutôt ce qui se passe au tableau ? proposa le professeur.

Nolan obtempéra sans broncher. C’était Arthur qui s’était porté volontaire pour corriger un exercice de géométrie analytique au tableau. Jusque-là, Lisa avait répondu juste à toutes les questions, et elle se contentait de suivre la correction d’un air distrait, préférant consacrer son temps à observer M. Bates. C’étaient les derniers instants qu’elle passait avec lui avant la séparation de Noël, et elle voulait en profiter au maximum. Graver dans son esprit l’image de son charmant sourire, de son regard perçant et de son nœud papillon rouge.

Parvenu à la fin des calculs lui permettant de répondre à la troisième question de l’exercice, Arthur encadra la solution d’un geste victorieux. Lisa vérifia sur son cahier si elle obtenait la même chose et sourit de contentement : elle aussi avait trouvé ce résultat, qui n’était autre que l’équation bien connue d’une ellipse.

- Et là, on reconnaît ? demanda M. Bates en s’adressant à toute la classe et en pointant du doigt la solution encadrée par Arthur. On reconnaît ?

La plupart des élèves regardèrent leur prof avec des yeux ébahis, comme s’ils se demandaient ce qu’il leur voulait.

- Anthony, on reconnaît ? répéta M. Bates en interrogeant un blond assis au milieu de la classe, qui fixa l’équation d’un air perdu en restant muet comme une carpe. On reconnaît ? … On reconnaît qu’on n’a pas appris son cours !

Lisa ne put alors s’empêcher de glousser de rire, ce qui lui attira à la fois le regard contrarié d’Anthony et le regard amusé de M. Bates. Ce dernier, même s’il était à nouveau dépité de constater que certains de ses élèves continuaient à ne pas apprendre leurs leçons, semblait pourtant heureux de voir que ses blagues étaient toujours aussi appréciées des initiés.

Lorsque la cloche sonna à onze heures et quart, tous les élèves quittèrent la salle comme au coup de canon, poussant des cris de joie dans le couloir pour célébrer le début des vacances. Tous… sauf une. Lisa continuait de recopier sur son agenda la série d’exercices que M. Bates leur avait donnés à faire pour la rentrée. La liste était si longue qu’elle recouvrait un pan entier du tableau. Il y avait au moins une douzaine de problèmes, et la jeune fille prenait tout son temps pour les noter dans son carnet, cherchant à retarder le plus possible le moment où elle allait devoir se séparer de M. Bates.

Celui-ci patientait tranquillement en face d’elle, assis à son bureau, et jouait avec une craie pour passer le temps. Hélas, quand il vit son élève refermer son agenda, il se leva de sa chaise, prit son cartable en cuir et se dirigea vers la porte. Il s’arrêta pour sortir une petite clé argentée de la poche de sa veste et se retourna vers Lisa. Celle-ci comprit qu’il l’attendait pour quitter la salle en dernier et fermer la porte à clé derrière lui. Ne pouvant abuser de sa patience plus longtemps, la jeune fille se dépêcha de ranger ses affaires, passa son sac à bandoulière par-dessus son épaule et rejoignit l’enseignant.

- Bonnes vacances ! lui souhaita-t-elle avec son plus beau sourire.

- Merci, à toi aussi ! lui répondit M. Bates avec un sourire bien plus beau encore.

Tenant la porte ouverte, il invita Lisa à passer devant lui. Lorsqu’elle se retrouva dans le couloir bondé d’élèves, Lisa se retourna une dernière fois vers M. Bates et lui dit :

- A l’année prochaine !

Puis elle disparut en se fondant dans la masse, et se laissa porter par le flot de lycéens qui s’empressaient de sortir dans la cour pour profiter de leurs premiers instants de liberté.


Ce que Lisa préférait durant les vacances de Noël, c’était passer ses après-midis entiers dans le canapé du salon, devant un bon bouquin ou une bonne série, avec Léo roulé en boule à côté d’elle et une tasse de chocolat chaud entre ses mains. Elle aimait aussi s’adonner à la pâtisserie et confectionner des biscuits en pain d’épices, dont l’odeur si agréable se répandait dans toute la maison et se mêlait au parfum des bougies qu’elle allumait dans le séjour à la tombée de la nuit.

Pour les fêtes de fin d’année, Lisa et sa mère décoraient toujours leur salle à manger de guirlandes lumineuses, de pommes de pin et de branches de houx, ainsi que du traditionnel sapin de Noël, auquel Léo avait fini par s’habituer – bien qu’au début il se soit plusieurs fois jeté dessus, brisant de nombreuses boules de Noël, sans oublier le soir où il s’était enroulé une guirlande autour d’une patte, avait renversé l’arbre et l’avait emporté dans sa fuite, le traînant derrière lui sur plusieurs mètres. Les grands-parents de Lisa avaient pour coutume de venir ici fêter le réveillon de Noël avec leur fille et leur petite-fille, et Amanda tenait sans cesse à leur en mettre plein la vue. Tous les ans, elle ne pouvait s’empêcher d’acheter de nouvelles décorations, la nouveauté de cette année étant un petit père Noël mécanique qui dansait en chantant Vive le vent.

- Tu ne crois pas que tu en fais un peu trop, maman ? avait dit Lisa en voyant sa mère tourner la clé dans le dos de l’automate pour le remonter et le faire repartir de plus belle.

La première moitié des vacances de Lisa fut relativement studieuse. Comme Astrid, elle avait une tonne de devoirs à faire pour la rentrée de janvier, et elle préféra s’y attaquer sans plus tarder, histoire d’être débarrassée au plus vite et d’avoir l’esprit libre pour profiter du reste de ses congés. Elle ne put résister à la tentation de commencer par ses exercices de maths et, malgré leur nombre impressionnant – treize au total –, elle les fit tous d’une traite, en une seule journée. Arrivée à la dernière question du dernier problème, elle fut même déçue que M. Bates ne leur en ait pas donné davantage. Elle continua de penser à lui en faisant des recherches sur internet sur les grandes universités américaines dont il lui avait parlé lors du bal d’hiver : Berkeley, Stanford, Columbia, le MIT... Sans oublier Harvard, l’université où il avait fait ses études. Toutes ces facs lui semblaient aussi inaccessibles les unes que les autres, aussi hors de portée que les étoiles dans le ciel. Sans compter que la plupart d’entre elles se situaient à des milliers de kilomètres de l’endroit où elle habitait… Cependant, ses recherches confirmaient les dires de M. Bates : des aides financières étaient proposées aux étudiants dans le besoin. Elle ne devait pas se faire de soucis là-dessus. Tout ce qui lui était demandé, c’était de faire ses preuves au lycée, et d’être prête à traverser les Etats-Unis pour commencer une nouvelle vie. Et quelle vie de rêve ce serait d’étudier à Harvard ou au MIT !

Bien sûr, au milieu de ses devoirs, Lisa s’accorda plusieurs pauses pour se changer les idées. Le vendredi après-midi, la veille du réveillon de Noël, elle rejoignit Astrid, Lindsey et Alison au centre ville de Greentown. Les rues et les boutiques étaient pleines de monde, car nombreux étaient les gens qui faisaient leurs courses de Noël à la dernière minute. Lisa ne pouvait s’empêcher de regarder parmi la foule si elle n’apercevait pas M. Bates, mais hélas, elle ne rencontra nulle part.

Les quatre jeunes filles se rendirent à la patinoire géante qui avait été installée sur la place de l’hôtel de ville, et passèrent deux bonnes heures à s’amuser sur la glace. Lisa, pas très à l’aise avec des patins, préféra jouer la sécurité et se contenta de faire le tour de la patinoire en restant près du bord. On ne savait jamais si M. Bates se trouvait parmi les badauds qui restaient sur la place pour observer les patineurs : elle ne tenait absolument pas à se casser la figure sous ses yeux ! Astrid, Lindsey et Alison, plus téméraires, s’aventuraient sans crainte vers le milieu de la piste, et les quelques gamelles qu’elles se prirent ne les empêchèrent pas de rigoler un bon coup. Le bonnet de père Noël et le pull-over lumineux d’Astrid attiraient tous les regards, et quelques passants sortirent même leur téléphone portable pour la prendre en photo.

Le soir du réveillon de Noël, Lisa et sa famille se réunirent autour d’un repas gargantuesque, dont le plat principal était constitué d’un énorme jambon rôti au miel et aux ananas. Léo, bien sûr, était de la partie, et ne cessait de faire le tour de la table de la salle à manger pour quémander de la nourriture aux convives. La mère de Lisa l’avait paré d’un petit nœud papillon rouge, attaché à son collier, qui rappelait naturellement à la jeune fille le nœud papillon de son prof de maths. Cela rendait Léo si mignon que les grands-parents de Lisa ne pouvaient résister à ses miaulements plaintifs, et finissaient toujours par lui donner des bouts de jambon. Le chat blanc ne comprenait sans doute pas pourquoi un tel festin était organisé à la maison à chaque fin d’année, mais ce n’était pas une raison pour ne pas en profiter. Lui aussi avait bien le droit de fêter Noël !

Lisa, qui avait encore été très sage cette année, reçut de nombreux cadeaux, parmi lesquels une écharpe, des gants, un parfum, une lampe de chevet en forme de hibou, des boîtes de chocolats, un bocal de guimauves et de l’argent.

- Pour t’acheter une guitare, précisa sa mère avec un sourire.

Elle savait que c’était le rêve de sa fille depuis un moment, et elle avait dû mettre au courant les grands-parents pour réussir à collecter une somme suffisante. Lisa était aux anges. Elle se demandait déjà si elle choisirait une guitare folk ou une guitare classique, et faisait la liste dans sa tête des premiers morceaux sur lesquels elle s’entraînerait : des chansons de Nirvana, des Red Hot Chili Peppers ou encore de System Of A Down – un groupe dont elle était devenue fan, depuis que Will le lui avait fait découvrir.

Le lendemain de Noël, Lisa s’empressa de prendre le bus pour retourner à Greentown et entra au Music Factory, la plus grande boutique d’instruments de musique du centre ville. Elle se choisit une guitare folk Dallas de couleur noire, dont les cordes en acier produisaient un son plus puissant que les cordes en nylon d’une guitare classique. Elle s’acheta également une housse pour y ranger l’instrument, ainsi qu’un set de médiators, puis se hâta de rentrer à la maison avec sa nouvelle guitare sur le dos.

Les premiers morceaux qu’elle avait prévu de jouer sur sa guitare sèche se révélèrent plus complexes que ce qu’elle avait soupçonné. Rape Me de Nirvana lui fit découvrir la joie de l’enchaînement des accords – chose qu’elle ne pratiquait évidemment jamais sur sa basse – et Californication des Red Hot Chili Peppers lui fit comprendre qu’il fallait également maîtriser les accords pour pouvoir jouer en arpège. Heureusement, un des morceaux qu’elle voulait à tout prix reprendre s’avéra plus facile à jouer que les autres, car il ne nécessitait pas de connaître les accords : c’était Roulette, de System Of A Down. Une chanson triste et mélancolique, dont les paroles lui faisaient irrémédiablement penser à M. Bates. Une chanson si belle que Lisa la joua en boucle pendant des heures et finit par avoir les doigts de sa main gauche en sang. A la fin de la journée, elle se demanda si elle n’aurait pas mieux fait d’opter pour les cordes en nylon…

L’avant-dernier jour de l’année, Lisa alla au cinéma avec Joey et Fred pour voir Rogue One, le premier spin-off de Star Wars. La dernière fois qu’elle avait mis les pieds au cinéma Fremont de Greentown remontait à un an : là encore, elle y était allée pour voir Star Wars – l’épisode VII – et, là encore, elle y était allée avec Joey et Fred. Il fallait dire que tous les trois étaient des fans inconditionnels de la saga intergalactique – Lisa ayant d’ailleurs un étrange penchant pour le Côté Obscur de la Force (Dark Vador et Dark Sidious étaient ses deux personnages préférés). Lorsqu’elle se présenta devant l’un des guichets du cinéma, la jeune fille fut agréablement surprise de découvrir qu’Ashley Westbrook se tenait derrière le comptoir. Elle ignorait qu’elle travaillait au Fremont et admira le courage qu’elle avait à bosser même durant la période des fêtes. Elle lui commanda un énorme pot de pop-corns, qu’elle partagea avec Joey et Fred durant le film en s’asseyant entre les deux garçons. A la fin de la séance, Joey fit part de son engouement pour ce qu’il venait de voir, en particulier pour la bataille finale sur Scarif qui lui en avait mis plein les yeux, tandis que Fred, à l’inverse, estima que ce dernier opus n’était pas digne d’un vrai Star Wars et ne valait pas les épisodes de George Lucas. Quant à Lisa, ce qu’elle avait encore une fois préféré dans ce film, c’était le méchant : Orson Krennic, directeur du programme de l’Etoile Noire, qu’elle avait trouvé étonnamment classe avec sa cape blanche et son pistolet blaster accroché à la ceinture...

Pour le Nouvel An, la mère de Lisa invita à nouveau ses parents à venir réveillonner à la maison, et la petite famille se retrouva une nouvelle fois autour d’une table croulant sous les mets, pour le plus grand plaisir de Léo. La télé était allumée sur la chaîne ABC pour regarder l’émission Dick Clark’s New Year’s Rockin’ Eve, en direct de Times Square, à New York. Aux douze coups de minuit, tout le monde trinqua avec un verre de lait de poule relevé au whisky, en se souhaitant une bonne année et surtout une bonne santé. Des bruits de pétards se firent entendre dehors, et Lisa et sa mère sortirent dans le jardin malgré l’air froid pour assister à un petit feu d’artifice improvisé, tiré depuis une maison voisine.

La tête levée pour admirer ces lumières scintillantes et multicolores, qui s’étalaient dans le ciel nocturne comme les tentacules d’une anémone de mer géante, Lisa repensait avec délice à l’année qui venait de s’achever. Sa rencontre avec M. Bates avait incontestablement changé le cours de sa vie. Grâce à lui, elle avait découvert l’amour. Même s’il ne s’agissait que d’un amour à sens unique, elle sentait que cet amour l’avait transformée, avait élevé son âme, jusqu’aux étoiles. Celles-ci resplendissaient par milliers dans le ciel dégagé, et Lisa se sentait si petite, si insignifiante en les regardant... Pourtant, l’amour qu’elle éprouvait pour Harold Bates était si grand… aussi grand que l’univers ! C’était un amour infini...

Annotations

Recommandations

Défi
Anne Cécile B


Leurs yeux s'interrogeaient, pleins de convoitise, essayant de sonder leur pensée, jaugeant leur désir. Celui-ci s'y reflétait intensément, délivrant le signal attendu depuis des heures, peut-être des jours ou des semaines.
Puis le regard tomba sur les lèvres de l'autre, bombées, roses, luisantes de l'humidité qu'y avait passé la langue gourmande, avide de découvrir une nouvelle saveur.
Les mains s'effleurèrent, mais bien vite ce furtif contact se renouvellerait, les doigts s'entremêlant fièvreusement, recherchant un encouragement dans la pression fugace.
Enfin, la bouche tant désirée se rapprocherait, et avec elle son souffle fiévreux, se mêlant d'abord à celui de l'autre.
Enfin, les peaux découvriraient leur douceur , se pressant légèrement au début, pour ensuite s'étreindre de concert avec le plaisir qui croissait.
Les lèvres s'entrouvriraient pour assaillir de caresses la langue de l'autre, l'enveloppant, la contournant, la poursuivant. Le parfum du fruit défendu se répandrait bientôt jusque dans leurs âmes.
Puis, la vue se troublerait pour complètement abdiquer, l'esprit tout entier tourné vers le toucher qui l'embrasait.
Un incendie se déclarerait progressivement dans la poitrine, pour prendre lentement la délicieuse route du Sud.
Est-ce que les amants succomberaient tout de suite à cet appel ou choisiraient-ils de laisser s'éterniser le baiser? Attiseraient-ils le désir en s'alanguissant sur chaque délicieuse étape ou l'éteindraient-ils en l'assouvissant sans attendre?
La suite leur appartenait, ils devraient encore longuement questionner leur envie mutuelle avant de s'abandonner au plaisir suprême.
12
15
2
1
CloeLicorne

Je m’appelle Belle et j’ai dix-huit ans. Je vis dans une maison de riche. A l’époque, une de mes ancêtres nous a rendu riche en se mariant à un prince enfin je vais pas vous raconter sa vie vous la connaisser. Avant tu n’avais cas demander au père du garçon que tu trouves riche si tu peux l’épouser et le père dit oui ou non. Aujourd’hui, il n’y a plus de vie de princesse et trouver l’amour c’est pas du gâteau. Bon je ne vais vous cacher que j’aime un garçon, il est beau mais pas riche mais ça, j’en ai rien à faire. Mais lui il aime une autre fille, Elza. Super... le problème c’est qu’elle est belle et elle a du charme et en plus, une des ancêtres avait des pouvoir, avouer c’est la classe.
Se garçon s’appelle Adam, il est brun avec des yeux bleu en fait le plus troublant c’est qu’il ressemble au mari de mon ancêtre mais bon sa c’est pas bien grave. Se qui m’énerve c’est qu’il est toujours avec Elza mais pourtant il ne lui a jamais dit « Je t’aime ». J’ai deux options pour aboir son cœur, soit j’attends qu’il lui avoue ses sentiments en priant que Elza lui dit que pour elle c’est juste un ami, il sera triste et là je vais le consoler et on vera se qui se passe après ou alors je fais de mon mieux pour qu’il l’oublie. C’est vraiment pas facile de choisir, bon je vais prendre le risque, je fais l’option un. La seule difficulté c’est que j’ai pas de patience, je pense que je vais devoir attendre longtemps avant le jour J.
Ça fait déjà un mois que j’attends et je commence à en avoir sérieusement marre. En plus chez moi y a pas de wi-fi ! Je passe une super journée... Il y a deux semaines j’ai pensé que je pouvais dire à Elza « Adam t’aime et qui voudrait sortir avec toi et que tu devrais dire non car c’est peut-être un bon ami mais c’est pas un bon mec » mais elle ne va pas me croire, elle n’est pas si naïve.
Un jour comme les autres, j’entends Philipe dire à Adam qu’il devrait lui dire aujourd’hui car sinon elle va peut-être avouer ses sentiments à un autre garçon ou inversement. Il part lui dire et je saute sur l’occasion pour les espionners. Maudite branche, je voulais me cacher dans un buisson et à cause de cette branche Adam se retourne.
- Qu’est ce que... Pourquoi tu me suis Belle ?
- Euh... je ne te suis pas, j’allais dans le même direction pour rejoindre Mulan.
- Mais Mulan est assise sur le banc qui est à ta droite sous les arbres.
- Ah oui, euh merci.
Je pars à toute vistesse sans me retourner. J’avais l’air d’une gourde. Au moment où il repart vers Elza, je le suis de nouveau et cette fois je me cache dans se buisson sans faire de bruit.
- Elza !
- Adam, comment ça va ?
- Oui, je pourrais te parler ?
- Oui bien sûr.
- Non mais en privé.
- Ah, les filles je suis désolée, je vous appelle quand on a terminé.
- D’accord. lui dit Aurore.
- Voilà, j’ai une chose à t’avouer, voilà je...
- Tu ?
Elle le dit comme si elle connaissait la réponse, ça commence à m’inquiéter.
- Je... c’est dur à dire...
- Laisse j’ai compris.
Elle s’approche de lui et... vous connaissez la suite, il fallait bien qu’elle l’embrasse ! Non mais c’est pas possible, après un moin de patience mon plan tombe à l’eau. J’exprime de colère mais en même temps de la joie, je suis contente pour eux. Quand j’y réfléchis, l’amour c’est l’amour, alors que je soit à la place de Elza ou pas, j’aurais exprimée la même joie. J'accepte qu'elle l'aime et qu'il l'aime à son tour.
Fin
2
2
30
3
Djurian R


Une matinée de travail ordinaire,
Des instants qui se succèdent,
Sans queue ni tête.

Midi moins dix minutes.
L’ennui et la faim tenaillent,
Une note retient mon attention.

Un détail oublié,
Un problème à régler.
Qui attendra bien une heure de plus.

L’envie soudaine d’écrire,
Un poème, libre et sans grand intérêt,
Mais qui fait du bien à l’esprit.

Loin des mails mal écrits,
Envoyés à la va-vite.
Je me libère un petit moment.

Tiens, il est l’heure de partir.
4
5
0
0

Vous aimez lire Chaton Laveur ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à Scribay !
Sur Scribay, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de Scribay !
0