Chapitre 5

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Les journées suivantes se succédèrent à un rythme effréné. Chaque jour ressemblait au précédent, car chaque jour Lisa voyait s’enchaîner exactement les mêmes cours, dans le même ordre. Seules ses activités extrascolaires de l’après-midi lui permettaient de différencier les journées… Ses activités extrascolaires et… les nœuds papillon de M. Bates. Chaque jour, son prof de maths semblait porter un nœud papillon différent. Il devait en avoir une collection immense. Ses costumes changeaient aussi quotidiennement, de façon à être toujours assortis à la couleur de son nœud pap’ de la journée. Bien sûr, la garde robe de M. Bates n’était pas infinie, et il arrivait des jours où Lisa reconnaissait des nœuds papillons qu’elle avait déjà vus. Elle se lança alors dans le projet saugrenu de noter chaque jour la couleur du nœud pap’ que portait M. Bates, et ce, afin d’établir des statistiques qui lui permettraient de savoir si à chaque jour de la semaine correspondait une couleur de nœud papillon privilégiée.

C’était une idée absurde, mais il fallait bien qu’elle s’amuse un peu de temps en temps… Même si ses cours de maths n’étaient pas toujours dépourvus d’occasions de rigoler. Comme la fois où Jordan Buckley passa au tableau pour corriger un problème de trigonométrie.

Lorsque M. Bates l’avait désigné pour aller présenter devant la classe sa solution à l’exercice, Jordan s’était levé de sa chaise d’un air maussade et s’était dirigé vers le tableau comme s’il allait à l’abattoir. Il portait son sweat à capuche bleu et blanc des Lions de Lincoln – le groupe d’athlètes du lycée –, au dos duquel était cousue une énorme tête de lion à crinière bleue, entourée des mots « Lincoln Lions ». En tant que meilleur basketteur du lycée, il s’habillait toujours aux couleurs de son équipe pour afficher sa fierté, mais surtout pour frimer. Il n’était pas le seul. En réalité, tous les autres sportifs du lycée se pavanaient quotidiennement dans les couloirs et les salles de cours, vêtus du même blouson bleu et blanc à l’effigie des Lions de Lincoln. A croire qu’ils n’avaient pas d’autres habits... Au moins, le matin, ils ne perdaient pas de temps devant leur penderie à se demander comment ils allaient s’habiller pour la journée.

La correction de l’exercice menée par Jordan au tableau fut des plus médiocres. Il tournait le dos à la classe et gardait la tête baissée sur le cahier d’exercices qu’il tenait dans les mains, tentant d’y lire une réponse qu’il n’avait manifestement pas écrite. Encore un qui n’avait pas fait ses devoirs...

Pendant ce temps, le prof parcourait la salle d’un pas tranquille, s’arrêtant à quelques tables pour lire sur le cahier des élèves s’ils avaient trouvé la solution au problème, et, si non, pour voir jusqu’où ils avaient pu aller dans leur raisonnement. Lorsqu’il se pencha au-dessus de la table de Lisa, celle-ci sentit les battements de son cœur s’accélérer. Elle n’avait pourtant aucune raison de paniquer : elle avait fait son exercice et répondu à toutes les questions. Simplement, la présence toute proche de l’enseignant l’intimidait. Elle restait pétrifiée, fixant les équations qu’elle avait écrites sur son cahier et se disant qu’à tous les coups elle s’était trompée quelque part.

- C’est ça, dit M. Bates à voix basse.

Lorsque Lisa releva la tête pour regarder son prof, elle vit qu’il affichait un fin sourire. Il s’éloigna ensuite pour passer à une autre table, et le cœur de la jeune fille se calma peu à peu.

Jordan, de son côté, tenta une amorce de réponse au tableau. En réalité, il entrait dans l’improvisation la plus totale, et n’écrivait que les rares formules vues en cours dont il parvenait à se souvenir. Seul le bruit de la craie sur l’ardoise résonnait dans la classe, et l’impressionnante carrure de l’athlète masquait la quasi totalité des équations qu’il inscrivait.

- On n’entend rien, on ne voit rien..., commenta M. Bates du fond de la salle.

Jordan, décontenancé, se retourna un bref instant vers le prof comme pour lui répondre quelque chose, mais aucun mot ne sortit de sa bouche. Comment pouvait-il expliquer ce qu’il faisait, alors que lui-même n’en savait rien ? Il finit par reprendre son écriture au tableau en s’enfermant dans un mutisme complet et en tournant le dos à la classe.

- On ne voit rien, à part les Lions de Lincoln..., continua M. Bates.

Lisa esquissa un sourire. Jordan semblait être arrivé à court d’idées. D’un air vaincu, il reposa sa craie et pivota sur lui-même pour faire face à l’enseignant. Il était à deux doigts de lui avouer qu’il n’avait pas préparé cet exercice, mais il réalisa que c’était inutile : M. Bates l’avait certainement déjà deviné.

- Et si tu nous rappelais la formule reliant sinus de x sur deux à cosinus x ?

Jordan se gratta la tête.

- Euuuh..., fit-il en regardant au tableau pour voir s’il ne l’avait pas déjà écrite par hasard.

Evidemment, c’était l’une des nombreuses formules de trigo qu’il n’avait pas réussi à retenir. M. Bates se tourna vers la classe et demanda :

- Qui peut l’aider ?

Le voisin de gauche de Lisa brandit le doigt en l’air.

- Arthur ?

- Sinus de x sur deux est égal à la racine carrée de un moins cosinus x, le tout sur deux.

Jordan tenta de recopier au tableau ce que venait de réciter son camarade, mais il fut perdu aux mots « racine carrée », et Arthur dut répéter la formule.

- Bien, dit M. Bates. Et maintenant, qu’est-ce qu’on peut faire à partir de ça ?

- Euuuh...,  fit Jordan en relisant sur son cahier la question posée par l’exercice.

- On pourrait par exemple... utiliser cette formule et l’injecter dans la troisième équation que tu as écrite au tableau ? suggéra l’enseignant, qui commençait vraiment à lui mâcher le travail.

- Oui, c’est vrai..., acquiesça le garçon sans réellement y croire.

Il ne voyait pas du tout où le prof voulait le mener, mais il se contenta de suivre ses instructions. Au bout d’un moment, un déclic sembla se produire et il crut entrevoir le chemin vers la solution.

- On pourrait aussi tout diviser par six ? proposa-t-il à l’enseignant.

M. Bates fronça les sourcils d’un air perplexe.

- Si tu veux..., répondit-il en haussant les épaules.

Jordan se mit alors à dérouler au tableau une série d’équations à n’en plus finir, chaque ligne ne différant de la précédente que par des modifications mineures, qui paraissaient totalement superflues. En somme, Lisa se disait qu’elle aurait pu directement sauter de la première équation à la dixième, sans passer par toutes ces étapes intermédiaires. Au bout de cinq minutes, Jordan sécha à nouveau. Il fit quelques pas en arrière pour prendre du recul, et relut tout ce qu’il avait écrit. Le tableau entier était rempli de formules de trigo.

- Et là, on se rend compte de quoi ? interrogea M. Bates.

- Euuuh..., fit Jordan en se tenant le menton, comme s’il était absorbé par une réflexion intense.

- On se rend compte qu’on est bien embêtés par le facteur 1/6 !

- Ben oui...

- Alors qu’est-ce qu’on peut faire ?

- On pourrait... tout multiplier par six ?

Lisa étouffa un rire. C’était le retour à la case départ ! La seule idée qu’avait pu suggérer Jordan n’avait servi à rien, et M. Bates le lui faisait comprendre d’une manière quelque peu sadique. Il l’avait laissé s’empêtrer dans ses équations sans queue ni tête, avant qu’il ne finisse par réaliser de lui-même qu’elles ne conduisaient nulle part.

La multiplication par six des deux côtés de l’équation débloqua la situation, et Jordan repartit de plus belle dans sa résolution du problème, s’efforçant d’écrire de plus en plus petit pour pouvoir faire tenir ses lignes dans les quelques centimètres carrés de libre qu’il lui restait au tableau.

- Prends donc la brosse et efface une partie du tableau ! dit M. Bates. Sinon, ton ami Scott ne verra rien du tout au dernier rang... Et vous, à l’avant, vous arrivez toujours à lire ce qu’il écrit ? demanda-t-il aux élèves assis au premier rang.

- Non, on ne voit rien, répondit Arthur d’une voix catégorique.

Jordan lui jeta un regard noir, s’apprêtant à lui répondre de s’acheter une nouvelle paire de lunettes. Il parvint cependant à se contenir, s’empara de la brosse et commença à effacer les premières équations qu’il avait écrites. Un nuage de craie se forma devant son nez et il se mit alors à tousser violemment.

- Reste avec nous ! lança M. Bates d’un air inquiet. On n’a jamais été aussi près de la solution !

Plusieurs élèves rigolèrent dans la salle. Il fallait bien se l’avouer : voir le grand joueur de l’équipe de basket du lycée Lincoln se ridiculiser en public avait un côté jouissif. Pour une fois que les rôles étaient inversés...

Jordan finit par reprendre contenance, mais sa quinte de toux semblait lui avoir fait perdre le fil de son raisonnement. Il tâtonna durant deux bonnes minutes, transformant et retransformant une équation dans tous les sens, sans même plus comprendre ce qu’il faisait.

- Bon, s’impatienta M. Bates. On ne va pas tourner en rond... Je veux bien croire que c’est de la trigonométrie, mais quand même !

Lisa et Arthur gloussèrent en même temps. Ils étaient parmi les seuls de la classe à avoir compris du premier coup la plaisanterie de M. Bates et son allusion au cercle trigonométrique, et ils n’avaient pu s’empêcher de pouffer de rire. C’était très clairement une blague d’intellos, mais Lisa assumait entièrement son hilarité. Décidément, l’humour de M. Bates lui plaisait de plus en plus.


Le lundi 19 septembre marqua cependant la trêve des plaisanteries. Ce fut le jour du premier devoir surveillé de mathématiques que M. Bates donna à la classe de Lisa. Il avait terminé le chapitre de trigonométrie du programme de première, et avait estimé qu’il était temps de tester les connaissances de ses élèves.

Lisa avait passé le week-end entier à réviser. D’habitude, pour un contrôle de maths, elle n’accordait pas plus de quatre heures à ses révisions, mais cette fois, elle redoutait plus que jamais le niveau de difficulté des exercices qu’allait comporter l’examen. S’ils étaient aussi compliqués que ceux qu’elle avait eu à faire en devoirs à la maison… Il fallait qu’elle mette toutes les chances de son côté. Aussi se prépara-t-elle en refaisant tous les exercices de trigo que M. Bates avait donnés à sa classe depuis le début de l’année. C’était une tâche ardue, mais en s’y mettant dès le samedi matin, elle en vint à bout le dimanche après-midi à cinq heures, et elle s’estima fin prête pour le contrôle du lendemain. Cela méritait bien une pause pour aller retrouver Joey et Fred au skatepark et se changer les idées.


Le jour fatidique, à dix heures et demi du matin, un silence de mort régnait dans la classe de M. Bates. Tous les élèves étaient déjà installés, avaient sorti leurs stylos, leur calculatrice et leurs copies, et attendaient nerveusement que le prof distribue l’énoncé du devoir. La tension était palpable. Lisa, elle, essayait de garder confiance. Elle s’était entraînée à fond, il n’y avait aucune raison qu’elle rate ce devoir. M. Bates passa dans les rangs pour déposer sur chaque table une feuille retournée du côté vierge, afin que personne ne puisse prendre connaissance des questions avant l’heure.

Lorsqu’il eut terminé sa distribution, il regagna son bureau et sortit sa montre à gousset de la poche de son gilet. Il l’ouvrit en appuyant avec son pouce sur le bouton poussoir, et la posa à plat sur la paume de sa main gauche. Lisa, assise juste en face de lui, était aux premières loges pour admirer la beauté de ce bijou. C’était une montre en argent finement ouvragée, avec des chiffres romains noirs inscrits sur une portion de cadran blanc qui laissait apparaître le mécanisme en son centre. Lisa était fascinée par l’élégance et le charme désuet de son professeur. Vêtu de sa veste et de son pantalon bleu marine, de son gilet et de son nœud papillon bordeaux, il avait l’air d’un parfait gentleman. Un gentleman des temps modernes, avec ses cheveux bruns un peu décoiffés qui lui donnaient un petit côté rock’n’roll.

- Vous pouvez commencer, déclara-t-il alors. Vous avez jusqu’à onze heures et quart. Bien sûr, ceux qui ont terminé avant peuvent partir plus tôt.

Lisa retourna sa copie de l’énoncé. Le devoir était composé de quatre problèmes. Les élèves avaient à peine trois quarts d’heure pour les résoudre. « C’est impossible » pensa Lisa en regardant sa montre et en commençant à paniquer. Elle se précipita sur le premier exercice. Il était d’un genre nouveau et radicalement différent de tous ceux sur lesquels elle s’était entraînée. « Oh non... » se dit-elle. Elle n’avait pas le choix, il fallait qu’elle s’adapte. Après tout, elle connaissait son cours et ses formules de trigo par cœur. C’étaient les seules armes dont elle avait besoin pour réussir ce devoir. Néanmoins, la sérénité qu’elle avait pu éprouver en arrivant en classe ce matin venait de s’envoler d’un seul coup. Elle écrivait fiévreusement des équations sur son cahier de brouillon, mais doutait à chaque instant de s’engager sur la bonne voie. Elle jetait de temps en temps des regards autour d’elle, et voyait des élèves prostrés dans des attitudes de réflexion intense, certains fronçant les sourcils comme s’ils souffraient d’un mal de crâne, d’autres se tenant littéralement la tête en essayant de comprendre l’énoncé. A sa gauche, Arthur griffonnait déjà à toute vitesse les réponses sur sa copie. Lisa grinça des dents.

Au bout de cinq minutes, Lisa n’avait toujours pas réussi à répondre à la première question. L’angoisse s’empara d’elle. « OK, passons au deuxième exercice, il est peut-être plus facile… ». Cinq minutes plus tard : « OK, revenons au premier exercice, en fait il n’était peut-être pas si compliqué... ». Elle n’osait même pas regarder les deux derniers problèmes, de peur qu’ils ne la fassent désespérer davantage. Elle devait éviter de se disperser, et se focaliser sur la première question du premier exercice. Sans cela, elle risquait de perdre son temps et de rendre une feuille blanche à la fin des trois quarts d’heure.

Lisa essaya de réattaquer le premier problème sous un autre angle. Au fur et à mesure qu’elle écrivait, il lui semblait que son raisonnement prenait de plus en plus de consistance et qu’elle tenait le bon bout. Lorsqu’elle vit qu’elle arrivait à la solution demandée, elle recopia avec excitation sa démonstration au propre sur sa copie. Elle fut alors interrompue par d’étranges bruits de vibration provenant d’en face. Elle leva la tête : M. Bates était assis à son bureau et s’amusait avec une règle en bois, qu’il plaquait d’une main contre le rebord de sa table et qu’il laissait dépasser à moitié au-dessus du vide. Lorsqu’il appuyait sur l’extrémité libre et qu’il la relâchait, la moitié de la règle se mettait alors à résonner, ce qui produisait ce son si singulier.

« Je rêve ! » se dit Lisa en bouillonnant de rage. Comment se concentrer avec un bruit pareil ? M. Bates le faisait-il exprès pour perturber ses élèves ou bien juste pour tuer le temps ? Dans tous les cas, il devait sérieusement s’ennuyer...

Lisa ne fut pas la seule à être tirée de ses pensées par ces vibrations agaçantes. Arthur, lui aussi, releva la tête de sa copie et dévisagea le prof d’un air contrarié. M. Bates finit par s’apercevoir qu’il dérangeait une bonne dizaine d’élèves, et il repoussa sa règle sur sa table pour la mettre de côté, affichant sur son visage un petit sourire désolé.

Lisa se pencha à nouveau sur sa copie et termina d’écrire sa réponse à la première question, encadrant avec fierté l’équation finale demandée. Les deux questions suivantes furent beaucoup plus faciles à traiter, dans la mesure où elles faisaient appel à la solution que Lisa venait de trouver. La jeune fille passa avec soulagement au deuxième exercice. Hélas, le calme sépulcral qui s’était réinstallé dans la salle ne l’aida pas à y voir plus clair dans la façon d’aborder ce problème. Dix minutes s’écoulèrent, durant lesquelles elle tenta en vain plusieurs approches. Lorsqu’elle arriva en panne d’inspiration, elle reposa son stylo sur sa table et releva la tête pour parcourir la classe d’un regard désemparé. Ses camarades ne semblaient pas plus inspirés qu’elle. Assis à sa droite, Luke Hilton était désormais en train de s’arracher les cheveux, lui qui d’habitude se débrouillait toujours très bien en mathématiques. En pivotant sur sa chaise pour regarder derrière elle, elle constata que Kelly Travis, une des pom-pom girls des Lincoln Lions, avait jeté l’éponge et préférait passer le reste de l’examen à se mettre du vernis bleu et blanc sur les ongles. Lisa se retourna pour regagner sa position d’origine. Elle porta distraitement son attention sur M. Bates pour voir ce qu’il fabriquait, maintenant qu’il ne pouvait plus jouer avec sa règle.

L’enseignant était en train de relire l’énoncé du devoir sur lequel planchaient ses élèves, sans doute pour s’assurer qu’il n’y figurait aucune erreur. Il paraissait très sérieux, surtout avec ses lunettes rondes en écailles de tortue qui lui donnaient des airs d’intellectuel. Le regard de Lisa s’attarda quelques secondes sur son nœud papillon bordeaux. En y regardant de plus près, elle s’aperçut qu’il n’était pas de couleur unie, mais tacheté de minuscules pois blancs. Elle ne se souvenait pas avoir vu M. Bates porter ce nœud pap’ auparavant. Il faudrait qu’elle l’ajoute à sa liste pour enrichir ses statistiques... L’enseignant releva alors la tête et son regard croisa celui de Lisa. Le cœur de la jeune fille manqua un battement.

- Qu’y a-t-il, Lisa ? s’inquiéta M. Bates.

- Euh… Rien, rien ! s’empressa-t-elle de répondre en se sentant rougir.

Elle baissa instantanément la tête sur son cahier de brouillon et se mit à faire semblant d’écrire, comme si elle venait d’avoir une illumination. Que lui arrivait-il ? Pourquoi son cœur battait-il aussi vite ? Elle venait de se faire surprendre par son prof en train de l’observer, voilà tout. Il n’y avait pas de quoi se laisser déstabiliser de la sorte. Surtout si elle souhaitait que ce contrôle de maths ne soit pas un échec cuisant. Elle devait se ressaisir.

A onze heures, Jim Hopkins, un grand gaillard de l’équipe de football du lycée, se leva de sa chaise et vint rendre à M. Bates sa copie à moitié vide, avant de quitter la salle d’un pas décontracté. Il fut aussitôt suivi par une demi-douzaine d’élèves dont Scott Davis, Jordan Buckley et Kelly Travis. Le bruit que faisaient ses camarades de classe en quittant la salle déconcentrait Lisa. N’arrivant plus à réfléchir, elle décida d’abandonner définitivement le deuxième exercice, et passa au troisième. Elle réalisa alors avec effarement que ce problème ressemblait en tous points à l’un de ceux que M. Bates leur avait donnés quelques jours plus tôt. « C’est pas vrai ! » se dit-elle. Elle se rappelait s’être entraînée sur ce type d’exercices pas plus tard que la veille, et se souvenait très clairement de la démarche à suivre pour trouver la solution. « Pourvu que j’aie le temps de finir cet exercice ! »

Il ne lui restait plus qu’un quart d’heure. De ses doigts fébriles, elle écrivit directement son raisonnement sur sa copie propre, mais sa main tremblait si fort que son écriture en devenait illisible. « Calme-toi, calme-toi, sinon M. Bates n’arrivera jamais à te relire… Même en rajustant ses lunettes sur son nez, il n’y arrivera pas. Alors fais un effort, et calme-toi ! »

A onze heures dix, Lisa parvint à terminer le troisième exercice. « Ouf ! » soupira-t-elle intérieurement en s’avachissant contre le dossier de sa chaise d’un air épuisé. Au moins, elle avait traité deux exercices sur quatre. Résoudre le quatrième et dernier problème en cinq minutes lui paraissait mission impossible, jusqu’à ce que M. Bates ne déclare :

- Ceux qui le souhaitent peuvent rester un quart d’heure de plus. 

Une lueur d’espoir se remit à briller dans les yeux de Lisa. Après tout, ce cours de maths était le dernier de la matinée. Pour les élèves, rester un quart d’heure de plus ne les faisait pas empiéter sur un autre cours, seulement sur leur pause déjeuner. Et même si, en temps normal, Lisa n’avait que cinquante minutes pour manger, elle était prête à sacrifier son déjeuner, si c’était pour rattraper sa note à un devoir qu’elle savait désormais avoir partiellement foiré. A onze heures et quart, elle assista à une désertion massive de la classe. Seule une poignée d’élèves avait choisi de rester dans la salle, dont Arthur Macmillan et Luke Hilton. Malheureusement pour Lisa, l’énoncé du quatrième exercice lui semblait aussi nébuleux que celui du deuxième. Au bout de quelques vaines tentatives sur son cahier de brouillon, elle se demanda si cela valait vraiment le coup de rester. Elle regarda à sa droite : Luke était affalé sur sa chaise, le regard figé sur le tableau noir devant lui, comme s’il attendait d’y voir apparaître une solution. A sa gauche, Arthur mettait le point final à sa démonstration. Après une brève relecture, il rangea ses affaires dans son sac, se leva de sa chaise et remit sa copie à M. Bates. Luke fit de même quelques instants plus tard, et à onze heures vingt, Lisa finit par se retrouver toute seule dans la classe avec M. Bates.

C’était une situation plutôt étrange pour elle, et totalement inédite. Elle s’efforçait de se concentrer sur le dernier exercice du devoir, car elle était malgré tout restée exprès pour essayer d’en venir à bout, mais la présence toute proche de M. Bates et le fait qu’ils n’étaient plus que tous les deux dans la même salle la troublaient de plus en plus. Elle n’osait plus relever la tête, car elle était sûre que si elle se mettait à le regarder, il s’en apercevrait tout de suite. Il attendait sagement qu’elle ait terminé son contrôle, et elle se sentait gênée de le faire patienter de la sorte, alors qu’elle ne trouvait pas la moindre solution au dernier exercice. D’un autre côté, elle ne pouvait se résoudre à quitter la salle. C’était comme si une force irrésistible la retenait ici. Sans réussir à se l’expliquer, elle cherchait à prolonger ce moment passé en tête à tête avec son professeur.

Du coin de l’œil, elle le vit retirer à nouveau de la poche de son gilet sa montre à gousset pour la consulter.

- Encore cinq minutes, annonça-t-il.

Lisa se dit que cinq minutes de plus ou de moins n’allaient strictement rien changer à la note pitoyable qu’elle aurait à ce contrôle – un C, à tous les coups – mais c’était toujours cela d’offert et, par reconnaissance, elle se devait de faire un dernier effort de concentration.

Hélas, elle n’avait pas plus tôt écrit deux lignes sur son cahier de brouillon que son ventre se mit à gronder. Le gargouillement fut si fort qu’il ne put échapper à l’attention de M. Bates. Relevant la tête d’un air gêné, elle vit que son prof la regardait avec un sourire amusé.

- Ça sent la faim ! commenta-t-il.

La jeune fille se mit à rigoler, appréciant le jeu de mots. M. Bates avait un don pour décontracter l’atmosphère. Il était vrai qu’à cette heure-là, Lisa aurait déjà dû être installée à sa table de pique-nique, en train de manger son sandwich au pastrami et au cream cheese. La seule pensée de ce sandwich lui mit l’eau à la bouche et fit gronder son estomac une nouvelle fois. C’en était trop. Tiraillée par la faim, Lisa décida de ne pas faire durer son supplice plus longtemps. Il était temps de déclarer forfait.

- Je crois que je vais m’arrêter là, dit-elle en reposant son stylo sur sa table.

- Oui, il faut parfois savoir s’arrêter, acquiesça M. Bates.

Lisa avait fait ce qu’elle avait pu. Elle était restée jusqu’au bout, et même un peu plus… Elle n’avait rien à se reprocher.

Sans regrets, elle tendit sa copie au professeur, qui la prit et la parcourut quelques instants, avant de l’ajouter à la pile de feuilles posées sur son bureau. Voilà, c’était fini. Désormais, le sort de Lisa reposait entre les mains de M. Bates. Elle ne pouvait plus rien faire. Les dés étaient jetés. Lui seul déciderait de la note qu’il lui mettrait. Et vu la façon dont elle avait réussi ce devoir, elle devait s’attendre au pire. « Tant pis » se dit-elle. « J’essaierai de faire mieux la prochaine fois. »

Assez déçue tout de même, elle enfila son sac à dos, dit au revoir à son prof d’une voix morne, puis se dirigea vers la porte.

- A demain, lui répondit M. Bates. Et surtout, bon appétit !

Ces derniers mots redonnèrent à Lisa un peu de gaieté. Se retournant vers l’enseignant pour le remercier, elle vit alors qu’il la regardait avec un sourire plein de gentillesse. Un sourire à la fois doux et affable, qui lui fit entièrement oublier à quel point elle avait raté son devoir. Un sourire si charmant qu’elle eut bien du mal à en détacher son regard...

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Fin
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Djurian R


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Qui attendra bien une heure de plus.

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Envoyés à la va-vite.
Je me libère un petit moment.

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