Chapitre 5

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Concours de slam ? Deux semaines ? Qu'est-ce que c'est que ça ? Je parie que... Cécile ! C'est elle qui m'y a inscrite ! Mais pourquoi elle aurait fait ça ? Je suis toujours muette et, apparemment, retrouver ma voix me fais m'évanouir... Pire idée au monde... Je suis pas prête pour ça ! Je vais être obligée de retourner la voir pour lui en parler et lui demander d'annuler mon inscription. Jamais, au grand jamais, je n'irais à ce concours !

"Mykkä ? Tout va bien ? Que dit cette lettre ?

-On peut rentrer s'il te plait ?

-Très bien, on y va."

Comme à ma grande habitude, ma fin d'après-midi se résuma à me plonger dans mes livres et dans l'écriture mais la lettre du concours envahissait mon esprit.

Le lendemain matin, mon premier réflexe fut de me diriger vers la salle des professeurs. Je toquai. Un professeur que je ne connaissais pas m'ouvrit.

"Madame Renard est là s'il vous plait ? Il regarda mon ardoise, étonné.

-Je vais la chercher.

-Mykkä ! Quel plaisir de te voir ! Tu nous as fais sacrément peur hier !"

-Je vous arrête tout de suite ! Pourquoi vous m'avez inscrite à ce maudit concours ?

-C'est une opportunité exceptionnelle pour toi ! Tes poèmes sont touchants, profonds, et tu as une manière de les slamer très touchante. Ne te ferme pas de porte pour la simple et unique raison que tu es muette, hier tu as prouvé tout le contraire !

-Vous n'aviez aucun droit de m'inscrire sans mon autorisation ! Vous allez appeler les organisateurs et annuler mon inscription ! Immédiatement !

-Je ne le ferais pas Mykkä, je veux que jusqu'à la dernière minute tu puisses changer d'avis."

Mes grommellements habituels reprirent et je partis.

Je passai les 13 jours suivants encore plus renfermée que d'ordinaire. Mes parents étaient dépités de mon retour en arrière et Sydän faisait tout pour me changer les idées et me remonter le moral, en vain. Le concours aurait lieu le lendemain et je ne faisais que tourner en rond depuis une heure.

J'y vais, j'y vais pas, j'y vais, j'y vais pas... Raaah ! D'un côté, je suis horrifiée à l'idée d'y aller, de m'évanouir, de ne pas retrouver ma voix le temps de ma prestation, et de l'autre j'adorerais révéler à tous mes poèmes et mon prétendu talent pour la poésie ! M'énerve !

Mon dilemme continua encore une bonne vingtaine de minutes puis je me jetai sur mon carnet qui renfermait mes poèmes et me mit à écrire ce que je pensais être le poème le plus émotif, tranchant et bouleversant que je n'avais jamais écrit. Ma plume parcourait les lignes à une vitesse folle, bientôt ce fût la page entière qui devint noir d'encre. J'étais fière de moi. Et j'allais concourir coûte que coûte à ce concours. Je prévins immédiatement mes parents et Sydän par SMS de mon choix.

Voilà trente minutes que j'attendais dans ma loge. Trente minutes que mon cœur battait à mille à l'heure. Trente minutes que je souhaitais que mes cordes vocales ne me feraient pas défaut. Trente minutes que j'essayais tant bien que mal de répéter mais sans succès, aucun son ne sortait. Et vint le moment où on m'appela pour monter sur scène.

Mykkä ne t’évanouis pas, ce n'est pas le moment. Tu vas monter sur scène, slamer ton poème comme jamais on ne l'a fait, et...

"Prendre du plaisir ! C'est le plus important ! Ne pense ni au public, ni à gagner, pense juste à les toucher en plein cœur de tes flèches poétiques ! Je suis avec toi !"

Merci sister.

Je souris, étant désormais habituée à voir et entendre ma sœur par moment, et suivi l'homme qui étais venu me chercher. Il me rappela rapidement les règles du concours en chemin. Puis je pris place, la salle se tut et se figea. À mon plus grand bonheur, mes premiers vers résonnèrent de leur musicalité dès que j'ouvris la bouche.

Plume Noire qui est mienne

Obscurcis mes pages

Transcrit mes sombres pensées

Absous-moi de mon châtiment

Libère mes poumons des ténèbres

Affranchis-moi de mon calvaire

Romps mes tourments

Acquitte-moi de mon chagrin

Brise mes chaînes de plomb

Dépêtre-moi de ma désolation

Gracie mon âme

Délivre-moi de ma géhenne

Recouds mes blessures

Exempte-moi de mes afflictions

Évacue ma douleur

Délie-moi de cette tragédie

Sauve mon cœur des Enfers

Avant de retrouver ma sœur au paradis

Silence total.

Personne ne bougeait.

Leurs yeux grands ouverts me fixaient ébahi.

Puis applaudissements.

Ovations.

Mais je n'entendais plus rien.

Ne voyait plus rien.

Ne sortait plus aucun son.

Ma tête tournait.

Sydän m'enserra de ses bras avant que je ne tombe et me chuchota à l'oreille :

"Tu es formidable, ton poème m'a chamboulé."

Et il m'embrassa sur la joue. Je n’eus pas le temps de réagir qu'une femme, la directrice du concours, s'approcha de moi un trophée à la main. Il représentait un stylo plume reliée à un micro par un fil, symbole du slam. Elle me le tendit en me félicitant et m'intima de prononcer quelques mots au public. Mais à ce moment, seul de l'air sortit d'entre mes lèvres. Personne ne comprenait ce qu'il m'arrivait avant que la directrice soit prévenue dans son oreillette de mon mutisme. Elle me sourit embarrassée, se tourna vers le public et ne sachant quoi dire elle sortit la plus grosse bêtise jamais entendue :

"Applaudissez chaleureusement notre gagnante, Mykkä Kuu, désormais célèbre pour être la première slameuse muette !

Je pris la main de mon meilleur ami et l'entraina dans ma loge avant de me jeter dans ses bras en pleurs. Il me berça dans ses bras en murmurant pour me calmer. Ma première réaction fût de l'embrasser, baiser auquel il répondit sans tarder.

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