Chapitre 10

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Le lendemain, comme j'en avais fait le souhait le soir précèdent, je voulais voir Sydän pour lui ouvrir mon cœur. Dès que je le vis, je lui courus après ! Mais il m'esquiva et rentra dans sa salle de classe. Qu'est-ce qui lui prenait à m'éviter de la sorte ? J'étais perdue. Un jour il se montrait être attentionné et aux petits soin pour moi et le lendemain, j'étais devenue totalement invisible ! Ça n'avait aucun sens ! Je restai plantée au milieu du couloir sans savoir quoi faire.

La sonnerie retentissant me sortit de ma torpeur et de mes pensées et je courus pour la seconde fois, jusqu'à ma salle. Son évitement me laissa sans voix, façon de parler, il fallait absolument que je trouve un moyen d'attirer son attention. Et une idée me vint à l'esprit ! Les poèmes étaient et sont toujours mon meilleur moyen de communication. Quoi de mieux que de lui en dédier un et de le lui faire transmettre.

J'en avais écrit des dizaines à son sujet mais j'avais beau les feuilleter encore et encore, aucun ne me convenait. Et je me souvins que j'en avais écrit un dernier sur une feuille volante, dont j'avais malheureusement oublié l'emplacement. Je la cherchai pendant deux longues heures dans toute la maison et toutes mes affaires, mais aucune trace de la-dite feuille. Où est-ce que j'avais bien pu la mettre ? Dans le seul et unique endroit que je n'avais pas fouillé, la chambre d'Elämä, j'y avais dormi à ma sortie de l'hôpital, elle ne pouvait se trouver qu'à cet endroit. Bingo ! Dans sa table de chevet !

Je n'avais plus qu'à le donner à Sydän, mais pas directement. Mme Renard m'avait dit que si j'avais besoin d'elle pour quoi que ce soit, je pouvais la contacter. Je recopiai le poème dans les notes du téléphone de ma mère et contacta par SMS ma professeure. Elle possédait son numéro, car elles étaient amies depuis bien avant ma naissance.

-Bonsoir Mme Renard, c'est Mykkä. J'aurai besoin de vous pour transmettre un message à Sydän, vous voudriez bien faire ça pour moi ?

-Bonsoir, bien sûr. Que dois-je lui transmettre ?

-Ce poème, merci !

Et je copiais-collais le poème à la suite. J'attendais avec impatiente que Sydän me contacte, mais je devais attendre le lendemain pour que mon poème soit transmis.

Plus d'un mois après, le jour même du concours de slam, je n'avais reçu aucune nouvelle de Sydän. Absolument aucune. Sans mon meilleur ami à mes côtés, ce mois était passé extrêmement lentement et j'en avais beaucoup souffert. Heureusement pour moi, Mme Renard m'avait soutenu tout comme mes parents. Je m’apprêtais à renter dans le CDI, lieu où se déroulait le concours. Je savais qu'il serait là. Mais je redoutais de le voir.

Je finis par pousser les portes battantes et entra discrètement. Un de mes camarades slamait déjà, ils avaient fait de nombreux progrès depuis ma dernière venue qui remontait à plusieurs mois. Je m'assis au dernier rang pour ne déranger personne. Les prestations s'enchainaient et mon tour allait bientôt arriver. Je partis dans les coulisses pour me préparer. J'avais une envie pressante d'aller aux toilettes alors je posai mon texte dans les loges.

En revenant, Cécile annonça que Sydän ne souhaitait finalement pas participer et que l'on se devait de respecter son choix. J'en étais attristé, j'aurai enfin pu entendre sa voix, elle me manquait. Il me manquait. Je pris mon texte, mis mon oreillette, Cécile voulait qu'on se mette dans les vraies conditions d'un concours, et m'avança sur le devant de la scène quand mon nom fût prononcé. Tous eurent un hoquet de surprise de me voir. J'avais l'estomac noué, ma dernière tentative pour parler s'est terminé en échec. Allais-je vraiment pouvoir déclamer mon poème.

Je regardai mon texte une dernière fois et...attendez, ce n'est pas mon texte ! Je lus rapidement en diagonale et découvrit son auteur : "Sydän pour la fille qu'il aime le plus au monde". Tous remarquaient mon étonnement, mais ils me poussaient à débuter mon slam, ce que je fis la voix d'abord chevrotante :

"La nuit dernière

J'écrivis une histoire

Sous ces étoiles

Brillant de milles feux

Qui constellent notre ciel

Elle me chuchotèrent

D'une douce voix

Qu'une histoire d'amour

Ne peut s'écrire qu'à deux

Je leurs répondit

Ma bien aimée

Aussi belle soit-elle

Ne veux se joindre à moi

Dans son écriture

Lui as tu posé la question ?

Rétorquèrent-elle intriguées

Ma réponse fut sans appel

À mon grand détriment"

Alors que j'allais poursuivre, Sydän se leva, monta sur la scène face à moi et de côté par rapport au public et se mit à réciter le dernier paragraphe. Ma voix se stoppa pour lui céder la place sous les feux des projecteurs.

"Ma tendre dulcinée

Je t'écris donc ces mots

Éclairées par mes lucioles

Et guidé par la pleine lune

Pour te dévoiler mon amour

Et espérant désormais que

Cela sera réciproque et

Que tu prononcera les mots

Embrasse-moi"

Je reçu un message de Cécile dans mon oreillette :

-Sydän t'évitait car il te préparait une surprise. Celle-ci et un séjour en Laponie tout les deux ! Ne lui en veux pas, il ne voulait juste pas tout de dévoiler avant le jour J !

Je la vis me faire un grand sourire dans le public. Je ne lui en voulais plus de m'avoir laissé sans réponse et de m'avoir ignorée si longtemps car je savais dès lors que Sydän m'aimait et que la réciprocité était tout aussi vraie ! Son poème était tout simplement magnifique ! Ma vie avait bien changée ces derniers mois. J'étais devenu une nouvelle Mykkä. Une Mykkä qui avait réussi à surmonter le décès de sa sœur, retrouver en partie sa voix et retrouver sa joie de vivre ! Sydän était la dernière clé de mon long combat. Je m'approchai de lui et lui déclamai ces deux mots :

"Embrasse-moi"

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