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Cela faisait trois semaines qu'Eleanor Rigby avait disparue, lorsque John Green reçut un pli par coursier. Il l'observa longuement, sans manifester d'impatience à le décacheter, l'air plutôt songeur. Le papier était d'une élégante couleur crème, légèrement glacé et d'excellente qualité. L'enveloppe épaisse portait, sur son recto, son nom en lettres noires, tracées par une main affirmée qui visiblement maitrisait l'art de la calligraphie à la perfection.

Admiratif, John Green se laissa hypnotiser un instant, puis referma sa porte et opéra un demi-tour pour rejoindre le sofa de la pièce unique de son studio. Ses doigts ne pouvaient s'empêcher de tâter, palper l'enveloppe tandis qu'il esquissait les quelques pas séparant la porte d'entrée du sofa. Il s'assit, posa le pli à côté d'une tasse de café fumante, sur la table basse qui lui faisait face. C'est quand il eut finit de savourer son breuvage, ayant eu loisir d'échafauder toutes sortes d'hypothèses, qu'enfin il se décida à se saisir de cet objet de curiosité pour en aviser le contenu. Il trouva une liasse de billets, une courte missive, un jeu de deux clefs nouées par un ruban de couleur prune, ainsi que la photographie noir et blanc d'une jeune femme aux cheveux clairs dont il observa longuement le portrait afin de le fixer dans sa mémoire.

La lettre avait été tapée à la machine. Il remarqua au premier coup d'œil qu'elle n'était ni datée ni signée, ce qui ne l'interpellait pas plus que cela. John Green se contentait d'observer et de consigner ces éléments, un à un, comme s'il commençait à établir le cadre qui l'aiderait à assembler un puzzle aux nombreuses pièces.

Les mots de son énigmatique interlocuteur allaient droit au but, sans palabres ni affectation, et dénotaient d'une tonalité quasi formelle où ne transpirait pas la moindre émotion. Il apprit ainsi que l'on requérait ses services pour retrouver une certaine Eleanor Rigby, disparue depuis trois semaines et dont on n'avait aucune nouvelle, que la disparition avait été signalée à tel commissariat de police, sans que cela ne conduise pour autant au moindre résultat. Suivaient les adresses respectives du dernier lieu de travail d'Eleanor Rigby ainsi que celle de son appartement, dont il possédait maintenant un jeu de clefs.

Tout cela, sans découler d'une routine établie, car rien ne l'était jamais complètement dans ce genre d'affaire, semblait plutôt banal à John Green, ce qui l'intrigua en revanche, tout en le laissant un peu perplexe, était que son interlocuteur ne lui laissait aucun moyen de le joindre. Qu'il souhaite rester anonyme, soit, ce ne serait pas le premier, mais dans ce cas-là lui donnait-on au minimum un numéro de téléphone, celui d'une boite postale, ou un quelconque moyen afin qu'il puisse aviser le commanditaire des recherches de leur évolution. C'était bien la première fois qu'on le dépêchait ainsi, sans exigence de retour, avec un élan qui aurait pu flirter avec la candeur s'il s'était agi d'un autre que John Green, et qui pouvait très bien empocher cette manne providentielle sans rien entreprendre. Cependant c'était de John Green dont il s'agissait, et que son interlocuteur mystère ait été avisé de la réputation dont il jouissait ou qu'il ait bénéficié d'un heureux hasard, il n'aurait pas pu mieux tomber. Quoiqu'il en soit, passé la sensation d'étonnement, John Green conclu que celui-ci savait où le trouver et ne tarderait pas à revenir vers lui quand il ressentirait le besoin de connaitre ses avancées.

Il préleva donc deux billets de la liasse épaisse avant de la ranger dans l'enveloppe et de faire glisser celle-ci dans le tiroir de la table basse dont il sortit un carnet vierge. lI glissa ensuite la photographie d'Eleanor Rigby ainsi que le jeu de clefs de son appartement dans la poche intérieure droite de sa veste, avant de relire la courte missive qui accompagnait le tout, une troisième, puis une quatrième fois. Sur la première page du carnet vierge, il inscrivit l'identité de la disparue, sur la deuxième il dressa la liste chronologique des différentes phases de recherche qu'il comptait entreprendre dans un premier temps. La première étape consista à passer plusieurs appels, faisant jouer ses différents contacts, afin de dénicher une source qui pourrait le renseigner depuis l'intérieur du commissariat où avait été signalée la disparition d'Eleanor Rigby. C'est ainsi qu'un certain Herman Loch le rappela à neuf heures trente précises, ainsi que commencèrent véritablement les toutes premières recherches visant à retrouver la trace d'Eleanor Rigby.

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