La cérémonie de commémoration

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Tous mes souvenirs du reste de la bataille demeurent flous. Je pense que c'est parce que j'étais dans un état second : mon corps se battait, pas mon âme. Clairement je m'en fichais de rester en vie ou de mourir.

Après notre victoire, j'avais déambulé dans notre chambre d'enfance dans un état second pendant une longue semaine. Je pleurais tout le jour et quand je réussissais à m'endormir la nuit, le matin je me réveillais en sursaut et je regardais partout à la recherche de mon jumeau en espérant que tout soit qu'un cauchemar. Quand je m'étais assuré de la réalité, je me remettais à pleurer. Mon style vestimentaire, quant à lui, était devenu celui de Forge : je mettais ses pyjamas, ses vêtements et ses chaussures.

La boutique a presque tout perdu : ses copropriétaires et son stagiaire. Je n'avais pas la force de revenir tenir la boutique, je ne sais même pas si je réussirai à rire de nouveau un jour. À quoi ça sert que la boutique où les gens viennent pour rire ait un propriétaire dépressif ?

Ma famille et des connaissances se sont beaucoup occupés de moi ces derniers temps. Ils m'apportaient à manger, faisaient toutes les corvées ménagères à ma place et essayaient même de me faire rire. Qu'est-ce que je ne donnerai pas pour que Percy ait un peu plus de tact ! Eux aussi ils étaient dévastés car ils avaient perdu pour certains un fils, pour d'autres un frère (ou un frère de cœur) et pour les derniers un ami. Bien sûr j'étais le plus dévasté d'entre eux, on parle de mon jumeau quand même.

Je pensai à tout ça affalé sur ma chaise au deuxième rang lors de la cérémonie de commémoration de tous les combattants morts lors de la bataille. C'était ma première sortie depuis que j'étais seul. Ça me faisait du bien de prendre l'air frais et de voir des amis mais en même temps mon cœur se serrait car j'étais revenu près de l'endroit où il était mort.

«George Weasley»

McGonagall interrompit mes réflexions. Il fallait que je fasse un discours sur les êtres chers à moi qui sont morts dans cette bataille, en tout cas c'est ce que ma famille m'avait expliqué avant-hier. Je me levai de ma chaise, je marchai vers l'estrade dressée pour l'occasion et je montai dessus. Contrairement aux autres, je n'avais pas de papier sur lequel lire mon texte. Non, je n'en avais pas besoin parce que je ne pouvais pas écrire toutes les horreurs que j'avais vu et tout ce que j'avais ressenti depuis.

«Bonjour, je sais que toutes les personnes qui sont passées avant moi vous ont déjà remercié d'être présents mais je voudrai le faire aussi, tout simplement car en venant vous apportez du soutient à ceux qui ont le plus souffert : ceux qui ont vu leur famille et leurs amis se faire tuer lors de toute la guerre contre Voldemort. Non je n'ai plus peur de prononcer son nom car il est mort. Je sais qu'on doit tous être heureux mais je ne peux pas m'empêcher de penser aux prix que sa mort aura eu. Toutes ces vies qui ont été enlevées et pourquoi ? Juste parce qu'un égoïste voulait dominer le monde et voulait privilégier les sang-purs alors que lui même n'en étais pas un.»

Je marquai un blanc pour que tous ceux qui étaient présents puissent graver ces informations dans leurs cerveaux. J'avais dit tout le début de mon discours dans une tristesse mêlée à de la colère froide. Je pris mon inspiration.

«Je vais vous parler des morts qui m'ont le plus touchées soit parce que j'ai vu ces personnes mourir de mes propres yeux, soit parce que je les adorais. Je vais commencer par Colin Crivey. Je ne vais pas vous mentir, je pense qu'il est mort par ma faute : si je ne lui avais pas dit d'aller se mettre à l'abri, il ne se serait pas fait tuer en cours de route. Je m'en veux tellement. J'aurais dû l'accompagner pour le protéger et peut-être qu'il ne serait pas mort à cette heure-ci. Il était blagueur, drôle et courageux, surtout courageux lorsqu'il fallait quelqu'un pour tester de nouveaux bonbons à effets bizarres que Fred et moi nous produisions.»

Une larme silencieuse coula sur ma joue.

«Je suis désolé, j'ai un peu divagué. La prochaine personne dont je vais vous parler n'étais pas très proche de moi, je pourrais même dire que je ne l'aimais pas beaucoup mais la dernière personne qu'elle ait vu c'est moi alors je vais tout de même l'honorer. Lavande Brown est morte d'une mort atroce : elle a été déchiquetée vivante par Fenrir Greyback. Je trouve que Lavande a été courageuse, elle s'est battue jusqu'à son dernier souffle. Je ne pourrais rien dire d'aitre puisque je ne la connais pas autant que ses amis.»

Je refis une pause.

«J'aurais dû mourir déchiqueté par Greyback moi-aussi si une personne ne m'avait pas sauvé et prit le combat à ma place. J'ai appris récemment que cette personne avait des rancunes envers le meurtrier. Cette vaillante personne est comme vous l'aurez deviné : Remus Lupin. Il a réussi à tuer son ennemi et avant de repartir vers le centre des combats, il avais pris du temps pour me rassurer et me redonner le courage qu'il me manquait pour survivre à la bataille. Arrivant dans la grande salle, je les ai vus, lui et sa femme, morts main dans la main. Je ne pourrai décrire ce que j'ai ressenti à ce moment là : pour la première fois depuis longtemps je m'étais mis à pleurer. Ils étaient deux personnes courageuses et loyales qui méritaient de vivre mais le destin en a décidé autrement. En partant, ils ont laissé leur fils de quelques mois orphelin, Teddy Lupin. Harry, j'espère que tu seras un bon parrain et que tu lui donneras tout l'amour dont il a besoin.»

Harry hocha tristement de la tête pour répondre à ma question.

«Le dernière mort dont je vais vous parler est la mort que je n'ai pas encore digéré et je ne sais pas si un jour j'arriverai à faire mon deuil, la mort que chaque matin je prends pour un cauchemar, la mort dont je pourrai le plus vous parler car c'est la personne qui était la plus proche de moi, plus que mes parents. J'ai passé avec lui toute ma vie depuis la grossesse de ma mère jusqu'à sa mort. C'est mon frère jumeau, Fred Weasley. On m'a dit qu'il est mort dans une explosion d'un mur fidèle à lui-même, c'est-à-dire en riant. Quand j'ai appris sa mort, je me souviens d'une douleur qui m'avait transpercé ma poitrine et de ne jamais avoir pleuré autant de ma vie. Depuis, j'erre dans un état second. C'est un miracle qu'aujourd'hui j'ai réussi à tenir plus d'une heure sans pleurer. Je porte ses vêtement pour me rassurer. Je sais que c'est psychologique mais ça me rassure et ça me fait penser qu'il est toujours avec moi, qu'il va me protéger jusqu'à ma propre mort et qu'il veille sur moi depuis les étoiles. Je ne sais pas si un jour je pourrai de nouveau rire comme avant. J'espère y arriver. J'espère que vous aussi vous arriverez à vous remettre du décès de vos proches. Merci de m'avoir écouter.»

La majorité des personnes présentes avaient les larmes aux yeux et mes parents pleuraient à chaudes larmes. Je me sentais un peu plus léger comme si de dire tout ce que je ressentais m'avait libéré de la douleur qui me rongeait l'esprit. Je m'apprêtais à descendre de l'estrade quand une chose me revint à l'esprit.

«Ah oui j'oubliais, ironisai-je pour la première fois depuis des jours. Les boutiques "Farces et attrapes pour sorciers facétieux" rouvriront un jour, je ne sais pas quand mais sûrement quand j'aurais trouvé deux remplaçants à Fred et à Colin pour s'occuper de la boutique principale. Pas que je veuille les remplacer dans mon cœur mais sinon ça va être galère de diriger.»

Mes proches ont eu un petit sourire mais ils étaient étonnés de mon exploit. Je m'étais étonné moi-même. J'avais ironisé. C'est un grand pas vers le progrès. Je quittai cette fois l'estrade pour de bon.

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