L'entrevue

6 minutes de lecture

Acte sans numéro

Personnages :

Allan, interviewé, personnage des aventures de Robin

Autrice, ou H., autrice et réalisatrice de l’interview

Lionel, présentateur, personnage du projet 4, un roman pas encore écrit

Miranda, technicienne, personnage du projet 3, un autre roman pas encore écrit

La pièce se déroule dans une vieille bibliothèque. Les tables sont en bois, les lampes sont à l’huile. Allan, nerveux et chauve, se passe souvent la main sur son crâne. Il y a deux fauteuils dans la pièce.

Scène 1

Miranda (accoudée à la table) : On ne voit rien avec ces lumières. On ne pouvait pas interroger quelqu’un d’une époque avec de l’électricité, ou…

Allan : Electriquoi ?

Autrice : Ce n’est pas le but. Je devais sélectionner un personnage qu’on voit peu. J’ai choisi Allan.

Miranda : Et moi ?

Autrice (soupirant) : Cesse de te plaindre. Regarde Lionel !

Lionel : Hein ?

Miranda : Toi regarde-le ! Le nez dans ses fiches ! Il a l’air aussi intéressant qu’un mur en plâtre. Bon, c’est toi l’autrice, c’est toi qui décides. Alors, on commence ou…

Autrice : Bien. Allan, asseyez-vous là. Lionel, juste ici. Voilà. Tout le monde est en place pour la caméra. Miranda, déplace les lampes. Là, très bien.

Allan : Lacaméquoi ?

Miranda : Aucune importance. C’est l’appareil photo là qui capture des images en continu. C’est ton futur. Le mien aussi d’ailleurs.

Allan : C’est de la magie ?

(Lionel et Miranda gloussent)

Lionel : La magie n’existe pas.

Allan : Quoi ?

Autrice : Stop ! On arrête les spoilers. Lionel, commence cette interview avant que ça ne dégénère.

*****

Scène 2

Lionel : Bonjour à tous, bonjour Allan.

Allan : Bonjour.

Lionel : Pour vous présenter en quelques mots, vous êtes donc un érudit du Temple de la Ville, la capitale du Continent. Vous avez grandi dans cette capitale.

Allan : Je suis un peu casanier.

Lionel : Pourtant, lorsque votre directeur vous propose de partir à l’aventure avec l’équipage Shepherd, afin d’observer la faune et la flore, vous sautez sur l’occasion.

Allan : Pour vivre un peu.

Lionel : Vous vous retrouvez avec de fortes personnalités dans cet équipage. Quel effet cela fait-il ?

Allan : J’ai toujours été derrière les autres. Ma sœur, paix à son âme, était l’héroïne de la famille. Mon frère va reprendre l’entreprise familiale, et il a épousé l’héritière d’une lignée prospère dans la Ville. Entrer dans l’équipage, c’est juste une nouvelle routine. Néanmoins, je voulais prouver que je valais quelque chose. Moi aussi, je peux oser !

Lionel (plissant les yeux sur sa fiche) : Alors vous serez coupé dans votre élan avec votre mort dans…

Allan : Quoi ?

Autrice (tousse) : Hum, hum.

Miranda : Lionel, la madame avait dit pas de spoilers.

Lionel : Mais ce n’est pas sûr, non ? Je ne sais pas ce que je suis censé lire ou non sur ce bout de papier. Sa mort n’arrivera peut-être pas. Ça change en fonction des versions, non ?

Allan : Je vais mourir ?

Miranda : Techniquement vu qu’il y a plusieurs siècles d’écarts entre nous, tu es déjà mort pour tout le monde ici.

Allan : Comment ? Quand ?

Autrice : Vous deux, ne dites rien. Allan, tu n’es pas censé le savoir.

Miranda : Empoisonnement dans des marais. C’était long et pénible.

Autrice : Quelle teigne !

Miranda : Ça va, ce n’est pas grave. Il n’y a pas mort d’homme… Enfin si.

Autrice : Rien n’est acté, je suis encore en train d’écrire le texte.

Lionel : Est-ce vrai ?

Miranda : Elle ment. Elle n’écrit pas, elle corrige. Ce qui n’est pas acté c’est si ton agonie va se terminer avant ou après la fin du tome 1. Mais, rassure-toi Allan, tu ne seras pas le seul. Voilà, j’ai réinstauré du suspense, contente l’autrice ?

Autrice : Tu es cruelle.

Miranda : C’est de ta faute. Tu m’as inventée.

Lionel : Mesdames, la caméra continue de tourner et nous n’avons pas beaucoup de temps. Allan doit retourner dans son histoire. Allan, souhaitez-vous un verre d’eau ?

Allan : Je vais mourir… Je vais agoniser…

Autrice : On se concentre ! Lionel, enchaîne sur les passions, ses meilleurs souvenirs de voyage. Lis la fiche !

Allan : Mais pourquoi ?

Miranda : Parce qu’il n’y avait plus de place pour le tome 2. Après, il n’y aura que deux volumes, et dans la nécrologie des aventures de Robin, il y a aussi…

Autrice : Suffit, on se concentre, là !

Lionel : Oui, les questions… Mais, Miranda, comment tu sais tout ça ? Je veux dire, je viens du futur aussi, même bien après toi. Pourtant, je ne connaissais pas Allan il y a deux jours.

Miranda : Ça, c’est mon secret.

Autrice : Je vais faire cette interview moi-même alors !

Lionel : Sais-tu aussi comment je meurs ?

Autrice : Allan, pense positif. Parle-nous de ton carnet. De ton amitié avec le capitaine Shepherd.

Allan : Ça a un rapport avec ma mort ?

Miranda : Oui.

Autrice : Non.

Lionel : Oui pour qui ?

Autrice : Allan, écoute. Même si beaucoup pensent que tu ne sers à rien, que tu es transparent et inutile, cette interview est l’occasion de te mettre enfin en valeur. Saisis-là !

Allan : Transparent et inutile ?

Miranda : Qui est la plus cruelle de nous deux maintenant ?

Autrice : la Mary Sue, elle va se calmer cinq minutes. Lionel, par pitié, reprend un peu de consistance. Allan, oublie tout ce qu’on vient de dire. Juste… présente-toi.

Lionel : J’ai une meilleure idée. Allan, je suis moi-même un étudiant. Je comprends un peu votre parcours et les raisons qui vous ont poussé à signer pour ces voyages. Parlez-nous de votre projet, de ce que vous aimez dans votre travail.

Allan : Ce que j’aime ? J’aime ce que la nature nous offre à chaque instant. La cité où j’ai grandi est belle, mais rien ne vaut les frondaisons de la forêt d’Émeraude. J’aimerais tout voir : les pies qui arrachent des brindilles de bouleaux, le rouleau des vagues contre les murailles, le ciel qui se reflète dans les champs inondés… Dans mon carnet, j’essaie de tout retranscrire. En voyage, il me manque la couleur, mais au Temple, j’ai toutes les nuances de peinture que je souhaite. Je décris mes observations, pour que les gens qui ne peuvent voyager vivent à travers ces dessins. Quand ma sœur rentrait en permission, elle avait toujours un carnet pour illustrer ses récits. Elle… pardonnez-moi, je suis toujours un peu bavard quand je m’emporte.

Lionel : Je vous en prie, c’est l’occasion.

Allan : J’aime partager ce que je sais. Si ça peut être utile à d’autres, ce n’est jamais du savoir perdu. Admirer les détails, les retenir, c’est toujours important. C’est pratique pour se retrouver dans les palais labyrinthiques des fées. J’assiste aussi le capitaine dans ses recherches de trésors.

Lionel : Un gros travail de veille en somme.

Allan : Oui, j’avoue que parfois, un coup de main ne serait pas de refus. Abigaël n’a plus les yeux de sa jeunesse. Nina et Toussaint sont utiles ailleurs, Ethan est… enfin c’est Ethan, on ne lui demande rien. Futé le suivant comme son ombre, il ne reste plus que moi pour bâtir la base de nos aventures avec le capitaine. J’aime bien ces moments, tous les deux dans la bibliothèque.

Miranda (murmure) : Cette phrase part mal…

Autrice (murmure) : Ton esprit part mal. Chut.

Allan : Le capitaine garde beaucoup de choses pour lui. Parfois, il se lâche entre deux cartes, après une journée de recherche. Il me confie ses excès de violence qu’il regrette. Je crois que ce qui lui fait le plus de mal, c’est son absence auprès de son fils, et la manière dont il l’a arraché à sa mère. Il sort des excuses lorsqu’on lui pose la question, comme le fait que sa mère était folle, ou autre. Pourtant, s’il ne gronde jamais Ethan, c’est bien parce qu’il s’en veut. Et je pense être le seul à le savoir.

Miranda : Il a enlevé son fils ? H., ne me dis pas que tu as écrit une histoire pareille ? Tout en sachant que…

Autrice : Chut, Miranda. Toi, tu t’occupes des lumières, pas d’écrire des histoires.

Lionel (tousse) : Vous êtes une sorte de confident.

Allan : On peut dire ça comme ça. Personne ne peut être fort en permanence. Avoir quelqu’un sur qui compter aide beaucoup.

Autrice (murmure) : J’espère que tu prends des notes, Miranda.

Miranda : Je ne peux pas, je m’occupe des lumières !

(Une sonnerie retentit sur la poignée de Lionel)

Lionel (se lève) : Bien, c’est la fin de cet entretien.

Allan : Oh, c’était court. Merci beaucoup pour cette visite. Je suppose que je dois me rendre quelque part ensuite.

Miranda (s’approche et pose sa main sur le front d’Allan qui s’évanouit aussitôt) : Oui mon beau, tu dois retourner dans ton histoire.

Lionel : Comment ? Comment as-tu fait ça ?

Miranda (pose également la main sur le front de Lionel qui reste debout, totalement éveillé) : Par magie…

Autrice : Cesse de divulgâcher, Miranda.

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